Une route bloquée par plusieurs facteurs météorologiques

Spindrift Racing
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Imaginez, c’est un peu comme si une équipe de football, avant un grand rendez-vous de Coupe du Monde, entrait dans les vestiaires sans avoir la date du match. L’attente avant de tenter un record du niveau de l’Atlantique Nord est déjà une épreuve en soi. « Même si on attend à la maison et pas sur le ponton, chacun reste en alerte, prêt dans sa tête à tout lâcher pour sauter dans un avion dès qu’il le faudra, » rappelle Yann, qui envoie tous les jours un message à ses équipiers pour les tenir informés de la situation sur le parcours. « Dona et moi, nous sommes logiquement encore plus focalisés sur la météo. Avec Erwan Israël, le navigateur du team, nous vivons au rythme des deux mises à jour quotidiennes des fichiers de prévisions américains et européens. Les premiers arrivent avant cinq heures le matin et, même s’il n’y a vraiment aucune fenêtre à l’horizon pour l’instant, nous sommes forcément happés par chaque nouvelle info météo qui tombe. Je sais que nous sommes fin prêts avec un très bon potentiel technique et sportif, mais on ne maîtrise pas le paramètre météo. C’est ce qui rend les records si frustrants parfois mais aussi si beaux. En stand-by, tu as des moments de stress, et c’est normal pour un sportif avant une échéance comme celle-ci. D’autant que tu sais que quand ce sera l’heure d’y aller, sur l’eau, ça va être violent. »

Au mois de juin, la présence de glaces dérivantes dans le courant du Labrador a constitué une première barrière ‘naturelle’. L’hiver rude a retardé la fonte des icebergs mais le problème se règle doucement. A l’heure actuelle, les grandes plaques de glace disparaissent que petit à petit des photos satellites.

L’autre obstacle aujourd’hui, c’est l’anticyclone des Açores, centré sur l’archipel éponyme, et étalé sur tout l’Atlantique Nord comme une montagne infranchissable. « Pour traverser dans des conditions de record, il faut partir en avant d’une dépression sur les côtes américaines, monter avec elle pour accrocher une seconde sur Terre-Neuve puis accélérer pour de bon. Il faut ensuite rester en avant du système qui ne doit pas nous rattraper ni s’affaiblir avant la ligne d’arrivée, » rappelle Erwan Israël. « Là, avec un anticyclone de cette superficie (3 000 km de large) et de cette puissance (1 036 HP), les dépressions n’arrivent pas à se frayer un chemin et nous non plus !»

Et enfin, l’inquiétude ces derniers jours est venue d’Arthur, ce cyclone très actif qui s’est formé à Miami avant de remonter le long de la côte Est américaine. Le 4 juillet, jour de fête nationale, des vents de 160 km/h ont touché la Caroline du Nord. « Heureusement, le cyclone s’est ensuite décalé au large et son centre est passé à 150 milles du port de Newport, là où Spindrift 2 est actuellement en stand-by. En revanche, il perturbe l’ordre des systèmes sur la zone de New York alors que l’anticyclone pousse les dépressions au Nord et nous bloque le passage » ajoute Yann. « Nous ne sommes que début juillet et le stand-by se poursuit jusqu’à mi-août, il nous reste donc encore de la marge pour guetter, avec envie, une bonne fenêtre de départ ! »

A rappeler que Spindrift Racing n’est pas la seul équipe à devoir se patienter sur ce record. C’est le cas également en solitaire pour Armel Le Cléac’h et pour l’équipage de Giovanni Soldini sur Maserati, qui avait pourtant envisagé un départ de New York en début de semaine avant de changer d’avis.