Transat Jacques Vabre. Bilan avec Francis Le Goff et Caroline Caron

Le dernier bateau est arrivé en Martinique et a clos cette Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre. Une édition qui est arrivé en Martinique pour la première fois avec 3 parcours différents.

Les conditions météo clémentes ont permis d’épargner les montures, seulement 4 équipages ont abandonné en 28 jours de course. Ce sont donc 75 duos qui ont défilé sur le ponton d’honneur martiniquais, entre le 22 novembre et le 5 décembre.
La première classe à avoir coupé la ligne, dans la splendide baie de Fort-de-France, c’est celle des Ocean Fifty avec le bateau Primonial, piloté par Sébastien Rogues et Matthieu Souben. Quelques heures plus tard, l’impressionnant Maxi Edmond de Rothschild, de Franck Cammas et Charles Caudrelier, a parachevé sa domination en remportant la course des Ultime. Puis, le dénouement de la course des Imoca a offert la victoire à LinkedOut, le bateau de Thomas Ruyant et Morgan Lagravière. Il a enfin fallu attendre quelques jours supplémentaires pour connaître le verdict en Class40, qui a offert une somptueuse bataille jusqu’au bout, remportée par Antoine Carpentier et Pablo Santurde del Arco, sur Redman.
Que ce soit pendant dans les dix jours de village départ au Havre, pendant les deux semaines d’arrivées en Martinique, et évidemment pendant toute la durée de la course, la 15ème édition de la Transat Jacques Vabre a été haute en couleurs, passionnante, animée, inédite à plus d’un titre. A l’heure du bilan, Caroline Caron et Francis Le Goff sont respectivement une directrice générale et un directeur de course comblés.

Francis Le Goff : “La météo inédite a donné une intensité spécifique à la course”
Qu’est-ce qui fait de cette quinzième édition une édition record ?
79 bateaux au départ, ça n’était jamais arrivé auparavant. Toutes les classes se sont étoffées en nombre. Les Ultime sont passés de 3 à 5, les Ocean Fifty de 3 à 7, les Class40 de 26 à 45 et pour les Imoca, si nous prenons les participants de 2017, en année post-Vendée Globe, ils étaient seulement 13, contre 22 cette année. Et au sein des quatre flottes, il n’y a jamais eu beaucoup d’écart entre les leaders durant la course. Il y a eu beaucoup de changements de classements. Nous avons vu l’ensemble de la flotte des Ocean Fifty arriver en 24 heures. Puis, les 20 premiers Class40 franchir la ligne en une journée. Et si nous remontons trois jours avant l’arrivée des Imoca, qui ont eu une météo difficile à l’approche des îles, nous nous demandions encore qui allait gagner.

Trois parcours différents pour les quatre flottes, est-ce une réussite ?
Nous avons encore démontré que la Transat Jacques Vabre était la transatlantique la plus longue et la plus exigeante en duo. Je pense que c’était une bonne idée d’avoir différents parcours. L’objectif était de respecter des parcours allant du nord au sud et cela a permis d’ancrer des batailles au sein de chaque classe et de montrer la compétitivité des bateaux en course.
Pour la prochaine édition, peut-être qu’il faudrait être en mesure de créer un parcours par classe, et de réguler la longueur des différents parcours si la météo l’oblige, afin de faire arriver le plus de bateaux possibles en un minimum de temps.

Les conditions météorologiques étaient inédites, quelles leçons en tirez-vous ?
Sportivement, nous avons beaucoup parlé de la météo qui était différente. C’était une course longue, mais ça a donné une autre forme de jeu à la Transat Jacques Vabre car souvent, sur les transatlantiques, il faut aller chercher un front à l’ouest, puis les bateaux partent avec. Là, il y a eu des moments d’arrêt, avec de nombreux passages à niveau, des mouvements dans les flottes, et ça dès le début. Ça a donné une intensité spécifique à la course puisqu’il y avait une grande part de mental. La fatigue mentale était au moins aussi présente que la fatigue physique. C’est une des caractéristiques de cette Transat Jacques Vabre 2021.

Caroline Caron : “Nous avons réussi à organiser bien plus qu’une course de voile”


Quel bilan tirez-vous de la Transat Jacques Vabre 2021 ?
Dès le début, nous souhaitions passer d’organisateur de course à dépositaire d’un événement, notamment grâce à nos trois événements piliers. Nous avons posé les premiers jalons avec l’opération “Cap pour Elle”, qui fut un grand succès, en collaboration avec Saint James. C’était génial de voir les jumelles, Julia et Jeanne Courtois, franchir la ligne d’arrivée alors même qu’elles n’auraient jamais osé se lancer dans cette aventure sans ce programme. Ensuite, le “Rendez-vous des solutions océan et environnement” a eu de nombreux bons retours, notamment de part la qualité et la diversité des initiatives présentes. Nous étions dans le concret, avec un échange autour de choses qui existent. Enfin, le “Challenge innovation océan et environnement”, en partenariat avec la French Tech, a couronné deux superbes lauréats.
C’était important pour nous de dépasser la simple vision de créer une course de voile, et nous avons réussi. La fête à l’occasion du village départ au Havre a été un autre succès. Les chiffres d’affluence (450 000 visiteurs au total) nous montrent que le public était au rendez-vous, et que l’ensemble de l’écosystème normand a répondu présent. Au-delà de cette présence physique, la couverture média de l’événement est aussi un véritable succès, puisque 7 millions de personnes ont assisté au départ le 7 novembre, partout dans le monde, grâce à 53 diffuseurs couvrant 190 territoires. De plus, les canaux de la Transat Jacques Vabre ont connu un large succès, puisque le site Internet a enregistré 18 millions de pages vues avec 5 millions de vidéos vues ce qui fait plus de 5,5 millions de minutes vues ! Sans oublier les réseaux sociaux qui ont permis de toucher 7 millions de comptes et d’avoir plus de 16 millions d’impressions.

Ce duo formé par Le Havre et la Martinique a été une réussite ?
C’est effectivement le troisième point de réussite de cette course. D’une part, grâce à un duo humain qui a bien fonctionné avec une réelle complicité. Puis, même s’il est indéniable que nous n’avons pas réussi à faire ce que nous souhaitions en Martinique en raison des conditions sociales compliquées, les infrastructures sont incroyables. Elles ont été unanimement saluées par l’ensemble des classes et des skippers.
Fort-de-France a réussi à créer une unité de lieu. Sur le même site, il y avait un ponton d’honneur capable d’accueillir plusieurs arrivées en même temps, l’ensemble de la presse, des familles, de l’organisation, mais aussi les bateaux déjà amarrés, la ligne d’arrivée, une salle de presse, un village d’animations, tout était centralisé.
De plus, nous avons imaginé dupliquer, en miroir, les animations présentes sur le village du Havre : un pavillon des initiatives positives, une scène, des démonstrations de yole. La philosophie de créer un événement qui porte les valeurs de la voile et qui soit accessible au plus grand nombre était aussi présente en Martinique.

Il y avait beaucoup de nouveautés dans cette Transat Jacques Vabre 2021, du point de vue de l’organisation. Quelles leçons tirez-vous, en vue des prochaines éditions, et notamment de 2023 ?
Nous avons livré tout ce que nous avions prévu sur le papier. Nous avons vécu des choses très fortes ensemble pour réussir à organiser cet événement et tout le monde se réjouit de revenir en 2023. Je pense que la prochaine édition devra se focaliser sur
l’explication de la particularité de la Transat Jacques Vabre, qui est d’avoir plusieurs courses dans la course, et donc un vainqueur par classe. Mais aussi de continuer à faire grandir la famille de la voile en revenant à des explications de choses simples, pour ainsi avoir un rôle d’éducation. Il faudra continuer à développer les liens entre nos deux territoires, qu’il y ait encore davantage de Martinique au Havre, et du Havre en Martinique.
Rendez-vous le mercredi 19 janvier pour la remise
des prix de la Transat Jacques Vabre 2021 !

PALMARÈS DE LA 15ÈME ÉDITION
OCEAN FIFTY :
1. Primonial (Sébastien Rogues / Matthieu Souben), 2. Koesio (Erwan Le Roux / Xavier Macaire), 3. Leyton (Sam Goodchild / Aymeric Chappellier)

ULTIME : 1. Maxi Edmond de Rothschild (Franck Cammas / Charles Caudrelier), 2. SVR – Lazartigue (François Gabart / Tom Laperche), 3. Banque Populaire XI (Armel Le Cleac’h / Kevin Escoffier)

IMOCA : 1. LinkedOut (Thomas Ruyant / Morgan Lagraviere), 2. Apivia (Charlie Dalin / Paul Meilhat), 3. Charal (Jeremie Beyou / Christopher Pratt)

CLASS 40 : 1. Redman (Antoine Carpentier / Pablo Santurde Del Arco), 2. Banque du Léman (Valentin Gautier / Simon Koster), 3. Seafrigo – Sogestran (Cédric Château / Jérémie Mion)

VIRTUAL REGATTA : Ultim : 1. PassTaga-BSP (Cyril Place), Ocean50 : 1. Ferarepa C (Pierre Dumartinet), Imoca : 1. Vingilot-esST (Cyril Besson), Class40 : 1. Baptiste_Rep – PVe (Baptiste Renaut)