Pourquoi Coville a dû renoncer à sa tentative

Sodebo 2013 Thomas Coville
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C’était une décision difficile mais raisonnable au regard des données tangibles entre les mains de Jean-Luc Nélias, Thierry Douillard, Thierry Briend et Richard Silvani, qui s’appuient sur de multiples sources d’informations météorologiques ainsi que sur des images satellites relevant la présence et les mouvements des glaces.

Facteur 1 : Le retard au Cap de Bonne Espérance

Après plus de 72 heures de bataille dans les vents instables et faibles de l’anticyclone de Sainte-Hélène, Thomas entrevoyait enfin sa sortie. Jeudi matin, le retard sur Francis Joyon était de 1050 milles environ. Thomas naviguait dans le Nord d’une dépression qui avançait vers l’Est à 35 nœuds. Malheureusement, juste derrière une nouvelle cellule anticyclonique prenait place. Thomas aurait dû virer de bord dans la soirée de jeudi, afin de contourner cette haute pression vendredi et gagner vers le Sud dans des vents inférieurs à 10 nœuds. Il aurait alors fallu naviguer proche de son centre afin d’en réduire son contournement, avec tous les risques que cela comporte.

Par rapport à Francis (Joyon), l’écart aurait alors considérablement augmenté. Mais Thomas n’avait d’autre choix que de faire ce bord Sud afin de plonger vers les Quarantièmes Rugissants pour aller chercher une dépression qui l’aurait conduit jusqu’au Cap de Bonne Espérance. Un premier cap qu’il aurait franchi le mardi 4 février dans la matinée avec un retard que nous estimons à 1 600 milles soit quasiment trois jours de mer. Rappelons que lors des dernières tentatives, Thomas y était passé avec respectivement 1 jour 16 heures (en 2008) et 1 jour 22 heures de retard (en 2011).

Facteur 2 : Conditions défavorables dans l’Océan Indien

Après le passage de Bonne Espérance, la dépression qui nous y avait amenés, devait nous passer dessus car elle était tout simplement plus rapide que nous. Ensuite, nous observions un nouvel anticyclone au niveau des îles Kerguelen. Deux solutions se présentaient à nous : soit passer au Nord, en naviguant face au vent sur une route plus lente et plus longue ce qui signifiait perdre encore du temps sur le chrono de référence, soit de passer au Sud, une trajectoire certes plus rapide et plus courte mais qui nous obligeait à s’aventurer dans une zone de glaces très dangereuse où les icebergs étaient bien présents.

En conclusion, si nous voulions limiter la perte sur Francis Joyon, il n’y avait pas d’autre choix, au regard des données que nous avions, de naviguer au Sud de notre limite des glaces. C’était une grosse prise de risques qui nous aurait permis de limiter la perte de temps mais pas forcément d’en gagner ! La décision a donc été prise de renoncer à cette tentative et de faire demi-tour vers La Trinité-sur-Mer.