Jean Maurel, directeur de course

Portrait Jean Maurel
Portrait Jean Maurel

Course Au Large : Comment concevez-vous votre rôle de nouveau directeur de course ?

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Jean Maurel : « le directeur de course a la charge en premier lieu de veiller à assurer la sécurité de l’épreuve. Il est missionné pour cela par l’organisateur pour gérer tous les problèmes relatifs à cette question. Pendant la durée de la course, il doit rester sur le qui-vive pour coordonner les secours et les dispositifs mis en œuvre en cas de chavirage ou d’abordage. Il pourra compter alors sur tous les outils qu’il a développés au préalable – le descriptif minutieux des bateaux engagés, par exemple – pour faciliter et optimiser les interventions. En amont, le directeur de course doit gérer tout ce qui concerne la définition du parcours, la date de départ… Sur un plan beaucoup plus pratique, il s’agit aussi d’organiser l’arrivée et l’escale des bateaux dans le port de départ et de se pencher sur le sujet du trafic maritime… Cette fonction a évidemment une dimension très technique. »

CAL : N’a-t-il pas un rôle médiatique aussi ?

J.M. : « Si, bien sûr. En cas de crise, il doit d’abord prendre contact avec les familles et les proches des marins en difficulté. Mais, on voit aussi que le directeur de course est souvent le plus exposé dans les cas extrêmes. Cela se justifie dans la mesure où il est le mieux placé pour expliquer la situation – d’une seule voix – aux journalistes et aux médias. Lors de l’édition 1996-97 du Vendée Globe, c’est Philippe Jeantot, qui de par son expérience et son rôle majeur dans la course, répondait à toutes les questions soulevées par les nombreux retournements. »

CAL : En cas d’incident, est-ce à dire que, plus que le directeur de course, c’est le marin qui parle ?

J.M : « Sans aucun doute et ce n’est pas par hasard, si aujourd’hui dans les organisations de courses au large, on retrouve de plus en plus de navigateurs. Les exemples ne manquent pas : Gérard Petipas dont je prends la suite à la direction de course sur la Transat Jacques Vabre ; mais aussi Denis Horeau sur la Solitaire du Figaro, The Race aux côtés de Bruno Peyron et le Vendée Globe en 1989 et aujourd’hui ; Philippe Jeantot sur le Vendée Globe… Le directeur de course, grâce à son vécu de marin, possède une sorte de légitimité naturelle pour expliquer les enjeux et les questions maritimes. Il peut tout simplement compter sur son sens marin… »

CAL : Ne peut-on pas faire un parallèle entre vos nouvelles fonctions et celles d’Alain Gautier, consultant sécurité aux côtés de Denis Horeau, directeur de course du Vendée Globe ?

J.M : « Certainement. On a, tous les deux, vécu des fortunes de mer. Pour ma part, j’ai chaviré deux fois dans ma vie : en 1989 et en 1999 lors de la Transat Jacques Vabre (Paul Vatine a malheureusement disparu dans ce chavirage, ndlr). Cela nous a sans doute apporté une expérience et une certaine sensibilité pour aborder les problèmes de sécurité et expliquer avec nos mots de marins ce genre de situation… »

CAL : Nouveau directeur de course, Jean Maurel a-t-il reposé définitivement son ciré ?
J.M : « Sûrement pas ! Si aujourd’hui, c’est une tendance qui se généralise un peu dans tous les sports de voir d’anciens compétiteurs passer du côté de l’organisation d’évènements – on a bien vu Killy prendre en charge l’orchestration des JO d’hiver – cela ne veut pas dire qu’il n’est plus question de pratiquer et de déserter les chemins des compétitions. J’ai fait mal de milles cette année et je me sens encore navigateur avant tout. Et si évidemment je ne disputerai pas la prochaine Jacques Vabre, je ne compte pas m’enfermer dans un bureau pour autant. Ne serait-ce que pour ne pas perdre le contact et continuer de valider et valoriser mon expérience. D’ailleurs, n’hésitez pas à passer le mot : je suis toujours demandeur d’embarquements… Avis à tous ! » “