Carnet de bord de Brian Thomson

A Bord de Doha 2006
DR

"Nous allons très certainement faire du largue serré vers le centre de l’anticyclone, autour duquel nous allons ensuite virer. Nous referons par la suite un autre bord de largue serré vers le nord, jusqu’à l’île Maurice dans des vents d’Est qui se situent dans le secteur Nord de l’anticyclone. Ce n´est pas l’option que nous attendions. Nous avions l’intention d’aller au Sud de l’anticyclone et de continuer à naviguer en vent arrière, pour enfin le contourner par l’Est. Mais cette dorsale nous a tellement ralenti, que l’anticyclone va trop s’allonger d’Est en Ouest avant que nous puissions y arriver. Il nous serait alors totalement impossible de le contourner par l’Est. Cela nous ferait aller jusqu´à mi-chemin vers l´Australie et bien après les îles Kerguelen pour y arriver."

"Toute navigation au près avec des vents forts, ou même au largue serré est un danger pour les grands multicoques. Nous allons donc faire bien attention dans ces 5 prochains jours pour ne pas casser le bateau. En ce moment, nous continuons de faire une belle navigation vent arrière, puisque nous faisons cap à l’est. Mais une forte houle Nord s’est formée depuis la nuit dernière. Elle annonce des vents plus forts qui se trouvent devant. La nuit dernière nous avons passé beaucoup de temps bâbord amures, cap NE. Et toujours à cause de cette forte houle, nous avons du prendre un ris, hisser le yankee et remplir les deux ballast arrières pour réduire le tangage. Il nous fallait garder le bateau en dessous des 13 nœuds. Tribord amures, nous pouvons maintenant naviguer sous grand-voile haute, Gennaker moyen, sans ballast et faire du 20 nœuds. Tout dépend de l’état de la mer sur un bateau rapide comme le notre. Comme je l’ai mentionné auparavant, les graphiques des courbes polaires du bateau doivent bien souvent être ignorées. Nous pouvons aller aussi vite que les conditions nous le permettent, et ces conditions changent sans arrêt. Nous devrons empanner plus tard dans la soirée; cela signifie prendre de nouveau un ris, affaler le Gennaker moyen et envoyer le yankee avant même de penser à faire tourner le bateau…

…C’est vraiment une tache fascinante de réussir à mener ce genre de bateau autour du monde; pour qu’il aille à la fois vite mais en toute sécurité. Chaque jour, j’apprends de nouvelles choses sur la météo, sur de nouvelles solutions pour naviguer et gérer le bateau. Et naturellement sur les relations et personnalités à bord qui changent constamment !

…Il vaut mieux ne pas trop penser à la distance et au temps qui accompagnent un tel voyage. Certains équipiers nous demandent sans arrêt le nombre de milles qu´il reste à parcourir, la date estimée d´arrivée, etc. D´autres apprécient tout simplement la navigation au jour de jour, quart après quart. Damian, qui a une grande expérience de la mer, était agréablement surpris d´apprendre qu´il ne restait plus que 5000 milles à parcourir. Il croyait être à plus de 6000 milles de l´arrivée car il n´avait pas les yeux constamment rivés sur les chiffres. Comme on dit en anglais "Une casserole trop regardée ne bout jamais". Il vaut mieux savourer cette expérience jour après jour et en tirer le meilleur. Peu importe la distance qu´il nous reste à parcourir. Bientôt, l´aventure sera terminée et il faudra se réhabituer au stress de la vie à terre. Et aux petits plaisirs du quotidien aussi, bien sûr!".