Transat B to B : avaries en série

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Un leader qui s’échappe alors qu’il est handicapé par l’absence de girouette, un concurrent qui perd systématiquement des places dans le groupe des chasseurs, des moyennes journalières qui ne correspondent pas aux conditions météorologiques sur le plan d’eau… Les interrogations fusaient ce samedi pour expliquer des écarts inexplicables sans problèmes techniques à bord. Le premier à lever le voile lors de la vacation radio du Salon nautique de Paris, fut Marc Guillemot (Safran) : "Ce matin, alors que je renvoyais de la toile, j’ai entendu un grand "crac" : l’extrémité de la tige de vérin qui permet de basculer la quille s’était cassée. J’ai mis une heure à mettre une clavette de blocage avec la tête de quille qui se balladait. J’ai même empanné involontairement pendant cette manoeuvre et j’ai valdingué. J’ai été sonné et j’ai pas mal de contusions. Mais il y a une grosse molle qui va arriver, et tout de même que je ne suis plus vraiment en course. L’objectif est de finir pour être qualifié pour le Vendée Globe…"

A suivre, Yann Eliès (Generali) qui menait la flotte hier, concédait plus de trente milles ce samedi après-midi. L’explication du Briochin n’était pas complète : "Je me repose après trois jours difficiles contre le vent. J’ai fait le ménage à bord, il y a 15-17 noeuds de vent, la mer se calme… Je me suis recalé sur la route de Loïck mais j’ai des problèmes de voiles ! Je n’en dirais pas plus avant lundi… En tous cas, cette remontée de l’Atlantique était presque idéale avec ces alizés : on devrait arriver dès vendredi…" Pour le premier de la flotte, le paysage est légèrement différent, Loïck Peyron (Gitana Eighty) constatant qu’il s’enfonçait progressivement dans l’anticyclone des Açores : "Je n’ai plus d’indications de la direction et de la force du vent puisque je n’ai plus de girouette… Ca m’a ennervé et j’ai attrapé un gros grain qui m’a permis de m’échapper ! Il faut maintenant négocier une bulle anticyclonique qui se trouve pile sur la route mais elle devrait nous laisser passer… Du moins les premiers : il ne faut donc pas traîner en route ! Il y a 48 heures difficiles car ça mollit partout en même temps… Mais j’ai la forme, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de travaux à faire cet hiver…"

Dernières heures et premiers heurs…

Derrière aussi la course n’est pas de tout repos pour le peloton car les bateaux ont bien été sollicités depuis le Pot au Noir dans des alizés puissants. Dee Caffari (Aviva) : "Je suis assez fatiguée mais les conditions vont s’améliorer au fil des heures prochaines. Il y a encore pas mal de mer et c’est très humide et dur sur le pont. Très inconfortable aussi à l’intérieur ! En plus, j’ai un trou dans ma grand voile." Jean-Baptiste Dejeanty (Maisonneuve) a aussi pu être joint pour expliquer son rétrogradage de ces dernières heures : "Je ne peux plus envoyer de grandes voiles d’avant puisque mon étai (câble qui retient le mât sur l’avant) s’est arraché il y a trois jours… J’ai en plus des problèmes d’électricité ! Et j’ai même failli démâter. J’ai sécurisé le mât mais j’ai pensé faire route sur le Cap Vert ou les Açores. Maintenant, ça va à peu près et j’ai envoyé le foc de brise ORC. Je rentre donc en convoyage mais je suis très déçu parce que je comptais faire un résultat sur cette transat retour."

Armel Le Cléac’h (Brit Air) est quant à lui toujours sous gréement de fortune et n’avance qu’à trois noeuds en attendant un voilier de charter qui va pouvoir le ravitailler en carburant et en eau douce. Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) est l’un des seuls "éclopés" qui gagne du terrain ces dernières heures : "Ca mollit un peu mais c’est toujours la même allure débridée : ça tape moins, c’est plus paisible et je pense que Mike Golding doit avoir plus d’ennuis que moi pour que je le dépasse comme ça ! J’ai aussi de petits soucis mais ça se gère. Là j’ai cassé la fixation de mon rail d’écoute de grand voile, mais j’ai bricolé. Ca ne m’a pas trop ralenti…" Bref, le seul solitaire qui voit la vie (presque) en rose, est bien la jeune Britannique Samantha Daveis (Roxy) : "Il y a encore vingt noeuds de vent et ça me motive de voir que Yannick Bestaven m’a passé. Il va vite mais je vais mettre du charbon… enfin, du chocolat parce que j’ai trouvé une réserve !"

Alors que les leaders ont presque atteint les deux triers du parcours et qu’ils naviguent au large des Canaries, force est de constater que les avaries plus ou moins mineures handicapent les solitaires et presque aucun d’entre eux n’échappe à cette "maladie alizéenne" : trois jours contre le vent et une mer hachée fatiguent énormément les structures, les voiles, les appendices, les gréements… et les hommes. Tous le sachant, les régatiers vont passer progressivement en "mode préservation du matériel" mais l’enjeu de la compétition restera prédominante et ce mollissement anticyclonique devrait permettre à chacun d’entre eux de faire une pause : physique d’abord pour recharger les "batteries corporelles", technique aussi pour tenter de résoudre (en partie au moins) les problèmes du bord. Après la tempête qui va balayer les côtes bretonnes dimanche, les solitaires devraient avoir de la brise portante pour terminer cette transat Ecover-BtoB qui aura apporté bien des enseignements aux navigateurs et à leurs équipes techniques…