Vendée Globe. Clarisse : « L’accueil a été incroyable ! »

#EN# LES SABLES D’OLONNE, FRANCE - FEBRUARY 2: Skipper Clarisse Cremer, Banque Populaire X, is pictured celebrating with flares during arrival of the Vendee Globe sailing race, on February 2, 2021. (Photo by Vincent Curutchet/Alea) #FR# LES SABLES D’OLONNE, FRANCE - 2 FEVRIER: La skipper Clarisse Cremer, Banque Populaire X, est photographiée célébrant avec des feux à main lors de son arrivée du Vendee Globe, le 2 Février 2021. (Photo Vincent Curutchet/Alea)

Clarisse Crémer remonté le chenal des Sables avec un public nombreux venu l’accueillir. Un moment vécu intensément par Clarisse avant d’arriver aux pontons retrouver ses proches et son équipe puis d’aller en conférence de presse.

« Je suis hyper heureuse d’être ici. C’est un gros soulagement, on était stressé jusqu’au bout. Je suis contente d’avoir réussi et de retrouver mon équipe. Cet accueil est incroyable, j’hallucine !

J’ai vachement appris pendant cette course, ça donne presque envie de repartir avec ce bateau-là, maintenant que j’ai appris plein de choses dessus. Je me rends compte qu’au début du Vendée Globe je ne savais pas bien m’en servir et j’ai découvert la bête au fur et à mesure. C’est sympa d’être plus à l’aise sur sa machine. Le temps de préparation était un peu court, je l’ai senti la première semaine ou j’étais un peu intimidée sur tout ce qu’il y avait à faire.

Je pense que j’en ai moins bavé que d’autres en termes de problèmes techniques. J’ai la chance d’avoir une équipe de dingue et un bateau très bien préparé. C’était aussi un parti pris depuis le début de faire très attention à mon bateau. J’ai parfois regretté de ne pas avoir assez tiré sur la machine, mais l’objectif était de finir. J’en ai donc bavé, surtout du point de vue de la fatigue et la sensation de sans cesse avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête, en me demandant quand allait arriver le prochain pépin. A partir du moment où j’ai arrêté d’y penser, ça allait mieux. « 

Conférence de presse

À propos de ses sentiments à l’arrivée

“Je suis un petit peu perdue, ça fait beaucoup de choses quand on vient de passer trois mois seule sur un bateau autour du monde. C’est beaucoup de soulagement surtout car pendant tout ce temps, on vit avec la peur que quelque chose nous empêche de finir notre objectif donc quand on réussit, ça fait un coup de pression en moins.

« Et puis ce chenal ! Je suis encore sous le choc »

Fierté ? Je ne sais pas si c’est le bon mot. Mais je suis fière d’avoir réussi à emmener mon bateau au bout de la course… Quand je suis partie sur l’eau, je ne savais pas tout faire à bord. C’est un sentiment agréable de sentir qu’on maîtrise mieux son sujet, son bateau, je suis dans un état de fascination avec ces bateaux. Le truc, dans 40 nœuds dans le golfe de la Gascogne, ça passe. Les bateaux tiennent, ils sont fait pour faire ce tour du monde…

Le record (féminin autour du monde en solitaire en IMOCA), on est tous d’accord pour dire que c’était il y a 20 ans, ce sont des éditions très différentes, des bateaux différents. La durée du Vendée Globe n’est pas représentative de l’intensité de la course et de ce que les marins ont fait dessus. C’est quelque chose d’amusant de se dire qu’on est la femme la plus rapide autour du monde en solitaire et en IMOCA, mais ça sarrête là. Par contre recevoir un message d’Ellen MacArthur, c’est la classe.

Le point commun entre une aventure entrepreneuriale et le Vendée Globe : ce sont des aventures qui demandent beaucoup d’énergie, à croire en quelque chose qu’on ne connaît pas du tout, qui demande de se lancer sans connaître tous les paramètres. Ça demande du travail et de l’énergie.

« Etre la première femme , ce n’est pas ce qui importe »

Mon but était de terminer le Vendée Globe en naviguant bien, en étant en mode course et pas en promenade de santé. Le fait d’être première femme, c’est chouette, c’est une cerise sur le gâteau car on est peu nombreuses, ça met en valeur les projets. Mais sur l’eau, il n’y a pas de différence entre le fait d’être une femme ou un homme. `Ce n’est pas ça qui détermine notre façon de naviguer ou notre façon d’appréhender la course. Je pense à toutes les femmes qui sont sur cette édition, à celles qui étaient devant et qui n’ont pas eu de chance. Le Vendée Globe, ce n’est pas qu’une course, c’est aussi boucler un tour du monde en solitaire à la voile et ce n’est pas rien.

« J’ai apprécié la lumière »

C’est bien le Vendée Globe parce qu’on ne voit que de l’eau… La planète n’est pas si grande que ça, j’ai réussi à faire le tour en 3 mois. A la fin, on se sent perdu au milieu de nulle part. On se rend compte à quel point la nature est énorme, puissante, sublime et qu’elle peut nous écraser. J’ai quand même vu des déchets jusqu’au milieu du Pacifique ou de l’Atlantique, une bouteille vide, un baril de pétrole, etc. Tu ne vois aucun signe de civilisation à part ça.. Même au milieu de nulle part, il y a des signes de notre présence pas très positive sur terre. Par contre, j’ai apprécié la lumière. “Que la lumière est belle” comme disait ma grand-mère tous les jours. Même dans les moments de détresse psychologique, le spectacle de la lumière m’a portée.

« Une épée de Damoclès pendant 3 mois »

Je pense que le moment où je me suis sentie en danger, c’est quand Kevin a eu son gros souci. Quand on se lance sur un projet Vendée Globe, il y a une petite part de déni, on est livré à nous-même pour se sortir de beaucoup de situations. Quand il y a eu le naufrage, on se rend compte que tout peut basculer. A ce moment-là, je me suis rendue compte que ce n’était pas une blague, qu’on était seul au milieu de nulle part, donc il faut faire attention.

Il faut garder en tête que, pendant 3 mois, on a une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Savoir que mon bateau était solide, ça me rassurait. Dans le Pacifique, j’ai ralenti, quand je me suis rapprochée des vents forts, la mer était de face, ça tapait d’une grande force, c’était impressionnant. Dans ces moments-là, j’étais contente d’avoir un bateau fiable et bien préparé par l’équipe de Banque Populaire.

« Le bateau, je le connais par coeur »

Mon objectif était de terminer. La voile est un sport de compromis. La première semaine a été très dure pour moi, ça a été le compromis. J’ai un gros esprit de compétition, c’était un crève-cœur de ne pas réussir à suivre le rythme qu’on s’était fixé avant le départ. J’ai décidé de faire un contour énorme de la dépression tropicale Thêta. J’ai passé toute la course à penser à “si j’avais foncé dans le tas?”. Finalement j’ai beaucoup fait la course avec mes routages et mes polaires. J’ai fait un peu à ma sauce. Le côté compétition est important et rajoute une grosse part d’intérêt au global.

J’aimerais repartir avec le même bateau, car maintenant je le connais par coeur. Je n’ai pas pu m’empêcher de réfléchir à ce que j’aurais pu faire de mieux à chaque fois. C’était génial ! Au départ, je ne peux pas dire que j’étais en osmose avec mon bateau, il m’impressionnait. Et puis je me suis habituée, j’ai pris mes repères. Pour la prochaine fois, j’aimerais bien en apprendre plus sur la façon dont il est construit. C’est génial d’être un pilote mais sur un Vendée Globe, il faut aussi avoir un bon bagage technique. »