Vendée Globe. Arrivée de Clarisse aux Sables

Clarisse Cremer,
2 FEVRIER: La skipper Clarisse Cremer, Banque Populaire X, est photographiée lors de son arrivée du Vendee Globe, le 2 Février 2021. (Photo Adrien Francois/Alea)

Clarisse Crémer a terminé son Vendée Globe après 87 jours de mer en franchissant ce mercredi la ligne d’arrivée aux Sables d’Olonne à la 12e place. Un bel exploit pour celle qui a débuté la course au large il y a 5 ans. Elle est la première femme de cette édition à finir.

À 31 ans, Clarisse s’offre la 12e place de cette édition et devient la femme la plus rapide du Vendée Globe, dépassant le record d’Ellen MacArthur (94 jours et 4 heures en 2000-2001) et faisant mieux que Samantha Davies (95 jours et 4 heures en 2012-2013). La navigatrice de Banque Populaire X, avec sa bonne humeur communicative et sa capacité à ne rien lâcher, s’inscrit ainsi avec panache dans l’histoire de la plus prestigieuse des courses au large.

Qu’est-ce qui lui passait par la tête, le 8 novembre dernier, quand elle a descendu seule les pontons, à saluer la haie d’honneur formée par les autres équipes avant de s’apprêter à disputer son premier tour du monde ? Clarisse Crémer affichait un large sourire et débordait d’enthousiasme, mais tout s’entremêlait, comme une sensation de vertige. Pourtant, la trentenaire n’est pas le genre de personnalité à entreprendre à moitié. Elle l’a montré durant ses études (HEC), en créant une start-up puis en décidant de tout quitter pour mieux se retrouver, en Bretagne aux côtés de son compagnon devenu mari, Tanguy Le Turquais.

« Cette opportunité, c’est aussi une responsabilité »
C’est Tanguy qui lui fait découvrir le goût du large. C’est à ses côtés qu’elle se prend à rêver d’une transatlantique en voyant les regards chargés d’histoires et d’anecdotes de ces téméraires qui s’élancent sur la Mini-Transat. Elle s’y engage à son tour en 2017, découvre les joies de mener seule son bateau au milieu de nulle part, voit que ça marche (2e) et se lance en Figaro. Banque Populaire lui propose alors de mener le projet IMOCA. Elle parle d’une « occasion en or », mais ne balaie pas les questions sur sa légitimité. « Je sais que d’autres skippers auraient pu avoir ma place. Cette opportunité, c’est aussi une responsabilité ».
Et c’est ce qui l’accompagne tout au long de son apprentissage express, d’abord aux côtés d’Armel Le Cléac’h (6e de la Transat Jacques Vabre) puis en solitaire, le temps d’un convoyage et de la Vendée Arctique Les Sables (12e). Ensuite, place au Vendée Globe, à la découverte du grand monde et d’une descente de l’Atlantique qui ne lui pardonne rien. Les fronts à répétition, la dépression tropicale Thêta, les quelques travaux à faire à bord (notamment l’hydrogénérateur arraché)… Tout s’accumule, la fatigue s’y ajoute et les doutes rongent. Une nuit, Clarisse écrit : « J’ai peur, je flippe grave. Je sais que chaque coup de vent hypothèque un peu la santé de mon bateau ». Elle n’hésite pas à parler de ses « petits coups de moins bien ».

L’impression « d’avoir gagné mes galons de navigatrice »
Mais les mots ne disent pas tout. Car Clarisse s’accroche, se bat, puisant en elle la force de caractère dont elle a fait preuve en Mini et en Figaro. « Je n’ai jamais eu envie d’abandonner », confiait-elle récemment. J’ai appris à éteindre mon cerveau, à continuer à avancer, à m’alimenter, à dormir, à me ménager ». Son caractère de battante a trouvé un sacré terrain de jeu. Les mers du Sud, les dépressions qui s’enchaînent, la zone d’exclusion des glaces à longer et, pour finir avec le Pacifique qui n’en a que le nom, des creux de plus de 7 mètres et des rafales dépassant les 40 nœuds.
À l’issue d’une énième bataille face aux colères de Neptune et d’Eole, Banque Populaire X a franchi le cap Horn. Ce rocher sombre qui découpe la mer offre « un moment d’émerveillement », l’impression « d’avoir gagné mes galons de navigatrice » et le soulagement « d’y être parvenue sans être découragée ». Le bateau n’est plus à apprivoiser et Clarisse en parle « comme de son meilleur ami ». Avec lui, elle parvient à distancer durablement Alan Roura (La Fabrique), à réaliser un long bout de chemin avec Romain Attanasio (PURE-Best Western Hotels & Resort) et à résister jusqu’à la semaine dernière au retour du foiler d’Armel Tripon (L’Occitane en Provence).

La remontée de l’Atlantique oblige encore à surmonter quelques tracas : deux montées au mât pour une réparation de J2, un pot-au-noir un peu récalcitrant et les dépressions qui s’amoncellent à proximité des côtes de l’Europe. L’arrivée a valeur de libération et souligne aussi une ambition nouvelle, une volonté tenace de ne pas s’arrêter là. « Si je pouvais repartir tout de suite pour un tour du monde, je le ferais », a-t-elle confié il y a quelques jours, comme une envie irrépressible de se jeter à nouveau dans ce tourbillon d’émotions.