Kevin Escoffier skipper de l’IMOCA Holcim-PRB pourra compter sur les conseils de Pascal Bidégorry pour établir la meilleure stratégie de course. Une situation pas encore très simple avec des modèles qui diffèrent encore entre eux à la veille du départ.
« Sur le départ, les fichiers météorologiques sont assez variables. Normalement, les conditions seront maniables, avec un départ au près dans environ 15 à 20 noeuds de vent. Le courant va jouer un rôle important, notamment au passage de la pointe Bretagne. Environ 48h après le départ, au niveau du Golfe de Gascogne, nous serons confrontés à un premier front. Il ne sera pas spécialement violent, mais pas particulièrement simple à négocier car il y a très peu de vent en arrière du front. Par la suite, en fonction des routages, l’idée est de faire du sud au maximum pour aller viser le sud de l’anticyclone des Açores, qui est en train de regonfler suite à la dépression importante que l’on vient de voir passer. Ces conditions me permettent d’être plus serein, mais nécessitent tout de même de bien anticiper ce premier front. L’objectif principal est de réussir à arriver dans les premiers dans le sud de l’anticyclone pour prendre le régime des alizés et partir au portant rapidement. Ce début de course va être très important. »
Maxime Sorel a épluché les fichiers météorologiques avec ses conseillers Christian Dumard et Christopher Pratt, recrue de choix, habitué aux foilers…
15 à 20 nœuds sur zone, une mer pas trop cabossée, Maxime Sorel pourra montrer ce que son nouveau foiler V and B – Monbana – Mayenne avec son dragon a dans le ventre. « Jusqu’à la pointe de la Bretagne, je vais naviguer grand-voile haute et sous J2 à l’avant. On sera au près avec pas mal de virements à faire et certainement à jouer avec le courant à la côte » analyse Max. « Dès vendredi, nous allons entrer dans le vif du sujet avec un premier front à négocier tôt le matin, 5 à 6 mètres de houle et des rafales possibles à plus de 40 nœuds ce qui ne sera pas de tout repos. Derrière ce front, nous nous attendons à une zone de transition sans vent qui ne sera pas facile à vivre mais qui nous donnera un peu de répit avant un deuxième front un peu moins actif. Par la suite, nous allons essayer de glisser au sud de l’anticyclone des Açores en choquant nos voiles peu à peu pour se retrouver dans les alizés au portant. Je suis heureux de tout ce qui a été fait lors de ces 15 jours de village Rhum. Mes différentes rencontres ont été très chouettes. Notre défi progresse avec de plus en plus de monde qui nous suit ce qui est très satisfaisant et à notre image. » Interviewé dans notre dernier numéro de Course Au Large n°101, Maxime entend au départ ne pas prendre de risque et si les conditions s’y prêtent, ce qui semble être le cas, montrer la vitesse de son bateau.
Louis Duc le skipper de l’IMOCA Fives-Lantana Environnement a le sourire à l’idée de prendre le départ ce mercredi mais il va falloir être ultra vigilant. 15 nœuds de vent, mer plate : les conditions attendues demain en Manche sont clémentes, mais ce ne sera pour autant pas une balade de santé : de nombreux pièges attendent les solitaires…
Louis Duc, skipper Fives – Lantana Environnement : « Il va y avoir du taff ! Ce qui m’embête le plus, ce sont les trois premières heures de course. Après un départ, c’est bien d’avoir un peu de temps pour se mettre dans le rythme, faire ses réglages. Là, comme le vent est dans l’axe, tout le monde va tirer des bords : il va falloir être ultra vigilant entre les IMOCA, les Classes Rhum, les Class40. Ça fait du monde sur zone. D’autant qu’il va y avoir un parc éolien à éviter entre Fréhel et Bréhat, on sera dans une zone de pêche, avec une petite bascule du vent à négocier, le tout le long des côtes et… de nuit ! Il va falloir bien dormir ce soir pour être en forme demain ! »
L’analyse d’Hervé Laurent, météorologue « La situation globale est plus maniable que si le départ avait été lancé dimanche dernier, mais les coureurs vont quand même avoir un front dépressionnaire à traverser vendredi matin, avec 30 voire 40 nœuds de vent et 4 mètres de creux. » Concrètement, cela se traduit par deux jours de près, face au vent et à la mer. « Ce ne sera pas très drôle, ni rapide… », résume Louis Duc. Une fois ce système météo négocié, le skipper Fives – Lantana Environnement va chercher à plonger vers les Açores, pour rejoindre les alizés. Mais cette « autoroute du sud » va se mériter : « Entre la 1ère dépression et les alizés, il y a une zone de transition située au niveau des Açores, qui s’annonce très stratégique : il va falloir être malin pour éviter de tomber dans des calmes, voire de vents contraires », prévient Hervé Laurent. Ensuite, la dernière phase de cette Route du Rhum devrait être une course de vitesse, en ligne droite vers la Guadeloupe. La bonne nouvelle, c’est que les alizés, ce flux subtropical qui pousse les solitaires vers l’arc antillais va reprendre du coffre et s’établir dès que les grosses dépressions qui ont agité l’Atlantique nord ces derniers jours seront passées.
Arnaud Boissières, skipper La Mie Câline s’apprête à prendre le départ de sa 4e Route du Rhum après 4 Vendée Globe. Avec l’ancien bateau de Sam Davies, il pense désormais à la performance.
« Nous sommes dans le vif du sujet après le briefing météo pour bien comprendre ce qui va nous attendre ce mercredi. C’est toujours important quelques jours avant le départ de se remémorer les bases. Cela fait déjà plusieurs jours que l’on sait que cela va être assez « rock and roll » avec près de 140 bateaux en course alignés et quelles que soient les conditions. C’est le jeu et c’est ça aussi le Rhum. C’est différent des autres courses. L’objectif premier c’est de prendre un bon départ et de partir un peu devant, cela évitera de devoir rattraper les plus petits, c’est important, encore plus cette année, pour pouvoir se libérer des ennuis. »
« Le trafic va être dense jusqu’en Guadeloupe, avec la densité de la flotte en course qui va traverser l’Atlantique et il n’y a pas que nous. Il y a les bateaux de pêche, des cargos et il y même un petit parc éolien pas loin…ça va mettre encore plus de piment. »
« C’est ma 4e Route du Rhum mais si j’ai fini quatre Vendée Globe, je n’ai fini que 2 Route du Rhum. J’avais dû abandonner la première mais en en 2010 j’ai fini 7e et la 3e avec la Mie Caline 2, j’ai fait 9e. Le bateau est fantastique. Il est ultra polyvalent. C’est le plus léger de la flotte. Sam a fait un super boulot avec son équipe. Elle a mis un mât court avec un grand J2, J0. Il est beaucoup plus maniable et facile que les autres bateaux et s’il est moins spectaculaire quand il vole, il reste performant, agréable à vivre.
Le bateau est plus puissant dans les phases d’accélération. Je me suis bien préparé en amont pour prendre la mesure du bateau. Je me suis entrainé avec Benjamin Dutreux et Yannick Bestaven. Sur les courses d’avant Rhum, j’ai fait 12e à la Bermudes. J’étais plutôt satisfait de ma course. La Vendée Arctique, je n’ai pas terminé. C’était compliqué mais c’était aussi une belle gifle pour se préparer. Je n’ai pas fait le defi Azimut pour passer du temps avec mes partenaires.
Comment je me situe par rapport à la flotte IMOCA ? C’est dur à dire, peut-être 12e sur 20. Il y a des bateaux neuf et ce n’est pas facile de savoir ce que cela va donner. Sur ce Rhum, il y aura des opportunité pour s’échapper et il faudra être dans le bon paquet. Il faut que j’arrive à rentrer dans les 10 premiers. J’ai le bateau pour et il est très bon dans les phases de transition. Si je repars sur une campagne Vendée Globe c’est pour jouer devant et avoir un bateau plus performant. On va faire évoluer le bateau, modifier l’étrave, acheter un nouveau jeu de voile. Clairement sur cette Route du Rhum, je cherche à scorer. Je ne cherche pas à me qualifier. Je vise un Top 7, c’est mon chiffre fétiche !
Le village a fermé ce dimanche tout comme le restaurant éphémère Escales Culinaires Guyader-Savéol qui a régalé nombre de coureurs et d’invités prestigieux avec le chef doublement étoilé Patrick Jeffroy autour du bateau skippé par Gwen Chapalain. Le goût du large autrement.
Dans la continuité des Escales Culinaires et l’amour du terroir breton, Patrick Jeffroy, chef doublement étoilé à Carantec pendant de nombreuses années accompagné par Guillaume Tirel ainsi que d’autres chefs Savéol aura offert une parenthèse unique à nombre d’invités le temps d’un déjeuner devant les ultimes encore à quai. L’occasion également d’échanger avec Christian Guyader passionné de course au large qui a participé déjà à la Route du Rhum et qui accompagne Gwen Chapalain pour cette édition.
Patrick Jeffroy : Le bilan est positif ! J’ai la chance de disposer d’un matériel incroyable comme si nous étions dans une vraie cuisine de restaurant avec des outils superbes ! Nous avons aussi de beaux produits. Je suis également bien entouré en cuisine avec des jeunes de l’école hôtelière de dinard et un second de qualité, Guillaume Tirel, fils de restaurateur et restaurateur lui-même de renom de la région. En salle, Christine mon ancienne assistante du restaurant à Carantec est une vraie professionnelle. Guillaume Tirel : J’avais déjà cuisiné lors du congrès international de Davos dans une cuisine éphémère donc je connais un peu les contraintes liées à ce type d’installation. J’ai beaucoup de plaisir à travailler avec Patrick Jeffroy. Je rejoins Patrick sur le fait que nous travaillons avec d’excellents produits et producteurs bretons. Le pain par exemple vient du Fournil de Bonaban à La Gouesnière qui est un boulanger qui travaille vraiment avec passion.
Pour Gwen Chapalain, bonne nouvelle, le départ s’annonce nettement plus maniable que le précédent finalement avorté. Il reste cependant complexe, avec notamment des premiers milles à effectuer au près pour sortir de la Manche puis deux passages de fronts dans la foulée. « Ce qui est certain, c’est que l’on était tous mieux à terre qu’en mer ce lundi », assure le skipper du catamaran ORC50 Guyader – Savéol qui décortique chaque nouveau fichier météo avec son équipe, et ne cache pas son impatience de rentrer à présent dans le vif du sujet. « Il va falloir choisir entre la route de la performance et celle de la sagesse », note le Douarneniste. De fait, après des premiers milles dans du vent médium au près à tricoter le long de la Bretagne nord, tout en jouant au mieux avec les courants, le navigateur va devoir opérer un choix de route important en mer d’Iroise. Ouest ou sud ? Tel sera le dilemme. « Il faudra trouver la bonne porte. Aller dans l’ouest signifie potentiellement prendre un peu cher. Pour ma part, je me mets des seuils de mer et de vent dans lesquels je ne souhaite pas aller pour préserver l’intégrité du bateau, le but premier étant d’arriver de l’autre côté », détaille Gwen qui s’attend à une traversée intéressante sur le plan stratégique, mais aussi plutôt rapide, avec une trajectoire très proche de la route directe. « Pour l’heure, je reste concentré. Il ne reste plus que quelques fruits et légumes à ajouter à mon avitaillement et, bien sûr, quelques crêpes fraîches », termine Gwen Chapalain qui empruntera l’écluse de la Cité Corsaire demain à 6h20 avant de rallier la zone de départ au large de la pointe du Grouin… puis de mettre le cap sur les Antilles !
Pour Corentin Douguet la météo promet une traversée de l’Atlantique express – entre 14 et 15 jours pour les Class40. « Pas simple mais rigolo », résume le skipper de Quéguiner – Innoveo qui va devoir faire les bons choix stratégiques pour sortir de la Manche et rejoindre les Açores, mais aussi montrer sa capacité à naviguer pied au plancher dans la durée. Et pour cause, sur les 3 542 milles du parcours entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre tels qu’ils se dessinent pour cette 12e édition, il va en effet s’agir d’être à la fois sprinteur et marathonien !
« On était déjà prêt à partir dimanche alors forcément on l’est pour demain. Il n’y a plus grand-chose à faire sinon l’avitaillement du frais. Il est temps de s’élancer et de mettre le cap sur les Antilles ! Ça s’annonce rapide avec une trajectoire assez proche de la route directe », assure Corentin Douguet qui pourrait donc mettre entre 14 et 15 jours pour rallier Pointe-à-Pitre et ainsi nettement améliorer le temps de référence de la course établit par Yoann Richomme lors de la dernière édition, il y a quatre ans : 16 jours, 3 heures, 22 minutes et 44 secondes. « La Route du Rhum est avant tout une course et le but du jeu est d’arriver avant les autres », rappelle toutefois le skipper de Quéguiner – Innoveo qui ne se trompe pas d’objectif et reste focalisé sur l’essentiel, comme à son habitude. « Si c’est une transat rapide, cela voudra dire que l’on a eu de belles conditions de navigations et c’est tout ce qui importe pour nous. Pour l’heure, les fichiers ont l’air à peu près d’accord et on a un schéma à peu près défini en tête. Tout peut cependant encore évoluer et de petites nuances sont susceptibles de faire de grosses différences, comme après le passage du premier front, vendredi, avec, potentiellement une belle zone de molle à traverser », note le Nantais qui sait que sur l’eau, rien ne se passe jamais comme prévu ou, à tout le moins, que rien n’est aussi simple qu’il n’y paraît.
De la stratégie importante dans les premiers milles « Traverser l’Atlantique, ce n’est pas anodin », rappelle le navigateur qui s’apprête à réaliser l’exercice pour la neuvième fois de sa carrière en course (la dixième au total et la troisième en solo). « Il peut se passer beaucoup de choses même si, a priori, on est sur un classique du genre, avec deux fronts à passer avant de cavaler pour passer sous l’anticyclone des Açores qui semble se remettre en place. On ne sait pas encore si les alizés vont rester établis ou non, et une petite onde tropicale sur la fin du parcours pourrait bien redistribuer les cartes. Ce ne sera pas simple mais rigolo. Je pense que l’on va avoir une belle Route du Rhum et, au vu des conditions, beaucoup de bateaux à l’arrivée », se réjouit Corentin, visiblement serein à la veille du grand départ et plus déterminé que jamais à aller inscrire son nom au palmarès de l’épreuve. « On va partir avec une petite vingtaine de nœuds de vent puis tirer des bords au près le long de la Bretagne. Pour le coup, j’ai déjà deux-trois repères », relate le marin dont l’expérience sur le circuit Figaro Bénéteau sera assurément un atout. « Le scénario du début de course n’est pas totalement pour me déplaire même si, comme tout le monde, j’aime bien faire du bateau dans le sens du vent plutôt que le contraire. On va dire que ça ne me déplait pas en termes de performance. A moi de tirer les bons bords et de faire les bons choix stratégiques ! », termine Corentin Douguet qui, pour information, empruntera l’écluse du port de la Cité Corsaire demain à 8h20, avant de rejoindre la zone de départ.
Pour Erwan Le Roux le nouveau contexte météo de la course s’annonce à la fois passionnant sur le plan stratégique et rapide. Tellement que si l’on en croit les derniers routages, le temps de référence des Ocean Fifty établit par le Trinitain en 2014 (11 jours, 5 heures, 13 minutes et 55 secondes) pourrait tomber.
« On pourrait mettre moins de dix jours cette année car la trajectoire idéale est très proche de la route directe. Mais ça, c’est sur le papier. Dans les faits, on ne sait pas dans quelle mesure les petites « patates » sur l’avant du grand front froid qui nous attend à la longitude des Açores vont perturber la situation car on ne connait jamais trop leurs trajectoires », note le skipper de Koesio qui ne cache pas son impatience d’en découdre.
« Je suis en forme et prêt à entrer en action. Ça s’annonce bien. On va partir au près dans 15-20 nœuds de vent. Ce ne sera pas simple de sortir de la Manche. Il faudra jouer avec les différences de pression du vent et les courants, tantôt à terre, tantôt au large. Dans tous les cas, on va vite se retrouver à Portsall avec la possibilité de passer dans le Four ou dans le Fromveur. On verra ça le moment venu », détaille Erwan dont le plan d’attaque est globalement très clair jusqu’au passage d’un premier front au large du cap Finisterre, puis d’un deuxième, plus fort, dans la foulée.
« Il va y avoir des choses à faire. D’emblée, on pourra perdre ou gagner du terrain. En mer d’Iroise, plusieurs choix seront possibles. Pour l’heure, la route ouest ressemble à une route de jeu vidéo, avec une mer abominable. Je ne l’envisage pas, en tous les cas pour le moment », assure le Morbihannais qui entrera en piste demain après-midi après avoir embouqué le Pertuis puis l’écluse de la cité Corsaire ce mardi soir, aux alentours de 20 heures.
Le briefing météo de l’organisation aux skippers ce mardi 8 novembre, veille du départ laisse présager une météo classique pour cetteédition. Une transat d’automne qui restera engagée avec deux passages de front à passer pour les concurrents.
Si les conditions s’annoncent modérées pour le départ, 15-20 nœuds de vent d’ouest/sud-ouest, 1,50 m de houle, un ciel qui devrait laisser la part belle aux éclaircies, le départ tant attendu de la 12e Route du Rhum – Destination Guadeloupe avec 138 bateaux devrait être exceptionnel ! un système dépressionnaire situé sur l’atlantique offrira beaucoup de jeu dès les premiers jours. Entre jeudi et vendredi une dépression tropicale va remonter très vite au nord amenant beaucoup de pluie et des vents assez forts avec une zone de transition en avant qu’il faudra traverser. Les modèles divergent encore entre eux et il faudra attendre les derniers fichiers météos mercredi matin pour avoir une vision précise des enchaînements.
Interrogé à la sortie du briefing, Jean-Luc Nélias nous en dit plus : “La météo s’annonce tonique. Ce sera encore agité. Il y aura des routes pour se protéger mais les routes gagnantes se joueront encore dans du vent fort. Il y a deux enchainements météo qui vont être difficiles à vivre.”
Si les conditions seront beaucoup plus maniables que dimanche dernier, le départ et les heures qui suivent ne seront pas simples : « Il va falloir tirer des bords dès le départ à 138 bateaux, ce ne sera pas évident. Il y a des zones à éviter, notamment le parc éolien (devant la baie de Saint-Brieuc, ndlr). Il y a des bouées tout autour du parc, et lors du convoyage pour venir à Saint-Malo nous sommes passés très près de l’une d’entre elles, nous ne l’avions pas vue. Ce sera un début de course sous tension », souligne Arnaud Boissières (La Mie Câline).
Croisements de bateaux, courants, zones interdites à la navigation, filets de pêche dérivants dans le nord-ouest du plateau des Minquiers, coquilleurs le long de la côte, les pièges seront nombreux. Louis Duc (FIVES – LANTANA ENVIRONNEMENT) explique : « Il va y avoir du taff ! Ce qui m’embête le plus, ce sont les trois premières heures de course. Après un départ, c’est bien d’avoir un peu de temps pour se mettre dans le rythme, faire ses réglages. Là, comme le vent est dans l’axe, tout le monde va tirer des bords : il va falloir être ultra vigilant ».
Météo : des choix stratégiques cruciaux La sortie de Manche permettra à chacun de se mettre dans son rythme et les premiers choix stratégiques interviendront à Ouessant. En effet, un premier front froid commandé par une perturbation centrée sur l’Islande attend la flotte à partir de jeudi (pour les Ultim 32/23) avec des vents de 30 à 35 nœuds de sud/sud-ouest sur son avant. Il est rejoint par un second front ce qui promet une bascule de vent à l’ouest/nord-ouest de courte durée. « La transition ne sera pas franche et l’incertitude demeure quant à la force du vent sur l’arrière du front », expliquait Cyrille Duchesne ce matin. Autre obstacle à surveiller, une ondulation remonte dans la nuit de jeudi à vendredi des Açores à l’Irlande et peut générer un développement actif et des vents potentiellement supérieurs à 40 nœuds. « Dans ces conditions d’incertitude, il n’est pas certain que le jeu d’une route plein ouest soit forcément payant et beaucoup de skippers s’interrogeront sur la meilleure façon de se préserver en gagnant au Sud dès la sortie de la Manche », concluait le météorologue.
Attraper les alizés Dès samedi, l’anticyclone des Açores prolongé par une dorsale reprend sa place conventionnelle au large des Açores. Alors que les premiers chercheront à rejoindre l’alizé en allant empanner sur sa bordure orientale, les classes moins rapides devront exploiter les petites bascules à l’ouest pour gagner au sud sur une route moins proche de l’orthodromie et nettement moins rapide. Maxime Sorel (V and B – Monbana – Mayenne) analyse la situation pour les IMOCA : « Dès vendredi, nous allons entrer dans le vif du sujet avec un premier front à négocier tôt le matin, 5 à 6 mètres de houle et des rafales possibles à plus de 40 nœuds ce qui ne sera pas de tout repos. Derrière ce front, nous nous attendons à une zone de transition sans vent qui ne sera pas facile à vivre mais qui nous donnera un peu de répit avant un deuxième front un peu moins actif. Par la suite, nous allons essayer de glisser au sud de l’anticyclone des Açores en choquant nos voiles peu à peu pour se retrouver dans les alizés au portant. »
Réactions Yves Le Blévec (Actual Ultim 3) – Ultim 32/23 : « On voit bien que le schéma général ne nous place plus dans l’impasse de dimanche. Les conditions seront très bonnes pour lancer le départ et sortir de la Manche. Dès la sortie, la météo imposera des choix de route assez marqués. Il est possible que la situation se dégrade sur le premier front et le routage lui n’a jamais peur. Donc je ne fais aucune prédiction de temps de course et je m’apprête à m’adapter au dernier moment à l’évolution de la situation. J’ai pu bien me reposer notamment hier et j’ai repris ma routine de préparation après une journée de dimanche assez sollicitante. Je suis prêt. »
Armel Tripon (Les P’tits Doudous) – Ocean Fifty : « Ça va être tonique. Le passage du front n’est pas encore très clair et ça peut se creuser. Il y aura deux stratégies après Ouessant. Tirer la barre et partir à l’Ouest dans le dur ou se protéger un peu en se décalant Sud. Je ne sais pas s’il faudra aller traverser le second front. Les modèles ne sont pas calés et il est peut-être possible de rejoindre la bordure de l’anticyclone dès le premier front, ce qui fait plutôt envie évidemment. »
Tanguy Le Turquais (LAZARE) – IMOCA : « J’ai des fourmis dans les jambes. Le report du départ est un exercice mental assez difficile mais on commence à avoir l’habitude des transatlantiques reportées. Je sais comment réagir. La première semaine de course reste tendue, la grosse différence c’est qu’il y a des échappatoires au Sud. Ceux qui ne se sentent pas d’aller affronter les fronts peuvent avoir du vent moins fort. Je ne veux pas mettre la compétition de côté donc je ferai la trajectoire optimale. »
Kojiro Shiraishi (DMG MORI Global One) – IMOCA : « Le bateau est prêt, je remercie mon équipe d’ailleurs car tout le monde a bien travaillé. Je suis content de partir et je veux arriver le plus vite possible car mon sponsor m’attend en Guadeloupe et il doit repartir rapidement ! Je vais essayer de ne pas faire de choses trop extrêmes, je vais y aller le plus « safe » possible pour être sûr d’arriver en Guadeloupe. On a défini un plan de course avec l’équipe, on s’est dit que l’on voulait aller vite en préservant le bateau. »
Jean Galfione (Serenis Consulting) – Class40 : « On repense enfin à la course, à aller vite et la tension de la course revient. Il y aura des fronts à passer, c’est encore un peu instable et il y a plusieurs tendances qui se dégagent. Je vais essayer de faire les choses proprement, ne pas être en mode ‘fou furieux’ et préserver le bateau pour ne pas casser. Je sais que je ne vais pas bien dormir cette nuit mais c’est une bonne chose : ça montre que je suis concerné et déjà très concentré. »
Laurent Etheimer (Happy) – Rhum Multi : « On va faire 5 jours de près, ce n’est pas le point fort du bateau mais tant pis, on verra bien. J’ai déjà ma petite idée sur les options, à affiner bien-sûr mais, en gros, on devrait couper le Golfe pour faire une route au près jusqu’aux Açores : une route assez directe, c’est pas mal. »
Guy Pronier (Terranimo) – Rhum Mono : « Il va falloir décider si on est sage … ou pas ! Pour ma part, la décision se prendra avec mon équipe à terre en fonction de la façon dont je vais vivre ce début de course et dont je me sentirai à la sortie de Manche : soit je me sens en forme et combattant auquel cas j’attaquerai ; soit je lèverai le pied pour faire un peu de sud et faire le tour par en-dessous. »
Kito de Pavant, skipper du Class40 HBF – Reforest’Action salue le report du départ et nous en dit plus sur les conditions météos qui attendent les skippers mercredi.
” Les 15 jours que nous avons passés ici à Saint-Malo ont été denses. Hier, comme prévu, le village et les quais se sont vidés des dizaines de milliers de personnes qui passaient chaque jour pour voir nos jolis bateaux. On n’a pas l’habitude d’avoir ce temps disponible avant de partir en course, donc on va le mettre à profit !
Le report du départ était une sage décision de la part des organisateurs et de la direction de course [à lire dans le carnet de bord sur le site de Voiles et Voiliers]. C’est une bonne chose que les 138 bateaux repartent en même temps dans des conditions plus maniables. Mais ça ne sera pas facile non plus ! Mercredi, au large de Saint-Malo, il y aura une quinzaine de nœuds de vent d’ouest. Après la ligne de départ située au large de la pointe du Grouin, il nous faudra donc tirer des bords pendant 3 ou 4 heures jusqu’au cap Fréhel. Soit 16 milles avec le courant de face, très fort, la pleine lune entrainant de forts coefficients de marée. Les premières heures vont être difficiles, toniques, avec beaucoup de virements de bord dans 15-20 nœuds de vent. Puis le courant va s’inverser comme toutes les six heures.
Deux fronts, puis tout schuss jusqu’aux Antilles
Il faudra ensuite négocier l’arrivée de deux fronts avec du vent de sud : un premier pas trop fort avec 30 nœuds puis un second qui pourrait arriver vite avec 40-45 nœuds en Atlantique. La suite, c’est une descente rapide vers les Antilles avec du vent jusqu’au bout. Les 6 classes de cette 12e édition de la Route du Rhum devraient aller vite. Les routages annoncent 14 jours pour nous, c’est peut-être un peu optimiste… Entre la théorie et la réalité, il y a souvent un petit décalage, donc je mise sur 15 jours de navigation et je garde 17 jours de nourriture à bord parce qu’il reste beaucoup d’incertitudes. Comme avant chaque départ de course, on se pose beaucoup de questions, on s’interroge sur les difficultés que l’on va rencontrer. Mais en fait, ce n’est pas plus compliqué que d’habitude.”
GITANA, Maxi Edmond de Rothschild. DRoneNavigation Média .14 September, 2017.
Avec le report du départ, les conditions météos pourraient s’annoncer propices pour battre le record de la course établi par Francis Joyon en 2018 avec une course qui pourrait durer moins de 6 jours en Ultim !
7 jours, 14 heures, 21 minutes et 47 secondes. C’est très précisément le record absolu de La Route du Rhum – Destination Guadeloupe, établi en 2018 par Francis Joyon à bord de son fidèle IDEC Sport, un trimaran lancé en 2006. Depuis, les progrès réalisés sur les Ultim 32/23 ont été considérables, extraordinaires même. Sur le papier, le record de Joyon est tout à fait prenable. Encore faut-il que la météo le permette, ce qui semble être le cas avec un départ le mercredi 9 novembre.
Une course de moins de 6 jours pour les premiers Ultim 32/23 ? Tout comme Franck Cammas, vainqueur de La Route du Rhum 2010, le navigateur Morgan Lagravière fait partie de la cellule de routage qui entoure Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild). « En partant dimanche, l’espoir de battre le record était réduit car les conditions vraiment très fortes auraient impacté la gestion du bateau et donc sa vitesse. Il y avait beaucoup d’incertitudes sur les premiers jours de course, explique Morgan. Avec le report du départ à mercredi, la situation change clairement. Aujourd’hui, les deux modèles de prévision auxquels nous avons accès (CEP et GFS) sont en phase. Quand on lance des routages, les temps de course sont très intéressants en Ultim 32/23, en dessous du record avec une traversée possible en un peu moins de 6 jours ! Bien sûr, pour Charles Caudrelier et ses concurrents, la grande priorité est d’arriver avant les autres. Mais passer sous la semaine de course, avec un record à la clé, ce serait un joli bonus. » Christian Dumard, notamment routeur de Francis Joyon (IDEC Sport), voit lui aussi une course très rapide. « Le début ne sera quand même pas tout rose avec le passage d’un front fort et une mer formée ; on est quand-même sur un départ de Route du Rhum !, prévient-il. Ensuite ça devrait aller vite pour toutes les classes de bateaux et particulièrement les Ultim 32/23. S’ils ne cassent pas, on pourrait être sur un scénario à 6 jours, voire 5 jours et demi ! »
En IMOCA aussi le record pourrait bien tomber En IMOCA, le record de La Route du Rhum – Destination Guadeloupe est détenu par François Gabart depuis l’édition 2014. Son temps de course : 12 jours 4 heures 38 minutes et 55 secondes. Il naviguait sur un bateau mis à l’eau en 2011 et non équipé de foils. Cet IMOCA est d’ailleurs au départ cette année, entre les mains de Benjamin Ferré (Monnoyeur – Duo For a Job). Les progrès ont été considérables depuis avec l’avènement des foilers de plus en plus performants, surtout aux allures de reaching (vent de travers) et de portant. Morgan Lagravière fait également partie de la cellule météo de Thomas Ruyant (LinkedOut). « Les routages pour les meilleurs IMOCA donnent un temps de course de moins de 11 jours, dit-il. Le début de course sera délicat, avec un premier front à passer. Ensuite, les conditions seront favorables avec un vent permettant de progresser au travers et au portant, des allures propices à la vitesse. Les alizés semblent bien établis. Autre paramètre engageant : les trajectoires pourront être assez proches de l’orthodromie, la route directe. » Christian Dumard, qui travaille la météo avec plusieurs skippers IMOCA, voit lui aussi un temps de course de 10 à 11 jours. « L’arbitre sera l’état de la mer qui leur permettra de tenir les routages ou pas », souligne-t-il.
Ocean Fifty : l’Atlantique en 10 jours ? Les Ocean Fifty seront probablement un peu moins rapides que les derniers IMOCA pendant les 3 ou 4 premiers jours de course où la flotte va filer presque plein Ouest comme si l’arrivée se disputait à Charleston ! Ensuite, ils devraient reprendre un petit ascendant dans l’alizé. Pour les trimarans de 50 pieds, la navigation promet d’être très tonique et assez engagée compte tenu de l’état de la mer qui s’annonce forte notamment entre les Açores et l’Irlande. En Ocean Fifty, le record de l’épreuve a été établi en 2014 par Erwan Le Roux en 11 jours 5 heures 13 minutes et 55 secondes. A nouveau engagé cette année, le skipper de Koesio est optimiste quant à la possibilité de faire mieux : « Sur le précédent départ, nous étions sur un parcours de 11 jours. Là, on tombe à moins de 10 car la route idéale est très proche de l’orthodromie. Il faudra quand même bien se méfier des petites “patates” sur l’avant du grand front froid qui nous attend à la longitude des Açores. »
Class40 : le record plus que jamais en ligne de mire Le record détenu par Yoann Richomme depuis 4 ans (16 jours, 3 heures, 22 minutes et 44 secondes) a de forte chance d’être battu à Pointe-à-Pitre, en Région Guadeloupe. Tanguy Leglatin suit de nombreux skippers en Class40. « A priori, on part sur une configuration de course proche de la route directe, avec sans doute le même nombre de fronts ou un de moins. Ça devrait aller plus vite », explique-t-il. Christian Dumard fait un constat similaire : « Même si ça reste très loin en termes de prévision, les Class40 pourraient boucler la course vite, peut-être en 14 ou 15 jours. » Fabien Delahaye, qui travaille notamment auprès de Yoann Richomme (Paprec – Arkéa) et de Corentin Douguet (Queguiner – Innoveo) poursuit l’analyse : « Dès la pointe Bretagne, il y a des routes qui permettent d’avoir le champ libre pour faire des choix stratégiques. Il faut voir comment la météo va évoluer mais le record est complétement possible. » Au-delà des conditions météorologiques, plusieurs facteurs rentrent en compte : la puissance et la facilité à passer la mer des nouveaux bateaux (les scow) et le fait qu’il va y avoir du match jusqu’au bout. Le fait de batailler en permanence en tête de course contribue à accélérer le rythme global. « Les concurrents se regardent en permanence, ils savent très bien si un autre skipper tire plus sur son bateau. On verra où ils sont prêts à mettre le curseur dans l’engagement », conclut Tanguy Leglatin.
Enfin, dans les catégories Rhum Multi et Rhum Mono, les marins s’attendent eux aussi à bien filer sur l’Atlantique, à l’instar de Fabrice Payen (Ille-et-Vilaine Cap vers l’inclusion) : « Je vais continuer à suivre l’évolution des fichiers mais on devrait partir dans des conditions favorables. La bonne nouvelle, c’est que les fichiers nous envoient sur une route proche de la route la plus courte. On va en profiter, cela relance la course par rapport au départ initial. On peut s’attendre à de belles bagarres dans toutes les classes, avec des temps de parcours rapides. »