Sardinha Cup. Mael Garnier et Pierre Leboucher devant

Après 48 heures de course, au cours desquelles la vitesse au près a primé sur la stratégie, générant finalement peu d’écart au sein de la flotte, dont les vingt premiers sont réunis en moins de 10 milles, la situation météo va se corser dans les prochaines heures pour les 22 duos partis lundi du Pays de Saint-Gilles : « Il y a une grosse dépression dans le nord de l’Europe qui est en train d’écraser l’anticyclone des Açores, créant une dorsale anticyclonique (extension de cette anticyclone) qui se place pile poil en travers de la route des concurrents. On peut donc s’attendre à les voir sérieusement ralentir dans les heures qui viennent », explique Guillaume Rottée, le directeur de course de La Sardinha Cup.

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Mercredi en milieu d’après-midi, le gros de la flotte, emmené par le duo Achille Nebout/Pierre Quiroga (Amarris-Primeo Energie), est environ à une centaine de milles du Cap Finisterre, sous la pointe nord-ouest de l’Espagne, qu’il devrait franchir, selon Guillaume Rottée, « jeudi après-midi. » Et le directeur de course d’ajouter : « Le but pour eux est de traverser la dorsale le plus vite possible ; à ce jeu, la position à l’est de Pierre Grenié et Valentin Dantec (Prisme Océan) semble défavorable car une dorsale se traverse plus vite perpendiculairement, du nord au sud, que transversalement, d’est en ouest. Ensuite, il y a de fortes chances, vu les conditions qui s’annoncent, que les premiers à en sortir soient les premiers à Figueira da Foz. » Effectivement, l’alizé portugais semble bien présent sous la dorsale, avec un flux de nord de 25 nœuds qui promet une belle et rapide descente sous spi le long des côtes, pour une arrivée prévue vendredi après-midi.

Sur les 44 skippers qui ont pris le départ lundi de la Course 1 Pays de Saint-Gilles Tourisme, première des deux étapes de La Sardinha Cup 2022, 22 ont moins de 30 ans, 14 ont 25 ans ou moins, soit quasiment un tiers de la flotte ! Quatre duos sont 100% bizuths sur la course – Basile Bourgon/Brieuc Lebec (Edenred), Victor d’Ersu/Tiphaine Ragueneau (Mercy Ships), Pierre Grenié/Valentin Dantec (Prisme Océan) et Romen Richard/Victor Le Pape (Passion Santé-Trans-Forme) – tandis que parmi les nouvelles têtes à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, on peut aussi citer Maël Garnier (Ageas-Team Baie de Saint-Brieuc), Swann Hayewski (La Charente-Maritime) ou Chloé Le Bars (Région Bretagne-CMB Océane).

« Il y a un sacré renouvellement de la flotte au point que je fais presque partie des plus anciens,constate Corentin Horeau (Mutuelle Bleue), du haut de ses presque 33 ans (il les fêtera lundi prochain). Ce qui est marquant, c’est de voir que certains jeunes arrivent assez vite à accéder aux premières places et au podium. » Chargé au sein du team Région Bretagne-CMB de former Chloé Le Bars, Ronan Treussart ajoute : « Je me souviens que sur la première édition de La Sardinha Cup, il y avait encore un certain nombre de marins de 30-40 ans assez expérimentés. Là, c’est vrai qu’il y a pas mal de jeunes qui viennent de tous les horizons, c’est bien de voir que la classe Figaro Beneteau les intéresse, d’autant qu’elle a besoin de se renouveler. »

Effectivement, parmi ces jeunes, les profils sont assez différents : si beaucoup ont débuté par la voile légère, du Laser (Chloé Le Bars, Maël Garnier, Romen Richard…) à la planche (Victor Le Pape, Victor d’Ersu), en passant par le 420 et le 470 (Swann Hayewski, qui faisait déjà équipe avec son co-skipper sur La Sardinha Cup, Alexis Thomas), d’autres ont plutôt pratiqué l’inshore et le match-racing sur des supports comme le J80, à l’instar de Tiphaine Ragueneau ou Pierre Grenié. Et ils sont quelques-uns à avoir déjà une expérience du large en ayant participé à l’édition 2021 de la Mini Transat, comme Basile Bourgnon (le plus jeune de la flotte, 20 ans, qui a même couru une Transat Jacques Vabre à l’âge de 17 ans), Brieuc Lebec, Victor d’Ersu et Chloé Le Bars.

Ce qui les attire sur le circuit Figaro Beneteau ? « La bagarre qu’il y a en permanence sur l’eau, ça me stimule vraiment », répond cette dernière qui s’est lancée au large après ses études de kiné. « J’ai exercé pendant huit mois, j’ai une grosse expérience professionnelle (rires) ! Pour l’instant, je ne compte pas redevenir kiné, mon objectif est de durer en course au large et en Figaro. » Lui aussi passé par des études de kiné, Victor d’Ersu explique de son côté : « Ce qui me plaît en Figaro, c’est le plateau et le niveau qui est super élevé, c’est un passage un peu obligatoire pour progresser. Et du fait de la monotypie, l’intensité qu’il faut mettre est supérieure à ce que tu trouves sur d’autres bateaux, c’est presque de l’inshore au large ! »

Sa co-skipper, Tiphaine Ragueneau, vétérinaire en milieu rural à Rosporden (Finistère) – « Je fais les vaches et les chevaux », sourit-elle -, ne dit pas autre chose, elle qui a dû poser des congés pour venir sur La Sardinha Cup : « Ce qui surprend sur ce circuit, c’est le peu d’écart entre les concurrents. L’importance des manœuvres et des timings est assez similaire à ce qu’on connaît en match-racing alors qu’on fait des courses de quatre jours ! Et c’est un support sur lequel on peut assez vite monter en puissance en travaillant. Et quand on voit les marins qui sont passés par là et ont fait une belle carrière après, on se dit que c’est encourageant d’aller dans cette voie. »

« Il y a pas mal de « vieilles têtes » qui me faisaient rêver qui sont parties, mais il reste les Alexis Loison ou Corentin Horeau, ça fait plaisir de venir se bagarrer contre eux », sourit quant à lui Romen Richard. Que, contrairement à son co-skipper Victor Le Pape – frère de Martin, qui sort de six années de Figaro, et fils de Christian, fondateur du pôle Finistère course au large -, rien ne prédestinait à s’élancer sur des courses hauturières comme La Sardinha Cup : « Je suis né à Paris, j’ai appris la voile à Strasbourg sur le Rhin, mes parents vivent à Clermont-Ferrand. » Passé par un sports-études à La Rochelle et diplômé de l’Essec (école de commerce), le Franco-Espagnol (sa mère est originaire des Canaries) a peu à peu mordu à l’hameçon du large.

Et aspire, comme le Bordelais Pierre Grenié, détenteur d’un double diplôme Sciences Po/ingénieur, ou son co-skipper Valentin Dantec, qui vient de valider une licence de génie mécanique à Lorient, à emmagasiner de l’expérience sur La Sardina Cup et, pourquoi pas, à s’y faire remarquer, afin de convaincre des partenaires de se joindre à eux…