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L’exploit de Joyon à la Une de Course Au Large

Sortie CAL 28
DR

« Francis Joyon : l’exploit», » annonce à la Une ce numéro 28 de Course Au Large. En pulvérisant de deux semaines le record d’Ellen MacArthur en solitaire autour du monde, le pilote du grand trimaran IDEC signe une performance inédite qui méritait bien un éclairage particulier. Récit complet de ces 57 jours, mais aussi portrait de Francis Joyon et interviews d’Ellen MacArthur et de Benoît Cabaret, un des architectes d’IDEC, sont ainsi au menu de ce Course Au Large. Sans oublier les photos prises par Francis Joyon en mer et une cartographie récapitulative des grands dates du record. De quoi comprendre et revivre au coin du feu l’incroyable exploit du marin Trinitain.

Cammas, IMOCA, Cup…

Franck Cammas, lui, attendra un peu pour feuilleter ce numéro de Course Au Large : parti depuis lui aussi autour du monde – en équipage à la conquête du Trophée Jules Verne – son Groupama 3 a déjà battu le premier temps de passage à l’équateur. Après Russel Coutts et Michel Desjoyeaux, il est le témoin privilégié de ce numéro, en rubrique « Parole de Skipper ».
Côté IMOCA, Course Au Large revient évidemment sur l’impitoyable Barcelona World Race, mais Dominic Bourgeois a aussi enquêté auprès des architectes, des chantiers et des skippers pour faire le point sur la trentaine de projets différents qui seront au départ du prochain Vendée Globe. Lequel s’annonce comme le plus fou de l’histoire. Où l’on apprend que des choix parfois radicalement différents offrent des résultats souvent proches sur l’eau…

Un nouveau tri’50 et des articles décalés

Outre un focus sur un nouveau Trimaran de 50 pieds qui offrira enfin une réelle concurrence à l’inamovible Crêpes Whaou!, on tente de décrypter aussi dans ce magazine l’incroyable feuilleton économico-juridique que devient hélas la Coupe de l’America avec notre spécialiste, Daniel Charles. Côté technique, on trouvera dans ce numéro tout sur le Hook, en pages labo. Et c’est Fred Le Peutrec (parti lui aussi sur Groupama 3 autour du monde) qui signe l’essai du pro de ce magazine, consacré cette fois au X-34.
Enfin, pour la bonne bouche, deux articles passionnants et décalés signés Jocelyn Blériot et Patrice Carpentier. Le premier s’est penché sur l’armée des ombres des boat-builders, ces globe-trotters qui courent les chantiers du monde sac au dos pour faire valoir leur irremplaçable expérience de la construction des bateaux de course… et dont on ne parle jamais alors qu’ils sont pourtant au cœur de la naissance des bateaux. Le second a fait appel à ses souvenirs de Whitbread, pour nous raconter la géniale épopée de Gauloises II dont il fut en personne, voilà 30 ans. Même le skipper d’alors, Eric Loizeau, s’est fendu de quelques lignes pour l’occasion tout en fournissant de magnifiques clichés d’époque.

Bonne(s) lecture(s)

La rédaction

Les hommes de Cammas vont être secoués dans l’Indien

A bord de Groupama 3
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Bonne Espérance est pour mercredi après-midi, soit après treize jours et demi de mer depuis le départ de Ouessant. Voilà le temps annoncé par Franck Cammas ce lundi midi pour atteindre la longitude de Cape Town. Avec toujours plus de 600 milles de marge sur le temps de référence d’Orange 2 et même si le skipper estime qu’il risque de perdre quelques heures avant ce « deuxième point de passage », son avance devrait se maintenir autour d’une vingtaine d’heures. Pour les « mers indiennes », Eole et Neptune semblent moins coopératifs en raison d’une perturbation qui circule assez Nord et qui présente un gros gabarit !
« Après Bonne Espérance, nous allons être bloqués sur le 40° Sud pour laisser passer une grosse dépression. Nous devrons rester sur sa bordure Nord pendant pas mal de temps sans pouvoir glisser plus au Sud. Mais même sur ces latitudes, nous aurons de la mer forte avec jusqu’à sept mètres de houle ! La situation est assez compliquée mais les routages nous obligent à suivre cette voie plus longue autour de l’Antarctique» annonçait Franck Cammas à la vacation de la mi-journée.

Un Indien musclé !

Ainsi le vent va générer une mer dure pour le trimaran géant qui ne pourra donc pas gagner dans le Sud afin de raccourcir sa route. En effet, plus le bateau se rapproche de l’Antarctique, moins il parcourt de milles pour atteindre le cap Horn. Certes, il y a une limite, celle de la banquise, et un risque, les icebergs, mais en règle générale, les navigateurs du Grand Sud passent entre l’archipel des Kerguelen (49° Sud) et l’île Heard (53° Sud) puis essayent de rester le plus longtemps possible entre le 50° et le 55° Sud jusqu’aux îles Macquarie. Le gain en distance par rapport à une route sur le 40° atteint alors plusieurs centaines de milles !
« Nous allons franchir la longitude du cap de Bonne Espérance mercredi après-midi avec une entrée dans l’Indien assez musclée. Nous allons choisir notre zone de navigation pour éviter le gros de la mer, mais on va quand même se faire secouer pendant 24 heures… Pour bien passer dans une mer de trois-quarts arrière, il faudra peut-être partir un peu plus dans le Nord. C’est un peu frustrant car ce ne sont pas des conditions habituelles pour traverser l’Indien ! Mais il faut faire avec. Depuis le départ, nous n’avons pas eu de situations météo très favorables à part les alizés d’Est au large du Brésil… Il a fallu beaucoup batailler et là, se faire rejeter au Nord du 40ème Sud, cela va beaucoup rallonger notre route… Espérons que nous aurons de bonnes périodes météo par la suite… » concluait le skipper de Groupama 3, qui restait toutefois confiant dans les capacités du bateau et de l’équipage à ne pas perdre trop de temps dans ce début d’Indien viril…

Ils ont dit :

Jacques Caraës, équipier d’avant (n°1) : « Nous sommes toujours sous gennaker lourd avec un ris dans la grand voile : ça glisse très bien avec 25-30 nœuds de vitesse sur une mer agréable… Beaucoup de plaisir pour les barreurs ! Il y a eu pas mal de manœuvres parce que la route n’était pas simple depuis Ouessant. Cette nuit, par exemple, on a changé de gennaker avec tout le monde sur le pont… Par rapport à Orange 2, Groupama 3 est plus raide, donc plus fatiguant : on le ressent dans les jambes. Le franc bord de Orange 2 était plus sécurisant, plus confort, mais le trimaran démarre plus vite : c’est une autre génération de bateau. Du coup, dans les phases de transition, Groupama 3 est beaucoup plus évolutif et nous pouvons adapter la voilure beaucoup plus vite. C’est un gain important.
Le bruit à bord est assez prenant, mais on s’habitue à tout, comme un pêcheur se fait au bruit de son moteur… On vit avec l’environnement du bruit… qui nous fait dormir quand tout va bien ! Côté intimité, ça va mais on était jusqu’à présent dans la phase la plus facile : on va rentrer maintenant dans un nouveau monde. On revoit des oiseaux du Sud, avec une température douce encore, mais le ciel se couvre… Cela annonce un changement de temps ! Nous rentrons dans le vif du sujet en bordure des 40ème rugissants. Pour l’instant, nous avons une mer plutôt favorable avec une belle houle qui nous pousse bien. Le froid va petit à petit envahir l’atmosphère. Nous maintenons notre avance de 24 heures sur Orange II et l’Atlantique nous a bien rodé avant de naviguer dans l’océan Indien.
La manœuvre la plus dure et la plus compliquée reste le changement de gennaker, le médium pour le lourd, comme nous avons dû le faire cette nuit : cela prend du temps et demande des bras, et nous essayons de la faire lors d’une rotation de quart puisque tout le monde est réveillé à ce moment là. Il faut être prudent parce que le bateau va vite et les barreurs cherchent à ralentir un peu pour sécuriser la plage avant. Mais ça reste impressionnant, surtout la nuit quand on ne voit pas grand-chose et qu’on file à plus de 25 nœuds… Nous sommes toujours harnachés avec des longes de sécurité et nous n’avons pas eu de mers trop fortes depuis le départ. Mais il va falloir être plus prudent encore dans les jours à venir. D’autant plus que le froid n’aide pas à la manœuvre !
Nous communiquons bien à bord et Yves Parlier, notre navigateur, nous fait un petit point tous les jours avec une météo à court terme pour que nous sachions l’évolution à venir afin de nous préparer à la manoeuvre. Cela permet de bien entrer dans le rythme et d’anticiper sur les heures à suivre. »

Repères : Trophée Jules Verne

Temps à battre : 50 jours 16 heures 20 minutes et 4 secondes – Vitesse moyenne : 17,89 noeuds
Record détenu par Bruno Peyron, à bord du maxi catamaran Orange II, depuis mars 2005.

Les chiffres du jour

Jour 11 à 8h 00′ TU
*Distance parcourue sur l’eau en 24 heures : 601,2 milles
*Distance parcourue depuis le départ : 5 819 milles
*Distance par rapport à l’arrivée : 18 711milles
*Moyenne du jour 11 : 25,1 noeuds
*Moyenne depuis le départ : 22,04 nœuds
*Avance par rapport à Orange II : 616,2 milles

Gitana 13 forcé à l’attente avant le Horn

Gitana13routedelor
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Hier dimanche, au vu du tracé du catamaran de 33 mètres sur la cartographie,on pouvait penser que l’équipage de Gitana 13 profitait finalement d’une accalmie pour tenter de doubler le Cap Horn. En réalité, Lionel Lemonchois et ses hommes ont effectué cet aller-retour en direction du fameux promontoire afin de s’abriter au mieux des passages dépressionnaires successifs. De plus, les vents violents qui balayent actuellement la Terre de Feu rendent difficile – voire impossible – le moindre mouillage.
Malgré ce contretemps et cette situation peu confortable, l’ambiance demeure excellente à bord de Gitana 13. Ces journées d’attente sont pour les dix marins l’occasion de vérifier les moindres recoins du bateau. Un check-up général opportun après 7 000 milles déjà couverts et presque autant restant encore à parcourir.
Selon les dernières prévisions, une amélioration des conditions météorologiques est attendue dans la journée de mercredi.

Gibraltar vendredi pour le duo Dick-Foxall

Paprec virbac
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Les leaders poursuivent leur quête de vent au nord, contournant les hautes pressions au large des Açores, en attendant de mettre – enfin- le clignotant à droite, direction Gibraltar. « Pour nous, c’est la route optimale » explique Jean Pierre Dick à la vacation du jour. A une semaine de l’arrivée, l’envie de poser pied à terre se fait de plus en plus pressante pour l’équipage de Paprec-Virbac 2 qui n’est pourtant pas au bout de ses peines. Au programme : l’anticyclone à négocier puis dans quelques jours, du près devant les colonnes d’Hercule et enfin l’incertitude légendaire de la Méditerranée. En attendant, les deux hommes, en tête de la course depuis presque deux mois, ont toutes les raisons de profiter de leurs dernières journées de navigation : l’observation nocturne de Venus et Jupiter ; un brin de flirt, dimanche, avec une grosse baleine venue ‘s’ébrouer’ plusieurs fois à quelques mètres du bateau, puis la rencontre avec une tortue de mer. Aussi et surtout, après d’interminables semaines au près, et un net ralentissement cette nuit dans les hautes pressions, le plan Farr avançait cet après-midi au portant : « nous n’avions pas hissé le spi depuis l’océan Pacifique ! » se réjouit Jean Pierre Dick.

Hugo Boss espère encore une ouverture

Derrière, au large des Canaries, Hugo Boss n’a pas dit son dernier mot. Tôt ou tard, au moment où il amorcera son virage à droite, Paprec-Virbac 2 va ralentir. Pendant ce temps, les hommes en noir devraient glisser au portant sur la façade ouest de l’anticyclone. Aujourd’hui, Alex Thomson et Andrew Cape n’ont qu’à maintenir leur écart de 520 milles et attendre leur heure.
Temenos II et Mutua Madrileña au sortir du pot
C’est exactement la stratégie adoptée par le tandem espagnol de Mutua Madrileña, toujours flanqué dans la roue de Temenos II. « Parfois c’est limite d’être énervant » reconnaît Michèle Paret « mais en moyenne, nous allons plus vite qu’eux et puis nous n’avons pas l’intention de lâcher notre troisième place !». Les deux compères sont sortis du pot au noir ce matin et profitent désormais des belles conditions offertes par les alizés de nord-est. Du près océanique au menu, mais sous un soleil généreux. De quoi refaire le plein d’énergie.
Belles conditions également pour le dernier bateau de la flotte, le seul à naviguer encore dans l’hémisphère Sud. « Le ciel est bleu, la mer est gentille » annonce Servane, « on attend une petite rotation à l’est puis au sud-est et ce sera vraiment sympa de pouvoir mettre à nouveau le spi. ». Comme les leaders précédemment, Educacion sin Fronteras est au près depuis son entrée en Atlantique. A 10 noeuds de moyenne, et même s’il ne reste plus « qu’une Transat Jacques Vabre à l’envers », soit 4500 milles, la progression vers le but traîne en longueur. « C’est vrai que le passage du cap Horn est trompeur, on est en plein euphorie, on a l’impression d’être bientôt arrivé alors qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire ».

Les positions du 4/02/2008 à 15h:

1 PAPREC-VIRBAC 2 à 1407,7 milles de l’arrivée
2 HUGO BOSS à 523,4 milles du leader
3 TEMENOS 2 à 1391,2 milles du leader
4 MUTUA MADRILENA à 1479,9 milles
5 EDUCACION SIN FRONTERAS à 2811,2 milles
ABD VEOLIA ENVIRONNEMENT
ABD ESTRELLA DAMM

Le Comet 52 RS élu Voilier Européen de l´année.

Comet 52rs
Comet 52rs

Le voilier du chantier italien Comar a remporté le titre de « 2008 European Yacht of the Year » attribué par le magazine Allemand ‘Yacht ‘ en collaboration avec les plus importantes publications nautiques européennes. Dix des meilleurs essayeurs européens ont choisi le Comet 52 RS pour ses lignes, son design intérieur et ses performances sous voiles.

Au cours du dîner de gala organisé à Düsseldorf par le magazine Allemand ‘Yacht’ pour décerner ce titre tant convoité de voilier de l’année, Massimo et Flavia Guardigli ont reçu la récompense attribuée au Comet 52 RS. Ce dessin d’Andrea Valicelli et Alessandro Nazareth l’a emporté dans la catégorie des plus de 40 pieds. Les 10 journalistes représentant “Yacht”, “Fare Vela”,”Yachting World”, “Yate”, “Swissboat Yachting”, “Voile Magazine”, “Yacht Revue”, “Badnyt”, “Batnytt” et “Waterkampioen” ont pu tester le bateau à Barcelone et apprécier son design, ses lignes tendues, ses aménagements intérieurs novateurs et sa vitesse.

Grâce à la compétence technique des essayeurs, cette reconnaissance tant désirée, ce véritable « Oscar » de l’industrie nautique, a déjà été attribuée par le passé à un autre voilier Comar. Le Comet 45 S qui aujourd’hui est l’un des course-croisière les plus intéressants du marché, remportant de nombreux titres le confirmant, comme par exemple le Comet 45 S ’Libertine’ vainqueur de la dernière Giraglia Rolex Cup. A nouveau en 2008, une récompense très disputée vient s’ajouter au tableau d’honneur du chantier Comar, que Chemins d’Océans représente pour la France.

Source : Chemins d’Océans
www.cheminsdoceans.com

Le résumé de la semaine

Hugo Boss
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Lundi 28 janvier – Jour 79
Le fait de ce début de semaine est sans nul doute la convoitise attisée autour de la troisième place virtuelle de cette Barcelona World Race. Entre Temenos II, ralenti dimanche après-midi au milieu d’un front, et Mutua Madrileña, revenu à 40 milles dans sa roue, la situation n’a jamais été aussi tendue. Pour l’heure, avantage au tandem franco-suisse, certes très fatigué, mais qui mise, en guise de dénouement, sur un simple coup d’élastique. Toutefois, il reste encore 4300 milles à courir pendant lesquels Dominique Wavre et Michèle Paret auront du mal à se ‘débarrasser’ de cet adversaire ambitieux. Hugo Boss a pour sa part passé la porte de Fernandi da Noronha.

Mardi 29 janvier – Jour 80
Voici 80 jours que les concurrents de la Barcelona World Race sont en course. Ces même 80 jours que l’on évoquait début novembre sur les pontons de Barcelone comme un objectif possible pour finir ce tour du monde en double. Or, pour les leaders, il reste encore 2500 milles à parcourir avant de boucler la boucle, soit, avec les moyennes actuelles, une heure estimée d’arrivée autour du 7 ou 8 février. Une question se pose pour les deux équipages qui n’ont pas fait d’escale technique -ni de ravitaillement- à Wellington (Paprec-Virbac 2 et Educacion sin Fronteras) : auront-ils assez de réserves de nourriture et de gasoil jusqu’à l’arrivée ?

Mercredi 30 janvier – Jour 81
Régime de près pour tout le monde, la route est longue et les ETA reculent de jour en jour ! Si la prudence reste de mise afin de préserver le matériel et les hommes, la course n’est pas – loin s’en faut – passée en mode "conservateur", et certains coups tactiques décisifs pourront potentiellement créer la surprise d’ici quelques jours. "Plusieurs routes sont possibles, et il reste avant l’arrivée des défis loin d’être négligeables", résumait parfaitement Jean-Pierre Dick lors de la vidéo conférence du jour. "Je nous vois arriver à partir du 10 février, au pire vers le 12 – 13 mais c’est le scénario pessimiste." Et si Hugo Boss a effectivement réduit l’écart de manière significative en termes de distance au but (420 milles), la situation n’est pas aussi limpide que l’on pourrait l’envisager. "Il faut regarder l’écart entre les deux bateaux pour avoir une vision réaliste, pas la différence en distance au but", précise Alex Thomson, et selon ce critère, environ 700 milles séparent les deux bateaux, contraints de tirer des bords.

Jeudi 31 janvier – Jour 82
Casse-tête météo en tête de flotte pour Jean-Pierre Dick et Damian Foxall : une longue dorsale, comme « un long serpent anticyclonique » qui s’étire des Canaries jusqu’à Gibraltar, bloquerait la route des concurrents à partir de dimanche soir. Au large du Brésil, ça glisse sous le soleil. en attendant le pot au noir. D’ici trois jours en effet, se dessine sur les fichiers météo une longue dorsale, sans vent, allant des Canaries à Gibraltar. Une sacrée barrière à franchir. dans la longueur ! « Une partie de la course va peut-être se jouer là ! », explique Jean-Pierre, « c’est à la fois passionnant et angoissant. Nous allons essayer de passer au Nord de cette dorsale, mais rien n’est évident, les fichiers changent tout le temps, et les différents modèles météo ne s’accordent pas ! » Temenos II et Mutua Madrileña profitent eux de très belles conditions : les alizés de l’hémisphère Sud les autorisent à tracer une route quasi directe, sous le soleil brésilien.

Vendredi 1er février – Jour 83
Ayant réussi à accrocher le flux d’est tant convoité, Jean-Pierre Dick et Damian Foxall ont passé une nuit agitée et continuent aujourd’hui à naviguer dans 25 à 30 noeuds de vent. Où la satisfaction de voir les milles défiler le dispute à l’inquiétude pour le matériel. Une situation qui contraste avec celle vécue à bord d’Hugo Boss, où pour un peu on s’ennuierait ! "Ce qu’il y a de neuf ? Absolument rien", commenta it avec philosophie le navigateur australien, ajoutant "nous n’avons pas changé de voile depuis un jour et demi, nous sommes plus lents que Paprec-Virbac 2 qui a trouvé du vent, mais nous allons dans la bonne direction… Ce n’est pas encore l’ennui, mais pas loin." Le duel entre Temenos II et Mutua Madrileña se poursuit, et les deux navires se disputent de surcroît la première place sur la portion cap Horn – Fernando da Noronha, tandis qu’Educacion Sin Fronteras se remet d’une nuit agitée, ayant subi la dépression située au large de Rio de Janeiro.

Samedi 2 février – Jour 84
Dure journée pour Hugo Boss qui débute son week end par une route au nord – nord ouest pas réellement payante en termes de VMG, tandis que Paprec-Virbac 2 s’apprête à engager le bras de fer attendu avec la fameuse dorsale anticyclonique qui lui donne tant de fil à retordre au niveau tactique. "On va la remonter au près et terminer au portant de l’autre côté", explique Jean-Pierre Dick. "Il faut serrer le vent, et puis progressivement, le vent refuse, et on vire de bord. Le vent adonne pour nous laisser finir au portant. L’anticyclone sera sous nous à ce moment là. Cela devrait être facile selon les prévisions." Naturellement la partie n’est pas aussi simple, et même si le tandem leader parviendra à traverser cette dorsale en conservant de l’air toute la nuit, de nouvelles complications ne vont pas tarder à apparaître. Du côté de la lutte acharnée entre Mutua Madrileña et Temenos II, la nuit de samedi à dimanche aura de quoi donner des sueurs froides à Dominique Wavre et Michèle Paret, ayant perdu environ 70 milles en 24 heures en subissant les effets du Pot Au Noir. Temenos II aura néanmoins eu la joie de signer le meilleur chrono de la flotte sur la portion Cap Horn – Fernando da Noronha, et parvient à contrôler son adversaire qui à son tour se trouve ralenti.

Au sud de Cape Town dès mercredi

Groupama 3 - Franck Cammas
DR

Alors qu’il fait encore très doux à bord de Groupama 3, déjà positionné par 35° Sud, une petite série de manoeuvres a permis de dérouiller les muscles. En effet, les trois hommes de quart aidés par les trois hommes de veille et le navigateur hors quart, ont dû enchaîner six empannages en une demie journée samedi … histoire de ne pas s’enfoncer dans les hautes pressions de l’anticyclone de Sainte Hélène tout en restant sur sa bordure méridionale pour garder de la pression. Et justement, cette pression commençait à prendre du souffle puisque, après un nouveau recadrage dans la matinée de dimanche, Franck Cammas et ses neuf équipiers pouvaient désormais faire route vers la pointe de l’Afrique du Sud, à près de trente noeuds de moyenne, dans une brise de Nord à Nord-Ouest de 25 noeuds ! « Nous avons dû faire de petits recalages vers le Sud et cette nuit, nous avons touché un flux de 20-25 noeuds de vent qui nous permet désormais de progresser entre 28 et 35 noeuds. Les températures nocturnes sont un peu plus fraîches : le bateau accélère bien depuis samedi soir et la mer se forme progressivement » expliquait le barreur Sébastien Audigane à la vacation radio du jour.    

Les conditions de navigation sont donc presque idéales en ce dimanche. Pour son onzième jour de mer, Groupama 3 possède toujours plus de 600 milles d’avance sur Orange II, une marge qui devrait logiquement augmenter au passage de la longitude du cap de Bonne Espérance. En effet, cette perturbation qui arrive derrière le trimaran géant va continuer son chemin vers l’Est très rapidement, en générant des vents supérieurs à 35 noeuds de secteur Ouest… « La mer est encore très maniable parce que nous sommes en bordure d’anticyclone et le vent rentre progressivement depuis hier. C’est idéal pour aller vite ! Les deux prochains jours s’annoncent pas mal même s’il faudra peut-être se recaler vers le Sud comme hier pour retrouver de la pression. Mais la situation a l’air de se compliquer un peu après le cap de Bonne Espérance. A suivre… Nous naviguons dans un ciel nuageux mais avec encore des portions de bleu. Les températures sont encore élevées dans la journée mais il faut mettre la polaire la nuit. Cela reste très agréable même si ça secoue un peu à trente noeuds ! Pour le moment, le vent est régulier et le bateau ne butte pas dans les vagues » analysait Franck Cammas à midi.

Il faut donc s’attendre à trois belles journées à plus de 650 milles quotidiens, ce qui porterait Groupama 3 au Sud de Cape Town dès mercredi.

A 2 300 milles du cap de Bonne Espérance

Franck Cammas à la barre de Groupama 3
DR

C’est pile au moment de la vacation radio quotidienne avec le trimaran géant, que celui-ci partait à la perpendiculaire de la route normale vers le cap de Bonne Espérance. Tout le monde à terre s’interrogeait sur cette « anomalie » après une trajectoire d’une pureté presque parfaite depuis l’équateur… La réponse était aussi simple et claire que la voix du navigateur de Groupama 3 qui indiquait que le vent commençait à trop mollir sur ce cap et que sous grand voile et gennaker dans treize noeuds de vent, la vitesse moyenne tombait à un niveau inacceptable ! Bref, la brise qui avait tourné au secteur Nord la nuit dernière perdait de la pression et obligeait l’équipage à s’enfoncer dans l’anticyclone de Sainte Hélène…« Nous venons d’empanner : tribord amure vers le Sud-Ouest, à 90° de la route directe. Cela nous éloigne du but mais nous permet de nous recaler dans le front chaud pour avoir plus de pression. Nous avons déjà 17 noeuds de vent, au lieu de 13 noeuds il y a une demi heure… En plus, c’est un très bon petit bord qui nous permet de gagner sur le routage. Nous serons dans le timing d’Orange II au passage de la longitude de Bonne Espérance, en conservant notre avance acquise à l’équateur » expliquait Yves Parlier.

Petit train… pour TGV
Ce petit contre-bord ne durait finalement qu’une heure et demie, le temps de retrouver de la pression et de rentrer dans le front chaud. En approchant des 40èmes, Groupama 3 va s’engager sur le « rail » du Grand Sud : « l’autoroute » va laisser place au « train »… de dépression qui circule sans discontinuer autour de l’Antarctique. L’objectif est donc d’attraper le bon « wagon » pour se faire porter le plus longtemps possible en avant du front de la perturbation. En effet, a contrario de l’hémisphère Nord qui est barré par des terres autour de l’Atlantique et du Pacifique, les latitudes australes ne sont pas perturbées par le relief (si ce n’est quelques îles confettis comme Crozet ou Kerguelen) tout autour du continent blanc. Seul un goulet d’étranglement de 300 milles sépare la Terre de Feu de la Terre de Graham, le passage redouté du cap Horn ! Une perturbation peut donc se créer sur l’Argentine, descendre sur les 40èmes, glisser sous l’Afrique et courir jusqu’au Sud de la Tasmanie, voir même revenir butter sur l’Amérique du Sud en se compressant dans le détroit de Drake… C’est pourquoi aussi, les perturbations du Grand Sud sont en général plus rapides que celles de l’Atlantique Nord et leur déplacement peut atteindre 25 à 30 noeuds Ce qui est justement la moyenne qu’aimerait conserver Groupama 3 !

« Nous cherchons à passer au plus près sous l’anticyclone de Sainte Hélène, donc dès que nous voyons que le vent baisse, nous empannons pour éviter de rentrer dans ces hautes pressions. L’autre bord nous fait retrouver du vent mais pas sur la route… Nous cherchons aussi à nous faire rattraper par une dépression qui va nous porter jusqu’aux 40èmes puis nous dépasser. Une autre perturbation nous poussera dans le courant du Grand Sud demain matin» complétait le navigateur de Groupama 3. Et c’est justement cette deuxième dépression qui va accompagner le TGV (trimaran à grande vitesse) bien au-delà du cap de Bonne Espérance, probablement jusqu’aux Kerguelen, voire plus !

Le duo Dick-Foxall à 2000 milles de Barcelone

Paprec virbac
DR

Jean-Pierre Dick lors de la vacation du jour : « Le vent est revenu. On a plus de 30 noeuds établis. Ca réveille ! Oui, nous sommes bien dans le flux d’est situé dans l’ouest de Canaries. Ca fait du bien d’avoir retrouvé ces conditions ; mais il faut faire attention au matériel avec le vent.
A bord, il reste suffisamment de lyophilisés jusqu’à Barcelona, mais les trucs sympas manquent. On a été trop gourmands au départ. Maintenant, nous sommes penauds. Effectivement, je regrette ces quelques grammes pas embarqués. Mais, c’est un peu tard ! On aurait pu prendre d’avantage de gâteaux ou, en tous cas, manger moins au départ. Mais, on ne pensait pas que la course allait être si longue.On va maigrir, ça va nous faire du bien. Intellectuellement, on réfléchit toujours à la manière de gérer l’anticyclone et la fin de la course. Mais l’appréhension des modèles à huit jours n’est pas facile. Il y a encore des interrogations. Je pense que le vent va se maintenir ainsi jusqu’à la nuit et ensuite, il va faiblir. On va se retrouver au près dans du vent médium. Dans l’immédiat, il va peut être falloir que l’on prenne des ris. »

ETA pour le 11

Le relevé de 13h affiche une distance au but pour Paprec-Virbac 2 inférieure à 2000 milles. 1987 milles exactement avant que Jean-Pierre Dick et Damian Foxall puissent mettre pied à terre, après certainement plus de 90 jours de mer. Les derniers routages montrent que le duo franco-irlandais pourrait passer le Détroit de Gibraltar le 8 Février et se présenter au ponton de la capitale catalane peut être le 11 février…

Dans le sud-ouest du Cap Vert, Hugo Boss doit pour sa part composer avec un alizé de nord-est ne dépassant pas 15 noeuds, et hier Andrew Cape indiquait ne pas se faire d’illusions quant à leurs chances d’attraper le flux d’est dont bénéficie Paprec-Virbac 2 en ce moment. Vitesses régulières pour Temenos II et Mutua Madrileña dans des alizés plus franchement nord-est que sud-est. Les deux bateaux ont gagné 23 milles sur le leader et l’écart qui les sépare n’a pas évolué (87 milles). Dominique Wavre et Michèle Paret devraient franchir la porte 7 ce vendredi soir, distante ce matin de 125 milles. Educacion Sin Fronteras a maintenu une bonne vitesse jusqu’à 3:30 ce matin, mais l’équipage se trouve désormais au centre de la dépression située au large du Brésil – sa vitesse est tombée jusqu’a 4 noeuds. Ils sont maintenant repartis à 8 noeuds et vont sous peu rencontrer un vent de nord nord-ouest plus soutenu.

Gitana 13 au Détroit de Le Maire vendredi soir

Gitana 13
DR

Flashé à 27,5 nœuds jeudi après-midi, Gitana 13 repassait provisoirement sous la barre des dix nœuds en fin de journée … Des vitesses moyennes irrégulières dictées par le contraste des systèmes météorologiques que traverse l’équipage de Lionel Lemonchois : « Nous sommes à 25 milles de la côte, non loin du Cap Blanco. Autour de nous, la mer est plate et il n’y a pas un gramme d’air : c’est la pétole ! » déclarait le skipper du maxi-catamaran jeudi à 19h. Mais cette situation ne devait cependant pas durer : « Nous attendons un vent de Nord soutenu, qui pourrait grimper jusqu’à 30 nœuds, dans les prochaines heures. Notre objectif sera de profiter de ce flux pour glisser vers le Sud le plus rapidement possible.» En approche de l’extrême pointe de l’Amérique du Sud, Gitana 13 est contraint de serrer au plus près les rivages patagoniens pour espérer emprunter le Détroit de Le Maire sur un seul bord. Un passage étroit que Lionel Lemonchois et ses hommes prévoient d’atteindre en fin de journée vendredi.

Mais déjà le passage du Horn occupe tous les esprits. Car si doubler ce fameux promontoire d’ouest en est constitue déjà un point délicat tant les tempêtes qui y sévissent peuvent se révéler mauvaises, l’aborder « en sens contraire » est encore plus complexe : « Nous ne sommes pour l’instant pas sûr de pouvoir passer le Cap Horn dans la foulée. La fenêtre est très étroite et compte tenu des prévisions de vents forts, si nous ne parvenons pas à la prendre samedi matin, nous devrions peut être nous mettre à l’abri jusqu’au 4 février. »

(source Gitana Team)

Le Détroit de Le Maire

Passage maritime de 24 km de large, le Détroit de Le Maire est situé entre l’île des Etats et la pointe Est de la partie argentine de la Terre de Feu. Il fut découvert en 1616 par le hollandais Jacob Le Maire – qui lui donna son nom – et son compatriote Wilhem Schouten, à l’occasion de leur expédition visant à découvrir une nouvelle route commerciale entre l’Océan Atlantique et l’Océan Pacifique. Ces mêmes hommes découvrirent quelques mois plus tard l’existence du Cap Horn, qu’ils nommèrent ainsi en l’honneur du port hollandais de Hoorne, dont ils étaient originaires.

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