Michel Desjoyeaux revient sur la course

foncia
DR

Michel Desjoyeaux, barbu et sec comme un coup de trique, a raconté que leur victoire s’était construite dans la Pot au Noir : « Il nous a enlevé une épine du pied et nous a permis alors de nous remettre en selle et de pouvoir couper la ligne devant Safran. » Au moment même où la phrase se terminait, le bateau de Guillemot et Caudrelier coupait la ligne… 54 minutes après Foncia. Michel Desjoyeaux a rappelé qu’ Ecover III avait mis un « caramel » à tout le monde » avant de perdre son avance dans le Pot au Noir. Petite anecdote rigolote. Manu Le Borgne interroge Michel à quelques encablures de la ligne : « Alors on a gagné ?  Réponse du prof à l’élève : « Ouais, c’est fait ! » Manu a donc eu son examen haut la main. Les deux hommes n’ont pas connu de problèmes majeurs durant ces 17 jours. Sauf une latte de grand voile cassée. Ils n’ont pas ouvert « la boite à outils. » On savait que depuis une semaine qu’il leur fallait économiser l’énergie pour faire fonctionner le pilote et les instruments : « Quand j’ai voulu démarrer le moteur tout à l’heure il a calé : panne sèche », a dit Desjoyeaux. Les deux hommes sont revenus sur leur nuit au large du Cap Finisterre : «  Il faisait nuit noire. On allumait mais sans s’en rendre compte. Au petit jour on se regarde et on se dit : « Merde, mais on est complètement cons d’allumer comme ça ! On a roulé le gennaker à 38 noeuds… »  Sans commentaires.
Concernant le comportement de Foncia, Michel a dit qu’il y avait « du bon et du moins bon. On va faire un chantier cet hiver. Il y a des choses à revoir… notamment le poste de barre. Mais ça le fait : puisqu’on s’en est sorti… »  Rires des deux.
Michel Desjoyeaux est revenu sur ces dernières heures avec Safran en chasse : « Disons qu’on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer… Ca fait quelques jours qu’on est devant et qu’on s’y était habitué. On s’est dit : il va falloir respirer frais et ne rien lâcher. »
Enfin interrogé sur le fonctionnement de l’attelage, formé avec Manu Le Borgne, l’imperator du large a répondu : « Ca s’est vachement bien passé entre nous. On va pas repartir ensemble car c’est pas prévu (rires) mais il n’a pas de problèmes pour le refaire."

Le triple vainqueur Figaro est revenu brièvement sur les enseignements quant à la navigation en double: «  Le solo c’est pas vraiment la même paire de manches. A deux on n’a jamais hésité à empanner et encore empanner c’est comme ça qu’on a finit par passer Cheminées Poujoulat. »  Arrivée ensuite, très heureux du comportement de leur bateau, des hommes de Safran. Marc Guillemot, très marqué par la bataille, mais requinqué par le fort potentiel de vitesse de Safran : « C’est un bateau magnifique et remarquablement construit. Ca été dur car on n’a jamais lâché prise. On ne se souvient que du nom du premier, mais moi cette place de second elle me plait."  
Marc, plus loin dans la conversation, commettra d’ailleurs un lapsus en évoquant « la victoire de Safran ».  Le Morbihannais a rendu hommage au talent de Charles Caudrelier : « Avoir un figariste à bord est un énorme atout. C’est aussi comme ça qu’on a pu garder notre deuxième place ». Enfin Charles Caudrelier avouait que lorsque le spi avait été déchiré dans un empannage raté entre Canaries et Cap Vert  « j’ai cru que pour nous la course était finie. Mais Marc est un mec qui ne lâche pas. Il m’a remonté. C’est un type avec des qualités humaines incroyables. C’est la marque Guillemot que tout le monde connaît », a-t-il conclu.
  
C’est vrai que rarement bataille livrée ne fut si intense. Cette huitième Jacques Vabre restera de ce point vu l’une des plus belles car disputée jusqu’au bout à coups de dents par les équipages. Depuis le départ du Havre le samedi 3 novembre, la course a connu d’incessants bouleversements qui témoignent de la férocité de la lutte. Au total la flotte a été menée par sept leaders différents avec des périodes de gouvernance plus où moins longues. On peut citer Groupe Bel dès le départ, Safran très longuement après Ouessant, Ecover III, Gitana Eighty et VM Matériaux de façon très éphémère suite à la capitalisation d’option Ouest, Foncia bien sûr et Cheminées Poujoulat pour presque 24 heures. Même si c’est toujours délicat de tirer des plans sur la comète ce sont deux plans Farr qui montent sur le podium (1er et 3ème). A noter le remarquable travail des archis Verdier, Lauriot-Prévost et Van Peteghem (Safran, 2ème) Mais d’ores et déjà il semble acquis que Safran – rien que pour parler de lui- possède d’irréfutables arguments de vitesse. Le plan Verdier LP-VP est l’objet de superlatifs. Le podium étant définitif on peut dire que mis à part Foncia et Safran classés « neufs »,  Cheminées Poujoulat (plan Farr mis à l’eau en 2003) un autre bateau moins ancien et dessiné par Marc Lombard (2004) a fait jeu égal au sein de cette flotte qui sent… le neuf.

En effet VM Matériaux, de Jean Le Cam et Gildas Morvan, demeure après un long chantier hivernal, très compétitif. Une preuve que ces quatre-là, malgré des options architecturales assez différentes, jouent dans la même cour. Sur 4 heures, dans les mêmes conditions de vent, on avait le tableau suivant : Foncia marchait à 13,5 nœuds ; Safran à 13,6; Cheminées Poujoulat, à 13,7 et VM Matériaux à 13, 2. «Faut pas se leurrer on dépense des fortunes pour gagner 0,1 noeud. Dans l’America’s Cup certains syndicats dépensent jusqu’à 600 000 euros pour gagner une demi seconde par mille », explique Guillaume Verdier au site de la Transat Jacques Vabre.

On notera que Groupe Bel est le sistership de Safran. Bel possède  un mât plus court d’ 1,30 M, des dérives et safrans « différents » de Safran. Sans parler du plan de pont. Enfin Groupe Bel n’a pas été construit dans le même chantier que Safran. On verra plus tard ce que diront les équipages engagés sur les plans Finot-Conq (Brit Air et Generali), bateaux puissants, mais plus lourds. Pour finir, et pour reprendre un bon mot du vainqueur, Ecover III avait été qualifié il y a quelques jours "d’avion de chasse » (5ème). Un joli compliment venant de Mich’ Desj’ adressé au bateau de Mike Golding (plan Owen) et Bruno Dubois, mais qui ne gomme pas la déception de l’Anglais qui, disait hier : « On rentre en convoi sur Salvador ». Ecover III était attendu la nuit prochaine.

Multi 50 pieds. 1780 milles séparent les 6 multis 50 pieds encore en course

Alors que Crêpes Whaou ! est arrivé, sans surprise, en grand vainqueur à Salvador de Bahia ce matin, le reste de la flotte 50 pieds Open souffre, soit, d’un vent mal orienté et instable, comme Laiterie de Saint-Malo, ou, pire encore, sont englués dans le Pot au Noir comme Négocéane, Nim et Victorinox. Celui qui doit, logiquement, monter sur la deuxième marche du podium était, à 16 heures, encore à 445 milles de l’arrivée, le troisième au classement, Croisières A Caseneuve, était à près de 900 milles et le reste de la flotte s’égraine ainsi sur l’Atlantique, Nord et Sud. Le dernier, DZ Energie.com étant alors à 1780 milles de Salvador. Autant dire que la Transat Jacques Vabre des multis 50 pieds est loin d’être terminée.

Class40. Atao Audio System chasse Telecom Italia.
                       
Aujourd’hui, l’ensemble des 28 Class40 toujours en course dans cette 8e édition de la Transat Jacques Vabre se trouve dans le Pot au Noir. Si les vitesses et les caps des bateaux ne veulent pas dire grand chose, il est important en revanche de regarder leur position et surtout leur gain vers le sud, la porte de sortie. Car côté classement, on pourrait bien assister à quelques rebondissements… A commencer par la tête de la flotte puisque le tandem Italien Soldini – d’Ali sur Telecom Italia s’est vu reprendre près de 60 milles en 24 heures par le duo Vittet – Chabagny sur Atao Audio System Le suspense est entier.