Un grand tour de la rade à la Porquerolles Classique

Porquerolles Classique
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Erwan, Mick, Mick, Erwan ? Moonbeam III ou Moonbeam IV ? A l’issue d’un parcours de 21 milles, aucun des skippers des deux Moonbeam, deux emblématiques cathédrales de toiles centenaires, n’entendait abdiquer. Une habitude entre eux. Erwan, à la barre de Moonbeam III dont la célébration du centenaire, en 2003, a été à l’origine de la Porquerolles Classique, et Mick, aux commandes de Moonbeam IV, lancé en 1914, se sont livrés à un phénoménal duel de virements en vue de la ligne en rade de Porquerolles. Un spectacle et un finish d’anthologie placé sous le signe du dragon, celui du chantier Fife, digne des grandes heures du match race. Au classement provisoire en «temps compensé », c’est Moonbeam III qui finit devant son « petit » frère, plus long et plus lourd dans les faits.
Sur l’eau, le contrôle était parfait : Moonbeam IV couvrait Moonbeam III et coupait la ligne avec deux petites longueurs d’avance et après 5 heures de courses. C’est l’une des très belles images et émotions offertes par la régate d’ouverture de la 13e Porquerolles Classique, différée d’une journée pour cause de coup de vent d’est le vendredi 12 juin. Des flux d’est entre 10 et 15 nœuds avec bascule progressive de sud sur fond de houle en voie de pacification, ont permis ce samedi à Axelle Van Overstraeten et Tom Grainger, l’expérimenté binôme du comité de course, d’envisager le « grand jeu », le réputé Tour de l’île de Porquerolles avec en supplément le détour en direction de la voisine Port-Cros. A savoir le parcours n° 6, le plus long, le plus parlant, le plus savoureux, avec comme marques Bagaud, laissée sur tribord, dans l’Ouest de Port-Cros, par les Mèdes et retour via la pointe du Langoustier, au total donc 21 milles.
 
Un parcours d’exception pour une course exceptionnelle
« Les coureurs ont été hier à la diète, aujourd’hui ce sera festin », souriait Axelle  Van Overstraeten : « Cela faisait  10 ou 11 ans que la boucle par Bagaud n’avait pas été proposée. Certains doutaient de la pertinence du choix et pourtant c’était le meilleur en fonction des conditions du jour. J’avoue que l’idée est venue de Sébastien Le Bers, président du YC Porquerolles. Il faut toujours faire confiance à ceux qui savent, aux gens de terrain », confiait la présidente du comité.  Dès le hors d’œuvre, servi sous forme de deux départs échelonnés en 10 minutes, l’un pour les Marconi (Classiques et Époques réunis), l’autre pour Auriques, les 34 voiliers d’exception invités aux agapes, ne boudaient pas leur appétit à l’image des départs  au cordeau d’Oiseau de Feu ou de  Moonbeam  IV, dans un timing de rêve.  Au terme de la première remontée, l’Emeraude (Classique Marconi) du bouillant Vittorio, Italien au caractère de braise, brillait en tête (en temps réel) dans l’aquarium de Port-Cros devant les habituels premiers de la classe (Sagittarius, Ganbere, Aigue Blu) tandis que Moonbeam IV servait d’éclaireur aux Auriques. Mais le long bord de portant, retour vers Porquerolles par la « côte sauvage » allait rebattre les cartes, jusqu’au final en baie de Hyères ponctué de duels à l’image de celui des deux grands Fife.
 
German Frers à la Folly
Une autre dynastie d’architecte navals, argentine et non écossaise celle-ci, était aussi en vue dans la rade. A travers les plans d’Emeraude ont il est l’auteur, German Frers, régatait donc en tête des « classiques » Marconi. Sur l’eau, en chair et en os, à la barre de Folly, un vénérable 8 MJI aurique, il se colletait à Olympian, le class P américain (plan Gardner), révélation de la saison 2014 sur le grand circuit méditerranéen des Classiques. Malgré le talent consommé de German Frers et une science insoupçonnée du rase cailloux, la finesse et l’incroyable capacité à gagner au vent d’Olympian assurait au racer venu du Lac Michigan quelques longueurs d’avance sur l’eau. Un écart insuffisant pour priver l’Argentin de la première place de la catégorie au classe! ment provisoire de ce 13 juin. Et il ne s’agit là que de quelques sensations glanées lors de la première journée de cette 13e édition de la Porquerolles Classique se poursuit ce dimanche 14 juin avec le Trophée Moonbeam. Des flux un peu plus irréguliers virant au sud-sud-ouest sont attendus pour une clôture qui fera la part belle aux tacticiens. D’ici-là, un autre festin, une autre promesse de plaisir attend les marins invités à Porquerolles : le traditionnel dîner des équipages au Domaine de l’Île. On peut gager que le plaisir sera au rendez-vous.

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