Top départ pour Armel Le Cléac’h !

Méditerranée 2013 Banque Populaire Armel Le Cléac`h
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Armel Le Cléac’h, pour quelle raison avez-vous différé votre départ hier ?
Depuis quelques jours, on affine le scénario météo avec Marcel Van Triest. Dans les prochaines 48 heures, il y a pas mal de vent prévu sur les Canaries (1). On annonce 35 noeuds établis et des rafales à 40 noeuds ; du coup, on a décidé de ne pas partir aujourd’hui (hier). Cela faisait un entonnoir et passer là-dedans avec ce bateau, c’était un peu risqué, sachant que la fenêtre reste toujours intéressante dans les prochains jours. On attend que le vent se calme un peu pour passer ce point délicat, mais un départ ce jeudi n’est pas exclu.

Ce sera votre première traversée de l’Atlantique en solitaire sur ce grand trimaran. C’est une nouvelle étape ?
Il y a eu un galop d’essai avec le record de la Méditerranée, qui était un sprint. Là, on passe à une étape supérieure avec cette traversée de l’Atlantique. On va être sur un format et un temps de course équivalents à la Route du Rhum. Ce ne sera pas un simple entraînement mais un vrai challenge car il y a un record (8 j. 16h 07′ 05) à aller chercher. Ce sera une super-expérience et je vais forcément apprendre beaucoup de choses sur le bateau. Pour moi, cela va être de la gestion sur huit jours de traversée, c’est important de savoir comment je me situe en termes d’enchaînement des manoeuvres et de gestion de mon effort.

Avec ce maxi « Banque Populaire VII », vous être entré dans une nouvelle dimension de navigation. Vous avez désormais pris vos marques sur ce grand trimaran ?
J’avais commencé à prendre mes marques lors des différentes sorties qu’on a pu faire en équipage puis en solitaire en Méditerranée. On a modifié la casquette afin que je puisse gérer le maximum de choses sans aller à l’intérieur. Quant à la dimension, on est sur un bateau qui fait 32 mètres de long. Cela change radicalement du monocoque (18 m) où on pouvait se permettre de partir au lof sans trop de soucis. Là, on n’a pas le droit à l’erreur, mais c’est un bateau bien marin qui a fait ses preuves et avec lequel je me sens en confiance.

Ce bateau est hyper-puissant. Éprouvez-vous un peu d’appréhension avant cette traversée ?
Je ne suis pas stressé mais, oui, j’ai un peu d’appréhension car c’est une grande première pour moi de le mener aussi longtemps tout seul. J’ai bien préparé ce challenge avec l’équipe, on a fait le tour du bateau. J’ai la chance d’avoir une super-équipe autour de moi. Mais même s’il y a une bonne préparation, il y a aussi une interrogation : comment vais-je gérer les difficultés techniques ou météorologiques qui vont se présenter. Pour ces records, à la différence du Vendée Globe, on a la chance d’avoir un routeur qui s’occupe de la stratégie météo 24 heures sur 24. Cela permet d’avoir plus de temps pour la gestion du bateau.

Outre la Route de la Découverte, vous envisagez aussi une tentative sur le record de l’Atlantique-Nord en juin. Avec la Route du Rhum en novembre, c’est un programme intense qui vous attend en 2014…
Avec cinq traversées de l’Atlantique, dont trois en solitaire, le programme sera copieux. On s’est donné ces objectifs de chasse au record car ce bateau a du potentiel, même si Francis Joyon, dont c’est la spécialité, a placé la barre haute. Ces records sont forcément une bonne préparation à la Route du Rhum, qui est l’objectif final. Je sais que cela ne sera pas simple. On est plusieurs sur l’eau pour préparer cette transat et on va se retrouver avec d’autres en novembre à Saint-Malo. Ce sera une bagarre formidable et une conclusion somptueuse de l’année. Mais, pour l’instant, je suis concentré sur ce premier objectif de la Route de la Découverte.

(1) Sur ce record entre Cadix (Espagne) et San Salvador (Bahamas), il y a une marque de passage à respecter à Grand Canaria.

Propos recueilli par Gilbert Dréan / Le Télégramme.