Route du Rhum. Charlie Dalin : « Je vis une belle harmonie avec le bateau »

Charlie Dalin sur son Imoca APIVIA est impressionnant sur cette Route du Rhum. Il mène depuis le départ, choisit les bonnes trajectoires et tient à distance ses adversaires relégués à plusieurs milles et va aussi vite que les Ocean Fifty.

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Dès l’entrée en mer d’Iroise, le skipper d’APIVIA a pris la tête du groupe qui jouait la carte du longe-côte en Finistère. Ses petites options bien senties et bien exécutées lui ont permis de pointer en leader avec 81 milles d’avance sur Thomas Ruyant (LinkedOut) après une quarantaine d’heures de course ; après, surtout, que les deux flottes (de l’ouest et du sud) se furent retrouvées sur une route commune. Ni les conditions de navigation dégradées ni les enchaînements de dorsales (sans vent) et de fronts (avec vents forts) n’ont réellement contrarié sa progression.
« Depuis le début de saison, je vis une belle harmonie avec le bateau, et je suis heureux que ce soit encore le cas sur ce début de course. C’est rare d’arriver à ce niveau de plénitude. Je me pose des questions, évidemment, et je n’ai pas réponse à tout. Parfois cela ne marche pas, mais je suis dans un mode de navigation tellement éloigné de ce que je vivais la première année, où j’essayais de dompter le bateau… Je subissais alors qu’aujourd’hui, je le maîtrise ».
Des contrariétés, il en reste, heureusement. Hier soir, une petite subtilité météo semblait pouvoir lui permettre d’asséner un nouveau coup à la concurrence. La porte qui émergeait de la dorsale s’est refermée sur APIVIA… mais pas sur les leaders de la classe Ocean Fifty avec qui il naviguait alors bord à bord. « Honnêtement, ça m’a frustré ! J’avais l’impression d’être une vache qui dans son champ regarde passer le train. J’ai réfléchi, j’ai compris ce qu’il s’était passé et… » Et un nouveau train s’est présenté en fin de nuit. Ce matin, Charlie a sauté sur le marchepied, évitant de rester coincé dans la dorsale.

« Le bateau s’est dérobé, et j’ai volé »
À bord, la vie a changé. C’en est probablement terminé de « la partie cabossée du parcours, en tout cas face à la mer. On se fera peut-être encore secouer, mais nous serons dans le sens des vagues, ce sera plus cool ». Le soulagement est perceptible : lundi matin, dans la descente vers les Açores, Charlie a été éjecté du pouf qui lui sert de lit. Il raconte : « Le bateau tapait par-dessous et, malgré l’épaisseur du pouf, c’était difficilement tenable. Ça m’a réveillé et, malgré ça, quand le bateau s’est dérobé, j’ai volé, façon « expérience gravité Zéro G ». Je n’ai même pas eu le temps de profiter de l’apesanteur que je retombais lourdement… sur le pouf heureusement, qui a sauvé mon intégrité physique ».

Les alizés se présenteront très bientôt, portant dans leur souffle des conditions de navigation plus confortables, pour autant qu’on puisse accoler confort et IMOCA dans la même phrase. Il fait déjà 24 degrés dans le bateau (« c’est le printemps : il ne fait plus froid, il fera bientôt trop chaud ») et le skipper d’APIVIA navigue en short et tee-shirt. « J’ai hâte d’entrer dans le régime des alizés. Dès que j’y serai, j’entamerai la descente vers la Guadeloupe en escaliers, avec du vent par l’arrière du bateau. Ce sera une nouveauté dans cette course… ce sera même un grand moment ! »