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Avantage aux nordistes

Jean-Pierre Nicol
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Les marins ont assisté cette nuit au spectacle grandiose d’une voie lactée sur grand écran. Au petit matin, une myriade de feux de bateaux de pêche avait remplacé ceux des étoiles, « comme des bougies d’anniversaire sur le plan d’eau tout noir » s’amusait Jeanne Grégoire. Si le tableau nocturne est joli, la vigilance est aussi de mise sur la route de l’Espagne, que d’aucuns ont choisi sinueuse. Pour tenter de revenir dans le match, certains se sont largement démarqués hier soir. C’est le cas de Nicolas Bérenger (Koné Ascenseurs). « J’ai voulu tenter un truc différent, pas question de rester derrière » indiquait Nicolas à la vacation du matin. 26 milles dans le sud de Corentin Douguet (E. Leclerc/Bouygues Telecom), le concurrent du groupe de tête le plus au nord, l’actuel troisième du classement général avouait même avoir hissé son spi quelque temps. Il file actuellement au reaching sur la route directe, à 13,6 milles des leaders.,Plus loin sous son vent, Robert Nagy (Théolia) a lui aussi marqué fermement sa stratégie, mais se retrouve désormais isolé au milieu du plan d’eau: « Je n’ai plus personne en visuel. J’attends donc les positions avec impatience. J’ai joué une dizaine de virements et j’ai réussi à revenir, mais là, j’ai perdu de vue tout le monde ». Au classement de 4h00, Robert était pointé en 9e position, à 4,9 milles de la tête de course. Nicol, Desjoyeaux, Mahé séparés d’1,2 milles… avantage aux nordistes

L’échappée de Christian Bos a fait long feu. Dans la nuit, le skipper de Belle Ile en Mer s’est fait rattraper puis doubler par ses concurrents du nord. Ce matin, le nouveau boss, s’appelle Jean Pierre Nicol, 28 ans, première participation à la Solitaire et déjà en tête hier dans l’estuaire de la Gironde. Résistera t-il aux assauts du vainqueur de la 2e étape, pointé à 0,5 milles de son tableau arrière ? Michel Desjoyeaux est toujours là en embuscade, prêt à faire parler son expérience lorsque les conditions de navigation se muscleront. Les skippers ont la chance de pouvoir s’apprêter en douceur en attendant le coup de vent qui devrait les cueillir dans la journée. La montée en puissance se fera crescendo, leur permettant d’ores et déjà de bien vérifier leur bateau, d’anticiper les changements de voiles et accessoirement de se reposer. Sur le pont de Banque Populaire, Jeanne Grégoire recevait les premières vagues annonciatrices. « Après, ce sera ciré, capuche, harnais et casque lourd ».

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Le coup de vent est bien là !

Bertrand De Broc sur Les Mousquetaires Trophée BPE 2007
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Pendant les 36 prochaines heures de navigation jusqu’à La Corogne (on s’oriente vers une arrivée dans la nuit de mercredi à jeudi), ce ne sera pas une partie de plaisir, même pour les gros bras, même pour les plus expérimentés. La progression sera pénible, il faudra réduire la toile tout en gardant assez de puissance pour passer dans la mer. Ce matin, on mesurait 2,5 mètres de houle sur la zone. Les creux devraient encore prendre de la hauteur et atteindre prochainement 4 à 5 mètres. Il faudra donc faire le gros dos, veiller au matériel, tout en songeant à la course, pour ceux qui le peuvent encore. Car certains coureurs (un bon nombre de bizuth notamment) n’ont jamais expérimenté ces conditions de navigation à bord de leur Figaro Bénéteau 2. C’est certainement le cas de Jean-Pierre Nicol (Gavottes) qui mène toujours la danse à 0,5 mille de son nouveau dauphin Nicolas Troussel (Financo), au classement de 10h30. Avec le renforcement progressif du vent, les écarts entre les bateaux se réduisent à chaque pointage : ils sont désormais une bonne vingtaine à se tenir en l’espace de 10 milles. C’est donc un changement radical d’atmosphère (hier à la même heure, les bateaux étaient totalement encalminés), une nouvelle donne qui va offrir aux coureurs une sorte de nouveau départ à 195 milles de La Corogne. Mais le gros temps n’a pas encore fait le tri et la tactique a toujours sa place à ce stade de la course. Les concurrents sont répartis sur un axe nord-sud, Michel Desjoyeaux (Foncia), 3e à 0,8 mille, étant le plus extrême au nord. Si le vent continue de refuser, il pourrait bien voir le reste de ses poursuivants s’aligner derrière lui… une position idyllique avant le prochain virement. A l’opposé, Robert Nagy (Théolia), 6e à 1,8 milles et Nicolas Bérenger (Koné Ascenseurs), 17e à 9,8 milles assument désormais leur stratégie plus sud, à proximité de la route directe. Mais bientôt, d’autres critères que la stratégie vont entrer en ligne de compte : l’état de la mer, la capacité des marins à faire avancer les bateaux dans la grosse brise, leur résistance à la fatigue, l’absence de casse…. Deux concurrents semblent déjà avoir fais les frais de la situation. Jean-François Bulot, (Crédit Mutuel de Normandie-Ville de Caen) semble faire un cap vers Arcachon tandis que Erik Nigon (AXA Atout Cœur pour Aides) pointe en direction de Bilbao. La Direction de Course tente de prendre contact avec ces bateaux pour connaître leurs intentions.

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Un ryhtme infernal

Financo BPE
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« Le rythme est infernal. J’ai harnais, gilet, combinaison sèche.. la totale pour affronter la tempête ! » Alors leader provisoire avant d’être supplanté à ce titre honorifique par Nicolas Troussel, Jean-Pierre Nicol (Gavottes) donne le ton, à la vacation. La pétole d’il y a 24 heures n’est plus qu’un souvenir, au même titre que le bord de portant entre Brest et BXA. Le pain blanc est mangé. Il faut désormais se battre. Aller au charbon. Place au près, au vent fort, aux changements de voile d’avant, aux barres de céréales dans les poches en guise de repas. On marche sur les murs dans le bateau qui gîte, la quille chante et hardi camarades. On y va, dans ce fameux gros temps annoncé depuis 48 heures. Ce matin, vers 10h, le vent est d’abord rentré par le sud, sud-ouest, en évoluant rapidement de 15 à 25 puis 30 nœuds, avec rafales. Bonjour le changement de rythme ! Les Solitaires se sont attachés à leur machine et redoublent de vigilance. « La mer est casse-pieds, il faut bien se tenir », témoigne le leader à 16h, Nicolas Troussel. « C’est assez humide, on prend des paquets de mer dans la tronche, pas super sympa… j’ai attaché ma ceinture de sécurité », témoigne en écho son poursuivant immédiat, Thierry Chabagny (Brossard). C’est déjà engagé donc. Et ça va empirer.

Rafales à 45 nœuds et creux de 5 mètres

Richard Silvani, de Météo France, est explicite: « aujourd’hui le vent fraîchit temporairement 30 à 35 nœuds de sud-ouest, avec des rafales à 40 qui monteront à 45 nœuds dans la nuit. La mer devient forte à très forte avec creux de 4 à 5 mètres. Elle sera encore plus croisée en fin de période, mercredi midi, quand le vent basculera ouest pour 22 à 28 nœuds avec rafales à 35 ». Tout est dit, ou presque. Beaucoup de choses vont se jouer cette nuit, dans le positionnement avant de plonger sur La Corogne, qui n’est plus qu’à 170 milles devant la tête de course. La négociation du gros temps et de cette bascule est l’équation à double-entrée proposée aux marins de cette 38e Solitaire qui progressent vers l’ouest à des vitesses de l’ordre de 6 nœuds cet après-midi. Au classement, avec les quatre premiers bateaux en un mille (Robert Nagy sur Théolia est 3e et Gildas Morvan sur Cercle Vert 4e) et les 18 premiers en 8 milles, tout est encore possible sur cette route cabossée qui remonte contre la mer et le vent. D’autant que le pointage, calculé en terme de distance au but, ne fait pas de cas du grand écart latéral entre ceux qui ont choisi un décalage au nord modéré par rapport à la route – comme Nicolas Troussel – et ceux qui, à l’inverse, ont réussi à faire du gain ouest en étant extrémiste dans le nord, à l’instar de Michel Desjoyeaux (Foncia), Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier), Christopher Pratt (Espoir Crédit Agricole) et Corentin Douguet (E.Leclerc/Bouygues Telecom). Ceux-là acceptent de perdre des places au classement provisoire dans l’espoir d’un meilleur placement par rapport aux événements météo à venir. Cette bascule d’ouest par exemple qui leur permettrait de virer en premier, faire la route et accélérer la foulée en ouvrant les voiles vers La Corogne. C’est pour cette raison que Thierry Chabagny, décidément ultra régulier aux avant-postes, n’est pas forcément content de sa position : « je me trouve un peu trop décalé à gauche (au sud, ndr) par rapport aux autres ».

Reste que ces hypothèses de positionnement ne sont que théorie, rarement vérifiée à 100% sur l’eau. Il y a encore une journée et au moins une nuit et demi à passer sur l’eau avant de toucher le sol de Galice, terre promise de cette troisième étape où il fallait vraiment savoir tout faire : pétole, portant, près… Sous solent et grand voile le plus souvent arrisée au premier ris, les solitaires font le gros dos. Savent qu’ils ne pourront pas confier le bateau au pilote automatique dans cette nuit des braves. Que tout se joue dans les heures à venir, l’arrivée des premiers étant désormais envisagée à La Corogne tôt jeudi matin. Au pointage de 16h, Nicolas Troussel mène donc les débats, quasi à égalité avec Thierry Chabagny (Brossard, 2e à 0,5 mille) et Robert Nagy (Théolia, 3e à 0,7 mille). Non localisé par sa balise, Jean-Pierre Nicol est aussi dans les parages de ces hautes sphères du classement. Où l’on note le retour en force du leader du général, Fred Duthil (Distinxion) qui se hisse en 5e position à moins de 2 milles de Financo. Qui est surtout repassé devant son plus dangereux rival, Michel Desjoyeaux (Foncia, 7e à 3,3 milles). Mais attention encore : les deux hommes ne sont pas à la même latitude. Desjoyeaux veut gagner et suit son idée, Duthil n’est évidemment pas disposé à le laisser faire. Telle est bien la seule certitude. Bien malin enfin qui s’hasarderait à un pronostic gagnant. Pietro D’Ali (Kappa) n’est qu’à 6,5 milles et il est pourtant classé en 15e position… c’est dire si c’est serré dans le premier wagon. Suspense dans la baston, cela ferait un très mauvais titre de série B. C’est pourtant assez représentatif de ce qui se trame en ce moment au beau milieu du golfe de Gascogne.

Les échos du large

Nicolas Troussel (Financo) : « Ca saute un peu là ! Dans le bateau, il faut se tenir parce qu’il y a des petites vagues sympa. On va faire une bonne dose de près pour aller jusqu’à la Corogne. Je suis en train de me faire chauffer de l’eau pour manger un plat déshydraté, le premier qui me tombe sous la main sera le bon. Je n’ai fait que dormir toute la nuit pour être en forme la journée. J’ai des bateaux autour de moi, donc je sais où j’en suis, c’est toujours bien de pouvoir comparer sa vitesse. »

Ronan Treussart (Groupe Céléos) : « Ca pourrait être pire, on pourrait avoir 45 nœuds ! On est au près dans 30 nœuds établis. On va avoir plus fort cette nuit, exactement ce qu’ils avaient annoncé. J’ai réduit la toile ce matin au levé du jour. J’étais sous génois et c’est rapidement monté à 20 puis 30 nœuds. En l’espace de 2 heures, j’ai mis le solent et j’ai pris un ris. On va peut-être devoir prendre encore un ris devant. Ca tape pas mal et c’est très humide. Là, je venais juste de rentrer à l’intérieur pour changer de veste. J’ai bien dormi la nuit d’avant pour emmagasiner un maximum d’énergie car ça va être à la barre toute la nuit prochaine. Je ne suis pas tout seul, j’ai Kappa (Pietro D’Ali) à mon vent, on est tout les deux en bâbord. »

Thierry Chabagny (Brossard): « C’est assez humide. D’après les prévisions, ça devrait forcir encore, mais je trouve que c’est déjà pas mal comme ça. Ce sont des conditions fatigantes, pas aussi plaisant que les bords de spi ! J’ai la ceinture de sécurité à la barre sinon dans les grosses vagues, tu pars par devant et tu te casses la figure. »

Jean-Pierre Nicol (Gavottes) : « Ca va faire 24 heures que je suis en tête. Je suis content d’y être mais les conditions deviennent un peu dantesques. C’est la machine à laver, la marmite. On a 30 noeuds de vent mais c’est la mer qui est vraiment creuse. Ce n’est pas le moment de casser un truc. Il faut arriver à bon port, en bon état. Je suis sous solent, grand-voile haute et je me demande si je ne vais pas prendre un ris. J’ai un peu dormi cette nuit mais le rythme est infernal. Quand on est devant, c’est plus difficile de dormir. J’ai harnais, gilet, combi sèche, la totale pour affronter la tempête. »

Nicolas Lunven (Bostik) : « Là, tu me déranges en pleine petite sieste de récupération. Ca va pas mal, j’ai changé de foc juste au bon moment cette nuit avant que le vent monte, du coup, ça m’a pas mis dans le rouge. J’ai pris un ris dans la grand-voile. Le pilote barre assez bien le bateau. J’en profites pour me restaurer et me reposer. J’ai croisé Christian Bos, il était en tribord, moi en bâbord. Je ne vois personne d’autre. Il y a en permanence de quoi s’occuper, toujours des petits trucs qui pètent et puis il va falloir barrer. J’ai 25 nœuds en moyenne à l’anémomètre et le vent devrait forcir un peu. Je suis content que Jean-Pierre Nicol soit en tête parce que c’est un copain, mais j’espère quand même arriver à le dépasser ! »

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Guerre d’empannages

Solitaire Figaro
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De fait, le classement est pas mal bouleversé ce matin. La flotte s’est regroupée après le passage du plateau de Rochebonne et depuis cette nuit, les concurrents tricotent au portant. « La nuit est dure, on empanne toutes les 5 minutes pour suivre les oscillations du vent » lâche Vincent Biarnes (Côtes d’Armor), visiblement assez fatigué par cet exercice de tactique plein vent arrière qui lui a tout de même permis de gagner 19 places depuis le pointage de 18h30 dimanche ! Il n’est pas le seul à avoir bénéficié d’un petit coup d’ascenseur, à la faveur de quelques empannages judicieux. Comme lui, Nicolas Troussel (Financo), a repris du poil de la bête. « Je me suis remis dans le match donc c’est bien, mais il faut se concentrer aux réglages pour rester au contact. Sur la descente, il y avait des petits coups à faire, et avec un petit groupe on a recollé le paquet » constate ce matin le vainqueur de La Solitaire Afflelou Le Figaro 2006.

L’effet inverse a affecté quelques concurrents à l’image de Nicolas Lunven (Bostik), qui passe ce matin de la 5e à la 17e place, à 4,1 milles de la tête de course. Pour autant, les anciens leaders ne sont pas complètement largués et restent à moins de 2 milles des meneurs, un écart qui ne semblait pas traumatiser Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier), pas mécontent de se « tirer la bourre » avec ses petits camarades. Ces manœuvres successives, associées à un petit essoufflement du vent de nord-nord ouest en début de nuit, ont légèrement ralenti la progression du peloton vers la première marque de parcours, le grand prix Suzuki. Les Figaro Bénéteau avancent tout de même à 6 nœuds de moyenne sur quatre heures et devraient pointer leurs étraves au large du phare de Cordouan vers 7h30 ce matin. Le passage dans ‘l’entonnoir’ de la bouée BXA va remettre les pendules à l’heure, un « classement qui sera surtout important pour le moral » selon Nicolas Troussel, sans rien présager des 300 prochains milles de course vers la Corogne. Les concurrents attendent une bascule du vent au sud-ouest dans la journée de lundi. La partie de navigation sous spinnaker menace de tourner bientôt au louvoyage.

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Début mercredi de la préolympique de Qingdao

Rohart Rambeau
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Côté français, une bonne partie de la délégation a déjà l’expérience de ce format puisque sept coureurs ont déjà disputé les Jeux. Le plus capé d’entre eux, Xavier Rohart, a même participé à trois olympiades et est le seul tricolore déjà sélectionné pour la prochaine. Il affirme cependant « ne pas venir pour gagner mais plutôt pour sentir le plan d’eau et s’imprégner de l’environnement » avant d’ajouter qu’il ne restera pas non plus un simple spectateur. Rappelons qu’avec Pascal Rambeau, ils arborent le plus beau palmarès actuel en voile olympique avec entre autre une médaille de bronze à Athènes et un récent titre de vice champion du monde ISAF. A côté de ce cursus unique, on retrouvera d’autres talents tricolores incontestés avec Faustine Merret, championne Olympique en planche à voile, ou Julien Bontemps, tous deux déjà présents à Athènes. De la même manière, Ingrid Petitjean et Nadège Douroux portaient les couleurs en Grèce et font toujours office de favorites, surtout depuis leur récent titre de vice championnes du monde ISAF. Enfin, Stéphane Christidis, en 49er est le dernier des bleus à avoir déjà défilé dans un stade olympique. Aujourd’hui, il équipe Morgan Lagravière et les deux hommes ont déjà connu plusieurs succès malgré la relative jeunesse de leur association. Morgan et Stéphane ont notamment réalisé un beau championnat du monde ISAF où ils ont souvent joué aux avants postes. Mais l’expérience des bleus ne se limite pas aux passages devant les Jeux. Ainsi, les tornadistes Xavier Revil et Christophe Espagnon sont de solides concurrents qui ont notamment remporté cette année l’Eurolymp de Medemblick et terminé sixième au Portugal. Les deux militaires Thomas Le Breton et Sophie de Turckheim sont aussi des habitués des podiums en Laser puisqu’ils ont tous deux terminé à la deuxième place des Jeux Mondiaux de la voile, il y a un peu plus d’un an. Pierre Leboucher et Vincent Garos, auteurs d’un début de saison tonitruant porteront les chances françaises dans la série des 470. Enfin, le Martiniquais Ismaël Bruno régatera dans la série des Finn.

Interview de Xavier Rohart :
« Nous ne venons pas pour gagner pour une simple raison, c’est qu’en général, nous régatons bien sur les sites que l’on connaît déjà. Je ne serai pas là non plus en spectateur mais je veux voir le plan d’eau et tout ce qu’il y a autour afin de trouver les paramètres à travailler et même la logistique à mettre en place. C’est la première fois que je viens en Chine et même en Asie à part quelques passages éclairs en avion. Le site est un mélange particulier, un peu comme si la Belgique était au Maroc. L’état de la mer et l’odeur de l’eau font penser à Oostende mais il fait beaucoup plus chaud. Je pense qu’il n’y a pas d’autre endroit sur terre comme ça. Pour l’instant, nous n’avons navigué qu’une seule journée car les conditions sont très instables. »

Interview de Ingrid Petitjean
« Cette année, nous passons un mois en Chine, c’est un peu moins que l’année dernière. Ici, nous avons de bonnes conditions pour nous entraîner (Ingrid et Nadège sont arrivées plusieurs jours avant Xavier et Pascal, ndlr) et il faut du temps pour se familiariser avec le site. De plus, nous avons des essais matériels à faire. Pour l’instant, nous sommes sur le même schéma météo que l’année dernière. Il y a une eau agitée avec du courant et du brouillard de temps en temps. Nous n’avons pas encore vu de grand ciel bleu comme l’année dernière mais il n’y a pas eu de gros coup de vent non plus. Nous sommes plutôt contentes, jusqu’à aujourd’hui, il n’y a eu qu’un seul jour où nous n’avons pas pu aller sur l’eau et en dehors de ça, les conditions étaient toujours navigables. »

Interview de Pierre Leboucher :
« Nous ne serons qu’un bateau par série ce qui ne fait pas grand monde sur le parking et encore moins sur l’eau. Pour ce qui est de la préparation, il n’y a pas grand chose qui change mis a part que l’on ne peut pas s’entraîner avec nos partenaires habituels. C’est un mal pour un bien car tous les coureurs sont dans le même cas, et ça nous permet de naviguer et de prendre des infos sur des concurrents que l’on ne connaît pas bien. Cette régate est vraiment une répétition des JO, elle ne ressemble pas aux eurolymps habituelles. Un bateau par nation, cela veut dire très peu de bateaux sur l’eau et ça signifie qu’il faut être présent dès le début. En tout cas, nous avons hâte d’aller jouer… »

Interview de Ismaël Bruno :
« Une préolympique, c’est un format assez particulier. En Finn, il y a une vingtaine de nations, et cela correspond à très peu de choses près aux 20 meilleurs mondiaux. En résumé, c’est une petite flotte, un niveau hyper élevé, pas de "touristes", une durée plus longue. A cela, il faut ajouter les spécificités du plan d’eau donc cela fait un cocktail assez intéressant et ca promet d’être intense. Je n’ai pas vraiment fait de préparation spécifique faute de temps, juste une bonne session de navigations cette semaine pour repérer un peu le plan d’eau. Pour l’instant, je ne sens pas plus de pression que d’habitude, au contraire je commence à voir à quoi cela peut ressembler d’être aux jeux et ca me motive énormément ! »

Coureurs français engagés :
– Tornado :
Xavier Revil / Christophe Espagnon (SRV Annecy – SRR Equipe de France militaire)

– Star :
Xavier Rohart / Pascal Rambeau (YC La Pelle – SR Rochelaises)

– 470 homme :
Pierre Leboucher / Vincent Garos (ASPTT Nantes / SNO Nantes)

– 470 femme :
Ingrid Petitjean / Nadège Douroux (SN Marseille – SN Marseille)

– RS :X homme :
Julien Bontemps (ASPTT Nantes)

– RS :X femme :
Faustine Merret (Crocos de L’Elorn)

– Laser standard :
Thomas Le Breton (SR Brest – Equipe de France Militaire)

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Une étape indécise autant que spectaculaire

Jean-Pierre Nicol
DR

Le portant, c’est important. On néglige trop souvent ce qui peut se passer au vent arrière. Trop habitués à un jeu collé serré – surtout en monotypie – dont l’idée reçue veut qu’il génère pas ou peu d’écarts, qu’il suffit d’être rapide sous spi pour s’en sortir. Pan sur le bec, on a eu droit à de jolies surprises tôt ce matin avec le passage à la bouée BXA dans l’estuaire de la Gironde. C’est ainsi que le bizuth Jean-Pierre Nicol (Gavottes) au terme d’une belle sinusoïdale à l’est et à l’ouest de la route, passait en premier la marque par le travers du phare de Cordouan, à 6h42, avant de mettre le cap sur La Corogne. Robert Nagy (Théolia) et Christian Bos (Belle-île en mer) viraient respectivement en 2e et 3e position cette même bouée, suivis de près par les leaders d’hier, à savoir Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier), Thierry Chabagny (Brossard), Vincent Biarnes (Côtes d’Armor), Michel Desjoyeaux (Foncia), Corentin Douguet (E.Leclerc/Bouygues Telecom) et Gildas Morvan (Cercle Vert), ce dernier étant précédé du vainqueur 2006, un Nicolas Troussel (Financo) fort bien revenu dans le match. Il y avait alors déjà des écarts substantiels, sans être rédhibitoires. Ainsi le leader au général Fred Duthil (Distinxion) rendait 40 minutes au leader et Nicolas Bérenger (Koné Ascenseurs) 3e au général, un peu plus de trois quarts d’heure. Ce soir, les deux hommes sont respectivement 10e à 10 milles (Duthil) et 16e à 12 milles (Bérenger). Voilà qui, pour l’instant, fait les affaires de Desjoyeaux, Mahé et Chabagny au général… mais la course est loin, très loin d’être terminée.

Vainqueur du Tour de France à la voile 2006 et Champion de France de Match Racing 2007, le bizuth Jean-Pierre Nicol ne pouvait alors que se réjouir de sa trajectoire un peu plus à l’est que celle du groupe Desjoyeaux, lors de la descente vers BXA. « Après deux premières étapes catastrophiques, passer la marque en tête m’a fait du bien», confiait-il à la vacation radio. Hélas pour lui, à 10h le golfe de Gascogne se transformait en lac totalement déventé. Bien difficile de trouver le moindre souffle pour faire avancer la machine sur cette mer d’huile. « On est collé dans la pétole et Christian Bos s’est un peu barré devant», racontait alors Jean-Pierre Nicol. Confirmation au pointage de 16h : en effet, le skipper de Belle-Ile-en-mer (qui n’a pas répondu à la vacation radio) était en tête à 294 milles de la Corogne et affichait 5,3 milles d’avance sur Robert Nagy (Théolia), fort bien inspiré également dans la descente sous spi vers la Gironde et lui aussi à l’affût de la moindre risée salvatrice. Celle qui permet de progresser tant bien que mal tout mettant un terme, même momentané, à l’entêtant claquement des voiles faseyantes.

«Prêts à faire le gros dos »

Ne pas s’y méprendre toutefois. Si le changement de rythme est manifeste, deux choses sont importantes à retenir : primo, la pétole ne devrait pas durer. Ensuite les gros bras d’hier et ceux du classement général sont loin d’avoir dit leur dernier mot. Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier) est le mieux loti d’entre eux : troisième à 6 milles de Christian Bos. Mais Michel Desjoyeaux, Gildas Morvan, Thierry Chabagny, Nicolas Troussel, Vincent Biarnes et Corentin Douguet vont aussi se battre pour la gagne sur les 300 milles qui restent encore à parcourir d’ici l’arrivée à La Corogne. Si les écarts sont maintenant pertinents – plus de 15 milles de retard à partir du 20e – le groupe de poursuivants mené par Christopher Pratt (Espoir Crédit Agricole, 9e à 10 milles) peut très bien s’en sortir lui aussi. Côté météo, cette pétole est une classique entre deux systèmes. «Et le vent va revenir doucement par l’ouest cet après-midi », explique Richard Silvani de Meteo France. «Il va s’orienter sud-ouest et forcir dans la nuit pour monter jusqu’à 15 nœuds demain mardi, au matin. Ensuite on passera au vent vraiment fort avec 30 à 35 nœuds et des rafales à 40, une mer inconfortable. Ce sera pour mardi soir et la nuit de mardi à mercredi ». L’absence de vent du moment n’est donc qu’un leurre passager. Les skippers de cette 38e Solitaire Afflelou Le Figaro le savent. Si bien qu’ils sont nombreux cet après-midi à expliquer s’être déjà préparés à affronter « la baston », ce fameux coup de chien qui succèdera au calme du jour, trop plat pour être honnête. Tous racontent qu’ils ont passé les bosses de ris (boutes qui servent à réduire la toile dans le vent fort, ndr) et rangé les bateaux. Qu’ils sont « prêts à faire le gros dos », comme dit un Eric Drouglazet (Luisina, 17e à 12 milles) qu’on sait dur au mal et qu’on imagine bien avec un sourire carnassier de corsaire malicieux quand il déclare à la vacation du jour : « j’attends le gros temps avec impatience. » Ce n’est pas forcément le cas de tout le monde. Mais n’anticipons pas. Avant ce passage nocturne dans le coup de tabac, il y a encore une nuit et une journée de régate à gérer. Et depuis le départ de Caen, on a confirmation que vingt-quatre petites heures peuvent contenir un respectable quota de péripéties et retournements de situations en tout genre lorsqu’on parle de course au large, a fortiori en solitaire et à armes égales. Les neuf premiers bateaux tiennent en moins de dix milles nautiques. Cela peut paraître beaucoup. C’est relativement peu en vérité lorsqu’on sait que la bouée au vent s’appelle La Corogne. Et que celle-ci est encore 300 milles devant l’étrave de l’étonnant Christian Bos.

Les échos du large

Jean-Pierre Nicol (Gavottes): « En ce moment, on est scotché. On sait que le vent doit rentrer mais on ne sait pas si ce sera de droite ou de gauche. Devant, j’ai Christian Bos qui s’est fait un peu la malle. Pour l’instant, on ne peut pas aller se reposer, il faut être à l’affût de la moindre risée. Pour l’instant, j’ai choisi de rester sur la route. »

Thierry Chabagny (Brossard) : « On essaye de sortir de cette zone de molle. On commence à toucher un peu de vent maintenant, c’est agréable d’entendre le bateau faire un peu de bruit dans la mer. La stratégie, pour l’instant, c’est d’avancer et de se positionner vers la dépression qui va nous arriver bientôt, dans la nuit et demain surtout. On va faire un peu de nord-ouest et avancer. Je n’ai pas beaucoup dormi depuis la première nuit. Cette nuit, après la bataille d’empannage, puis le passage de BXA, le vent était ingérable, on se prenait les voiles dans la figure, impossible de dormir. »

Jeanne Grégoire (Banque Populaire) : « Je viens d’ouvrir un oeuf dur qui a un peu trop cuit, il ne sent pas très bon et il n’est pas très beau à voir… pour te dire, ma course ressemble un peu à ça pour l’instant. J’ai l’impression que sur ce Figaro, je n’arriverai pas à faire les choses à l’endroit. Pour ce qui est de mon option quand le vent va rentrer, moi, j’irais plutôt à la côte, pour ne pas avoir de mer, ça peut permettre d’avancer plus vite… ça va être fort mais ce sera pas la grosse tempête. Le seul truc qui m’inquiète : si ça passe au nord-ouest et que je suis à la côte, je vais manger énorme. »

Christopher Pratt (Espoir Crédit Agricole) : « Je n’ai pas eu mon ticket de passage au raz de Sein. J’ai eu droit à un petit mouillage forain… puis une belle descente à la BXA et maintenant les voiles qui claquent. J’aurais pu être encore mieux car j’étais avec Christian Bos jusqu’à la fin de la nuit. Mais bon, il reste 300 milles de près dans la baston donc rien n’ est fait. J’ai un peu d’appréhension d’autant que je n’ai pas beaucoup dormi…Là, il n’y a pas de vent donc on est obligé d’être sur le pont pour grappiller le moindre mètre. J’ai bien en tête tout ce que j’ai à faire pour attaquer le coup de vent. Les bosses de ris sont passées, il va y avoir des changements de voiles, il n’y a plus qu’à sortir les cirés. Je suis avec Fred Duthil et Corentin Douguet. J’aperçois la tête de flotte qui semble s’échapper un peu. »

Gildas Morvan (Cercle Vert): « Depuis 2 heures, c’est le lac. Il y a des petites risées qui arrivent, faut essayer de les attraper pour repartir avec. Tout ce qu’on peut grignoter dans l’ouest, ce sera bien pour partir en premier. Je suis avec Financo, Brossard et Foncia…on se tire la bourre. On essaie d’avancer plus ou moins sur la route.»

Eric Nigon (AXA Atout Cœur pour Aides) : « Je regarde partout pour voir s’il y a une petite risée qui vient, mais il n’y a pas grand chose. J’ai tiré un bord à terre qui était assez intéressant. Pour l’instant, c’est une très belle ballade, il manque juste un peu de vent. On aura du gros temps donc j’ai privilégié d’aller chercher une mer plus plate plus près des côtes espagnoles. Tout va bien, j’ai passé la première nuit à me reposer un maximum.»

Marc Emig (A.ST Groupe) : « J’ai été mauvais toute la nuit donc forcément, je le paye. Il y a eu la surprise de ceux qui étaient à terre. Bref, faut repartir à zéro. Ce matin, j’ai pu dormir un poil avant cette grosse molle. Vu ce qui nous tombe sur la tête en ce moment, la stratégie sera surtout de démarrer de là où on est. Car le vent va arriver par devant, donc, évidemment, faut être devant. La suite ne va pas être toute simple. Il y a un passage de front avec 35 à 40 nœuds et il y aura sûrement une bascule à l’ouest à aller chercher. »

Robert Nagy (Théolia) : « Je suis passé 2e à la BXA. Hier à la même heure, lorsque je vous parlais, je vous disais que j’étais sur la droite du plan d’eau pour être du bon côté de la bascule, pas autant que Jean Pierre (Nicol) qui était très loin à droite. Mais ça a bien marché. Jusque il y a une minute, je me demandais si je n’allais pas sortir le mouillage… mais j’y ai échappé. Dans pas longtemps, ça va être gros carton. J’ai eu la super bonne idée de dormir 1 h 15 après BXA : c’était certainement la meilleure idée de la journée »

Pointage à 19h : 1. C. Bos (Belle Ile en Mer) à 280.7 milles de l’arrivée; 2. J.P. Nicol (Gavottes) à 7.8 milles du leader; 3. G. Mahé (Le Comptoir Immobilier) à 8.1 m; 4. M. Desjoyeaux (Foncia) à 8.3 m; 5. G. Morvan (Cercle Vert) à 9.6 m; 6. V. Biarnes (Côtes d’Armor) à 9.8 m; 7. N. Troussel (Financo) à 9.9 m; 8. C. Pratt (Espoir Crédit Agricole) à 11 m; 9. C. Douguet (E. Leclerc / Bouygues Telecom) à 11.5 m; 10. F. Duthil (Distinxion) à 11.5 m; 11. G. Véniard (Scutum) à 14.6 m; 12. P. D’Ali (Kappa) 14.7 m; 13. E. Drouglazet (Luisina) 15.3 m; 14. R. Treussart (Groupe Céléos) à 15.3 m; 15. N. Lunven (Bostik) à 15.4 m; 16. N. Berenger (Koné Ascenseurs) à 15.7 m; 17. F. Le Gal (Lenze) à 15.8 m; 18. B. de Broc (Les Mousquetaires) à 17.6 m; 19. J. Grégoire (Banque Populaire) à 17.9 m; 20. T. Rouxel (Défi Mousquetaires) à 19.1 m; 21. F. Rivet (Novotel Caen) à 19.8 m; 22. J.P. Mouren (M@rseillEntreprises) à 19.9 m; 23. M. Emig (A.ST Groupe) à 20.4 m; 24. N. King (Nigel King Yachting) à 22.3 m; 25. M. Lepesqueux (Rapid’ Flore – Caen-La-Mer) à 23.5 m; 26. E. Nigon (AXA Atout Coeur Pour Aides) à 24.4 m; 27. P. Bougard (Kogane) à 25.3 m; 28. C. Lebas (LoLa La piscine assemblée) à 27.4 m; 29. G. Le Mière (Basse-Normandie / OTCex Group) à 28.2 m; 30. L. Pellecuer (Cliptol Sport) à 28.2 m; 31. J.C. Monnet (Degrémont Suez Source de Talents) à 28.2 m; 32. L. Wardley (Sojasun) à 28.5 m; 33. T. Duprey du Vorsent Thierry (Domaine du Mont d’Arbois) à 28.9 m; 34. A. Belloir (CAP 56) à 29 m; 35. A. Loison (All Mer Inéo Suez) à 29.1 m; 36. P. O’Rian (City Jet) à 29.6 m; 37. M. Thiercelin (Siemens) à 30.2 m; 38. E. Defert (Suzuki Automobiles) à 30.3 m; 39. A. Tripon (Gedimat) à 30.5 m; 40. A. Pedro Da Cruz (Baïko) à 32.1 m; 41. Q. Le Nabour (Votre Nom pour Le Figaro) à 38.7 m; 42. L. Nabart (Corsica) à 41.4 m; 43. J.P. Le Meitour (Construction Dorso) à 42.4 m; 44. J.F. Bulot (Crédit Mutuel de Normandie – Ville de Caen) à 43 m; 45. J. Le Baut (Port Olona – Arrimer) à 62 m; 46. J. Bird (GFI Group) à 94.8 m.

Non localisés : T. Chabagny (Brossard) et R. Nagy (Théolia)
Abandons : E. Svilarich (Grain de Soleil) et D. Bouillard Didier (MEDevent)

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Les Finistériens à l’attaque

Gildas Mahé Le Comptoir immobilier
DR

La flotte s’est en effet retrouvée engluée au Raz de Sein dans une zone sans vent, à la merci des courants contraires. La plupart des coureurs ont préparé leur mouillage, dans la crainte de passer une nuit à l’arrêt, à attendre la prochaine marée. Une crainte suivie d’effets pour certains, à l’instar du bizuth Jean-Charles Monnet (Degrémont Suez Source de talents), contraint de jeter l’ancre dans 25 mètres de fond. Frédéric Duthil (Distinxion), le leader du classement général, n’y a pas échappé non plus : « Il y a eu un petit passage compliqué. La porte s’est un peu refermée devant nous. On a été obligé de mouiller pendant une bonne heure et ceux de devant se sont échappés ». Heureusement, le coup d’arrêt a été de courte durée, sans effet rédhibitoire sur le classement. Les plus inspirés pour déjouer les pièges de ce passage à niveau sont aussi de fins connaisseurs de cette zone de navigation : les finistériens Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier), Eric Drouglazet (Luisina), Gildas Morvan (Cercle Vert) et Christophe Lebas (Lola La Piscine Assemblée) entre autres, ont trouvé le trou de souris pour s’échapper du Raz et pointent ce matin aux avant-postes, en compagnie de Corentin Douguet (E. Leclerc/Bouygues Telecom), visiblement satisfait de son début de course. Les 16 premiers concurrents sont très groupés (1,5 milles), et ont creusé un léger écart (2 milles) avec un deuxième groupe de poursuivants, emmené par Duthil. Quoi qu’il en soit, ces conditions de navigation douces et clémentes, permettent aux solitaires de confier la barre de leur Figaro Bénéteau au pilote automatique et de se reposer entre deux réglages de spi. Ils devraient continuer à naviguer au même régime pendant toute cette journée de dimanche.

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Avis de tempête sur la Fastnet Race, l

Avis de tempête sur le Fastnet
DR

Ce report est le premier depuis la création de la course il y a 83 ans mais la navigation en Manche et en mer d’Irlande avec de telles conditions serait périlleuse pour les concurrents. Le premier départ pour les 300 inscrits devrait donc être donné lundi 13 août à 11 heures. « Ce cas de figure est exactement la politique sécuritaire du RORC, donner un départ uniquement lorsque les conditions sont praticables, mais la décision de participer ou non à une course demeure de la responsabilité du propriétaire du bateau » analysait Janet Grosvenor, manager du comité de course du RORC.

L’Orma jette l’éponge…
Pour la classe ORMA, en accord avec tous les skippers engagés, la course est annulée. Une annulation motivée par 3 raisons principales. En effet, une violente dépression se creuse au large des côtes anglaises avec des vents de 35 à 40 noeuds et une mer très formée (4 à 5m). Dans ces conditions extrêmes avec un parcours à 90° du vent, le risque s’avère important pour l’ensemble de la flotte et principalement pour la classe des multicoques ORMA. Cette même dépression, très instable, est également à l’origine du changement de parcours de la course du Figaro.

Une décision difficile pour la direction de course,
En décidant de reporter le départ, les organisateurs ont pris une décision unique pour toutes les classes de bateaux créant une situation délicate pour les bateaux les plus rapides comme les multicoques ORMA qui auraient pu effectuer la totalité du parcours en avant de la dépresssion si le départ avait bien été donné dimanche, comme prévu. En effet, ce report devrait permettre aux petites embarcations (monocoques de petites tailles) de s’abriter, si nécessaire, dans des ports sur les côtes sud de l’Angleterre en attendant de voir passer le centre dépressionnaire… Les multicoques, quant à eux, se seraient retrouvés au coeur de la dépression, sans possibilité d’abris. Après discussion avec les organisateurs et l’ensemble des skippers de la classe, cette décision d’annuler le départ pour la classe ORMA s’est vite imposée comme l’unique solution "raisonnable" et "sage" à deux mois de l’objectif principal de la saison sportive : la Transat Jacques Vabre.

Horaires des départs selon les classes:
 IMOCA 60 – 11h00
 IRC 3 – 11h20
 IRC 2 – 11h40
 IRC 1 – 12h00
 IRC Z – 12h20
 IRC SZ & CK – 12h40
 Multicoques – 13h00

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Desjoyeaux en éclaireur

Michel Desjoyeaux
DR

Les voix sont calmes, détendues à la vacation du jour. Après un premier coup de stress au départ de Brest hier soir, puis un deuxième dans le raz de Sein où certains ont été obligés de mouiller une ancre pour ne pas culer dans la pétole avec le courant, chacun a pris ses marques. D’abord en admirant la pluie d’étoiles filantes dans la nuit noire, puis à la barre ce dimanche, pour composer au mieux avec le vent arrière et le léger clapot. Cet après-midi, au grand large de la Vendée, on ne se plaint guère. « On a quelques nuages, mais il fait chaud. Les conditions sont très agréables et je bricole des zigzags pour essayer de revenir sur les tout premiers », témoigne Gérald Véniard (Scutum). Les skippers des 48 Figaro Bénéteau en course (abandons d’Etienne Svilarich et de Didier Bouillard hier) naviguent en ce moment sous spi vers la Gironde, poussés par un vent de secteur nord-ouest d’une quinzaine de nœuds, un peu plus soutenu que prévu. « C’est très joli », assure Nicolas Raynaud à bord du bateau Direction de course, « ils empannent pour suivre les oscillations du vent, les bateaux rattrapent leurs propres spis, obligeant les marins à régler et barrer le plus possible. C’est une belle bagarre mais pour l’instant cela tient encore du round d’observation. La grande empoignade stratégique débutera réellement à partir de la bouée BXA, dans l’estuaire de la Gironde, qu’on devrait atteindre demain matin. » 

Michel Desjoyeaux (Foncia) est en tête au pointage de 16h. D’un rien : 0,3 mille devant Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier). C’est très serré en tête. Les dix premiers se tiennent en un mille en terme de distance au but et les positions aux classements jouent au yo-yo, sous l’influence des écarts latéraux. Lesquels ont été relativement importants aujourd’hui même si les routes convergent de nouveau en tête. Pour résumer tout de même, un petit quart de flotte (16 bateaux) dans lequel on retrouve une majorité de meneurs au classement général a réussi à faire un petit écart sur le reste de la meute, essentiellement à la faveur du passage du raz de Sein. Aux avant-postes, outre l’inévitable Michel Desjoyeaux et le décidément talentueux Gildas Mahé, on retrouve le très régulier Thierry Chabagny (Brossard, 3e à 0,4 mille), le leader de ce midi Gildas Morvan (Cercle Vert), Eric Drouglazet (Luisina), mais aussi Corentin Douguet (E.Leclerc/Bouygues Telecom), Ronan Treussart (Groupe Céléos), Gérald Véniard (Scutum), Christophe Lebas (Lola La piscine assemblée) et le bizuth Nicolas Lunven (Bostik). Tous ceux-là sont incontestablement bien dans le match.

A l’inverse, sans être lâchés – très loin de là – le leader du général Fred Duthil (Distinxion), le troisième Nicolas Bérenger (Koné Ascenseurs) et le vainqueur 2006 Nicolas Troussel (Financo) ont pris un léger retard. « J’ai été obligé de mouiller deux fois dans le raz pendant que ceux de devant se barraient », raconte Nicolas Bérenger, « j’ai eu très peur de prendre une marée de retard sur ce coup-là. Heureusement ça n’a pas duré trop longtemps, mais j’ai frisé la correctionnelle.» Les débours au premier de ces trois-là se sont réduits depuis ce matin et s’étalonnent désormais entre 1,4 et 2,8 milles. Pas de quoi en faire toute une histoire, à encore 430 milles de La Corogne. « J’ai l’écoute entre les dents et à bloc Jean Floch, à l’attaque pour revenir », raconte avec humour le skipper de Koné Ascenseurs. Entre deux pointages, chacun cherche son salut en vitesse pure (moyennes à 7 nœuds au pointage de 16h) et dans de légers décalages latéraux. Il y a de petits coups à jouer, certes, mais surtout, chacun suit le vent en faisant marcher au mieux le bateau tout en se préparant pour la suite, annoncée copieuse, entre l’estuaire de la Gironde et La Corogne. Tout ou partie des 300 derniers milles devraient en effet se courir au louvoyage en remontant un fort vent de sud-ouest, sans doute jusqu’à 35 nœuds. Le tout en coupant à travers le golfe de Gascogne, jamais confortable dans ces conditions. Et au près, il y aura forcément davantage de stratégie et de tactique. Pour l’heure, les marins anticipent cette deuxième nuit de course où il faudra être vigilant, notamment en doublant le plateau de Rochebonne, au large de Ré, contrée très fréquentée des pêcheurs. Viendra ensuite le pointage du Grand Prix Suzuki à BXA, demain matin. On pourra alors se faire une idée plus précise de la hiérarchie qui se dessine sur cette troisième étape marathon de La Solitaire.

Echos du large

Gildas Morvan (Cercle Vert): « Le passage au raz de Sein a été assez spécial, à la tombée de la nuit, dans la pétole. On a eu de la chance, on a réussi à passer avec un peu courant et juste après, le vent est revenu. La navigation de cette nuit a été super sympa. Je me suis fait un super petit plat : j’ai mangé les paupiettes que ma mère m’avait préparées. Mais à part ça, il y avait des coups à jouer, il fallait aller chercher la pression dans l’ouest, être sur le qui-vive, regarder à gauche à et à droite. Maintenant, j’essaie de me recaler un peu vers les copains, je n’ai pas envie de partir seul dans mon coin. On est tous bâbord amure, le vent est un peu à droite… Nous sommes à 115 milles de BXA. »

Nicolas Luven (Bostik), en train de régler son spi récalcitrant : « Les conditions sont top. Ce matin le vent est rentré avec une quinzaine de noeuds. Je suis bien placé, tout va bien à bord de Bostik. Au passage du raz de Sein, j‘ai eu beaucoup de chance. J’ai été un des derniers à attraper le bon wagon. On a réussi à démarrer avec un peu de vent et de courant. Ensuite, j’ai fait quelques petits empannages opportuns et j’ai eu la bonne surprise ce matin de me retrouver derrière Mich (Desjoyeaux). J’ai pu me reposer cette nuit mais là, ça devient compliqué de lâcher la barre à cause du clapot. »

Thierry Chabagny (Brossard): « Au raz de Sein, il a fallu serrer les fesses pour passer avec le courant. J’étais à la limite, je suis passé avec un petit souffle. Maintenant, depuis la baie d’Audierne, on est sur un bord de spi assez sympa. On est vent arrière et on suit les oscillations. Il faudra peut-être aller un peu plus à terre pour garder de l’air jusqu’à la Gironde. Mais je suis content d’être bien placé, c’est beaucoup plus sympa que se battre pour remonter des places. Cette étape ressemble étrangement à la deuxième où je me suis retrouvé comme aujourd’hui, dans le tableau arrière de Gildas (Morvan) »

Bertrand De Broc (Les Mousquetaires): « Cette nuit, c’était incroyable, il y avait des étoiles filantes partout, on passait notre temps à lever la tête, c’était un super spectacle. Côté navigation, c’était difficile car j’étais collé au bitume. J’ai du arrêter le bateau et faire marche arrière car j’avais des plastiques pris dans les safrans et la quille. Je suis à peu près à 1 mille derrière Chabagny. Il y a des couloirs, des bascules de vent et avec les petites vagues, c’est difficile de rester sous pilote. D’après les fichiers, il semble qu’il y ait un peu plus de vent sur la gauche. De mon côté, je vais rester dans le paquet et s’il y a une opportunité, je la saisirai.»

Patrice Bougard (Kogane): « Ca fait plaisir d’être un peu devant. Je vois le bateau de la Marine, je suis très content. J’ai réussi à me reposer après le raz de Sein car là bas, ça a vraiment été difficile, il a fallu s’arracher les tripes pour sortir contre le courant. J’ai beaucoup barré depuis hier. Là je suis sous pilote, je viens juste de manger et je vais aller me reposer. »

Eric Defert (Suzuki Automobiles): « Au raz de Sein, ça a été l’enfer. J’ai reculé un moment puis j’ai essayé de mouiller mais ça ne tenait pas. Heureusement là, c’est reparti. J’ai 15 nœuds, un vent au 300 qui devrait un peu tourner à gauche. J’essaie de bien me placer pour remonter quelques places, j’ai une grosse pêche pour finir cette étape.. J’ai Défi Mousquetaires près de moi, Région Basse-Normandie et sous le vent, Rapid’Flore. »

Gérald Véniard (Scutum): « C’est clair que là, les conditions sont plutôt sympa. Il fait beau, chaud, je suis en t-shirt. Si on était monté en Irlande ça n’aurait pas été la même chose. Le passage du Raz de Sein a été moyen. On s’est fait un peu fait enfermer à terre avec Foncia. Ca va encore bricoler pas mal pendant une quinzaine d’heures jusqu’à la bouée BXA. Mais pour l’heure, c’est un peu un round d’observation. »

Nicolas Bérenger (Koné Ascenseurs): « Je suis amarré à ma barre, à l’attaque, l’écoute entre les dents. Je suis plutôt mal parti. A la bouée de dégagement, je n’avais plus que 3 ou 4 bateaux derrière moi. En fait, ça fait trois étapes et trois mauvais départs. Il semble que je sois programmé pour revenir dans le match quand ça va pas… Il faut croire que j’ai besoin de ça pour démarrer. »

Robert Nagy (Théolia): « Un peu de chaleur, ça change et ça fait du bien. Sur le plan d’eau, la flotte est bien partagée. Moi je suis plutôt du côté gauche en descendant, en compagnie de Fred Duthil, et j’attends la bascule au sud-ouest. J’ai eu du mal au raz de Sein. J’étais décalé à 150 mètres de Gildas Mahé. Ils ont pris la risée devant moi, et là, je les ai vus partir. Sur ce coup là, ils m’ont mis un mille. Je suis toujours un peu handicapé par mon poignet, mais je fais attention, et les conditions n’ont pas été très gênantes. »

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Changement de parcours !

Figaro
DR

Mais l’avis de fort coup de vent prévu à partir de mardi au passage du rocher, et le manque de précisions quant au déplacement et au creusement de la dépression que les coureurs devaient subir, a poussé l’organisation à revoir sa copie et à envoyer les concurrents vers le sud, dans le golfe de Gascogne, plutôt que vers le nord. Ils iront donc virer la bouée de BXA, en face de l’estuaire de la Gironde, avant de mettre le cap vers la Corogne. « Nous avons mis du temps à prendre cette décision. Je sais que certains auraient préféré monter au Fastnet, mais avec la météo annoncée et la possibilité d’avoir au Fastnet une mer très forte, nous n’avons pas voulu prendre de risques et rendre cette course dangereuse. Nous ne sommes pas là pour faire les jeux du cirque, mais pour faire de la régate » a déclaré ce matin le Directeur de Course Jacques Caraës devant les 50 skippers. Le fameuse Fastnet Race qui part tous les ans de Cowes et qui devait s’élancer ce dimanche a d’ailleurs été retardée elle aussi, pour les mêmes raisons. L’heure de départ de cette 3e étape (samedi 15h00) est en revanche maintenue.

Les skippers ont tous très bien réagi à ce nouveau programme, à l’image de Fred Duthil (Distixion), leader du classement général : « Faut s’adapter et puis je pense que c’est une décision sage de ne pas envoyer tout le monde dans la grosse baston. De toute façon, on va quand même se faire 560 milles de course dans du vent assez fort. Simplement il va falloir réétudier rapidement ce nouveau parcours et se remettre très vite à la table à carte… » Ce nouveau tracé de 560 milles ne sera donc pas une promenade de santé. « Nous aurons tout de même un parcours tonique, avec des vents de sud-ouest forts – entre 25 et 30 nœuds- entre BXA et la Corogne, notamment dans les douze dernières heures de course. ». Pour la première partie de course (250 milles jusqu’à BXA), les Figaro vont d’abord s’élancer au portant, dans un flux modéré de nord-ouest avant une progressive bascule du vent à l’ouest puis au sud-ouest sous l’influence de la partie sud de la dépression. Les routages actuels prévoient les premières arrivées le 15 août au soir.

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