Le choix fut cornélien pour Thomas et son équipe météo. Couper à travers l’anticyclone, c’était prendre le risque de rester immobilisé dans son centre pendant plusieurs jours. Et passer dans son Est impliquait de tirer des bords au large de l’Afrique. Sodeb’O longe donc le Brésil en direction de Rio, à plus de 20 nœuds de moyenne. L’objectif est de garder une bonne vitesse, grâce à des vents portants en bordure de l’anticyclone, jusqu’à attraper des vents d’Est, à priori au niveau du 36e degré Sud. Thomas vise une dépression qui progresse actuellement dans le Pacifique, en arrière du trimaran Idec de Francis Joyon (lui-même pointé à moins de 1000 milles du Cap Horn). La stratégie est complexe pour le skipper de Sodeb’O qui doit toucher cette dépression en évitant de descendre trop au Sud où les glaces remontent très haut dans cette région.
Explications de Thomas Coville : « Sainte Hélène est l’anticyclone qui protège le record d’Ellen MacArthur. C’est surtout un système qui gère tout l’Atlantique Sud. Aujourd’hui, il s’est installé totalement en travers, de l’Amérique à l’Afrique, et m’empêche de passer. Cela m’oblige à longer les côtes brésiliennes et à faire beaucoup plus de route. En distance cela va représenter de 700 à 800 milles, soit presque deux jours. Depuis le début, je sais qu’une partie de mon avenir est un hasard et que je dois être capable de l’accepter avec humilité. »
Sainte “Ellen” barre la route de Thomas Coville
Bostik en escale une semaine au Portugal
"Les deux premiers jours ont été vraiment super, avec des journées de 400 milles parcourus en 24h00 et des pointes à plus de vingt nœuds. Le Bostik est vraiment sympa", déclarait Charles Caudrelier dans un reportage vidéo réalisé à bord de Bostik qui sera diffusé mercredi 26 décembre sur Eurosport. "Liz Wardley a atteint les plus grandes vitesses et elle détient le record ! Ensuite nous avons vécu quelque chose d’incroyable. Le hauban sous le vent s’est rompu". C’est l’un des deux gros câbles qui relient le haut du mât à la coque. Celui sous le vent est celui qui est situé sous la voile, à l’opposé de celui qui est en traction et qui subit les plus gros efforts pour maintenir le mât. "Si nous n’avions pas été très vigilants, nous aurions pu virer de bord et le mât se serait écroulé, car il n’était plus du tout retenu. Nous avons mis du temps à comprendre ce qui s’était passé. En définitive, les frottements répétés de la grand-voile sur le hauban au vent arrière ont détruit les protections des fibres de PBO qui constituent ce câble. Sans protection, l’âme du hauban a cédé".
"Cette erreur de conception de notre fabricant aurait pu être lourde de conséquences", déclare Yvan Griboval, Président de SailingOne et initiateur du monotype Veolia Oceans®. "Heureusement que l’équipage de Bostik est attentif et qu’il prend cette campagne de tests très au sérieux, car, sinon, le Tour du monde de Reconnaissance de la SolOcéane s’arrêtait dans le Golfe de Gascogne. La section et la résistance du hauban ne sont pas remises en cause. Lors de la conception de ce gréement, nous avons d’ailleurs augmenté la capacité des haubans à subir une charge supérieure à celle qui avait été calculée initialement, en concertation avec Beat Wildberger (Alucarbon), le fabricant du mât. Rien n’est à remettre en cause à ce sujet".
"Notre fournisseur a été très réactif", ajoute Yvan Griboval. "Un nouveau jeu de haubans, avec des gaines renforcées pour s’adapter aux contraintes rencontrées sur le monotype Veolia Oceans®, vient d’être réalisé en urgence aux Etats-Unis. Il sera acheminé en France en début de semaine, puis équipé des pièces de terminaison de tête de mât et de coque vendredi 28 décembre. Bostik pourra donc reprendre sa route vers Wellington durant le week-end du 30 décembre".
Cette escale au Portugal va permettre à l’équipe technique de SailingOne, dirigée par Jean-Baptiste Daramy, de réaliser quelques travaux complémentaires pour réparer ou modifier des désordres constatés au cours de cette première semaine de navigation au large. C’est le renouvellement des adhésifs de décoration de coque qui se sont décollés ; le resserrage des fixations basses de gouvernail à la coque ; le remplacement du pantalon de ciré de Liz Wardley qui fuit ; la purge d’une bulle d’air dans le circuit hydraulique d’inclinaison de la quille ; le remplacement du tangon – bout dehors brisé dans un départ au lof (sortie de route sous spi), etc.…. Les quatre marins de Bostik en profiteront aussi pour s’échapper 48h00, histoire de passer Noël en famille sur la terre ferme.
50 noeuds de vent : Joyon frôle le chavirage en plein Pacifique
Avec un ton étonnamment serein, Francis Joyon est revenu sur ses dernières 24 heures de course, les plus dures de son propre aveu depuis le départ de Brest voici un peu plus de 33 jours. "Je ronchonne un peu après les grains mais tant que le bateau avance, je suis satisfait, poursuit le skipper du trimaran géant.
Toujours en alerte…
L’alerte n’est pas encore totalement passée. IDEC va dès demain retrouver un épisode à grains, avant d’entrer enfin dans la partie la plus clémente de la dépression et d’envisager, samedi matin peut-être, un atterrissage sous le fameux rocher du cap Horn… La grosse (960 hpa) dépression qui a enflé sur la route du trimaran géant IDEC n’aura donc laissé d’autre choix à Francis Joyon qu’un affrontement direct au plus fort du vent de Sud Ouest. Victime relative de ce combat de géant, la performance chiffrée ; IDEC a dû naviguer un cran en deçà de ses possibilités face à une mer démontée. Les 500 milles journaliers se sont réduits à 450, grâce à la réactivité permanente aux réglages d’un Francis Joyon dont on se demande quand il trouve depuis 33 jours le temps de se reposer. Ballasté à fond, IDEC a en effet réduit régulièrement la voilure pour ne plus à deux reprises, progresser que sous tourmentin seul, et ce pendant 8 heures. "Je me suis rendu compte qu’il ne servait à rien de toiler le bateau dans le très gros temps" explique Francis. "Dans les grains à 45 noeuds, le bateau filait ses 20 noeuds avec la grand voile totalement affalée".
La cabane sur le chien…
A peine sorti des affres du champs d’iceberg, Francis aura aussi connu la frayeur de la sortie de route ; "Les déferlantes malmenaient le bateau et j’ai bien failli mette la cabane sur le chien…" En d’autres termes, chavirer. La fatigue commence aussi à prélever son écot. Joyon n’en fait pas mystère. "Renvoyer cette immense grand voile après l’avoir totalement affalée est un énorme boulot et c’est là que je me rends compte de la fatigue "explique t’il. "Je ne suis qu’à 80% de ce que je pourrai faire!" Désarmant! Et de repousser à des jours plus ensoleillés les travaux du bord, au premier rang desquels le changement des billes du chariot de grand voile. "Le bateau est en bon état car je répare au fur et à mesure les petites avaries…"
Samedi au Cap Horn ?
A 1 100 milles du cap Horn, Francis Joyon trouve malgré les heures difficiles le loisir d’apprécier la magie des contrées inhospitalières traversées. Un coin de ciel bleu, une lumière plus vive entre les grains, une houle qui s’apaise et Francis reprend son rêve éveillé, sa inextinguible quête aux Merveilles…
Sodeb’o, un demi-jour de retard à l’équateur
Dans les heures qui viennent, Sodeb’O va toucher les alizés de sud-est. Les grains se raréfient même si au moment où il parlait hier, un nuage noir et peu rassurant montait rapidement vers lui. Ce genre de nuage typique du Pot au Noir amène des rafales de vents violents. Ils obligent les marins solitaires à rester sur le qui-vive sous peine de chavirer. Au petit matin, Thomas s’est d’ailleurs fait une belle frayeur. Assoupi après une nuit passée à manœuvrer, il a été réveillé par une pluie violente et n’a eu que le temps de choquer en grand quand il a pris conscience que le bateau était très haut sur une coque.
La partie d’échec météorologique va se compliquer avec le contournement nécessaire de l’anticyclone de Saint Hélène qui lui barre la route au milieu de l’Atlantique sud et qui l’empêche aujourd’hui de profiter de la route la plus courte pour rejoindre les 40èmes rugissants et les grands vents portant d’ouest.


















