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Globe40. Départ de l’étape 5, celle du passage du Cap Horn

Jean-Marie Liot

Le départ de la cinquième et avant-dernière étape de la Globe40 sera donné ce mercredi 18 février à Valparaiso (Chili) direction Recife au Brésil. Sept des 8 bateaux seront au départ pour une étape qui comptera le passage du mythique Cap Horn.

C’est 4 860 milles nautiques qui seront au programme des 14 marins dans cette 5e étape qui sera crucial pour le classement général et notamment pour le duel entre Belgium Ocean Racing – Curium et Crédit Mutuel. Jonas Gerckens fera équipe avec Corentin Douguet face à Ian Lipinski et Antoine Carpentier. La bataille s’annonce encore intense.

A y regarder de plus près, la 5e étape de cette circumnavigation est nettement moins « facile » qu’elle ne pourrait paraître. Alors que Belgium Ocean Racing – Curium s’attaquera à cette avant-dernière étape en tête du classement général, avec deux petits points d’avance sur « Crédit Mutuel », Jonas Gerckens fera équipe avec Corentin Douguet. Le Breton n’a besoin que de quelques phrases pour planter le décor et situer le niveau de difficulté de cette étape : « La seule évocation du Cap Horn suffit généralement à situer le débat », sourit le Breton de 51 ans. « Le franchir n’arrive pas tous les jours dans la vie d’un marin, et le passer après avoir longé les côtes chiliennes pour ensuite le contourner est assez peu courant également. On verra à quelle sauce on va être mangé. Mais surtout, on ne pourra certainement pas dire qu’on aura fait le plus gros une fois dépassé ce gros caillou ! La remontée de l’Atlantique au long des côtes argentines puis brésiliennes jusqu’à la latitude de Rio compte parmi les zones visitées par la course au large les plus délicates au monde ! La faute à cette cordillère des Andes qui crée un énorme dévent, et rend les prévisions les plus ardues à établir. Là-dedans, il y a tout un tas de systèmes qui se créent. Ils sont assez jeunes et dès lors assez difficiles à placer sur nos modèles. Ça rend le jeu très compliqué, mais également très ouvert. On va avoir environ 3.000 milles à remonter vers le Cabo Frio, soit à peu près le double de ce que l’on aura fait en descendant vers le Cap Horn. Ça peut très bien se passer. Ou pas ! Lors du dernier Vendée Globe par exemple, Thomas Ruyant en a fait l’amère expérience après avoir essuyé un grain monstrueux qui lui avait notamment déchiré des voiles. »

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Des perspectives qui n’effraient pas Jonas Gerckens. Le Liégeois franchira pourtant le cap mythique pour la première fois de sa vie. « Passer le Cap Horn reste une étape majeure dans la vie d’un hauturier, mais comme l’a dit Corentin, ce sont les routes que nous allons suivre pour le rejoindre puis pour s’en éloigner qui s’annoncent surtout ardues. Tout dépendra bien sûr des conditions que nous allons y rencontrer, mais après avoir déjà vécu une étape très chahutée dans l’Océan Indien en compagnie de Ben (Hantzperg), je me sens prêt à relever ce défi avec d’autant plus d’enthousiasme que je sais déjà que l’apport de Corentin sera très important vu ses connaissances et son palmarès. Alors que nous nous sommes retrouvés à Valparaiso il y a une dizaine de jours, nous avons eu l’occasion de travailler tout cela en vue de la grosse explication qui s’annonce avec Ian Lipinski et Antoine Carpentier, les deux cadors qui seront à la barre de « Crédit Mutuel ». Comme vous vous en souvenez peut-être, l’arrivée de l’étape à Valparaiso a débouché sur un ex-aequo pour le moins insolite qui a eu pour effet de nous ramener pratiquement dos-à-dos. Même si cette situation a été difficile à admettre, nous avons décidé de la mettre derrière nous une fois pour toutes. Nous occupons la tête du classement avec deux points d’avance, mais comme les deux dernières étapes proposeront des coefficients équivalents avec deux points d’écart entre le 1er et le 2e, la course promet de se jouer jusqu’à l’arrivée programmée à Lorient en avril prochain. D’autant que le bateau allemand qui avait terminé dans notre sillage (2e) à La Réunion sera de retour pour la dernière étape entre Recife et Lorient ! »

C’est dire si la bagarre promet d’être intense, surtout pour les scows qui, en plus d’avoir témoigné d’une très grande aisance doublée d’une fiabilité remarquable, ont surtout réalisé des performances très impressionnantes. Celles-ci ont notamment été illustrées par le record de distance sur 24 heures qui a été battu à deux reprises par « Belgian Ocean Racing – Curium » ! La première fois entre le Cap-Vert et l’île de La Réunion, avec le duo Dehareng-Hantzperg à bord (452,22 mn, soit 837,51 km), et la deuxième dans le Pacifique, entre Sydney et Valparaiso (459,78 mn, soit 851,51 km, à 19,1 nœuds de moyenne !), des œuvres de Djemila Tassin et Benoît Hantzperg à nouveau !

À bord du Class40 Crédit Mutuel, Ian Lipinski et Antoine Carpentier sont en passe de retrouver leurs petites habitudes, eux qui ont été séparés par un principe de bonne répartition des efforts, chacun cédant à Amélie Grassi puis Alan Roberts le soin de piloter le bateau rouge et blanc au plus vite et au plus sécurisant. « On a géré un certain nombre de petits soucis, il reste de la bricole, des réglages à affiner pour que les systèmes fonctionnent bien, mais nous ne sommes pas les seuls dans ce cas. De la même manière, le sujet de préoccupation principal est le jeu de voiles qui a déjà beaucoup travaillé, et il faut que les voiles tiennent. Après tant de milles, nous sommes tous dans le même cas de figure ».

Ian Lipinski : « Ce fut agréable de laisser la main un petit moment, s’amuse le skipper, mais j’étais quand même pris par une forme de stress et par l’envie de participer. J’ai pris des nouvelles assez régulièrement, et c’était assez sympa de partager ça avec eux. J’en ai profité pour découvrir le Chili, un pays génial, des paysages fantastiques et des habitants d’une immense gentillesse, ce fut un régal ! Je suis aussi bien content de retrouver Antoine, en qui j’ai une grande confiance et sur qui je sais m’appuyer en toute circonstance ».

Ian Lipinski envisageait une entame de course « assez pénible, au près, avec possiblement beaucoup de vent. Les débuts risquent d’être laborieux, puis nous devrions récupérer du vent portant jusqu’au cap Horn. Il faut espérer qu’il sera praticable, puis il faudra remonter le long des côtes orientales, possiblement avec du vent de face. Est-ce que la stratégie météo sera l’argument majeur de cette étape ? Je n’en sais rien, il pourrait y avoir beaucoup de bords obligatoires ; je ne pense pas que ce sera si ouvert que ça. Avec le temps, j’ai aussi appris que chaque course est particulière, qu’il n’est pas nécessaire de se remplir la tête de schémas. Je préfère être en capacité de m’adapter quels que soient les éléments ».

« C’est un beau moment d’inconnu, s’exclame Antoine Carpentier. J’espère qu’il ne sera pas trop redoutable. La direction de course va sans doute nous mettre une limite des glaces assez haute mais, de toute façon, on va aborder le cap Horn par le nord et on en sortira aussi par le nord sans doute au plus près des côtes. Ensuite, on remontera l’Atlantique sud, où j’ai un peu navigué lors des arrivées de Transat Jacques Vabre à Salvador de Bahia. ».

Il y a trois semaines, la transpacifique entre Sydney et Valparaiso, créditée d’un coefficient de 3 – le plus haut – s’était conclue par un inédit match nul. « Avant l’étape 4, nous savions, Alan et moi, que nous devions gagner, ce qu’on a fait… mais nous n’avons pas été les seuls à gagner, image Antoine Carpentier. L’objectif a été à moitié rempli, mais nous restons dans le match pour la victoire finale ». « On n’a pas le choix, pose Ian Lipinski, nous devons gagner les deux prochaines manches. Je n’ai pas envie de commencer à faire des calculs pour savoir dans quels schémas le retour de l’équipage allemand, à partir de Recife, pourrait impacter cette obligation. Gagner cette course est encore possible, et cela peut ne dépendre que de nous. C’est un schéma qui me va très bien ». « On sait ce qu’il faut faire pour gagner, résume Antoine Carpentier. Si nous voulons rester maîtres de notre destin, il faut finir devant Belgium Ocean Racing deux fois. Il va y avoir du jeu jusqu’au bout ! »