Bermudes 1000 Race. Apivia toujours devant, problème technique sur LinkedOut

Benjamin Dutreux sur Guyot Environnement pointe à la 4e place.

Ce mercredi matin, Charlie Dalin sur Apivia domine toujours largement la course et a passé la dernière marque du parcours avant un long bord vers Lorient. Jérémie Beyou sur Charal 2e à 75 milles tente de revenir mais reste loin. Thomas Ruyant sur LinkedOut a connu cette nuit une rupture d’une pièce dans le système de barre de son voilier et pointe à la 9e place. Louis Burton (3e) sur Bureau Vallée 2 et Benjamin Dutreux (4e) sur Guyot sont bien revenus.

L’ensemble de la flotte de la 3e édition de la Guyader Bermudes 1000 Race fait route en direction du way-point Gallimard situé à 340 milles dans le nord-ouest du cap Finisterre. Une marque virtuelle que les premiers devraient déborder ce matin, après avoir fait les frais d’un nouveau passage de front, en deuxième partie de nuit. Les choses demeurent, en revanche, plus incertaines concernant le dernier tronçon du parcours jusqu’à Brest. Charlie Dalin (Apivia), qui fête ses 38 ans aujourd’hui et mène la danse depuis le début, pourrait creuser un écart considérable en réussissant à conserver de la pression jusqu’à l’arrivée quand ses poursuivants risquent, eux, de finir dans de tous petits airs. Pour l’heure, rien n’est écrit, mais la fin de course promet manifestement de réserver bien des surprises !

Thomas Ruyant, engagé dans la Guyader Bermudes 1000 Race, a connu cette nuit une rupture d’une pièce dans le système de barre de son voilier LinkedOut. Il a alors mis son voilier à la cape en attendant que le vent baisse puis repris le contrôle de son bateau en barrant manuellement. Le navigateur dunkerquois va bien. Il fait route vers la côte en essayant de résoudre son problème technique.

« Le décor a changé : depuis le passage du Fastnet, on est au près. Les hautes vitesses d’hier sont remplacées par des vitesses beaucoup moins rapides avec le bateau qui tape plus contre les vagues. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus agréable mais il faut faire avec. Ce sera notre allure privilégiée pour rejoindre le point Gallimard », a commenté Damien Seguin (Groupe APICIL) qui devrait, d’ici peu virer de bord pour se recaler sur la lay-line, tout comme l’ensemble de ses concurrents. En tous les cas ceux positionnés en tête de flotte car les retardataires pourraient, pour leur part, rejoindre la marque en un bord par effet de cuillère après avoir récupéré un flux de nord-ouest à l’arrière du front qui doit balayer la flotte en deuxième partie de nuit. Cela aura naturellement pour effet de resserrer les troupes, à tout le moins dans un premier temps, car des écarts plus que conséquents pourraient se creuser sur les 500 derniers milles du parcours.

Charlie Dalin et les autres ?

Et pour cause, après le passage du way-point Gallimard, que les premiers devraient déborder entre 6 et 8 heures demain matin, la situation va rester favorable pour les foilers, et plus spécialement pour Charlie Dalin qui devrait réussir à conserver du vent jusqu’au bout et rejoindre Brest en route directe, à l’inverse de ses adversaires. De ce fait, le skipper d’Apivia, qui compte pour l’heure une quarantaine de milles d’avance sur Jérémie Beyou (Charal) et Thomas Ruyant (Linkeout), pourrait littéralement prendre la poudre d’escampette. Si l’on en croit certains routages, le Havrais pourrait en effet se présenter sur la ligne d’arrivée jeudi matin, avec une avance de 22 heures sur ses poursuivants les plus proches. « La fin du tronçon vers le Fastnet a été assez brutale, avec près de 30 nœuds de vent. Ce n’était pas très confortable mais j’ai continué à attaquer. J’ai essayé de garder le plus de surface de voile le plus longtemps possible, en mettant, c’est vrai, le confort de côté », a commenté le navigateur qui n’imaginait sans doute pas que l’avance qu’il cumulerait sur la première moitié du tracé pourrait potentiellement se transformer à ce point en un avantage pour la suite. « Charlie, qui a déjà un peu d’avance, risque de vraiment se barrer avec la météo annoncée. La fin de course promet d’être un peu plus longue pour ceux de derrière mais la bagarre est loin d’être terminée, avec Jérémie, mais aussi avec Louis Burton (Bureau Vallée) qui est revenu fort ces dernières heures », a relaté Thomas Ruyant qui se voit, lui, boucler les 1 200 milles du parcours de cette Guyader Bermudes 1000 Race dans la journée de vendredi.

Abandon de Nicolas Troussel

Ce qu’il faut retenir de ces dernières 24 heures par ailleurs, c’est l’abandon officiel de Nicolas Troussel (CORUM l’Epargne), à la suite d’une avarie de quille survenue aux environs de 2 heures la nuit dernière, à 60 milles du Fastnet. Pour l’heure, le Finistérien fait route vers la Bretagne. Sa situation est stable mais la Direction de course suit avec attention sa progression. La bonne nouvelle concerne Kojiro Shiraishi (DMG MORI Global One). Confronté dans la nuit à un problème de voile d’avant (sa drisse de J1 s’était enroulée autour de son J3 l’empêchant d’utiliser son J3), il est finalement parvenu à reprendre une route normale en milieu d’après-midi. De son côté, Denis Van Weynbergh (Laboratoires de Biarritz), a explosé son J2 mais poursuit sa course.

Zoom sur le way-point Galimard

Le Trophée Gallimard sera attribué au premier concurrent ayant débordé la marque virtuelle éponyme. La célèbre maison d’édition est de nouveau associée à la course au travers d’un atelier d’écriture rassemblant skippers et auteurs. Les uns et les autres ont été invités à rédiger sur le thème de la liberté. Leurs travaux communs sont publiés chaque jour de l’évènement, sur le site Internet et les réseaux sociaux de la course.

Charlie Dalin (APIVIA) :

« La course se passe plutôt bien. Nous avons eu une première nuit technique avec des grosses bascules de vent, puis nous avons eu une transition avec un vent soutenu de sud-ouest qui a commencé à forcir en approche du Fastnet. Je suis content de mon départ. Je savais qu’il était important d’avoir de l’air frais pour s’échapper dans le groupe des leaders. Il était vraiment important d’être devant pour arriver sur le Waypointdu Trophée. Une fois qu’on a attrapé le nouveau vent, ça partait vraiment par devant et nous avons commencé à creuser l’écart.

La fin du tronçon vers le Fastnet était assez brutale. J’ai frôlé les 30 nœuds de vent …. Ce n’était pas très confortable mais j’ai continué à attaquer car je sais que c’est le seul moyen de rester devant. J’ai essayé de garder le plus de surface de voile le plus longtemps possible… en mettant un peu le confort de côté c’est vrai…

Concernant la bagarre avec Thomas et Jérémie, c’est un peu comme dans Usual Suspects. Nous régatons au contact depuis la Vendée Arctique 2020 ! Pareil sur la Transat Jacques Vabre2021 et rebelote cette année. Nous avons tous les trois des bateaux compétitifs que nous connaissons sur le bout des doigts. Cela fait désormais 4 ans – même 5 pour Charal – que nous naviguons dessus. Cette bataille à trois est donc assez logique lorsqu’on allie la performance de nos bateaux à nos expériences. »

Damien Seguin (Groupe APICIL) :

« C’est le 2e matin sur cette Guyader Bermudes 1000 Race. Le décor a changé : depuis le passage du Fastnet, on est au près. Les hautes vitesses d’hier sont remplacées par des vitesses beaucoup moins rapides avec le bateau qui tape plus contre le vague. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus agréable mais il faut faire avec. Ce sera notre allure privilégiée pour rejoindre le point Gallimard. Tout va bien à bord ! C’était génial de passer le Fastnet en 5e position. Le bateau marche bien même si c’est plus compliqué au près. Mais je vais m’accrocher pour essayer de faire quelque chose de bien sur cette course. »

Giancarlo Pedote (Prysmian Group) :

« Je suis content de ma position et de ma course. On a bien vu que les grands foilers sont revenus. C’est un truc de dingue ! Ils arrivent à aller plus vite, même parfois en étant dans un cap identique. On le savait, ce n’est pas grave. On espère que l’année prochaine, nous aurons aussi des nouvelles ailes pour pouvoir se battre devant ! »

Sébastien Marsset (Cap Agir Ensemble) : « un début de nuit tonique »

« Bonjour à tous ! Me voilà bien reposé ce mardi matin. La descente au près vers le way point Gallimard a laissé du temps pour de nombreuses siestes parfois entrecoupées d’un croisement avec un pêcheur ou d’un petit encas ! Le début de nuit avait pourtant été tonique avec le contournement du Fastnet. En à peine quelques milles, il m’a fallu changer de voile d’avant, transférer tout le matossage, lofer puis virer de bord, le tout en surveillant la côte, les concurrents et la layline… Rien que de l’écrire, ça me fatigue ! Sinon je continue à faire connaissance avec mon bateau. J’ai notamment découvert que son énorme casquette n’est pas gage de pieds secs ! Des torrents d’eau s’engouffrent en effet à chaque vague par les différents tunnels. Là, j’hésite entre prendre mon petit déjeuner et renvoyer le J2. Je sais que je vais faire les deux mais pas encore dans quel ordre ! »

Antoine Cornic (EBAC) :

« Ici sur Ebac, ça tape ! C’était compliqué hier, je n’arrivais pas à aller vite : le bateau faisait de grandes embardées, ça devenait incontrôlable et même dangereux. J’ai fini par trouver : c’était le secteur de barre qui avait décidé de se balader… Enfin, voilà le passage du Fastnet sous un grain de 35 nœuds et voilà la route du Sud qui s’ouvre à nous. Tout se passe bien même si parfois j’ai l’impression que tout va casser ! Désormais, direction le petit dodo ! »

Arnaud Boissières (La Mie Câline) :

« C’est toujours sympa d’enrouler le Fastnet. Accompagné de dauphins, c’est encore mieux. Ça rajoute un peu de mystère à ce rocher mythique. Je cravache pour revenir sur le petit groupe de devant. Le bateau va bien et je sens bien qu’il a un super potentiel. La vie à bord est géniale, confortable et bien protégée des embruns. J’ai enfin pu me reposer ce matin après le rythme soutenu du départ. Go direction le way-point Gallimard ! »

Benjamin Dutreux (GUYOT environnement – Water Family) :

« On est arrivé au Fastnet en fin de journée, au moment du passage de front. Ça s’est plutôt bien goupillé. On a enchaîné pas mal de manœuvres. J’étais bien cramé d’autant que j’ai eu des petits soucis de capteurs de mât. Je n’avais pas vraiment d’infos vent, donc j’ai fait en mode compas. Globalement ça a été pour enrouler le fameux rocher. Ce qui a été cool, c’est qu’on est tout un petit paquet de bateaux à être passé assez groupés. Ensuite, on a plongé vers le sud en direction du way-point Gallimard. On a fait toute la nuit au près dans une vingtaine de nœuds. J’ai mis un peu de temps à trouver les réglages mais je suis super content. Le bateau réagit super bien quand il est bien réglé. Là, le vent va mollir un peu dans la journée. La nuit dernière j’ai pu prendre un peu de temps pour me reposer, ce que je n’avais pas encore réussi à faire avec un début de course bien intense ».

Manuel Cousin (Groupe Sétin) :

« L’après-midi d’hier a été bien compliqué pour nous sur Groupe Sétin… Au moment d’enlever mon grand gennak, le hook de drisse est resté coincé. Je ne compte pas le nombre de fois où j’ai essayé de le dé-hooker pendant quatre heures. Rien n’y faisait. Je ne pouvais raisonnablement pas reprendre la route au près avec un vent forcissant, le gennak roulé devant mais risquant de se dérouler à tout moment. Je repoussais absolument le moment de monter au mât avec la mer qui se formait et le vent qui rentrait… Heureusement, dans un dernier essai, la pièce récalcitrante a enfin bien voulu libérer ma voile… J’ai été tellement heureux de pouvoir reprendre ma course. Evidemment, je suis loin d’où j’aurais aimé être, mais l’essentiel est là. Je suis de nouveau en course avec un bateau « safe ». Le Fastnet est derrière nous. Je donne tout pour essayer de recoller aux bateaux de devant. A part ça, tout va bien à bord de Groupe Sétin. »

Pip Hare (Medallia)

« Nous avons eu tout ce qui est imaginable au cours des dernières 48 heures et cela a impliqué un travail intense et difficile. Ma première nuit a été un désastre. J’ai pris de mauvaises décisions concernant mes choix de voiles, puis j’ai eu quelques heures difficiles dans les rails de cargos que nous avons traversé dans un épais brouillard. J’ai perdu toutes les informations relatives au trafic maritime puis aux prévisions météo. Je m’en suis sortie en naviguant à l’aide du radar, puis en redémarrant tous mes appareils électroniques du bord.

Après avoir contourné le premier way-point, j’ai accusé le coup de me retrouver si loin. C’est difficile de se remettre d’un départ aussi décevant, mais je me suis remobilisée rapidement. J’ai vu une chance de pousser fort et de gagner des places.

La remontée de la mer d’Irlande a été complètement sauvage et j’ai probablement franchi la ligne rouge en termes de risque. J’ai laissé trop de toile et le résultat a été que le bateau a heurté une vague et s’est arrêté net alors qu’il était lancé à 26 nœuds. J’ai été projetée en arrière à travers la cabine. Dieu merci, j’avais mon gros bonnet en laine. Je pense que cela m’a amorti la tête et a absorbé le sang de la coupure sur mon œil.

J’ai affalé le J0 après ça. Je suis contente de ne pas être décrochée des bateaux comme le mien. Alan (Roura) et Arnaud(Boissières) ne sont pas trop loin devant. C’est un peu comme être à nouveau dans l’océan, les voir aller de l’avant et les poursuivre.

Aujourd’hui, je me suis battue de nouveau, mais contre quelque-chose de différent. J’ai profité de la stabilité relative du vent pour me reposer un peu. Cela fait plus d’un an que je n’ai plus fait de course en solo. Le Vendée Globe était la la dernière fois. Je pense que j’avais oublié certaines choses mais le bateau m’a rappelé de manière assez antipathique comment même le moindre détail négligé nous punit, nous les marins, si l’occasion se présente. C’est un retour violent à la course pour moi.”