Vendée Globe. Thomas Ruyant: “Je reviendrais”

Arrivée Thomas Ruyant
#EN# LES SABLES D’OLONNE, FRANCE - JANUARY 28: LinkedOut, skipper Thomas Ruyant (FRA), is pictured with winner Yannick Bestaven, Maitre Coq, during finish of the Vendee Globe sailing race, on January 28, 2021. (Photo by Jean-Louis Carli/Alea) #FR# LES SABLES D’OLONNE, FRANCE - 28 JANVIER: LinkedOut, skipper Thomas Ruyant (FRA), est photographié avec le vainqueur Yannick Bestaven, Maitre Coq, lors de son arrivée dans la course du Vendee Globe, le 28 Janvier 2021. (Photo Jean-Louis Carli/Alea)

Auteur d’une très belle course même avec un foil cassé, Thomas a été cette nuit le 4e à franchir la ligne du Vendée Globe à 5h42 ce jeudi matin.  

“Forcément, il y a beaucoup de sentiments qui se mélangent. Ce tour du monde était long et dur, ce n’est pas juste une course, c’est l’aboutissement de trois ans de travail, même plus. Ça fait quinze ans que je fais de la voile en solitaire, en course au large. Il y a 4 ans, je m’arrêtais en Nouvelle-Zélande. Je pense à ces trois années avec le beau projet qu’on a construit avec mon partenaire, avec qui on s’est bien retrouvé sur la dimension sportive mais pas seulement.

C’est une très très grande fierté d’avoir réussi à boucler ce tour du monde. C’est une grande satisfaction. Je suis en quelque sorte le buteur mais il y a plein d’actions de jeu derrière pour en arriver là. J’ai rempli plein d’objectifs : boucler la course, naviguer parmi les leaders et ne pas avoir de regret. Je n’en ai pas car j’ai mis toute l’énergie que je pouvais dans cette course. J’ai été verni en termes de soucis techniques.

Tout a été coché, même si évidemment il y a un peu de frustration car je suis un compétiteur. Ça a été dur moralement cette course, je savais quel bateau j’avais entre les mains et à la fin de la descente de l’Atlantique j’étais à cloche-pied (foil bâbord endommagé). Il fallait trouver des trajectoires qui me permettraient de recoller. La météo m’a un peu aidé aussi.

Avarie de bout dehors

Ça résume bien mon tour du monde, tous les jours j’avais des choses à faire sur le bateau. L’avarie de bout dehors, c’était le bouquet final, à 40 milles de l’arrivée. Heureusement que c’est arrivé à ce moment-là, à quelques heures de la ligne d’arrivée.

Remontée du chenal

J’ai retrouvé mes proches, mes potes, mes partenaires, les membres de l’organisation. J’ai senti qu’il y avait une grosse volonté de nous accueillir comme il se doit après ce tour du monde. C’était une arrivée très forte et émouvante, bien que l’on ne soit pas dans des conditions faciles. Évidemment, ce n’est pas une arrivée normale, ça n’a pas été un départ normal non plus, alors il va falloir revenir ! J’ai déjà touché du doigt cette ferveur populaire qui fait vraiment partie intégrante de la course lors de mon départ en 2016. On a déjà eu beaucoup de chance que l’événement ait eu lieu et d’avoir eu une belle arrivée malgré tout. Ça nous a donné un bon bol d’air, et on en a aussi un peu donné.

Foilers

On touche du doigt quelque chose d’un peu nouveau, on découvre encore nos foilers. Je pense qu’il faut encore les faire évoluer pour dire qu’ils sont totalement adaptés à ce genre de courses. Les conditions météo ont été particulières aussi. Si on avait eu la dépression qu’il fallait pour s’échapper avec Charlie, le discours aurait été différent. Je suis convaincu que les foilers sont l’avenir. Ces bateaux font la différence, même si ce n’était pas forcément le cas dans le sud. C’est des bateaux d’exception. Il faut qu’on progresse, j’ai plein d’idées pour ça. La météo a été très particulière et pas très favorable.

Succession d’avaries

Au moment où mon avarie de foil est arrivée, très vite je me suis posé la question de l’abandon. Rapidement on a compris qu’il y avait des choses à faire pour ne pas que l’avarie se dégrade et qu’il n’y ait pas de dommages collatéraux.

J’ai eu plein d’autres avaries, voiles, électronique… Un jour, une galère, comme le disait Michel Desjoyaux. On s’est rendu compte sur ce tour du monde que les bateaux sont d’une violence extrême. Certains équipements standards ne peuvent plus être standards.

Réapprendre à naviguer 

Il a fallu réapprendre à naviguer sans foil. Mon bateau, on l’a pensé autour des foils. Le jeu de voiles était fait pour ça, la carène aussi. Et quand le bouton principal (le foil) n’est plus, ça veut dire que le reste n’est plus adapté. Sur ce que l’on connaît du bateau, tout est obsolète et faux. Il faut réapprendre à naviguer, avoir des trajectoires différentes. Sur certaines allures, j’étais beaucoup plus toilées. J’ai dû charger un peu le bateau, peut-être que lui ai fait un peu mal, cela explique peut-être l’avarie du bout dehors. J’ai dû y mettre plus d’énergie, il n’était pas question que je lache et que je laisse partir les copains. Il a fallu puiser les ressources mentales pour ne pas lâcher, pour continuer de naviguer proprement. Le Vendée Globe est dur mentalement, c’était dur d’avoir ce déficit de vitesse important. Ça fait aussi partie des raisons pour lesquelles je suis très fier d’être arrivé aux Sables.

Les choses simples

J’ai pris un croissant et un jus de poire, ça fait beaucoup de bien ! Ma dernière semaine a été un peu compliquée en termes de nourriture. Dès le début, j’ai pioché dans les réserves les trucs que j’aimais bien… On retrouve des choses simples en rentrant à terre, et c’est ce que l’on a envie de retrouver.

De beaux projets

Je suis très fier d’être tourdumondiste, d’avoir passé le cap Horn pour la première fois. Je suis aussi très fier de mon équipe, très fier d’avoir réussi à monter un projet comme ça avec Alexandre, un projet qui est un peu en décalage par rapport à ce que l’on connaît dans le monde du sport. J’espère que cette cause fera des émules. Je suis convaincu que le monde de l’entreprise et le monde associatif peuvent faire de belles choses. On est un sport médiatique, il faut s’en servir, c’est ce que l’on a fait. C’est une réussite sportive mais pas seulement. C’est aussi ça qui me fait vibrer. Je suis le pilote d’une belle machine mais pas que.

J’ai aussi monté un projet avec l’artiste Molécule, c’était un gros défi, on a capté du son tout au long du tour du monde. Cela n’a jamais été fait au large. Ca fera l’objet, je l’espère, d’un joli documentaire, qui va aider à montrer ce que l’on vit et à retranscrire la dureté d’un Vendée Globe. 

Et après ?

Avec Advens on a très envie de continuer. Pour 2021 et 2022 ils sont très motivés. C’est aussi une grande satisfaction d’arriver et de connaître la suite. C’est des prototypes, on a appris beaucoup sur ce tour du monde et on va continuer à travailler pour être présents en 2021 car il y a plein de belles courses. Mon histoire avec le Vendée Globe n’est pas finie.”