Vendée Globe. Arrivée d’Alan Roura : « Il se méritait ce Vendée ! »

#EN# LES SABLES D’OLONNE, FRANCE - FEBRUARY 11: Skipper Alan Roura, La Fabrique, is pictured during arrival of the Vendee Globe sailing race, on February 11, 2021. (Photo by Yvan Zedda/Alea) #FR# LES SABLES D’OLONNE, FRANCE - 11 FEVRIER: Le skipper Alan Roura (SUI), La Fabrique, est photographié lors de son arrivée du Vendee Globe, le 11 Février 2021. (Photo Yvan Zedda/Alea)

Alan Roura a franchi la ligne d’arrivée des Sables-d’Olonne ce jeudi 11 février à 20 heures 29 minutes en 17e position après 95 jours, 06 heures, 09 minutes et 56 secondes de course autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Le skipper de La Fabrique et benjamin de la course, qui n’a pas été épargné par les soucis techniques, boucle ainsi son 2e Vendée Globe consécutif.

« C’est incroyable ! C’était un beau Vendée Globe, mais c’était dur. C’est un beau Vendée Globe parce qu’il se méritait : jusqu’à aujourd’hui, il y a eu une belle bagarre. Je suis très content d’être là aujourd’hui. Je vais rester sur la dernière note, quand tous les semi-rigides arrivent. Le classement, on y pense pendant toute la course, mais on ne se rend pas compte de ce qu’on est en train de faire. On a eu des conditions météo pas faciles et mes soucis techniques m’ont couté très cher. À un moment donné, tu te dis qu’il faut que tu finisses, un peu en mode aventure ; tu apprends à naviguer différemment. Je voulais quand même prendre du plaisir, j’ai mis un peu de temps à en prendre. La course s’est déroulée dans la douleur pendant une bonne partie du parcours. J’ai tout le système de quille qui ne fonctionne plus. J’ai eu mes premiers soucis dans l’entrée du grand Sud. Et depuis le Sud de la Nouvelle-Zélande, je ne peux plus quiller du tout. À un moment, ma quille bougeait toute seule, j’ai hésité à m’arrêter. Et ensuite, naviguer sans « quiller » signifie naviguer avec un bateau qui gîte énormément. Pour le marin, c’est dur, il faut accepter de vivre une course sur laquelle tu vas forcément te faire remonter par des concurrents. J’ai réussi à vivre cette course de façon différente. En tant que marin, on a besoin de faire des courses « dans le mal » : pour moi, c’était ce Vendée Globe. Maintenant, je suis prêt à revenir plus fort. Pour la suite, je vais déjà commencer par me faire une bonne bouffe ! Je vais revenir sur l’eau en tout cas. Après, sur quel support ? Je ne sais pas. J’ai le sourire et j’ai envie d’y retourner. Tant que tu n’as pas gagné le Vendée Globe, tu veux y retourner. Mais je ne signerais pas pour revivre ce Vendée Globe une nouvelle fois, mais plutôt pour une édition comme 2016 ! J’aimerais pouvoir performer, jouer avec les bateaux de devant. »

L’AMBIANCE

Le marathon des arrivées continue. Et quinze jours après le dénouement de ce Vendée Globe, la même effervescence est palpable sur les pontons. Après l’arrivée d’Arnaud Boissières et Kojiro Shiraishi dans la matinée, c’est Alan Roura qui débarque alors que la nuit est tombée. Jusqu’au bout, le skipper de La Fabrique s’est accroché pour arriver en début de soirée et profiter de la marée pour pouvoir amarrer. Il n’aura finalement pas cette opportunité-là, le chenal étant fermé depuis 20h00, mais l’émotion est forcément palpable : benjamin du Vendée Globe pour la deuxième fois consécutive, il peut savourer, retrouver sa femme et son nourrisson, tout en goûtant au plaisir d’être allé au bout et d’avoir résisté à tout.

LA COURSE D’ALAN

Les embruns, le clapot, les vagues qui cognent contre la coque, les caps à suivre… Cette existence en mer, Alan Roura la vit depuis son plus jeune âge. Première sortie sur le lac Léman à 2 ans, premiers bords en Optimist à 6 ans puis un voyage sur l’eau en famille. Il avait 8 ans, il y est resté 11 ans. Suffisamment pour se sentir « enfant du monde », pour tout vivre en mer – les moments de joie, de doutes, Noël et les anniversaires – et croiser un jour des skippers partis faire la Mini-Transat, voir leurs mines réjouies et avoir envie de goûter à la même expérience.

Une résistance rare quand le sort s’acharne

Ce baptême du feu, Alan le vit à son tour en 2008 avant de découvrir la Route du Rhum (2014), la Transat Jacques Vabre (2015, 10e) puis une première édition du Vendée Globe à 23 ans, faisant du Suisse le plus jeune marin de l’histoire à y participer. Il n’apprécie pas être considéré seulement comme un aventurier et son record de l’Atlantique Nord en solitaire (7 jours 16 heures) l’an dernier, était là pour étayer sa dimension de compétiteur. Mais Alan est surtout un dur au mal, capable d’une résistance rare même quand le sort s’acharne contre lui. Il y a quatre ans, le skipper percutait un Ofni à proximité du point Nemo, réparait son safran malgré 45 nœuds de vent, puis le winch de son mât s’arrachait dans l’Atlantique. Pourtant, il parvenait à boucler la boucle (12e) avec un bateau qui avait tenté, mais n’avait encore jamais fini le Vendée Globe.

Pour cette édition 2020, Alan a la volonté de faire mieux, d’être dans la bagarre avec le premier tiers de la course. Sauf que Neptune et Éole n’avaient pas vraiment prévu une descente paisible de l’Atlantique. Les fronts s’enchaînent dans les premiers jours avant la dépression intertropicale Thêta qui balaie l’Atlantique. Le skipper de La Fabrique dit tout, notamment sur ses doutes : « Parfois, je me demande ce que je fais là », confie-t-il un jour. Mais il tient bon. Fin novembre, Alan fait face à une importante fuite d’huile. « À chaque mouvement de la quille, il y a de l’huile qui gicle ». Les réparations sont difficiles, de l’huile a été projetée partout, et Alan fond en larmes. Il sait aussi que, malgré lui, les écarts se creusent déjà.

Un tour du monde « en mode survie »

Le compétiteur, qui s’est préparé à jouer les premiers rôles et croyait en son étoile, doit vivre avec le poids de cette déception. « J’ai au fond de moi une part de tristesse que j’ai du mal à accepter », explique-t-il au sud de Madagascar. L’entrée dans le Pacifique, le 25 décembre, ne lui réserve pas de cadeaux : le lendemain, il est victime d’une nouvelle fuite d’huile. Nouvelle session de bricolage, nouveau coup de chaud. Alan met plus de 12 heures pour que le système hydraulique de quille soit de nouveau opérationnel. Ensuite, il doit monter au mât, bricoler son hydrogénérateur et toujours veiller à ces problèmes de quille. Il n’est plus question de faire une course. « Je suis en mode survie », concède Alan.

La remontée de l’Atlantique n’est pas tranquille non plus : la météo fait des siennes. Et face aux difficultés, Alan résiste et ses mots sont ceux d’un homme qui a tant enduré qu’on en oublierait presque qu’il n’a que 27 ans. « Mes camarades ont sûrement eux aussi leurs soucis, mais j’ai vraiment l’impression que ma situation est la pire possible. Je vis vraiment ce Vendée Globe comme un test mental et physique ».

Ces derniers jours, les raisons de se réjouir auront été un peu plus nombreuses. À l’approche de l’arrivée, il y a un tel match avec Stéphane Le Diraison qu’ils se retrouvent bord à bord durant les dernières 48 heures. « Ça ajoute du piment, c’est vachement cool », souligne Alan.

La situation replonge les deux skippers deux ans avant, quand seulement 4 minutes et 43 secondes les avaient séparés sur la ligne d’arrivée de la Route du Rhum. Ce match-là, Alan l’avait gagné et il en a fait de même dans ce Vendée Globe. S’il n’a pas été épargné par les galères tout au long de son tour du monde, le Suisse l’a bouclé une deuxième fois consécutive et c’est un exploit en soi, avant de se reprendre à rêver plus grand.

LES STATS DE ALAN ROURA

Il a parcouru les 24 365,74 milles du parcours théorique à la vitesse moyenne de 10,66 nœuds

Distance réellement parcourue sur l’eau : 28 603,29 milles à 12,51 nœuds de moyenne