Plastimo Lorient Mini 6.50 : Départ à huis clos

Photo Thomas Deregnieaux

En dépit des conditions particulières liées au contexte sanitaire, il flotte dans l’air sur les pontons au pied de l’imposant K3 de Lorient La Base une ambiance de rentrée des classes. Depuis le début de la semaine, l’activité bat son plein derrière les masques réglementaires pour s’acquitter des contrôles de sécurité, des tests de jauge et des inévitables petites bricoles de dernière minute. Et pour cause, demain, à 17 heures, sera donné dans les courreaux de Groix le départ de la 7è Plastimo Lorient Mini 6.50, la première épreuve de la saison sur la façade Atlantique du circuit 6.50, à valeur qualificative pour la prochaine Mini Transat. Organisée à huis clos par Lorient Grand Large, cette course en double fait de nouveau carton plein pour se jouer à guichet fermé avec 69 bateaux sur les rangs. 12 prototypes, 57 unités de série et 138 skippers venus de tous horizons parmi lesquels pointent quelques grandes figures du large, sont attendus sur un parcours de 290 milles dans des conditions météo annoncées très frisquettes mais néanmoins idéales pour que la régate l’emporte à tous les étages.

L’annulation forcée de la course l’année dernière n’est plus qu’un vieux souvenir. Ce ne sont certainement pas les tests PCR obligatoires qui viennent s’ajouter à la liste des formalités à remplir en ce début de saison qui vont freiner les ardeurs des « Ministes », pressés d’en découdre et de se mesurer sur l’eau. Bien épaulés par les bénévoles du CNL (Centre nautique de Lorient) en charge de mener de minutieux contrôles de sécurité, les duos de skippers ont pris d’assaut les pontons situés à proximité de la grue des mises à l’eau fonctionnant à plein régime depuis le début de la semaine. A 24 heures du départ, toutes les conditions sont réunies pour que cette épreuve de début de saison tienne ses promesses sur son format en double offrant une belle opportunité à quelques « guest stars » de jouer le jeu des associations pour venir gonfler les rangs du plateau réuni. C’est le cas de Benjamin Dutreux, l’un des concurrents du dernier Vendée Globe, de Paul Meilhat vainqueur de la dernière Route du Rhum en IMOCA, de Thibaut Vauchel-Camus, l’un des plus solides animateurs de la classe Ocean Fifty à la barre d’un trimaran de 50 pieds, de Fred Duthil qui cumule les podiums sur la Solitaire du Figaro ou encore de Sébastien Josse, l’un des grands spécialistes des maxi trimarans, tous ravis de sauter sur l’occasion pour en être ! Force est de constater que le démon du Mini frappe toujours, même ceux qui régatent au meilleur niveau de performance à bord de voiliers d’exception.

Départ au portant, des bons bords au reaching et du près pour l’arrivée
Côté coulisses, l’organisation mise en place par Lorient Grand Large s’active pour que cette course d’ouverture réponde à tous ses enjeux sportifs. Gildas Morvan, qui a longtemps écumé le circuit Figaro et qui officie aujourd’hui au poste de directeur de course, a concocté un parcours aux petits oignons qui permette à la flotte hétéroclite réunie pour l’occasion de se jeter dans le grand bain de la compétition dans les meilleures dispositions. A moins de six mois du grand départ de la prochaine Mini Transat, la Plastimo Lorient Mini 6.50 offre une opportunité privilégiée de reprendre l’entraînement dans le feu de l’action, tant au niveau des manœuvres sur le pont que dans l’art de choisir sa trajectoire sur l’eau. Pour certains, elle constitue aussi une occasion à ne pas rater pour engranger de précieux milles en course permettant de décrocher son ticket d’entrée pour cette épreuve océanique d’envergure toujours aussi convoitée.

Pour cette 7è Plastimo Lorient Mini 6.50, les 69 duos sur les rangs sont invités à s’élancer sur un parcours de 290 milles (537 km) aussi ludique que tactique, en forme de grande boucle via Penmarc’h et l’île d’Yeu. « Le départ sera donné à l’anglaise, quasiment sous spi. La flotte mettra le cap sur la cardinale de La Jument, avant de laisser les Glénan à tribord et de faire route au portant vers Cap Caval au niveau de Penmarc’h. Ensuite, place à un grand bord de reaching en direction de l’île d’Yeu, puis retour sur Belle-Ile, avec de nouveau un petit crochet par les Glénan et un dernier bord de près jusqu’à l’arrivée », détaille celui qui s’apprête à veiller comme le lait sur le feu sur cette flotte disparate avec des bateaux qui affichent des différentiels de vitesse énormes. En témoignent les 20 ans d’écart qui séparent le N°260 Bon Pied Bon Oeil, le doyen mené par un duo qui disputera sa toute première course, des numéros à quatre chiffres, dont le N° 1019 Big Bounce le proto le plus récent, sistership du célèbre Magnum double vainqueur de la Mini-Transat, et tous les autres séries dernier cri (Maxi 6.50 et autres Vector), reconnaissables à leur étrave à nez rond qui fait aujourd’hui des émules chez les Class40 et les IMOCA. Preuve s’il en est que le circuit 6.50 reste un formidable laboratoire où pointent les progrès et les avancées technologiques les plus avant-gardistes.

Froid devant !
Au chapitre de la météo, tous les indicateurs sont au vert. Un anticyclone bien calé sur les îles britanniques et la Scandinavie génère déjà un vent Nord-Est, très stable en direction de 15 à 20 nœuds avec quelques rafales à 25, pour donner le tempo tout du long, tout du moins jusqu’à samedi après-midi, sur une mer plutôt plate. Difficile de rêver mieux pour cette entrée en matière le long des côtes bretonnes et vendéennes. « Ces conditions très stables seront propices à une belle course de vitesse. Elles avantageront les bateaux récents sur lesquels les voiles et le matériel ont beaucoup progressé. Les meilleurs vont clairement aller plus vite. Le parcours a été imaginé en conséquence pour que les retardataires puissent terminer avant que le vent mollisse samedi dans l’après-midi, avec le risque de créer de plus gros écarts que ceux liés aux performances pures », détaille Christian Dumard, consultant météo. Mais gare aux températures très fraîches, flirtant par moment avec les deux degrés, pour rajouter un peu de piquant à cette course que les plus rapides devraient boucler dans la nuit de vendredi à samedi. Sébastien Josse ne s’y laisse pas tromper, puisque dans son sac il n’a pas oublié de prendre son bonnet, ses gants et quelques pièces spéciales « Grand Sud », qui seront bien utiles pour cette navigation forcément très humide à bord d’une petite bombe à voile lancée à pleine vitesse…

Les mots de ponton :

Colombine Blondet (Merci Multiplast, proto, N°759) : « Une chouette première petite nav’ en double pour se remettre dans le bain des courses. Le bateau a connu un grand chantier cet hiver, il vient d’être mâté, il reste du boulot. On va partir avec pas mal d’outils. J’ai besoin de me qualifier pour la Mini-Transat. Il me manque encore 900 milles et ce sera toujours 250 milles de pris ! »

Gaël Ledoux (Stinkfoot, série, N°886) : « On attend un bon petit medium de Nord-Est, entre 15 et 18 nœuds. Pour du Mini, c’est parfait ! On s’attend à une belle mise en jambe. Tant pour ceux qui seront dans la découverte, que ceux, comme moi, qui connaissent déjà bien leur bateau. J’ai hâte d’aller travailler les réglages et surtout de jauger la concurrence. Il ne me reste plus qu’à disputer une course cette année pour valider ma qualification pour la Mini-Transat. Ce sera donc chose faite à l’arrivée. »

Sébastien Josse (Mex, série, N°984) : « Je viens m’amuser et me faire plaisir. Cette course se joue à la maison et c’est une belle opportunité qui s’est présentée quand Gaby (Bucau), responsable du composites au sein de l’équipe IMOCA Corum m’a proposé d’embarquer. J’ai sauté sur l’occasion ! Depuis 1999 et ma participation à la Mini-Transat, j’avais refait du 6.50 avec Giancarlo Pedote. Mais c’était la seule fois en plus de vingt ans. J’avais trouvé ça génial ! Les bateaux progressent de tous les côtés. Le circuit reste un joli petit laboratoire. Au-delà de la technique, on voit aussi que le niveau monte. Pour moi, les meilleures sensations, on les trouve en Ultim ou en Mini !»

Fred Duthil (April Marine, série, N°1010) : « Avec Technique Voile, on est partenaire de la course depuis plusieurs éditions et c’est donc un plaisir de venir faire un petit coup de Mini et de s’assurer sur l’eau, sur la durée du parcours, que les voiles qu’on fabrique pour les Pogo 3 sont réussies. Je suis passé par le Mini au tout début, en 2003 ; il y a prescription, comme on dit ! Mais j’en garde de magnifiques souvenirs. A l’époque, on était tous sur des prototypes. Il n’y avait pas encore cet engouement pour les bateaux de série qui affichent aujourd’hui des super performances. La tendance s’est complètement inversée et on tend vers plus de monotypie, ce qui permet de mieux former les jeunes qui se mesurent plus à armes égales. Cela tire le niveau vers le haut. Et il y a toujours une ambiance unique avec un mélange entre les plus confirmés et ceux qui débutent. Les courses se jouent toujours à guichet fermé, la relève est là. Je suis vraiment content de cette cette piqûre de rappel, dans cet environnement sympa. »

Benjamin Dutreux (Team Vendée Formation, série, N°995) : « Cela fait longtemps que j’ai envie d’essayer donc je n’ai pas longtemps tergiversé quand Marion (Boutemy) m’a proposé d’embarquer à bord de son bateau avec son étrave arrondie. Ce sera aussi la première fois que je navigue sur ce type de carène. Ce n’est que du bonus, je suis vraiment très content de goûter au Mini sur un bateau aussi réactif. »