Le scénario qui se joue en Atlantique Sud est presque celui qu’avait vécu Yannick Bestaven lors de son Vendée Globe, lorsqu’au large du Brésil il avait vu revenir tous ses concurrents. Crédit Mutuel, largement en tête de cette étape avec 500 milles d’avance au cap Horn sur son principal adversaire, Belgium Ocean Racing, qui a dû faire une escale technique, devrait se voir rattrapé dans les prochains jours. C’est ce qu’écrit Ian Lipinski dans son journal de bord, savoureux à lire.
Mélancolique retour
est-ce la partie la moins enthousiasmante de ce tour du monde que ces jours passés à remonter l’Atlantique sud? On essaie d’oublier les chocs répétés du bateau qui cogne derriere presque chaque vague. Nous sommes au près depuis trois jours je crois, bien serré, sur un long babord amure. Nous passons beaucoup de temps à regarder les différentes météos qui nous sont proposées au fil des jours. Aucune ne nous plait vraiment, alors nous attendons la suivante en espérant à chaque fois que la nouvelle proposition serait plus séduisante. Et en attendant nous n’avons que peu de travail sur le bateau qui n’a pas besoin de nous pour cogner à chaque vague.
Les prévisions nous rendent un peu moroses car il semble que le matelat confortable de milles d’avance dont nous disposions, est voué à fondre jusqu’à néant. Ca nous parait invraissemblable, mais chaque nouveau routage nous le rappelle cruellement. Depuis ce matin, comble du calcul numérique, Curium arrive sytématiqement devant nous! On se dit que cela sous entends un resserement dans quelques jours. Ce sera alors une nouvelle régate qui commencera!
En attendant on essaie de ménager le bateau, ce qui n’est pas très aisé, car il faut bien les remonter ces vagues, puisque nous allons là bas d’où elles viennent.
Le temps semble s’être un peu arrêté, juste ponctué par le jour et la nuit qui alternent, et la température qui se radoucit.
On écoute un peu de musique, et ce soir pendant que j’essaie d’écrire quelque chose de pas trop ennuyant, c’est du piano: les nocturnes de Chopin. La mélodie accompagne bien la nuit qui se lève, mais ,contraste avec la brutalité des chocs des vagues sur la coque. Cependant ça décrispe un peu le corps qui s’est habitué à se contracter en permanence.
Et puis nous prenons la direction de l’Europe et du retour au monde que nous avons laissé et qui ne s’est pas arrêté de tourner pendant que nous en faisions le tour. Je crois que les actualités ne sont pas plus réjouissantes. Je me souviens de la longue route de Bernard Moitessier. Peut être est-ce dans ce coin de l’Atlantique qu’il a définitivement enterré l’idée de rentrer en vainqueur en Europe, et qu’il a changé de cap pour repartir vers les mers du sud, les albatros et sa liberté. Peut etre qu’il en avait juste ras le bol de faire du prés et qu’il s’est dit “je repars dans le sens des vagues!” Quelle histoire!
Antoine essaie de s’endormir alors je le prends de court lui qui écrit toutes les nuits le mot du bord. Quand il va se réveiller je lui dirai que je l’ai déjà écrit!
Hier on s’est amusé car nous transportions dans nos ballasts (réservoirs d’eau de mer utiles à la stabilité du bateau) de l’eau des mers du sud à 7°. Avec l’inertie ces réservoirs de plusieurs centaines de litres étaient restés très frais tandis que nous remontions vers le nord et que la température, en une journée, a augmenté de 8° environ. Et du coup nous remarquions une très forte condensation sur les hublots de nos réservoirs. Nous avons mêm pensé à une fuite, et comme ces hublots sont au dessus de notre bannette, ça nous inquiétait un peu. Nous avons alors pensé à cette différence de température, ce radoucissement, et avons résolu le problème de la “fuite” en vidant les ballasts pour puiser une eau plus adaptée à la température ambiante…. et le problème était réglé: Ca nous a amusé.
Vous m’excuserez pour les fautes de frappe dûes aux vagues. Et pour les fautes d’othoraphe je les imoute également et de toute bonne fois aux sauts du navire….
Et donc pour plus d’authenticité, je demanderai à l’orga, et pour une fois, de ne pas les corriger;)
bonne nuit
LES MOTS DE LA NUIT – BELGIUM OCEAN RACING – CURIUM 4 mars
Nous sommes par 47 degrés et 45 minutes de latitude Sud.
Et je viens de vérifier, Lorient, terme de ce tour du monde, est par 47 degrés et 45 minutes de latitude Nord. Etonnant, non ?
Un magnifique couché de soleil à laissé la place à une pleine lune non moins magnifique et le ciel est parfaitement dégagé. Aujourd’hui, c’était propice au repos et on en a bien profité.
Cette nuit, 15 nds de vent de Nord et une mer assez calme, nous allons donc tirer des bords de près dans des conditions encore clémentes. La température remonte doucement, l’émotion du Cap Horn se digère doucement aussi.
Maintenant on se rapproche de la maison, et la météo devrait nous permettre de revenir pas trop loin de Crédit Mutuel dans les jours prochains. Ian et Tonio avaient plus de 600 milles d’avance sur nous au Horn !!! La fin pourrait donc redevenir une régate au contact, mais nous n’en sommes pas là.
On prend les événements au fur et à mesure. Demain nous allons nous coltiner une nouvelle dépression et un front froid. Du vent de NW qui pourrait souffler jusqu’à 40nds en rafales…
Bonne journée les terriens
Tout va bien à bord
Corentin BEL187
Aprés une belle séquence de passage du Cap Horn le week-end dernier les concurrents de la 5ème étape de la GLOBE40 ont entamé une difficile remontée de l’Atlantique Sud. Grandes zones de calmes, dépressions brutales venues de la Cordillière des Andes, imprévisibilité de la météo, les difficultés de cette zone sont bien connues. A 400 milles au Nord-Est des Iles Falklands la fllotte des Class40 classiques dits “pointus” fait face actuellement à une forte dépression venue du sud du continent. 56 noeuds de vent enregistrés dans la soirée hier sur WILSON, 61 noeuds sur BARCO BRASIL, 60 noeuds sur FREE DOM, les skippers retrouvent un Atlantique peu clément jusqu’à présent. Une situation qui devrait durer encore au moins 24 heures et qui éprouve les équipages et les bateaux pourtant déjà bien endurcis depuis leur départ de Lorient et de Cadix à l’automne dernier.
La compétition n’en garde pas moins tous ses droits et à nouveau la GLOBE40 semble vouloir nous dérouler un scénario dont elle a le secret. Aprés avoir eu jusqu’à 600 milles d’avance dans la première semaine qui a suivi le départ de Valparaiso l’équipage de CREDIT MUTUEL n’en n’a plus que 235 ce matin au classement de 6 heures heure européenne ( 05.00 UTC). Et selon les dires mêmes des skippers du bateau français et selon les routages cette avance est appelée à fondre dans les prochains jours ; dés le week-end prochain les deux duellistes devraient être à nouveau au corps à corps à courte distance selon les prévisions ; en effet devant l’étrave de Ian Lipinski et d’Antoine Carpentier s’ouvre une nouvelle zone de calme et de vents imprévisible tandis que BELGIUM OCEAN RACING – CURIUM de son côté profite de la dépression en cours pour avaler les milles à grande vitesse ; scénario dur et grand stress pour le bateau leader que de revenir à nouveau sur la tension des dernières étapes ou chaque mille a du être gagné.
C’est maintenant vers le 15 mars que sont attendus à Recife les concurrents de la deuxième édition de la GLOBE40, une destination découverte lors de la première édition ou la course avait inauguré la nouvelle Marina de Récife et avaient été accueillis par le Cabanga Iate Club de Permanbuco. Ils leur reste encore 2000 milles à parcourir avant de toucher ” la Venise du Brésil”, capitale de l’Etat du Pernambuco. L’arrivée du concurrent brésilien BARCO BRASIL, actuellement en tête du classement des pointus, ne pourra que susciter l’enthousiasme du public et des médias brésiliens.






















