Comme prévu par les skippers en tête de la Volvo Ocean Race hier matin, la journée de jeudi a marqué un nouveau départ avec une course grande ouverte. Pour rajouter du piment et surtout pour cacher son jeu, Telefonica Blue est passé en mode furtif après le classement de 9h avec une avance de 6 milles sur Ericsson 4. Il a fallu attendre 21h hier soir pour revoir le bateau espagnol sur les cartes. Stratégie peu significative puisqu’ Ericsson 4 est à son tour est passé en mode furtif à midi (heure française) et ne redevenait visible qu’à minuit. Cette journée d’hier était décisive: l’arrivée est proche, les écarts infimes, mais aussi parce que la décision d’empanner devait être prise au moment opportun. Magnus Olsson et ses hommes sur Ericsson 4 ont ainsi vu en la bascule le bon moment et l’opportunité de prendre la tête du classement devant Ericsson 3 et Telephonica Blue. Interrogé sur cette glissade dans le classement, le skipper de Telefonica Blue, Bouwe Bekking confirme la thèse d’une erreur tactique, "C’est comme j’avais imaginé il y a quelques jours. Nous avons empanné trop tôt. Je n’ai pas d’excuse. On a fait une connerie! La réalité est simple. Nous ne pouvions pas résister à l’offensif d’Ericsson 4, car il progressait plus rapidement que nous pendant la nuit et en empannant trop tôt, nous avons également perdu contre le reste de la flotte." Ce bouleversements en tête de la course semble essentiellement être la conséquence d’une évolution importante des conditions sur l’eau, comme l’explique Gustav Morin sur Ericsson 3 tôt ce matin. "Les gens sont en train de crier sur le pont et le bateau roule d’un bord vers l’autre. Il fait nuit noire et le vent s’est renforcé pour dépasser les trente nœuds et refuse de plus en plus. La mer est devenue assez méchante et le bateau se heurte aux vagues. Au cours de ces 24 dernières heures, nous avons eu droit à tout. Un vent de 5 à 35 nœuds et une chute importante des températures. C’est un peu le désordre, mais on contrôle la situation…" Bien que le suédois prenne la tête de la Volvo Ocean Race, l’heure n’est pourtant pas à la fête à bord. L’équipage ayant découvert pendant la soirée que la membrane de son désalinateur s’était cassée. Il est désormais interdit de consommer du thé et du café à bord et l’eau est rationnée à 1,5 litres par personne, car fabriquée à partir du désalinateur manuel, qui exige beaucoup de travail physique pour produire peu d’eau. Il leur reste cependant la possibilité d’entamer un jerrican qui contient une réserve de 50 litres, mais ils risqueraient de se voir infliger une pénalité par le comité de course. A bord de Delta Lloyd, le navigateur Wouter Verbraak raconte son impression de participer à un quizz géant où il doit répondre à 1000 questions en 3 minutes. Avec l’impression également que la moindre réponse compte. Toutes les trois heures, à la réception des flots de positon, l’adrénaline monte encore d’un cran. Mais cette tension n’est pas exclusive à l’équipage hollandais. Ce vendredi 24 avril – Positions à 09h 30 (heure française)
1- Ericsson 4 à 552 milles de l’arrivée 2 – Ericsson 3 à 34 milles 3 – Telefonica Blue à 54 milles 4 – Puma à 74 milles 5 – Delta Lloyd à 130 milles 6 – Green Dragon à 139 milles 7 – Telefonica Black à 143 milles
Classement général Provisoire après 9 manches (sur 17)
1- Ericsson 4 – 69,5 points (après Fernando) 2- Puma – 59 points (après Fernando) 3- Telefonica Blue – 58,5 points (après Fernando) 4- Ericsson 3 – 46 points (après Fernando) 5- Green Dragon – 42 points (après Fernando) 6- Telefonica Black –25 points (après Fernando) 7- Delta Lloyd – 18 points (après Fernando) 8- Team Russia –10,5 points
Paul Goodison, toujours en tête en Laser avec 10 points d’avance, en est la preuve tranquille…. Le premier Français, Malo Leseigneur, termine à une prometteuse 27ème place. Chez les filles du Laser Radial, la finale sera plus compliquée pour la tchèque Veronika Fenclova qui voir le retour de la championne olympique Anna Tunnicliffe à seulement 4 points dans son rétroviseur. Les italiens Sibello en 49er sont quant à eux déjà assurés de la victoire avec 22 points d’avance sur les frères Alonso. Les Français réalisent une belle performance groupée dans cette série en qualifiant quatre équipages pour la Medal race signe d’une belle dynamique. Morgan Lagravière et Yann Rocherieux, 5ème mais à 17 points du podium, mènent le bal tricolore devant Manu Dyen et Stéphane Christidis, 7ème .Toujours aussi extrêmement réguliers aujourd’hui, Julien d’Ortoli et Noé Delpech, 8ème et Axel Silvy et Ulysse Hoffmann, 9ème. En 470 femmes, les danoises Henriette Koch et Lene Sommer mènent le bal avec 5 points d’avance sur les hollandaises Margriet Fokkema et Marieke Jongens. Dans cette série, Ingrid Petitjean et Nadège Douroux, 8ème ce soir avec une jolie place de 2 cet après-midi, soit leur meilleure depuis le début de l’épreuve, se qualifient pour les Medal races. Si la première place se jouera entre Danoises et Hollandaises, tout reste ouvert pour la 3ème. En 470 hommes, la victoire devrait se jouer entre Zandona/Mancinelli, les suisses Buhler et Steiger et les japonais Ryunosuke et Yugo. Avec un avantage de 10 points, les Italiens partent favoris. En enlevant de leur cumul de points leur départ volé de mardi et leur disqualification subie hier, Pierre Leboucher et Vincent Garos accrochent la 7ème position avant la Medal race de demain grâce à leurs places de 4 et 11 obtenues aujourd’hui. Nicolas Charbonnier, malade depuis le début de la semaine comme bon nombre de Français (victime de cette épidémie, Félix Pruvot en avait même été quitte pour déclarer forfait en Laser) et Baptiste Meyer Dieu sont 9ème. Tous deux disputeront donc la Medal race et on peut compter sur eux pour ne rien lâcher même si le podium paraît difficile. En Finn, la physionomie en tête n’a pas changé non plus avec le croate Ivan Kljakovic arrimé solidement à la première place, 11 points devant le slovène Gasper Vincec. Par contre, aucun des deux Français ne sera finalement parvenu à rentrer en finale : Thomas Le Breton termine 14ème et Jonathan Lobert 16ème. L’entraîneur des Finn, François Le Castrec estime qu’en « classement ce n’est pas un bon résultat, mais par rapport à l’échéancier que l’on s’est fixé c’est bien. Jonathan a aujourd’hui plus d’arguments techniques mais il passe à côté depuis son OCS de mardi. On est déçu pour lui car il va bien et son matériel aussi. Thomas, c’est un puzzle qui se met en place petit à petit. On valide un mât, des types de voile et il lui faut gagner de la vitesse au portant. On est donc optimiste pour les grandes épreuves de l’été ». Pas de changement non plus, heureusement pour les tricolores, en Star et 2.4. Après deux places de 4 aujourd’hui et une victoire sur la dernière manche, Xavier Rohart et Pierre-Alexis Ponsot devraient s’imposer demain sur la première marche du podium sauf s’ils ne terminaient pas la Medal Race (bris de matériel ou pénalité ) ! Ils ont ce soir 11 points d’avance sur les Américains. Même sérieuse option sur la victoire pour Damien Séguin qui, deux fois premier cet après-midi, possède 9 points d’avance sur le canadien Paul Tingley. Les places du podium seront très disputées : 3 points séparent Tingley du 5ème, le hollandais Thierry Schmitter. A ces deux podiums certains pour la France, devrait se rajouter celui de Julien Bontemps en planche à voile RS :X voire de Samuel Launay. Si notre médaillé d’argent aura du mal à dépasser l’israélien Shahar Zubari en tête de 13 points, il devance son plus proche poursuivant, le britannique Nick Dempsey, de 7 points. Samuel, 4ème, est lui à 2 points du podium (lire l’article ci-dessous). Par contre, chez les filles aucune Française ne rentre en finale, Eugénie Ricard échouant de deux places. La chinoise Peina Chen est toujours en tête mais elle devra se méfier du retour de la médaillée de bronze Bryony Shaw, qui grâce à ses deux places de 4 et une victoire de manche, ne lui concède que 10 points ce soir. L’israélienne Maayan Davidovitch, 2ème hier, soir s’est un peu écroulée, et ne peut plus guère espérer un podium. Onze Français répartis dans six séries participeront donc aux Medal race avec trois médailles quasiment assurées, une à portée d’étrave et encore des possibilités pour les autres même si elles sont restreintes. Ces finales à dix qui comptent double débuteront demain, juste devant le port de Hyères, à 10 heures. Un vent d’Est d’une quinzaine de nœuds voire plus est prévu ce qui devrait permettre de respecter un programme qui sera conclu vers 15 heures. Voilà une Semaine Olympique de Hyères rondement menée.
Samuel Launay ou l’émulation d’une série médaillée
La Nouvelle-Calédonie a souvent donné de bons régatiers à la France et plus particulièrement en planche. Samuel Launay, 27 ans, en est l’illustration. La planchiste tient à ses attaches : « chaque fois que je rentre là-bas, je me sens calédonien. Et aux yeux des gens ici, je suis aussi calédonien. Je cours pour la France mais c’est quelque chose d’important d’être des îles ». Samuel, qui a été le partenaire d’entrainement de Julien Bontemps en vue des JO de Pékin, aborde cette nouvelle préparation olympique avec une certaine philosophie : « en ce moment, j’aborde la PO année après année. Je n’oublie pas le but final que sont les JO mais j’ai envie de me faire plaisir aussi. Je m’étais mis pas mal de pression avant la Chine car c’était un plan d’eau qui convenait plutôt à mes qualités de régatier. Londres, ce sera différent, c’est un plan d’eau qui exige d’autres qualités que les miennes actuellement. J’ai encore beaucoup à travailler car je sais ne pas avoir à l’heure actuelle les capacités pour décrocher une médaille. Mais si on s’engage pour quatre ans, avec tous les investissements que cela implique, c’est que l’on y croit ! Dans cette SOF, je m’en sors super bien car j’étais malade au début de la régate. J’avais beaucoup de fièvre et le petit temps impose une grosse condition physique. Ce sont mes qualités habituelles et j’ai quand même pu assurer. Depuis mercredi, je suis moins malade. Avoir un médaillé olympique dans l’équipe, c’est à la fois un avantage et un inconvénient : la discipline a plus de reconnaissance mais on sait aussi que les sélections n’en seront que plus difficiles dans deux/trois ans. D’un autre côté, le cran d’avance que possède Jules nous oblige à nous surpasser. Ce n’est pas plus mal ».
Camille Lecointre et Mathilde Géron, ensemble après dix ans sans parole
A l’exception de Pierre Leboucher et Vincent Garos et d’Ingrid Petitjean et Nadège Douroux, tous les autres équipages en double qui composent l’équipe de France sur les séries 470, 49er et Star ont changé. C’est le cas de Camille Lecointre qui compose avec Mathilde Géron un nouveau duo. Toutes deux sont Havraises et se connaissent depuis l’Optimist où elles étaient concurrentes. Et paradoxalement, depuis lors, ces deux jeunes ne sont pas parlées, elles se battaient même un peu froid : « en fait, cela venait plutôt de nos entourages et entraîneurs de l’époque car nous avions 8 ans » s’amuse Camille. Et voila donc Camille et Mathilde, unies, sur un même bateau. Comment en est-on arrivé à ces retrouvailles ? Mathilde raconte : « Je faisais surtout de l’habitable, Mumm, Tour de France à la Voile et je pensais me mettre au match race et puis Camille m’a dit qu’elle cherchait une équipière. Je me suis dit : on peut essayer ». Les deux jeunes Normandes sont effectivement en période d’essai puisque la SOF constitue leur deuxième épreuve après Palamos. Pas simple : « les résultats sont modestes mais on progresse dans notre projet » analyse la barreuse. « D’autant que Benjamin Bonnaud qui nous suit sur cette SOF nous a tout fait recommencer à zéro. Donc pour le moment on recule mais c’est pour mieux progresser ensuite » relaie Mathilde. Camille estime important le potentiel de sa coéquipière question tactique et stratégie : « mais je pratique en habitable donc il faut que j’adapte ces qualités au 470. C’est l’un de nos axes de travail ». Pas qualifiées pour la Medal Race, Camille et Mathilde ne s’en étonnent pas : « Vu où nous en sommes, la SOF n’était vraiment qu’une épreuve de travail ». Un travail qui va être perturbé jusqu’en juin par les occupations professionnelles de Mathilde qui navigue à la Brittany Ferries : « j’embarque deux semaines sur trois et celle de libre je navigue mais ce n’est pas facile. J’espère bénéficier d’un CIP à partir de juin ». Mathilde plus disponible pour sa préparation olympique, l’équipage pourra alors espérer atteindre ses objectifs de l’année : rentrer dans les Medal race des Jeux Méditerranéens et du Mondial.
Les Medal Races à la SOF vues par Bernard Bonneau
La SOF est la première épreuve où a été inaugurée en 2006 la formule actuelle des Medal races. Depuis, chaque année, toutes ont pu être disputées comme prévu. Bernard Bonneau tire un premier bilan des Medal Races et donne le programme de celles de demain.
Le système actuel ?« C’est un plus indéniable par rapport à ce qui se faisait demain. Cette formule de finale de type athlétisme et le fait que tout soit jugé sur l’eau rend la voile plus lisible. Mais on est quand même un peu dans une formule médiane entre ceux qui voudraient que tout soit remis à zéro avant la finale et ceux qui trouvent que l’on a déjà beaucoup évolué. » L’organisation des Medal Races a toujours été réussie depuis 2006 à la SOF, pourquoi ? « Il y a une part de chance avec la météo car beaucoup nous disait qu’avec les caractéristiques du plan d’eau, cela allait être difficile. Je crois aussi que c’était parce que nous étions convaincus du système et que l’on a mobilisé les moyens nécessaires. Les comités de course sont très concernés et tous les moyens humains sur l’eau » Demain comment cela va-t-il se passer ? « Nous aurons deux parcours de chaque côté de l’entrée du port, une au nord et une au sud. Les deux flottes navigueront quasiment en même temps. On décalera juste les départs pour les besoins des médias. Chaque parcours dure 30 mn environ."
L’ordre des Medal Races demain
Rond nord (Comité de course présidé par Nathalie Péberel) : 49er, Star, Finn, Laser et Laser Radial Rond sud (Comité de course présidé par Paul Bastard : 2.4, 470 hommes, 470 femmes, RS :X Hommes, RS :X femmes)
Il faut compter environ 45 minutes entre chacun des départs.
Résultats du jour avec les 10 premiers sélectionnés pour la Medal Race et les meilleurs Français :
2.4 après 10 courses 1: Damien Seguin (Sport Nautique de L’ouest Nantes) 15 points (Détail courses : 6,2,2,2,1,2,4,4,1,1,) 2: Paul Tingley (Canada) 24 points (Détail courses : 4,OCS ,3,1,5,4,1,3,4,4,) 3: Helena Lucas (Grande-Bretagne) 25 points (Détail courses : 2,3,1,5,6,1,5,5,8,3,) 4: Andre Rademaker (Hollande) 26 points (Détail courses : 3,1,8,8,2,7,2,1,5,5,) 5: Thierry Schmitter (Hollande) 27 points (Détail courses : 1,OCS ,5,7,4,3,3,2,2,7,) 6: Megan Pascoe (Grande-Bretagne) 37 points (Détail courses : 5,4,4,4,7,5,6,DSQj,7,2,) 7: Barend Kol (Hollande) 49 points (Détail courses : 7,5,6,10,3,8,8,6,6,8,) 8: Daniel Bina (Republique Tche) 60 points (Détail courses : DNF ,6,10,11,8,10,10,7,3,6,) 9: Hervé Tourneux (Societe des Regates de Vannes) 63 points (Détail courses : 8,7,7,9,9,6,9,8,9,10,) 10: Alexander Sadilek (Republique Tche) 69 points (Détail courses : 9,8,11,6,10,11,7,10,10,9,) 11: Jean-Marie Vennin (Y C de L’ile de France) 80 points (Détail courses : 12,9,9,3,12,12,12,12,11,13,) 12: Janick le Moal (Association Lmv Centre Nautique de Mouli) 87 points (Détail courses : 10,OCS ,12,12,11,9,11,11,13,11,) 13: Mathieu Carpier (Sport Nautique de L’ouest Nantes) 93 points (Détail courses : 11,10,13,13,13,13,13,9,12,12,)
Il y a parfois des situations qui vous donnent envie d’être un peu plus vieux de… 24 heures. C’est exactement ce que doivent se dire les concurrents de la Transat BPE 2009. Demain à la même heure, ils sauront, nous saurons. Le nom du vainqueur sera dévoilé et à y regarder les faibles écarts entre les prétendants, il y a fort à parier que l’ensemble du podium et le Top 5 sera connu. En attendant, à terre comme en mer, il faudra s’armer de patience. Pour les solitaires, ces toutes dernières heures seront certainement parmi les plus difficiles de leur parcours entre Belle-Île-en-Mer et Marie-Galante. Trop peu pour tenter quoi que ce soit et trop long pour baisser la garde. La guerre des nerfs va donc battre son plein en ce vendredi. Il faudra aux hommes du large négocier chaque passage de grain, trouver la porte de sortie et surtout éviter de se faire enfermer dans une bulle sans vent. Que dire de l’importance des empannages qu’il faudra déclencher selon un timing extrêmement précis ; ni trop tôt, ni trop tard… Ne surtout pas trembler au moment de l’assaut final. On imagine alors le degré de concentration et de vigilance dont chacun s’armera pour couper la ligne d’arrivée à Marie-Galante allégé de tout regret. Pour ce faire, le sommeil sera un allié et les plages de récupération se ménagent en ce moment, pendant la nuit des solitaires. Mais peut-on réellement dormir quand la victoire se joue. Difficile de savoir si Gildas Morvan ou Erwan Tabarly réussiront à s’abandonner à Morphée, ne serait-ce que quelques minutes, sans voir tourner avec obsession l’idée que l’autre veille sur le pont, prêt à saisir la moindre opportunité. Etre sans état d’âme et garder son sang froid seront alors les meilleures armes…
« Qui de nous deux ? »
Gildas Morvan – Erwan Tabarly ou Erwan Tabarly – Gildas Morvan ? Qui du skipper de Cercle Vert ou de celui d’Athema aura donc le dessus ? Impossible de se prononcer de manière définitive tant que la ligne d’arrivée n’est pas franchie. Pour le moment, l’avantage est toujours à celui qui tient tête à l’ensemble de la flotte depuis plusieurs jours. Mais les derniers classements ont révélé une hémorragie du côté du matelas que le marin de Landéda s’était constitué. A 5 heures ce matin, il n’y avait plus que 11,4 milles d’écart entre le monarque et son dauphin. Gildas conservera-t-il son avance jusqu’à Marie-Galante ? L’homme a les ressources et la motivation nécessaires pour y arriver mais une erreur – aussi infime soit-elle – dans son jeu et le couronnement s’envolera. Derrière lui, Erwan Tabarly fera tout pour se hisser sur la plus haute marche même s’il sait que ce ne sera pas chose aisée. Avec plus d’empannages à faire que son concurrent direct pour rallier l’île antillaise, il cumule les difficultés mais n’exclue rien, pas même un retour de François Gabart. Avec la fougue de la jeunesse et le talent qu’on lui connaît désormais, ce dernier pourrait créer la surprise et sera à surveiller jusqu’au bout. Mais attention à lui, car Nicolas Troussel n’est jamais loin. Le tenant du titre semble s’être fait une raison en ce qui concerne les deux premières places du classement général… mais pas pour la troisième, loin de là ! Le skipper de Financo sait qu’au-delà de l’expérience, il a la chance d’avoir déjà abordé Marie-Galante il y a deux ans, contrairement à François Gabart, et que dans de telles situations, la différence se fait parfois sur des petits riens…
Une journée de stress s’annonce donc en mer quand les terriens vivront dans l’attente. Véritables baromètres, les classements de la journée seront scrutés, analysés et chacun cherchera à les faire parler. Mais le meilleur des discours sera celui qui sortira demain de la bouche du vainqueur…
Ils ont dit :
Erwan Tabarly (Athema) – 2ème au classement de 5 heures « Ca va bien, la nuit n’est pas mauvaise. Il n’y pas trop de grains par rapport à la nuit dernière. C’est plus stable. Hier c’était 35 nœuds de vent pendant 45 minutes, puis 12 nœuds pendant 45 minutes ; c’était un peu pénible. Concernant ma position, je ne vois pas vraiment comment je pourrais passer devant Gildas (Morvan). J’attendais la bascule vers midi et finalement elle est là depuis minuit. Je ne m’attendais pas à ça tout de suite, ça compromet donc un peu mes plans. Il y a 20° d’écart avec Gildas et il faut avouer qu’il est plus près du but. Je regarde aussi beaucoup François (Gabart) qui a repris 3 ou 4 milles sur moi, quand je suis resté deux bonnes heures dans 10 nœuds de vent. Ca me ferait mal au cœur de laisser ma deuxième place. La fin du parcours s’annonce compliquée, je suis plein vent arrière et il ne faudra pas se tromper au moment de l’arrivée. On peut vite perdre 5 milles si on gère mal la bascule. L’idée c’est de marquer François. Mais à mon avis, Cercle vert, c’est bon pour lui. Il va sûrement s’échapper. Je pense arriver d’ici 24 heures, mais je vais quand même aller faire une petite sieste. »
Nicolas Troussel (Financo) – 4ème au classement de 5 heures « Sur Financo, ça va, il fait chaud. L’arrivée va être un peu stressante, parce qu’il n’y a pas beaucoup d’écart entre les bateaux. Il va falloir empanner au bon moment et jouer avec les grains. Gérald (Veniard) n’est pas loin derrière et François (Gabart), pas loin devant. Le jeu est ouvert, surtout que les météos ne sont pas très précises, du coup les derniers empannages vont être très importants. Par rapport aux trois qui sont autour de moi, j’ai déjà fait le tour de l’île. Je ne serai donc pas surpris en arrivant. C’est peut-être un petit avantage, mais pas tant que ça. Là, je vais retourner me coucher, car il faut dormir pour être lucide et gérer les nombreuses manœuvres qui arrivent. Pour Gildas (Morvan), il y a peu de chance que je le recroise avant Marie-Galante, mais la troisième place est prenable. En bref, rester vigilant jusqu’au bout. »
Entre la conduite d’un bateau de course et la rhétorique de la sensualité, les différences sont certainement plus ténues qu’on imagine. A faire corps avec leur machine, à chercher à tirer le meilleur parti de chaque vague, de chaque risée, les navigateurs développent une propension réelle à mettre en phase corps et coque… Et la recherche du petit couloir de vent salvateur qui permettra de marquer sa différence à l’arrivée, ressemble fort à celle de Casanova en quête de la vallée de Venus, à la naissance du décolleté de ses futures conquêtes. La recherche de ce bonheur fugace, tient autant de l’équilibrisme que d’un certain état de grâce. A la vacation, les hommes de tête oscillent entre décontraction affichée et concentration extrême. Car les derniers routages donnent actuellement un écart de quinze minutes entre les deux leaders. Autant dire, une goutte d’eau à l’aune des quelques 3500 milles parcourus depuis le départ de Belle-Île-en-Mer. A cinquante milles au nord, Gildas Morvan tente de ne rien lâcher dans l’attente de la bascule de vent qui lui permettra de se recaler devant son adversaire. Erwan Tabarly, quant à lui, continue de pousser les feux de sa machine et croit de plus en plus en sa bonne étoile. Entre les deux protagonistes qui rêvent chacun d’accrocher leur première grande victoire dans une des épreuves majeures du circuit solitaire, la relation se teinte d’estime réciproque, de complicité, mêlée de l’agressivité nécessaire pour prétendre enfin décrocher la timbale tant attendue. Et devant le scénario improbable qui se dresse devant eux, chacun use de la même circonspection : pourquoi pas une bataille à vue, voire un finish au couteau, si c’est moi qui l’emporte ?
Duels à tous les étages
Derrière ce duel majuscule, les prétendants au podium se pressent : François Gabart (Espoir Région Bretagne) peine à réfréner son enthousiasme. Le veut-il d’ailleurs ? Le jeune navigateur, tel un chien fou, enquille les milles et ne désespère pas, après avoir damé le pion à Nicolas Troussel (Financo), de s’offrir le scalp d’une autre tête couronnée. François avait déjà démontré que la valeur n’attend pas toujours le nombre des années, il confirme là que l’insouciance et le plaisir sont aussi deux sacrés moteurs. Plus à l’arrière, la bagarre ne faiblit pas : Armel Tripon (Gedimat) comme Gérald Veniard (Macif), se transforme en chasseur de nuages. En guise de filet à papillon, un spi multicolore et, comme moyen de surprendre la bête, une approche maîtrisée des trajectoires. Une prise réussie et ce sont des milles avalées à vitesse grand V porté par un vent soutenu… Pour tous, l’attente frénétique des classements permet ainsi de mesurer la justesse du chemin parcouru. Quoique… pour Franck Le Gal (Lenze) et Isabelle Joschke (Synergie), le meilleur jugement s’opère à vue, puisqu’à 400 milles de l’arrivée, les deux solitaires se retrouvent bord à bord. Un mille gagné ou perdu se mesure vite quand on commence à voir la voile de l’autre s’effacer sur l’horizon. L’arrivée sur Marie-Galante se profile donc dans la journée de demain, en fin de soirée… Une projection qui ne peut que combler d’aise Jean Maurel, le directeur de course, en phase totale entre ses projections théoriques fondées sur l’expérience des courses précédentes. Comme quoi, être dans la moyenne peut parfois friser l’excellence.
Le mot du jour : sommeil Savoir gérer son sommeil peut être une des clés de la victoire. Les deux leaders sont suffisamment avertis des pièges liés au manque de lucidité pour trouver la limite. D’autres navigateurs ne peuvent plus s’offrir ce luxe. Isabelle Joschke, du fait de ses problèmes électriques, doit passer de longues heures à la barre au prix de véritables coups de pompe, notamment à une des heures les plus critiques, le début de nuit. Phases hallucinatoires, perte de vigilance au programme. Ils ont dit : Isabelle Joschke – Synergie – 8ème au classement de 15h « Toutes les premières parties de nuit, c’est le black out complet, et souvent dans ces cas là, je ne sais plus qui je suis, ni où je suis, mais les journées restent super agréables en revanche. Je suis toujours dans le match, je n’ai pas l’intention de me laisser faire comme ça, rien n’est fini ! La journée, je prends beaucoup de plaisir, mais la nuit je ne vous cache pas que c’est vraiment dur. Sur le moment, on ne comprend pas trop ce qu’il se passe, au point de ne pas se rendre compte que tu es sur un bateau entrain de traverser l’Atlantique… J’ai bien tiré sur la corde depuis une semaine, il est temps que ça se termine car il faut faire attention quand même. Mais je suis toujours aussi contente d’être là ! La nuit, je me repose entre deux heures et trois heures et la journée je fais deux ou trois siestes de dix minutes. Sinon tout va bien à bord, à part quelques petites bricoles comme tout le monde. J’ai eu zéro contact à la VHF du fait de mes restrictions d’énergie car ça consomme beaucoup et je veux perdre le moins possible d’énergie pour être sûre d’avoir toutes mes cartes jusqu’à la fin. »
Gildas Morvan – Cercle Vert – 1er au classement de 15h « On n’est pas très loin l’un de l’autre avec Erwan (Tabarly), on a une quinzaine de milles d’écart à peu près. Les fichiers, ce matin, avaient plutôt l’air en ma faveur… Tant que la ligne n’est pas coupée, tout est possible dans un sens comme dans l’autre, mais là, Athema est encore derrière, si je pouvais le mettre à 20 milles ce soir ce serait bien, mais bon… L’arrivée sera assez serrée, tout va dépendre des bascules de vent et duquel de nous deux aura le plus de pression. Il va y avoir de l’imprévu quand même. Quinze minutes de décalage, ça ne me dérange pas, surtout si je suis devant ! Quoi qu’il en soit, le finish sera tendu demain soir ! J’ai calculé pile poil mes réserves d’eau et de nourriture, donc je n’ai rien jeté. Je n’ai juste plus de café depuis 48 heures. Sinon je suis tout juste en gasoil, en eau et en nourriture, donc ça va. C’était très dur de barrer cette nuit avec la houle et la nuit noire donc j’en ai profité pour bien dormir et récupérer comme il fallait donc je suis d’attaque pour le finish ! J’ai deux routages, un qui me fait empanner une seule fois et un autre plusieurs fois. » Erwan Tabarly – Athema – 2ème au classement de 11h « Il reste une journée et demie de régate, ce sont les derniers milles, il faut tout donner et on verra bien comment ça va se finir car c’est très serré ! Il y a bien sur un scénario que je préfèrerais, mais c’est difficile pour l’instant de voir comment ça va se passer… Ce matin, on a eu pas mal de grains et il y en a encore qui sont menaçants, ca fait des aléas sur la route, ça perturbe la marche du bateau. Je regardais encore les routages tout à l’heure et 15 minutes seulement nous séparent avec Gildas, avec un avantage pour moi. Mais ça ne change pas grand-chose à la façon de naviguer, je fais la trajectoire la meilleure possible. Il ne faut pas trop y penser, il faut essayer de faire abstraction de ça pour faire au mieux. Même François Gabart derrière, avance bien, on ne se sait jamais ce qu’il peut se passer sur le finish. C’est un peu tendu… J’essaie de barrer le plus possible, je dors beaucoup moins que la semaine dernière par exemple, je dors le strict minimum pour être en forme et du coup je barre, je règle et j’essaie de faire avancer le bateau le plus vite possible.
La SNG a également déclaré être prête à discuter les autres termes de la 33e America’s Cup tels que le format, le lieu et le calendrier. Le club américain et le club suisse ont tous deux publié une déclaration suite à cette rencontre. Voici ces déclarations :
Réaction du GGYC: "Une délégation du GGYC a rencontré des représentants de la Société Nautique de Genève aujourd’hui. Les propositions du GGYC pour une épreuve traditionnelle à bord de monocoques ont été rejetées par la SNG, qui a insisté pour avoir une régate sur à bord de multicoques en précisant que ce match se disputera en mai 2010. Malgré la décision de la Cour de New York qui exigeait que ce match devrait ait lieu avant février 2010. Le GGYC a demandé à la SNG de déposer sa proposition par écrit et espère avoir une nouvelle réunion avec la SNG afin de clarifier quelques questions sur ce match. Le GGYC est déçu que la SNG refuse catégoriquement sa proposition d’organiser une régate traditionnelle. Le GGYC continuera de négocier de bonne foi en tant que Challenger of Record pour que la Coupe de l’America revienne rapidement sur l’eau."
Réaction de la SNG: "Lors d’une réunion aujourd’hui à Genève, le club du Defender de la Coupe de l’America, la Société Nautique de Genève (SNG), a accepté le défi du GGYC pour la 33ème édition de la Coupe et a informé les représentants du club américain que son équipe Alinghi, sera prête à disputer une régate à bord de bateaux de 90×90 pieds en 2010, comme demandé dans le défi annoncé par le GGYC. La SNG a exprimé son désir de voir une série de sélection ouverte aux autres équipes et a encouragé le GGYC à accepter cela en offrant plus de temps de préparation aux équipes."
Depuis le départ, les conditions météo avaient imposé aux concurrents une course de vitesse pure, offrant peu d’occasions de se démarquer. Seul l’effet d’accordéon de ces derniers jours est venu jeter le trouble dans les esprits, faisant trembler en permanence Telefonica Blue, le leader de la flotte depuis le Brésil.Toujours en tête depuis Rio, Bouwe Bekking essaie de remonter le moral de ses troupes à bord de Telefonica Blue. En ce jeudi matin, les écarts se sont en effet encore réduits entre les quatre premiers Volvo Open 70 : avec un delta de 33 milles entre les deux extrêmes de ce premier peloton formé dans l’ordre de Telefonica Blue, Ericsson 4, Ericsson 3 et Puma. A l’arrière, c’est le phénomène inverse qui s’est produit puisque les trois autres concurrents ont tous perdu quelques milles sur les leaders. Les conditions devant restent instables et une bascule du vent est attendue, ce qui risque d’être un moment décisif dans cette bataille pour la première place. "Si l’on empanne trop tôt, on va perdre la pression. Si l’on empanne trop tard, on aura un mauvais angle par la suite par rapport à la zone d’exclusion". En effet, une zone protégée a été mise en place au large de Boston, afin d’écarter les VO70 des nombreuses baleines dans ces eaux. On peut s’attendre à voir le passage en mode furtif pendant cette approche des côtes américaines, mais pour cette étape les bateaux disparaîtront du classement pendant 12 heures et non pas 24 heures comme ce fut le cas pendant les étapes précédentes. Les bateaux réapparaîtront à 250 milles de l’arrivée et non plus 50 milles. Il y a fort à parier que les concurrents vont user et abuser dans les prochaines heures de ce droit au suspens et à l’intox. Quant à la situation prévue pour aujourd’hui et demain, Wouter Verbraak sur Delta Lloyd espère pouvoir sortir les spinnakers avec le renforcement du vent attendu. "Vous vous en souvenez? Ce sont les grandes voiles avec plein de couleurs. À l’exception de la première étape de cette course, on ne les a guère vus. Ils restent dans leurs chaussettes et de temps en temps on les déplace sur le pont. Ce n’est pas pour cette raison-là qu’on les a embarqués!" Au regard des fichiers météo, Torben Graal se frotte les mains. Le skipper d’Ericsson 4 croit voir une occasion pour ravir la victoire à Telefonica Blue. "Peu à peu, mais sûrement, nous réduisons l’écart sur Telefonica Blue et la course est de nouveau ouverte. Nous allons passer bâbord amures pour la première fois depuis le Cap Frio, car le pauvre bateau reste tribord amures depuis ce passage. Le vent va basculer ce qui nous offrira de nouvelles opportunités." Sur Ericsson 3, Magnus Olsson a pu sortir sur le pont hier, car la douleur de sa côte fêlée s’estampe. Mais Richard Mason, le responsable médical à bord reste occupé. Hier, il fallait faire une petite intervention chirurgicale sur le genou infecté de Gustav Morin.
ITV Laurent Pagès – chef de quart sur Telefonica Blue
«Même si c’est loin d’être fini, beaucoup de choses se sont jouées certainement dès la première nuit de l’étape. Nous avons eu jusqu’à 100 milles d’avance sur nos poursuivants, mais maintenant les écarts se réduisent de plus en plus. Mais quoiqu’il arrive par la suite, c’était très important pour nous de prendre le maximum de points à la porte de Fernando de Noronha. Depuis le début de la course on peut observer sur les flots de positions que les écarts de vitesse entre les bateaux se sont vraiment nivelés, même pour Delta Lloyd qui date pourtant de la génération précédente. C’est très intéressant pour la course. Cela prouve que tout est ouvert pour la classement général. Même pour la première place. En tout cas on y croit à bord de Telefonica Blue. »
ITV Sidney Gavignet – chef de quart sur Puma
« On a du vent. On avance vite sur la route. Tout va bien. On est entrain de quitter les alizés. Le vent va petit à petit adonner et devenir de plus en plus portant par rapport à notre but. Et aussi de plus en plus fort. Je ne sais pas pour l’instant si on va pouvoir dépasser Telefonica Blue, mais ils ne sont vraiment plus très loin. On a vu ces derniers jours que nos bateaux progressent tous à peu près à la même vitesse. Donc 33 milles cela peu paraître beaucoup, mais en même temps, il suffit qu’un bateau tombe dans un trou d’air, les autres vont tellement vite derrière que cette distance se rattrape très vite. On s’apprête à empanner et à envoyer le spi. Le choix du timming pour opérer cette manœuvre est très important pour opérer un recalage sur l’autre bord. C’est un moment décisif pour la suite des évéments. IL y aura sans doute une autre opportunité de se démarquer à la fin de l’étape, après avoir contourné la zone d’exclusion, quand on va revenir au près sur la ligne d’arrivée. Là encore il y a des choses qui peuvent être jouer. C’est sûr, on préférerait être 1er ou 2ème, mais ce n’est pas encore le drame. Nous sommes particulièrement motivés sur cette étape, car Boston est un peu le fief de Puma. Il y aura donc beaucoup de gens à nous attendre. Cela nous donne un peu la pression car nous voulons bien faire et essayer d’arriver en tête. Plus généralement, cette étape est sans doute la plus agréable depuis le début de l’épreuve. On a vraiment des conditions idéales depuis plusieurs jours. On navigue sur la route à des vitesses de 15 à 20 nœuds. C’est vraiment l’étape la plus agréable depuis le départ de la Volvo Ocean Race en octobre dernier… » Ce jeudi 23 avril – Positions à 09h 30 (heure française)
1- Telefonica Blue à 924 milles de l’arrivée 2 – Ericsson 4 à 6 milles 3 – Ericsson 5 à 22 milles 4 – Puma à 33 milles 5 – Telefonica Black à 81 milles 6 – Delta Lloyd à 88 milles 7 – Green Dragon à 145 milles
Classement général Provisoire après 9 manches (sur 17)
1- Ericsson 4 – 69,5 points (après Fernando) 2- Puma – 59 points (après Fernando) 3- Telefonica Blue – 58,5 points (après Fernando) 4- Ericsson 3 – 46 points (après Fernando) 5- Green Dragon – 42 points (après Fernando) 6- Telefonica Black –25 points (après Fernando) 7- Delta Lloyd – 18 points (après Fernando) 8- Team Russia –10,5 points
En 49er, les frères Sibello maintiennent la cadence en empochant une cinquième manche mais aujourd’hui leurs dauphins, Frederico et Arturo Alonso, des frangins aussi mais espagnols cette fois, ont fait mieux encore avec deux victoires de manches. La progression du jour est pourtant à mettre au crédit de Morgan Lagravière et Yann Rocherieux qui gagnent 5 places et pointent à la 4ème position. Même si leur ordre a bougé – on sait que le 49er a pour caractéristique de rapidement « brasser » les classements – les quatre français se maintiennent à 24 heures de la Medal Race dans le top ten. Toujours en double, mais sur 470 cette fois, les italiens Gabrio Zandona/Edoardo Mancinelli et les suisses Matias Buhler/Felix Steiger qui se bagarrent en tête depuis le début se sont vus voler la vedette par les japonais Harada Ryunosuke/Yoshida Yugo qui passent de cinq à un et remportent la deuxième manche du jour. Ces trois là se tiennent en 3 points. La première manche revient elle à Pierre Leboucher et Vincent Garos qui, 9ème ce soir, ont de bonnes chances de se qualifier en medal race (voir article ci-dessous) tout comme évidemment Nicolas Charbonnier et Baptiste Meyer Dieu, 5ème au général. Chez les femmes, les danoises Henriette Koch et Lene Sommer poursuivent leur tranquille domination. Le parcours d’Ingrid Petitjean et Nadège Douroux est moins aisé – une belle 3ème place dans la dernière manche quand même – mais les Marseillaises, 9ème, conservent toutes leurs chances de se qualifier en Medal race. Il ne faudra toutefois pas faiblir, 6 points seulement séparant les 6ème des 12èmes. En Laser, malgré une journée moins faste que les précédentes, la tchèque Veronika Fenclova tient toujours la corde devant la championne olympique de Laser Radial, l’américaine Anna Tunnicliffe. Chez les hommes, même le « roi » Paul Goodison peut manquer une manche. La preuve : la première du jour terminée à la 31ème place. Il reste cependant largement en tête dans une série où le seul Français qualifié en groupe Gold, Malo Leseigneur, 31ème, a du mal à garder sa cadence des premières journées. Mais en être là ce soir est déjà une performance pour ce jeune calédonien qui découvre le haut niveau. Le croate Ivan Kljakovic poursuit son impressionnante série (pas une manche en dessous de la 5ème place !), seul le slovène Gasper Vincec essaye de tenir le rythme. Jonathan Lobert et Thomas Le Breton joueront demain une place en Medal race (voir brève à suivre). Même espoir pour la jeune Eugénie Ricard en planche, 11ème à 1 point seulement de la 10ème. Peina Chen, qui a pris la tête devant l’israélienne Maayan Davidovich, perpétue la qualité de l’école chinoise de planche dont on sait qu’elle a ramené une médaille d’argent puis d’or au cours des deux derniers JO. Décidément, les planchistes Israéliens marchent fort puisque celui que Julien Bontemps hier regrettait de ne pas avoir pu devancer, Shahar Zubari, a cette fois explosé les compteurs en remportant quatre manches de suite. « Il va vite et est très pertinent dans ce type de temps » analyse le coach-manager des planches, Pascal Chaullet. Du coup, Julien passe deux à 8 points du nouveau leader. Progression par contre d’un autre Français, Samuel Launay, qui, 4ème, grappille des places tous les jours. Enfin, pour finir saluons la domination des français en Star et 2.4. Deux fois premiers, une fois 2ème aujourd’hui, Xavier Rohart et Pierre-Alexis Ponsot montent en puissance régulièrement et possèdent ce soir 7 points d’avance sur les Grecs. Même progression pour Damien Seguin qui a cependant ce soir un nouveau dauphin en la personne de celui qui l’a privé d’une 2ème médaille d’or aux jeux paralympiques de Pékin, le canadien Paul Tingley. La bagarre est encore très serrée dans cette série qui vivra un moment historique vendredi : la première Medal Race de l’histoire des 2.4.
Pierre Leboucher et Vincent Garos : du très bon, quelques erreurs et beaucoup de lucidité.
On sait que le duo Pierre Leboucher /Vincent Garos a du talent. Il le montre encore à la SOF malgré un difficile début de manche et quelques erreurs qui leur coûtent des places. Mais les deux manches remportées, dont une aujourd’hui, confirment leur vitesse et leur potentiel. Ce soir, ils sont 9èmes au classement général. Pierre, le barreur raconte : « au début, j’étais malade comme pas mal de membres de l’équipe de France. On s’est accroché mais c’était dur notamment sur les départs. Ensuite l’OCS (départ volé) d’hier se joue à pas grand-chose. On commet quelques grosses erreurs mais on sait pourquoi et c’est facilement remédiable donc ce n’est pas grave. On a une bonne vitesse qui fait que quand on passe dix à la bouée au vent, on sait ensuite que l’on va gagner des places. Donc nous sommes contents de notre régate même si le vent en fin de journée était difficilement prévisible. Il fallait choisir son option et y croire. Une fois on a gagné, l’autre fois on a limité la perte en revenant bien après une mauvaise option au début ».
Ingrid Petitjean et Nadège Douroux espèrent finir en beauté
Troisième à la Semaine de Palma, Ingrid Petitjean et Nadège Douroux, 9ème ce soir, ont plus de difficultés à Hyères. Si Ingrid se refuse à comparer ces deux épreuves, elle n’en jette pas moins un regard lucide sur leur performance : « Aujourd’hui, on réalise une mauvaise manche et une bonne. Nous avons globalement du mal dans les remontées au vent, nos options ne sont pas très bonnes. Après on remonte mais en partant du coup de trop loin. Le niveau est ici aussi intense qu’à Palma mais les vents plus difficiles à lire. Mais chaque course est de toute façon, différente. Nous n’avons pas bien régaté. On va essayer de finir en beauté ».
Le breton : du Laser au Finn
Le brestois Thomas Lebreton a derrière lui deux préparations olympiques en Laser. A chaque fois, il s’en est fallu de peu qu’il ne s’impose pour la sélection comme le rappelle notamment son titre de vice-champion des jeux Mondiaux ISAF 2006. Mais pour les petits airs de la Chine, son gabarit aura été finalement un handicap trop lourd. « En 8 ans, j’avais fait un peu le tour du Laser et j’étais devenu trop typé question gabarit » confirme Thomas. D’où la décision de poursuivre sa carrière en Finn. Et paradoxalement, presque trop lourd en Laser, il lui faut désormais gagner du poids pour le Finn ! « C’est sûr qu’avoir du poids n’est pas pénalisant dans cette série. Alors que le Laser nécessitait surtout de la cardio pour gagner en vivacité, là je fais de la « muscu », du gainage. ». Autre différence, le Finn n’est pas un monotype pur comme le Laser, il permet des développements technologiques qui sont des défis que le Français juge intéressants. Il dit aimer également la plus grande maturité d’une flotte dans laquelle il se sent accepté : « Nous sommes moins et c’est plus convivial ». 17ème à Palma, il pointe à la 14ème place à la SOF à 24 ou 48 heures de la fin selon qu’il décroche sa place dans la Medal race. « Je sens des progrès. Je ne vais pas plus vite que les autres mais à certaines allures, je rivalise en vitesse même si parfois le bateau s’arrête sans que je ne comprenne trop encore pourquoi. Mais ça va venir ». Cette année, le membre de l’équipe de France militaire se fixe un objectif : accrocher le maximum de Medal races ». L’année prochaine, il sera temps de penser à mieux. En attendant, Thomas n’est qu’à 10 points du 10ème, la Medal Race lui tend les bras. Tout comme à Jonathan Lobert, qui est lui à égalité de points avec le 10ème. On saura demain si les deux Français ont décroché leur ticket pour cette finale à seulement 10 bateaux !
Classement :
Star après 12 manches 1: Xavier Rohart / Pierre Alex Ponsot (CN La Pelle/SNO Nantes) 15 points 2: Aimilios Papathanasi / Akis Karnoutsos (Grece) 22 points 3: Andrew Macdonald / Brian Fatih (Etats Unis D’am) 28 points 4: John Gimson / Ed Greig (Grande-Bretagne) 30 points 5: Paul Mckenzie / Phillip Toth (Australie) 39 points 6: Andrey Berezhnoy / Sergey Masalov (Russie) 59 points
2. 4 après 6 manches 1: Damien Seguin (SNO Nantes) 9 points 2: Helena Lucas (Grande-Bretagne) 12 points 3: Paul Tingley (Canada) 17 points 4: Thierry Schmitter (Hollande) 20 points 5: Andre Rademaker (Hollande) 21 points 6: Megan Pascoe (Grande-Bretagne) 22 points 7: Barend Kol (Hollande) 29 points 8: Hervé Tourneux (SR Vannes) 37 points 9: Alexander Sadilek (Republique Tche) 44 points 10: Jean-Marie Vennin (Y C de L’ile de France) 45 points 11: Daniel Bina (Republique Tche) 45 points 12: Janick le Moal (Association Lmv Centre Nautique de Mouli) 54 points 13: Mathieu Carpier (Sport Nautique de L’ouest Nantes) 60 points
D’un côté de l’Atlantique ou de l’autre, la nuit enveloppe les esprits alors qu’au milieu, se joue un drame shakespearien. Au Nord, Gildas Morvan, seigneur de la Transat BPE 2009 depuis plusieurs jours et jusqu’à il y a encore quelques heures, confortablement installé dans un fauteuil le menant vers la victoire. Ce matin la voix du skipper de Cercle Vert se fait entendre, plus tendue, teintée d’une angoisse, celle de n’être plus maître de son destin. Dans l’état actuel des choses, seule la météo décidera maintenant de l’issue à donner au combat. L’homme des Abers a vu son avance fondre comme neige au soleil depuis 24 heures. Il sait qu’il a face à lui un adversaire largement à sa mesure et qui ne commettra aucune erreur. Ce conquérant qui a eu plusieurs centaines de milles pour fourbir ses armes et se préparer à l’ultime bataille, c’est Erwan Tabarly. Discret et posé à terre, à la barre d’Athema ce dernier se révèle entre enthousiasme et combativité. Il sait qu’il a toutes ses chances et si le bras de fer tourne à son avantage, il pourra, en bon père de famille nombreuse qu’il est, louer les vertus de l’investissement à long terme. C’est en effet depuis Madère, qu’Erwan Tabarly prépare l’estocade, à la faveur d’un décalage au Sud qui pariait sur un meilleur angle et un vent qui lui serait plus favorable pour aborder le finish. Depuis quelques jours, il tire ainsi pleinement profit de cette option et ne cesse d’avaler les milles et d’aplanir l’écart avec qui le sépare de Gildas Morvan, tel un rouleau compresseur. Puisant son inspiration dans la même veine, le jeune François Gabart avait emboîté le pas à son aîné en choisissant la route du Sud. Bien lui en a pris ! Voici le skipper de Espoir Région Bretagne, qui détrône le tenant du titre Nicolas Troussel et s’empare avec assurance de la troisième marche du podium. Sur sa lancée, il pourrait bien ne pas s’arrêter en si bon chemin et Erwan Tabarly ne cachait pas ce matin qu’il voyait en son poursuivant une réelle menace. Toujours plus rapide que le skipper d’Athema d’un pointage à l’autre, ce dernier sait bien que rien n’arrêtera François.
Mais réduire ces derniers 400 milles de la Transat BPE 2009 à une lutte entre ces trois marins serait ne pas reconnaître que même si, doucement et régulièrement, un fossé se creuse entre le trio Morvan-Tabarly-Gabart et le reste de la flotte, derrière les ambitions de certains demeurent… légitimement. Ainsi, Nicolas Troussel et Gérald Veniard (Macif) n’ont-ils certainement pas dit leur dernier mot… si tant est que la météo leur en laisse l’occasion ! Définitivement, il ne faut manquer aucun épisode de la saga qui se joue sous nos yeux pour en saisir toute l’intensité. Dénouement attendu dans 48 heures ; tiendrez vous jusque là ?
Ils ont dit :
Gildas Morvan (Cercle Vert) – 1er au classement de 5h30 « Ca va ! Comme un Gildas qui vient de se faire prendre 10 milles, mais je m’y attendais un peu. J’essaie de lofer pour contrecarrer, mais il (Erwan Tabarly) avance toujours plus vite. Cependant, il devrait toucher un peu moins de vent bientôt, il y a donc encore des coups à jouer, surtout sur les empannages. Le dernier devra être bien calculé : direct pour Marie Galante. Le décalage et les choix qui ont été fait à Madère paient maintenant. Je n’aurai peut-être pas du les laisser partir. Mais c’est l’avantage de la monotypie, sur cette Transat, il n’y a jamais eu plus de 50 milles entre chaque bateau, c’est ça qui est passionnant. »
Erwan Tabarly (Athema) – 2ème au classement de 5h30 « Au niveau conditions en ce moment, j’ai 20 nœuds de vent en moyenne au vent arrière. La mer est un peu plus calme depuis hier, cela permet de se reposer un peu, mais le vent est instable. Ca passe de 20 à 27 nœuds toutes les dix minutes. Mais ça va bien, j’ai repris 7 milles sur Gildas, il n’y a plus que 14 milles qui me séparent de lui. Ces derniers jours, ce n’est plus le même rythme que les semaines passées. Je dors moins. Il ne reste plus que deux jours, alors j’y vais, je suis à fond dans la course. Ca va être serré. Quant à François Gabart qui revient bien derrière moi, il va plus vite que moi depuis 24 heures, alors, oui, je le considère comme une menace ! Il m’a repris presque 10 milles et j’avoue que j’aimerais qu’il s’arrête là. Désormais, c’est une question de bascule, si le vent se tient comme ça jusqu’à l’arrivée je peux passer devant. Mais on verra, pour l’instant rien n’est fait. Dans tous les cas, ce sera un beau « finish ». Il y a un trio présumé pour le podium, on verra bien qui montera sur la première marche. »
Engagé dans la Bouvet Rames Guyane, Rémy Alnet concourt pour la deuxième édition de cette transatlantique à la rame et en solitaire, qui mène les coureurs du Sénégal jusqu’en Guyanne. Il est en train d’ouvrir le panneau de sa cabine lorsqu’une grosse vague inonde totalement l’intérieur. Puis le bateau chavire, ne se redresse pas, et il est impossible de pomper ! Rémy Alnet se trouve à 800km des côtes lorsqu’il déclenche sa balise de détresse. 11h42 le 17 avril : le signal de détresse est détecté par le FMCC (Centre de contrôle de mission français Cospas Sarsat) de Toulouse. Quatre cargos sont joints par le CROSS1. Le plus proche se trouve à 160 miles de Rémy, il se déroute alors. 13h44 le 18 avril : l’« Astro Chloé » arrive sur zone et procède au sauvetage du skipper. Ceux sont des heures très mouvementées que Rémy Alnet a passé sur son bateau, mais heureusement, il était équipé d’une balise Kannad 406 Manual + GPS, qui a permis aux secours de le localiser et d’organiser son sauvetage.
Naufrage du Sandokan. Le coquillier Sandokan a fait naufrage le 8 avril, à Saint Quay Portrieux. « En opération de pêche, le bateau a talonné une roche, une voie d’eau s’est créée extrêmement rapidement et le chalutier a coulé très vite » déclare William Abbestre, Président de la SNSM1 de Saint Quay Portrieux.
Il est 14h15 lorsque les deux marins du chalutier de 9m le « Sandokan » voient leur bateau sombrer, depuis leur radeau de survie. La balise de détresse Kannad 406 Auto, parfaitement adaptée pour les bateaux de pêche, se déclenche automatiquement lors du naufrage. La chaîne de secours se met donc en route et la SNSM, alertée via le CROSS, se rend sur zone. Pendant ce temps, les deux naufragés sont récupérés par des plaisanciers qui ont entendu l’alerte donnée par le CROSS. Les deux marins, sains et saufs, seront ramenés au port par la SNSM.
De l’intérêt de posséder des équipements de sécurité performants, quelle que soit l’activité pratiquée…
Il y avait longtemps qu’une course au large n’avait pas ménagé un tel suspense. A 500 milles de l’arrivée, soit un peu plus de deux jours de navigation, il est encore tout à fait impossible de donner l’ordre du tiercé à l’arrivée à Marie-Galante. Deux marins se battent actuellement de manière acharnée pour la première place. Au Nord, Gildas Morvan (Cercle Vert) tient toujours les rênes de la flotte mais pendant combien de temps encore ? L’homme se maintient dans la sérénité des grands jours et sait trop à quel point une belle et grande victoire en solitaire manque à son palmarès. La Transat BPE sera-t-elle la première ? Il lui faudra pour cela contenir les assauts d’un Erwan Tabarly (Athema) également à la recherche d’une couronne et d’une reconnaissance de son immense talent. Toujours au Sud, il n’a fait qu’une bouchée de Nicolas Troussel (Financo) la nuit dernière et affiche une vitesse supérieure d’un nœud sur son concurrent direct. Pour l’heure, le skipper de Cercle Vert conserve son matelas d’une vingtaine de milles sur son dauphin mais admettait bien volontiers à la mi-journée que le finish se jouerait à couteaux tirés. Entre ces deux gros bras, les empannages et l’angle d’attaque dans la dernière ligne droite feront la différence et la moindre sortie de piste leur sera fatale. Derrière aussi, la révolte gronde et les places sont chères. Aucun des trois solitaires qui suivent n’entend se satisfaire d’un strapontin et à y regarder les profils des uns et des autres, là encore la lutte s’annonce redoutablement acérée. A tout seigneur… Nicolas Troussel, tenant du titre, sait sans doute que la victoire cette année ne tombera probablement dans son escarcelle. Mais le marin de Plougasnou n’est pas homme à baisser les bras et mettra tout en œuvre pour accrocher une deuxième place qui compte tenu du niveau de jeu déployé depuis le départ de Belle-Île-en-Mer n’aura rien d’un lot de consolation. Là encore, la partie n’est pas gagnée d’avance. Il lui faudra en effet compter avec la grande révélation de cette Transat BPE 2009 en la personne de François Gabart (Espoir Région Bretagne). Le bizuth a laissé ses complexes au vestiaire depuis fort longtemps et c’est en vieux routier qu’il ira au champ de bataille. Pointé comme étant le plus rapide de la flotte en début d’après-midi, le garçon est fait du métal des grands champions et entend finir sans regret aucun. Plus au Nord, un autre marin qui, quoi qu’il arrive, aura marqué l’épreuve de son talent et de son sens de la répartie, est aussi un candidat légitime à une place sur le podium. Gérald Veniard (Macif), quatrième à 50 milles du leader, est bien décidé à forcer le destin. Cinq hommes pour trois fauteuils, il y aura forcément des déçus à Marie-Galante… Mais que la lutte aura été belle !
A chacun sa course, tous pour le finish
Derrière, on panse ses plaies et on digère. Le réconfort se trouve alors ailleurs comme dans la perspective de l’arrivée pour Thierry Chabagny qui sait qu’il a raté le coche au large du Cap Finisterre et qui attend avec impatience de retrouver les odeurs, les couleurs et la chaleur de la terre et des terriens. Le skipper de Suzuki Automobiles a fait son choix en son âme et conscience et n’a rien à regretter. C’est la déception qui domine chez celui qui pouvait plus que légitimement prétendre à un premier rôle dans le scénario qui se joue devant lui. Si l’objectif pour Thierry est éventuellement de faire mieux au classement, il est surtout de ne pas perdre de place et pour cela une vigilance de tous les instants sera imposée. Attention en effet, au groupe des trois positionné dans son Sud. Depuis plusieurs jours, Armel Tripon (Gédimat), Isabelle Joschke (Synergie) et Franck Le Gal (Lenze) sont à la lutte. Parfaitement aligné en latéral, le trio affiche de belles moyennes avec un avantage à la demoiselle de la course relevée comme étant la plus rapide sur les dernières 24 heures. Mais si la galanterie est de mise sur les pontons, gageons qu’il n’en sera pas de même sur l’eau et que ces messieurs d’ordinaire si bien élevés pourraient bien en oublier leurs bonnes manières… Du côté des amateurs de la flotte de la Transat BPE, l’histoire s’écrit aussi de fort belle manière. Ainsi Louis-Maurice Tannyères (Nanni Diesel) annonçait-il ce midi avec force de conviction avoir « la tête dans le guidon » pour la suite et fin de course. Motivation supplémentaire pour le méditerranéen, le franchissement de la ligne d’arrivée marquera les retrouvailles avec sa famille dont il confesse volontiers avoir trouvé manque. Mais avant cela, il reste encore une partie à terminer avec ses deux comparses, Victor Jean-Noël (Pays Marie-Galante) et Yannig Livory (Cint 56). Pour ces deux là aussi la terre et l’atterrissage antillais auront une saveur toute particulière. Pour le premier, il s’agira d’une arrivée à la maison et d’un accueil que l’on pressent déjà triomphal. Pour le second, la vision de l’île marquera la fin de la solitude absolue en mer et la possibilité enfin d’échanger et de converser après trois semaines sans moyen de communication. Il faut s’y attendre, certains seront plus bavards que d’autres sur les quais de Saint-Louis de Marie-Galante…
Ils ont dit :
Franck Le Gal (Lenze) – 9ème au classement de 15 heures « J’ai eu une nuit assez tonique toujours au guidon pour enchaîner les surfs et aller le plus vite possible jusqu’à l’arrivée. J’ai souffert un peu de mon positionnement Nord, car ça glisse un peu mieux en dessous. La nuit, c’est impressionnant, on n’a pas de visu. On se fie aux bruits mais c’est du plaisir car ce n’est pas souvent que l’on peut s’offrir des heures et des heures de surf. J’en profite, mais je ne suis pas mécontent d’en finir car je continue à casser des trucs, ma caisse à clous se vide, il est temps que ça se termine ! Je croise les doigts pour que mes réparations tiennent jusqu’au bout et comme il faut quand même aller vite, on ne ménage pas le matériel. L’objectif est de finir devant mes concurrents directs, d’attaquer et de ne rien lâcher pour accrocher la 7ème place. Concernant l’arrivée, je pense que j’aurai surtout envie de dormir dans un vrai bon lit, d’arrêter de regarder les pointages et de stresser pour le matériel. Concernant ma course, j’ai fait une bonne première partie mais je me suis mis un peu dans le rouge en suivant Nico Troussel et je l’ai payé plus tard du coup en manquant de lucidité sur mon recalage dans le Sud qui était une erreur car le vent attendu n’y était pas. J’ai essayé de jouer. C’est comme ça. En tous cas, je suis admiratif du parcours des gars de devant ».
François Gabart (Espoir Région Bretagne) – 4ème au classement de 15 heures « Ça va super bien. Ça va vite. Je suis vraiment content. Pour les jours à venir, j’espère du vent, du soleil et de la glisse. Erwan (Tabarly) et Gildas (Morvan) ont pas mal d’avance mais si j’ai un peu de chance et un peu plus de pression, je compte bien aller chercher le podium ! Quoiqu’il en soit, c’est super car je ne m’attendais pas à être là, à jouer la gagne même si c’était peut-être dans un petit coin de ma tête… Je vais essayer d’être à bloc jusqu’à la fin. Trois jours, ce n’est rien et comme ça va se jouer à pas grand-chose, je ne veux pas avoir de regrets quelque soit ma place au final. »
Louis-Maurice Tannyères (Nanni Diesel) – 13ème au classement de 15 heures « Ça avance vite et bien ! J’ai déchiré mon grand spi sur un empannage donc je navigue avec le second. À bord ça va, je me suis bien organisé et j’ai trouvé mon rythme entre les pointages et les moments passés à la barre ou au repos. Il me tarde maintenant de retrouver ma famille mais pour l’instant, c’est encore la tête dans le guidon pour rattraper Yannig (Livory). C’est motivant, ça donne un but car ce que je craignais le plus, c’était d’être largué complètement. Là, je bénéficie de la route Sud, on va voir si ça tient ou non ».
Gildas Morvan (Cercle Vert) – 1er au classement de 15 heures « La pression monte un peu mais ça va. Il faut se bagarrer avec le bateau et les vagues pour grappiller mille après mille. Mais c’est un bon sprint. Pour l’instant, pas de plan sur la comète, la situation s’est stabilisée entre les gars du Sud et nous et ça va se jouer à couteaux tirés. C’est vrai que l’on rêve tous un jour d’être en tête avec un vrai matelas confortable sur ses poursuivants mais la situation actuelle est à l’image de cette transat et de la flotte très homogène. C’est certain que j’ai un scénario idéal d’arrivée mais les conditions sont dures, le vent est instable, il faut être constamment à la barre et aux réglages. Pour autant, il va falloir aussi trouver des plages pour la récupération car il s’agira d’être clairvoyant sur la fin. Quoiqu’il en soit, il ne faut pas paniquer quand un bateau revient. Chacun bénéficie un moment ou un autre d’une position avantageuse. Il faut croire à sa bonne étoile. En tous cas, vivement l’arrivée, vivement une bonne viande, une bière bien fraîche et une bonne douche et puis après comme d’hab’ on refera le match avec les copains autour d’un ti-punch ! »