Les Sables – Horta – Les Sables : Duel entre Redman et Projet Rescue

161 CARPENTIER Antoine - MERGUI Mickael - REDMAN Les Sables - Horta 2021 ©LesSablesHorta_Christophe Breschi

Les deux leaders de la flotte de Class40 Antoine Carpentier et Mikaël Mergui sur Redman et Axel Trehin et Frédéric Denis sur Projet Resue ont toujours 70 milles d’avance sur le reste de la flotte. Mais ils sont à 1788 milles de l’arrivée et il peut encore se passer beaucoup de choses.

Alors qu’elle évolue, ce mercredi, à une centaine de milles au large du cap Finisterre, la flotte de la 8e édition de la Les Sables – Horta – Les Sables a, comme on s’y attendait, de nouveau nettement ralenti la cadence depuis ce matin. En cause, un col barométrique planté pile-poil sur sa route. Cette zone de calmes, qui sépare deux systèmes anticycloniques, ne simplifie évidemment pas la tâche des duos qui tentent de trouver le meilleur passage pour la traverser.

Pour l’heure, à ce petit jeu, Antoine Carpentier et Mikaël Mergui semblent plutôt bien inspirés puisqu’après avoir compté jusqu’à 6,8 milles de retard sur Axel Trehin et Frédéric Denis au lever du jour, ils ont inversé la tendance et caracolent désormais en tête avec un bonus de 4,8 milles. « On avance au gré des nuages », a commenté le skipper de Redman, bien conscient que dans ce type de situation aléatoire, la réussite fait aussi partie du match.

Reste que si lui et son acolyte tirent impeccablement leur épingle du jeu depuis ce matin, ils sont par ailleurs confrontés à une fuite d’eau par le presse-étoupe (endroit par lequel l’arbre d’hélice sort de vers l’extérieur du bateau). « On a dû vider 50 litres d’eau en seulement quelques heures ! On a essayé de limiter la fuite, ce qu’on a réussi à faire, mais dès qu’on allume le moteur pour recharger les batteries, la fuite recommence… », détaille le Trinitain qui, tout comme son concurrent direct Project Rescue Ocean, compte plus de 30 milles d’avance sur le gros du peloton, lui aussi empêtré dans cette zone de mélasse. « On savait que la traversée de cette dorsale aurait un petit effet loterie. On est en plein dedans et on voit que les positions des uns et des autres évoluent pratiquement à chaque pointage. La bande du col n’est pas énorme, mais elle s’étale malgré tout sur une quarantaine de milles. Tous les bateaux vont donc rester bien tanqués une bonne partie de l’après-midi », assure Denis Hugues. « Une fois cette zone délicate derrière eux, les marins y verront un peu plus clair et pourront commencer à envisager la manière dont ils vont aborder l’atterrissage sur les Açores », ajoute le Directeur de course, rappelant qu’à l’arrière de cette fameuse dorsale, les duos vont récupérer un flux de secteur sud relativement soutenu qui va progressivement s’orienter au sud-est.

« La route de Horta n’est décidément pas simple ! », constate Luke Berry qui vient tout juste de terminer la réparation de son spi. « La vie s’annonce penchée dans le bateau lors de ces prochains jours. Une fois cette transition compliquée passée, ça va être reaching puis près, près, près… », détaille le skipper de Lamotte Module Création qui va, de fait, se retrouver avec le vent dans le nez à partir de demain soir et potentiellement affronter des rafales à plus de 30 nœuds. « La météo annonce un temps très perturbé, avec un tas de dépressions secondaires », confirme Ian Lipinski (Crédit Mutuel) « Ça ne va clairement pas ressembler à des vacances ! ». De fait, non. Il va falloir garder les yeux bien ouverts et continuer d’observer avec attention ce que se passe sur l’eau car une dépression actuellement située dans l’ouest des Açores, se déplace et remonte vers le nord tout en prenant de l’ampleur. « La situation en Atlantique nord est perturbée en ce moment. Nous ne sommes pas dans un schéma classique avec un anticyclone des Açores bien en place », détaille Denis Hugues dont les derniers routages laissent envisager un atterrissage sur Horta entre samedi soir et dimanche matin pour les premiers.

Des routages qui ont, par ailleurs, bien évolué depuis hier, laissant désormais entrevoir un écart de près de 24 heures aux abords de l’archipel portugais entre les leaders et le tandem Jonas Gerckens – Benoît Hantzperg (Volvo) décalé à plus de 160 milles au nord par rapport au reste de la meute. La route est toutefois encore longue. C’est d’ailleurs ce que rappelait à juste titre Pierre Casenave – Péré ce matin, après avoir, pour sa part, tenté un coup audacieux à l’intérieur du dispositif de séparation de trafic du cap Finisterre. « On espérait que nos concurrents s’arrêtent au nord-ouest du DST. Bon, ça n’a pas tout à fait été ça puisqu’aujourd’hui on fait un peu de route en travers de la piste », a commenté le jeune skipper de Legallais qui se recale petit à petit dans l’axe du peloton. Un peloton qui ne va donc assurément pas battre des records cette année pour rallier Horta, mais qui pourrait, en revanche, mettre un temps canon pour effectuer la route retour. A suivre.

Classement Les Sables – Horta30 Juin
Pointage de 9h – 30/06

Pointage de 9h – 01/07
1- Antoine CARPENTIER & @Mikael Mergui – Redman
2- Axel Tréhin Skipper & Frédéric Denis Skipper – Project Rescue Ocean
3- Ian Lipinski-Skipper Crédit Mutuel & Ambrogio Beccaria – Navigatore
4- Luke Berry Sailing & Jean-Baptiste Daramy – Lamotte Module Création
5- Roesti Sailing Team – Banque du Léman
6- Hervé Thomas Class 40 & Gérald Veniard – Saint-Yves Services
7- Aurelien Ducroz Skieur / Skipper & David Sineau – Crosscall
8- Team Edenred : Emmanuel Le Roch & Basile Bourgnon & Christophe Cremades
9- Stan Thuret – Cinéaste Navigateur & Roland Jourdain – Everial
10- Experiences pour la Planète



Message d’Antoine Carpentier (Redman)

« Encore une nuit en mer, ce coup-ci avec du vent ! On est super content de notre passage de l’anticyclone. On a réussi à mieux passer qu’Axel (Trehin) et Fred (Denis), du coup on a repris le leadership. Ça fait du bien. L’ambiance à bord avec Mikaël est toujours au top. Le fait d’avoir un sudiste pour la molle a sûrement été un atout ! Sinon, le programme de la journée a été de vérifier l’étanchéité de la fuite au niveau du presse-étoupe. Comme ça fuyait encore un peu, rien de bien méchant : un demi litre d’eau sur plus de 12 heures. On a bloqué un peu le moteur à l’aide de bouts, et remis une couche de graisse puis de scotch électrique cette fois-ci, et ça a l’air d’être bon. Plus une goutte d’eau ! Un vrai désert ! Niveau allure, on est sous grand-voile haute, grand genak et trinquette. Le bateau file sur l’eau. La mer est relativement calme et c’est assez agréable ! Je viens de me réveiller d’une grosse sieste de 3 heures et Mikaël vient d’aller se coucher. Normalement, dans ce laps de temps, on ne devrait pas avoir de manœuvre. On a regardé le dernier pointage. Axel et Fred vont vite, comme d’habitude. Ça nous oblige à être dessus tout le temps. Le pilote barre et on est aux réglages. Niveau carte postale, pas d’étoiles, que des nuages. On a croisé des baleines en fin d’après-midi, à deux reprises. On a eu le droit à un souffle ou deux, puis elles ont disparu. On a une ETA dans une semaine. J’ai un peu de mal à y croire. Quand on regarde les routages Adrena, il y a des sections à plus de 20 nœuds de moyenne, ce que je n’ai encore jamais fait avec le bateau ! »

162 TREHIN Axel – DENIS Frederic – PROJECT RESCUE OCEAN
Message d’Axel Trehin (Project Rescue Ocean)

« Passage du col : check, même si on trouve que notre décalage sud n’a pas eu l’effet escompté. C’est parti en bâbord amure pour aller chercher le front. Ça fait du bien d’aller vite, même si le confort en prend un coup. On n’aura pas changé de voile, juste de bord et d’ambiance (un poil plus humide). »

Message d’Olivier Delrieu (Vicitan II)

« Pas d’avarie à bord. Nous sommes contents d’être sorti de la zone sans vent. Didier est monté dans le mat pour resserrer la girouette. Mon fils a réussi ses concours. Le moral est donc bon ! »

Message de Valentin Gautier (Banque du Léman)

« On est bord à bord avec Luke Berry et Jean-Baptiste Daramy (Lamotte Module Création). On est à une allure où notre bateau marche super bien, donc on est plutôt en train de leur revenir dessus. Le vent est progressivement monté au fil de la nuit. On a 17-18 nœuds établis et on marche régulièrement à 14-15 nœuds, au reaching, sous gennaker. On sort progressivement de la boucaille. On était un peu dans la « peuf » toute la nuit et j’ai l’impression que la visibilité est en train de s’améliorer. Je pense que ça laisse présager l’arrivée du prochain front froid. Dans la journée, le vent va continuer de prendre des tours jusqu’à atteindre, selon les fichiers, entre 25 et 30 nœuds. On va rester au reaching, mais ensuite ça va se resserrer petit à petit et on va se retrouver au près. Le moral est bon. On s’est plutôt bien reposé ces derniers jours. »

Message de Benoît Hantzperg (Volvo)

« ENFIN du vent comme on aime ! On se croirait au pays des Abers avec de la boucaille et entre 15 et 20 nœuds ! Le bateau est super. Aucun dégât à déplorer. On a vécu une journée horrible, hier. Trois fois le vent est rentré et retombé dans la foulée. On était bien tendus tous les deux. C’est déjà 100 miles derrière maintenant. L’objectif, à présent, c’est de remonter le plus possible. D’ailleurs, nos waypoints s’appellent « remontada ».

Message de Franz Bouvet (Yoda)

« On a rangé les maillots de bain. Le vent est revenu. Le temps est idéal, avec une mer plate et 10 nœuds de vent ce matin. Le moral est bon malgré le retard pris dans des vents de 1 à 3 nœuds. On a des provisions. »

Message d’Emmanuel Le Roch (Edenred)

« Hier, le vent est tombé progressivement pour être quasi nul. On en a profité pour faire un check du bateau encore en rodage. Visserie, usure prématurée… On en a aussi profité pour faire une plus grande toilette, avec un rasage en prime ! Un petit goût de terre! Comme la météo le permettait, nous avons également fait un petit repas gastro : pâtes à l’huile d’olive ! Tout propre qu’on était, on se serait cru au resto ! Dans l’après-midi, le vent est rentré comme prévu, et Edenred a accéléré petit à petit. La flotte est partie par devant, comme d’habitude dans ces conditions. Les écarts se sont creusés, mais le rythme à bord est bon. Nous sommes en forme ! Ça cavale entre 12 et 14 nœuds ! »