« Le double, c’est deux solitaires à 100% chacun »

Transat AG2R 2006 départ Concarneau
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Quelle doit être la qualité première d’un duo ?
Christian Le Pape : "La complémentarité dans tous les compartiments du jeu. Il y a deux solutions : des marins interchangeables ou des marins très typés. Prenons l’exemple du duo gagnant Gautier-Pahun en 1996 : ils étaient complémentaires dans leurs différences. L’un (Pahun) était là pour faire avancer le bateau vite, l’autre pour le faire aller au bon endroit. Il y a aussi des gens qui ont des profils très proches, comme Vincent Riou et Jérémie Beyou. Difficile de ne pas les classer parmi les favoris. Eux, ils ont l’expérience, l’entraînement et le rythme, c’est-à-dire la capacité à ne jamais être dépassé par une situation".
 
Sur quels critères un skipper choisit-il son équipier ?
C.L.P. : "Beaucoup sur l’affectif, l’émotion, jamais sur un choix clinique. Après, c’est aussi une question de disponibilité, voire d’opportunité, mais également de budget. En fonction du budget, on peut choisir de s’offrir tel ou tel équipier. Je pense qu’il y a autant de critères que d’équipage inscrit. N’oublions pas que ce sont des rapports humains et que c’est toujours complexe. Ceci dit, l’important, à mes yeux, c’est que les gens aient une histoire commune".
 
On dit souvent que le double, c’est du solo à deux : partagez-vous cette analyse ?
C.L.P. : "Le double, c’est 100 % + 100 % d’efficacité, sinon ça ne marche pas bien. Dès le commencement du projet, il faut bien définir les attentes, se dire qu’on est là pour gagner et que l’on va se préparer pour atteindre cet objectif-là. Si l’un est déficient, seulement à 80 %, l’autre aura du mal à compenser".
 
Vu le niveau de préparation des ténors de la classe Figaro, ou se fait la différence sur une Transat ?
C.L.P. : "Certainement pas sur le fond de jeu, c’est-à-dire les réglages, les manœuvres, les choix de voilure, etc : ils sont dix équipages à avoir le même fond de jeu. La différence se fait d’abord dans les choix des trajectoires et dans la capacité à tenir un rythme élevé le plus longtemps possible. Lorsqu’on est en tête, il faut être capable de prendre des décisions non pas en fonction des adversaires mas en fonction des conditions météos. Et ils sont moins nombreux à avoir ces capacités-là".
 
Quels sont justement les équipages qui possèdent ces capacités ?
C.L.P. : "Caudrelier-Bérenger, Riou-Beyou, Morvan-Tabarly, Le Cléac’h-Troussel, Jourdain-Nélias ont tout le temps été dans le coup : ça fait trois mois qu’ils s’entraînent, ils sont dans le match. Ils ont le rythme. Ensuite, je dirais qu’il y a plusieurs outsiders comme Grégoire-Veniard, Tripon-Drouglazet, Douguet-Chabagny, Dick-Jourdren et Vitte-Lemonchois. Mais sur une transat, il peut s’en passer des choses…"
 
Propos recueillis par Philippe Eliès