Finistère Atlantique. La réaction de Charles Caudrelier et d’Armel Le Cleac’h

© Arnaud Pilpré

Arrivés avec 26 minutes d’écart après une course qui aura duré 6 jours et plus de 3100 milles parcourus, les skippers Charles Caudrelier et Armel Le Cleac’h se montraient satisfaits de leur course.

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Charles Caudrelier, skipper du Maxi Edmond de Rothschild :
Premières impressions…
« C’est une belle victoire, on a eu un combat épique avec Armel et le team Banque Populaire, c’était vraiment sympa, il nous a bien bousculé. On ne s’est pas beaucoup quitté pendant la course. On est bien parti, on avait une petite marge et il est vite revenu. Après c’était la guerre pendant une semaine, mais c’était passionnant. On a vraiment poussé le bateau assez fort. On a atteint des vitesses importantes, pas tellement en pointe, mais plus sur des angles nouveaux, notamment la montée au près, bord à bord avec l’Ultim Banque Populaire qui va vite avec un équipage qui s’en sert très bien. Il nous a poussé à trouver de nouveaux réglages. On est dans une position favorable, mais Armel est assez agressif, il ne lâche rien. Ils ont tenté un dernier coup en se décalant en acceptant de prendre du retard, mais en espérant un meilleur vent. Il n’a pas été très loin de réussir. L’arrivée a été indécise aussi parce qu’il devait y avoir moins de vent. Heureusement, on connaît très bien la zone, on savait l’aborder et on ne s’est pas trompé en ne lui laissant pas d’opportunités. »

Les secrets de la victoire
« La victoire s’est beaucoup jouée sur la vitesse et la capacité à faire marcher le bateau dans des conditions variables, de la mer et sous toutes les allures. On fait des bons coups, et des erreurs, mais Erwan (Israël) et Franck (Cammas) ont bien bossé sur la nav’. C’est un beau travail d’équipe. Le bateau a encore bien progressé, il était en parfaites conditions. Et heureusement, puisque les bateaux neufs arrivent à maturité. Conçus quatre ans après le notre, ils ont un potentiel énorme. On s’attendait à ça, mais Banque Populaire a été très impressionnant, puisque finalement ce n’est pas un bateau qu’ils connaissent encore très bien. Ils sont déjà très rapides, cela promet de belles bagarres à venir. »

La course
« Le parcours était parfait et on a profité d’une météo idéale puisqu’on a eu toutes les allures. J’espère qu’il y aura d’autres éditions de cette course. On s’est régalés. Une semaine, c’est le format qu’on adore avec des contournements d’îles et des passages à travers des endroits dans lesquels on aime bien naviguer. C’est pour moi, presque le plus beau terrain de jeu au monde. On rencontre plein de systèmes différents, où il se passe toujours plein de choses. »

Les performances
« On a vécu des beaux moments de mer quand on arrivait à trouver les bons réglages pour aller plus vite que Banque Populaire. Là, c’est toujours assez magique. Notamment la remontée face au vent, à 27-30 nœuds. Il y a cinq ans, personne n’aurait imaginé qu’on puisse aller aussi vite au large. J’ai eu la chance de connaître les premiers grands multicoques, et on trouvait déjà fabuleux d’aller à 21 nœuds au près. Et là, si on n’atteint pas les 28 nœuds, on est frustré. Nos repères ont complètement changé. Dès qu’on ouvrait les écoutes, on faisait des bords à 40 nœuds, et ça non plus, on ne pouvait pas l’envisager il y a quelques années. »

Franck Cammas, équipier à bord du Maxi :

« C’est l’une des plus grandes courses en équipage qu’on a eu l’occasion de disputer. Et passer une semaine à tirer ensemble sur le bateau avec un concurrent souvent à vue, c’était presque une première. Cela nous a permis de découvrir d’autres choses sur le bateau, parce qu’on a été obligé de plus le pousser que d’habitude. On a régaté comme si on était en Figaro, à jouer des petits coups tactiques, à multiplier les virements. Faire une régate aussi serrée à ces vitesses, c’est vraiment bien ! Le passage à Lanzarote, bord à bord à 45 nœuds en pleine nuit, avec l’ombre d’un rocher à notre vent, c’était chaud ! Il fallait être sur le pont. Les vitesses, c’est toujours assez stressant au début, mais on s’y habitue, même si à la fin, on devient de plus en plus sourd ! À l’arrivée, on se sentait vraiment bien à bord du bateau, à l’aise pour faire ce qu’on avait envie, sans stress. C’est l’avantage de ces courses qui nous permettent de voler des jours et des jours sous toutes les allures. »

L’équipage :
Charles Caudrelier, skipper, Morgan Lagravière, David Boileau, Franck Cammas, Erwan Israël, Yann Riou
Temps de course : 6 j 05 h 28 min 38 sec
Il a parcouru les 3 163 milles du parcours théorique à la vitesse moyenne de 21.09.
Distance réellement parcourue sur l’eau : 4 132.48 milles à 27.65 nœuds de moyenne.


Un bilan positif pour Armel Le Cleac’h sur Banque Populaire

« On est super contents de ce beau parcours du Finistère Atlantique – Challenge ACTION ENFANCE. On a trouvé ce qu’on était venu chercher. Cette confrontation avec Gitana (Maxi Edmond de Rothschild) a été géniale. Pendant toute la course, on s’est tiré la bourre, jusqu’à l’arrivée. On y croyait dur comme fer ! Ils ont été meilleurs que nous. Il y a un peu de déception parce qu’on était venu pour gagner, mais on est super heureux parce qu’on a vu qu’on avait bien progressé, on a un beau potentiel sur la vitesse. Le bateau est fabuleux. Le bilan est hyper positif, l’équipage était top. En équipage on mène le bateau à 100% et l’équipage a joué le jeu à fond. On est ravis et puis cette arrivée ici à Concarneau sous le soleil, avec plein de monde, c’est génial. À bord, c’est un travail d’équipe et on y a tous cru jusqu’au bout. La dernière journée on était tous sur le pont, à essayer de grappiller le moindre mètre. On est revenu mais pas suffisamment. L’équipage a fonctionné à merveille. On savait qu’on avait bien progressé cet hiver quand on a fait notre aller-retour en Guadeloupe, en préparation de la saison. Le team a œuvré pour faire progresser ce bateau. C’est un bateau tout récent, il a à peine un an et demi. Le Maxi Edmond de Rothschild, c’est une machine qui est rodé et que son équipage connaît par cœur. Nous, c’était la première fois qu’on faisait une course ensemble. On sait qu’on a encore une grosse marge de progression. C’est super positif pour la suite. On a eu des journées de glisse et de vol incroyables. On a l’impression d’être parti hier ! Ça a été intense tout le temps, on n’a pas eu de pause. Le passage de Lanzarote était épique. C’était de nuit, à 40 nœuds… Le Maxi Edmond de Rothschild était quelques secondes derrière nous ! Chaque fois qu’il y avait de belles vitesses tout le monde avait le sourire, ce n’était pas stressant. Il fallait être concentré mais c’était fun. Quand on a navigué sur ces bateaux-là, on a du mal à naviguer sur d’autres bateaux ! On est super fiers. Je voudrais remercier tout le team. Chaque détail compte, c’est important. Ça se joue dans les détails ! La preuve, les écarts sont très faibles à l’arrivée d’une course de 6 jours. Et on sait que ce sera de plus en plus comme ça dans le futur. On a maintenant les yeux rivés sur la Route du Rhum qui est le grand objectif de l’année.»

Equipage :
Armel Le Cléac’h, skipper Sébastien Josse, Thierry Chabagny, Pierre-Emmanuel Hérissé, Ronan Lucas, Quentin Ponroy
Temps de course : 6 j 05 h 54 min 40 sec
Écart au premier :  26 min 02 sec
Il a parcouru les 3 163 milles du parcours théorique à la vitesse moyenne de 21.02 nœuds. Distance réellement parcourue sur l’eau : 4 156.38 milles à 27.73 nœuds de moyenne