Safran prend les commandes

Marc Guillemot - Safran
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Malgré les bobos, les petits soucis techniques inévitables quand on affronte depuis plusieurs jours du gros temps, les concurrents sentent bien qu’une première phase est en train de se terminer. Pas de certitude absolue, mais certains se plaisent à croire qu’ils ont peut-être pris un coup d’avance sur quelques uns de leurs plus sérieux adversaires. Evidemment, bien des regards convergent vers l’équipage de Foncia : Michel Desjoyeaux et Jérémie Beyou qui ont été les premiers des IMOCA à prendre la route du sud ont entrainé dans leur sillage avec un léger décalage quelques ténors parmi lesquels Vincent Riou et Arnaud Boissières (Akena Vérandas) ou bien encore Sydney Gavignet et Sam Davies (Artemis Ocean Racing). Et ils accusent aujourd’hui plus de deux cents milles de retard sur Safran, le nouveau leader.

Les doutes s’installent
Et dans le petit groupe des méridionaux, le doute s’insinue. Le choix de cette route se justifiait par la volonté de préserver le matériel et les hommes plutôt que de venir tenter le diable… Une attitude qui tient autant à la recherche de performance qu’à cette volonté d’amener de l’autre côté de l’océan un voilier en bon état. Mais au final, les conditions près du centre de la dépression semblent avoir été moins rudes que prévues. Les jugements sont cependant faciles quand on observe de terre les routes de ces navigateurs, en oubliant la réalité de la vie quotidienne à bord. Car si peu se plaignent, nombre de marins finissent par dévoiler les tracas qui les assaillent. Avarie de têtière de grand-voile pour Artemis et chute dans le bateau pour Sam Davies qui se devait de reprendre quelques forces, perte de la girouette pour Aviva, moteur noyé pour 1876, la traversée de l’Atlantique n’a rien d’une partie de plaisir.

Pour autant, les hommes du centre aimeraient bien voir se décanter la situation plus rapidement. François Gabart (Groupe Bel), tout en étant satisfait de la position médiane de l’équipage qu’il forme avec Kito de Pavant remarquait, néanmoins, que les hommes du sud n’avaient pas été freinés autant qu’il l’avait espéré. Quand la fatigue physique commence à se faire sentir, on aimerait pouvoir glaner quelques certitudes supplémentaires quant à ses choix de route. Le jeu reste toujours ouvert si l’on considère que depuis le début de la course, on a déjà assisté à quatre changements de leader en autant de jours, ce qui témoigne bien de l’âpreté de la bataille.

Multi50 : tous derrière et lui devant
Chez les Multi50, la bataille pour la première place risque de tourner court tant la domination de Crêpes Whaou ! est évidente. Lalou Roucayrol (Région Aquitaine Port-Médoc) qui, hier encore, tenait la dragée haute à Franck-Yves Escoffier et Erwan Le Roux, a dû en rabattre après plusieurs heures passées à la cape. Un fort coup de vent avec rafales et un petit état de forme de son équipier Amaiur Alfarao ont incité l’équipage aquitain à choisir la voie de la sagesse. Prince de Bretagne est arrivé à Vigo où Christophe Dietsch et Hervé Cléris ont effectué une réparation express ; les deux navigateurs attendent maintenant la bonne fenêtre météo pour repartir. FenetreA Cardinal, quant à lui, a décidé d’arrêter sa course à Lorient. Alain Maignan et Nicole Harel ont été confrontés au même dilemme qu’Armel Le Cléac’h et Nicolas Troussel (Brit Air) hier au soir… En prenant cette décision de bon sens, ces quatre navigateurs prouvent qu’au delà de l’esprit de compétition, le sens marin domine toujours.

Ils ont dit :
François Gabart Groupe Bel, 5ème au classement IMOCA
«Ça se passe plutôt bien : les conditions météo ne sont pas faciles car il y a beaucoup de vent. Mais la vache a le sourire et nous l’avons aussi… Pour ce qui concerne les décisions à bord nous avons l’opportunité de prendre notre temps. Nous discutons donc beaucoup : nous sommes sur un bateau et nous pouvons en effet nous permettre de prendre des décisions sans contrainte de temps. Kito connaît le bateau beaucoup mieux que moi et il est instinctif ; moi j’ai plutôt un esprit analytique. On est complémentaires et ça se passe bien entre nous. »
Erwan Le Roux, Crêpes Whaou !, 1er au classement Multi50
« Aujourd’hui les conditions ne sont plus aussi difficiles que les autres jours : je dirais que c’est même agréable. Le matériel est à sécher, on a sorti les panneaux solaires et on a même réussi à vérifier le matériel. On a passé en revue aussi les bonhommes ! On a failli chavirer juste à côté de l’endroit où Yves Le Blevec et Jean le Cam ont eu leur accident. C’est vraiment dommage pour eux mais ce qui est important c’est qu’ils soient sains et saufs. »
Yves Parlier, 1876, 8ème au classement IMOCA
« On bricole dans le moteur parce qu’on a fait de la mayonnaise dans le moteur… Mais demain ça va repartir de plus belle ! Au départ on voulait partir au sud, mais ensuite on a décidé de prendre l’option nord et je pense qu’on a bien choisi. Je n’ai pas encore vraiment pris le temps de consulter les fichiers météo parce que je suis concentré sur les problèmes rencontrés avec le moteur mais je pense que le vent ne devrait pas changer d’orientation, comme prévu. On espère passer juste au-dessous de l’anticyclone et se faire conduire par les alizés au plus vite.»

Classement à 17 heures :
IMOCA 60
1 Safran (M Guillemot – C Caudrelier) à 3656 milles de l’arrivée
2 BT (S Josse – JF Cuzon) à 4,3 milles du premier
3 Mike Golding Yacht Racing (M Golding – J Sanso) à 24,4 milles du premier
4 Veolia Environnement (R Jourdain – JL Nélias) à 40,5 milles du premier
5 Groupe Bel (K de Pavant – F Gabart) à 40,8 milles du premier

Multi 50 :
1 Crêpes Whaou ! (FY Escoffier – E Le Roux) à 4114,7 milles de l’arrivée
2 Région Aquitaine Port-Médoc (Lalou Roucayrol – Amaiur Alfaro) à 144,1 milles du premier
3 Guyader pour Urgence Climatique (V Erussard – Loïc Féquet) à 217 milles du premier