Vendée Globe. Charlie Dalin repasse deuxième, Destremau répare

Photo envoyée depuis le bateau TSE - 4MYPLANET pendant le Vendee Globe, course autour du monde à la voile, le 17 Décembre 2020. (Photo prise par le skipper Alexia Barrier)

Charlie Dallin est repassé deuxième ce matin derrière Yannick Bestaven après une option météo prise par Thomas Ruyant qui s’est avérée mauvaise. A l’arrière de la flotte Destremau a pu faire ses réparations sur sa barre de direction.

Il y avait une option météo à prendre hier qui était assez audacieuse et pouvait rapporter gros. L’idée était de partir plus au nord passer une zone avec moins de vent pout tenter d’accrocher un front derrière. C’est celle qu’a choisi de prendre Thomas Ruyant alors que Charlie Dalin poursuivait plus sud. Au classement ce matin, LinkedOut accuse 176 mn de retard sur Maitre CoQ et refait finalement cap au sud.

Une option qu’avait regardé également Charlie mais qu’il n’a pas voulu tenter : « Il y avait une très bonne option à prendre. Je pense que Thomas avait prévu de faire ça avant son envahissement de soute à voile. Il y avait un très bon coup à jouer mais le timing était serré et son problème l’a mis hors timing je pense. Il fallait ne pas traîner parce que la porte se refermait vite. Je comprends parfaitement pourquoi il est là. C’est une option qui demandait un investissement fort au début, qui demandait de perdre du terrain en naviguant dans du vent faible, pour en gagner après. Ce n’est pas totalement mort pour lui. Il fallait accepter de naviguer dans du vent faible pour après faire du gain. Ce n’est pas encore dit que ça ne marche pas, mais je pense qu’il y a des chances qu’il soit hors timing à cause de son envahissement Pour moi, c’était potentiellement gérable, mais les pourcentages des polaires que je devais tenir pour passer demandaient d’y aller vraiment à fond et je me suis résigné en me disant que ce n’était pas réaliste. Si son option marche, c’est un gain énorme, si elle ne marche pas c’est aussi une perte énorme. C’est une option osée, si j’avais été sa place sur le plan d‘eau avant son avarie, je pense que j’aurais fait la même chose. Cette option porte ses fruits à long terme. Il faut attendre un petit peu pour voir le résultat. »

Pointé hier soir à plus de 16 nœuds, Yannick Bestaven (Maître CoQ IV), leader depuis 48h maintenant, n’avance plus qu’à 6 nœuds dans une bulle de vent léger dans le Sud de l’île Macquarie, 100 milles devant Charlie Dalin. Les conditions certes moins rapides ont le mérite de réchauffer les cœurs et les corps des marins : le soleil brille, il fait 12 degrés, la mer est relativement plate.

Charlie Dalin

« C’est une belle journée qui commence ! » souriait ce matin Charlie Dalin. Derrière, on se pourlèche les babines car l’écart se réduit avec la tête de flotte. Jean Le Cam (Yes We Cam!), 4e, a repris 80 milles depuis le pointage d’hier soir à 22h ! Giancarlo Pedote (Prysmian Group), 10e, avance trois fois plus vite que Yannick Bestaven : 19 nœuds de moyenne sur 24h, l’Italien se sent pousser des ailes et devrait à ce train-là doubler Isabelle Joschke (MACSF). A l’entrée du Pacifique Sud, qui aurait imaginer une telle intensité sur la régate planétaire ?

Sébastien Destremau  : « J’étais comme sur une piste en voiture sans système de direction« 

Le skipper de merci, qui voyait avant-hier son bateau en perdition, est parvenu à réparer avec « des bouts de ficelles » son système de barre et avance toujours à vitesse réduite pour se reposer. « Je n’en pouvais plus, j’ai passé des heures à inventer quelque chose qui tienne la route. J’ai également démonté une carte électronique de mon pilote de secours.  Bref, les barres sont consolidées mais j’y vais doucement. » expliquait Sébastien Destremau ce matin qui n’avance plus qu’à 5 nœuds dans le Nord des îles Crozet.

Sébastien Destremau

Conditions de navigation agréables, soleil, mer rangée, photo de son petit garçon dans le calendrier de l’Avent, bon positionnement sur le plan d’eau… Charlie Dalin est ravi ! Il nous a tout dit à la vacation de 5 heures.

 » J’ai fait un empannage, c’est long comme manœuvre ! Je n’étais pas configuré sur ce bord-là, donc j’avais des trucs à installer à droite à gauche, les prochains seront plus rapides ! C’est une magnifique journée par 55° Sud. Il fait super beau par rapport au 3 degrés d’hier. Un temps de printemps, avec du soleil, une température fraîche mais le soleil réchauffe. Il fait 12 degrés grâce à l’effet de serre de mon cockpit. J’ai un petit calendrier de l’Avent avec des bonbons, des photos et ce matin, c’était une photo de mon fils alors je me suis dit que ça allait être une bonne journée, et pour l’instant c’est le cas.

J’ai une quinzaine de nœuds de vent, j’avance à 15 nœuds et la mer s’est bien assagie. Si ça pouvait rester comme ça le reste du Pacifique, ça serait parfait. Quelques heures après avoir franchi la frontière entre le Pacifique et l’Indien, tout s’est assagi. C’est étonnant ! Comme s’il y avait une vraie barrière… J’ai une mer vraiment plus facile à gérer. On va passer sous l’île Macquarie et ça fait du bien un peu de lumière et du soleil !

La bonne nouvelle des fichiers du matin, c’est que je suis dans du vent, Thomas (Ruyant) et Yannick (Bestaven) en ont moins. En théorie, je suis en train de faire du gain tout doucement. Le vent ne devrait pas descendre sous les 12-13 nœuds, je ne devrais jamais m’arrêter. Sur le papier, ça a plutôt l’air d’être en ma faveur.

Le vent est au Sud, je fais un mixte entre bascule de vent et force de vent. Et a un moment donné, il y a des chances qu’on s’éloigne de la ZEA (Zone d’Exclusion Antarctique). J’ai l’impression qu’une bonne partie du Pacifique Sud se joue à longer cette barrière virtuelle. Pour l’instant, rien à signaler à l’horizon, pas de tempêtes, c’est plutôt bon signe mais je ne me fais pas d’illusion : on en va avoir du vent à un moment donné ! Là, je vais refaire un point sur la navigation, manger un morceau, peut-être faire une sieste, c’est l’heure : il est 14h ! Je vais avoir encore un empannage à faire rapidement. «