Vendée Globe. Arrivée de Sam Davies aux Sables

#EN# LES SABLES D’OLONNE, FRANCE - FEBRUARY 26: Skipper Sam Davies (GBR), Initiatives Coeur, is pictured with her team during arrival after retiring from the Vendee Globe sailing race, on February 26, 2021. (Photo by Vincent Curutchet/Alea) #FR# LES SABLES D’OLONNE, FRANCE - 26 FEVRIER: La skipper Sam Davies, Initiatives Coeur, est photographiée avec son équipe pendant son arrivée après avoir du abandonner la course du Vendee Globe, le 26 Février 2021. (Photo Vincent Curutchet/Alea)

La navigatrice britannique est arrivée ce vendredi 26 février après-midi aux Sables d’Olonne après un tour du monde en solitaire qu’elle avait à cœur de boucler, même hors course. Après avoir été contrainte à l’abandon le 5 décembre au large de Cape Town suite à un choc avec un OFNI ayant entraîné des dommages structurels autour de la quille de son bateau.

Elle avait le potentiel pour terminer sur le podium. À 46 ans et forte de son immense expérience au large, Sam était en grande forme et caracolait à 20 nœuds de moyenne dans le peloton des chasseurs, cette nuit du 2 au 3 décembre, lorsque son bateau percute un OFNI. Son IMOCA s’arrête net, l’impact est important. Elle est projetée à l’intérieur de son bateau et se blesse aux côtes.

La déception est immense, à la hauteur de son engagement dans cette campagne de 4 ans, pour son 3e Vendée Globe. Pourtant, lorsqu’elle arrive sous le soleil, dans la baie de Cape Town, sa décision est prise : si les réparations sont réalisables, elle repartira en mer.

« Dans ma tête, la course était finie. Il fallait que j’arrête, que j’abandonne. Je me voyais déjà rentrer à la maison, mettre une robe et aller chercher Ruben à l’école, me remettre à la cuisine » raconte-t-elle à des journalistes sud-africains. « J’ai passé 24h à me répéter que j’allais m’arrêter, et puis j’ai changé d’avis. »

Nouveau départ hors-course

« C’est évident. Terminer la course, c’est donner tout son sens au projet Initiatives-Cœur. C’est un projet Solidaire, il m’a apporté la force et l’énergie de continuer ». Pour réparer son bateau, son équipe technique va travailler jour et nuit, épaulée par une bande de marins locaux. Le 14 décembre, Sam reprend la mer pour ce qui va peut-être devenir un de ses plus gros challenges personnels en 20 ans de carrière.

« C’est une nouvelle aventure. Je ne suis pas habituée à naviguer en solo comme ça. Je suis super contente de repartir. Je vois où sont les autres concurrents mais je ne vais pas me mettre la pression pour rattraper qui que ce soit. »

Dès lors, elle va naviguer prudemment et profiter de ce nouveau challenge, conservant sa motivation, même dans les moments difficiles. Lorsqu’elle reprend la mer dans l’océan Indien, elle est 800 milles derrière Sébastien Destremau et Ari Huusela. Elle retrouve Ari et Alexia dans le Pacifique et passe le cap Horn le 25 janvier. Au large des côtes brésiliennes, elle retrouve sa concurrente et amie Isabelle Joschke qui reprend elle aussi son périple hors course. Solidaire, le duo va s’accompagner et rester en contact pendant toute la remontée de l’Atlantique. Une manière aussi d’assurer mutuellement leur sécurité. Car Sam n’est pas au bout de ses peines. Le 11 février, dans les alizés de l’Atlantique Nord, l’étai de J2 d’Initiatives-Cœur casse. La navigatrice britannique sauve de justesse son gréement et progressera dès lors à vitesse réduite.

En bouclant la boucle comme Isabelle Joschke mercredi, Sam Davies a remporté une victoire personnelle. Elle termine ainsi son 3e tour du monde, une manière de chasser les fantômes de cette édition qui ne l’auront pas épargnée. Elle qui adore être sur l’eau, aura su profiter de cette expérience. « Je me suis toujours promise que si je me réveillais un matin en me disant que je n’avais pas envie d’aller naviguer, en me plaignant ou en me disant que je fais ça pour gagner de l’argent, alors, j’arrêterais et je ferais autre chose. J’aime tellement naviguer. Je veux que cela reste toujours un plaisir » déclarait-elle avant le départ de cette 9e édition.

#EN# LES SABLES D’OLONNE, FRANCE – FEBRUARY 26: Skipper Sam Davies (GBR), Initiatives Coeur, is pictured celebrating in the channel during arrival after retiring from the Vendee Globe sailing race, on February 26, 2021. (Photo by Jean-Louis Carli/Alea) #FR# LES SABLES D’OLONNE, FRANCE – 26 FEVRIER: La skipper Sam Davies, Initiatives Coeur, est photographiée célébrant dans le chenal pendant son arrivée après avoir du abandonner la course du Vendee Globe, le 26 Février 2021. (Photo Jean-Louis Carli/Alea)

Rétrospective du projet

Avec le projet Initiatives-Cœur, à bord de l’ancien Maître CoQ de Jérémie Beyou (et ex Banque Populaire VII d’Armel Le Cléac’h), un plan VPLP-Verdier de 2010 initialement conçu pour Michel Desjoyeaux, Sam Davies a réalisé une campagne exceptionnelle. Quatrième de la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne 2020, 7e de la Transat Jacques Vabre 2019, 4e de la Bermudes 1000 Race et vainqueur de la Drheam Cup… elle prend donc le départ de ce 9e Vendée Globe avec l’étiquette de dangereuse outsider : Sam est l’une des meilleures navigatrices du moment. Depuis sa première Mini Transat il y a 20 ans, elle a engrangé une expérience considérable en course à travers les océans : 25 transatlantiques, une 4e place dans le Vendée Globe 2008-9, 6e de la Volvo Ocean Race en tant que skipper de l’équipage féminin SCA…

Et Sam, c’est aussi une tête bien faite, diplômée en ingénierie mécanique du St Johns Collège de Cambridge, une formation qui lui permet de s’investir pleinement dans les décisions techniques et l’optimisation de son bateau, qu’il s’agisse du pilote automatique sur lequel elle a beaucoup travaillé, des foils ou des configurations de voiles.

La course de Sam

Dès le début de cette 9e édition, elle prend un départ solide, non loin des leaders Apivia, HUGO BOSS et PRB. Elle est 8e aux Açores alors qu’elle arrondit sa route pour éviter le gros de la dépression tropicale Thêta. À l’Équateur, elle est toujours dans le top 10, aux côtés de Boris Herrmann.

Le 25 novembre, forcée de faire un détour pour contourner l’anticyclone de Sainte Hélène, elle perd des milles sur le groupe de tête. Mais avec Louis Burton, elle est la première à empanner pour attraper le train des dépressions des Quarantièmes : Sam revient dans le match.

La nuit du 2 décembre, alors qu’elle est 11e et qu’elle évolue à 20 nœuds de moyenne, 350 milles dans le sud de la pointe de l’Afrique du Sud, son bateau s’arrête brutalement. « J’étais en train de me préparer un repas chaud après avoir empanné et tout matossé. La nuit commençait à tomber quand j’ai heurté quelque chose… je n’ai rien vu du tout. »

« C’était comme si j’avais talonné. Le bateau est passé de 20 nœuds à zéro. Je savais que c’était la quille. J’ai entendu un crack, ça a enfourné avec l’impact. Tout a volé dans le bateau, y compris mon dîner qui a repeint tout l’intérieur. C’était très violent. Je me suis blessée aux côtes. Ce n’est pas très grave mais c’est très douloureux. »

« Terminer, c’était très important pour moi. Je m’étais préparée à l’idée d’un éventuel abandon. J’avais envisagé aussi de terminer hors-course ce qui m’a beaucoup aidé psychologiquement. 

La première partie était vraiment géniale, j’ai adoré la bagarre dans les dix premiers. Je pense que j’ai bien navigué. Ensuite, c’était vraiment de la malchance. J’ai eu la frayeur de ma vie, j’ai cru que mon bateau allait couler tellement le choc était violent. Je me suis cassée les côtes. Après il fallait trouver le courage de repartir, c’était difficile d’être toute seule à l’arrière, j’ai l’habitude de me bagarrer avec les bateaux de devant. 

À l’heure actuelle, on a sauvé 102 enfants sur ce tour du monde grâce aux mécènes et au public. Je suis hyper fière car c’est beaucoup plus que l’objectif que je m’étais fixé. 

Je suis hyper contente d’être ici aux Sables d’Olonne ! »

#EN# LES SABLES D’OLONNE, FRANCE – FEBRUARY 26: Skipper Sam Davies (GBR), Initiatives Coeur, is pictured celebrating with flares in the channel during arrival after retiring from the Vendee Globe sailing race, on February 26, 2021. (Photo by Jean-Louis Carli/Alea) #FR# LES SABLES D’OLONNE, FRANCE – 26 FEVRIER: La skipper Sam Davies, Initiatives Coeur, est photographiée célébrant avec des feux à main dans le chenal pendant son arrivée après avoir du abandonner la course du Vendee Globe, le 26 Février 2021. (Photo Jean-Louis Carli/Alea)

« C’est incroyable l’accueil que j’ai reçu. Je remercie tout le monde, je n’avais jamais imaginé avoir autant de monde à mon arrivée hors course. Je suis partie pour faire une course, une performance, et au sud de Bonne Espérance ça a basculé en aventure. Et c’était un défi encore plus dur que celui que j’avais imaginé. Avec l’équipe et les partenaires, nous savions qu’il y avait deux objectifs, un objectif sportif et aussi l’objectif de sauver des enfants en partageant l’aventure. On avait évoqué l’hypothèse d’un abandon. J’avais dit que je voulais à tout prix finir, comme Isabelle Autissier et comme d’autres marins qui ont fini hors course. On avait même un mât de rechange prêt à être envoyé en Australie s’il le fallait. Heureusement qu’on avait réfléchi à tout ça avant car psychologiquement, ça a facilité les choses, même pour Romain (Attanasio, son conjoint) et pour Ruben (ndlr, son fils). Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Nos bateaux restent exigeants, j’étais derrière tout le monde, moi qui suis habituée à être à la bagarre… Là j’étais seule, je n’avais plus de vacation. Je n’avais plus la pression et l’adrénaline de la course, c’est plus dur de se lever à 3h du matin pour aller changer de voile. Même pour l’équipe c’était différent, c’était difficile. J’ai mis du temps à comprendre ce qu’était ce voyage, mais après je me suis bien amusée ! »

A propos de sa motivation pour terminer…

« Grâce à Mécénat Chirurgie Cardiaque, je suis repartie. On pouvait se dire que ce n’était pas très sage de repartir avec le bateau réparé “à la va-vite”, même si l’équipe a fait un super travail. Je me disais que Jacques (ndlr, Jacques Caraës, directeur de course) allait peut-être dire que j’étais trop loin de tout le monde et que ce n’était pas très sage voire même stupide. Mais avec Mécénat Chirurgie Cardiaque, j’avais une vraie raison de repartir, c’était ma motivation. J’avais l’impression que j’avais encore plus de soutien en étant hors course ! On a sans doute levé plus d’argent que si j’avais fait la régate ».  

A propos de la première partie en course…

« C’était génial ce premier tiers de parcours, mais c’est un grand regret, parce que j’adore la régate, j’adore mon bateau. J’étais fière d’être là où j’étais dans la course. C’était très intense : ces bateaux sont violents quand ils sont à 100%. Mais dès le début, j’étais dans le match, je me suis amusée. Tout se passait comme je voulais. C’est aussi pour ça que j’ai pu basculer à Cape Town, parce que je n’avais aucun regret. Quand la collision est survenue, j’étais placée là où je voulais. Je suis triste de ne pas avoir continué. J’avais les côtes cassées, je ne pouvais plus bien manoeuvrer. La job list est grosse, je suis désolée les gars (elle rigole) ! J’ai hâte que tout soit réparé pour retourner à la régate, j’espère être performante sur la Transat Jacques Vabre cette année ! 

Ce qu’elle a appris de son 3e Vendée Globe

« Chaque tour du monde est différent. Tu ne peux jamais savoir ce qui va t’arriver. Sur mes Vendée Globe, j’ai vécu trois expériences totalement différentes, toutes incroyables. Je pense que c’est sur cette édition que j’ai traversé le plus d’émotions. Mon bateau est incroyable, jusqu’à la collision, je faisais une super course, dans le paquet de devant. Mon équipe a fait un travail de dingue, ce n’est pas un bateau neuf, xmais il est toujours compétitif. Après la collision, ça a basculé en aventure, en défi humain. L’escale à Cape Town a aussi été une incroyable aventure, c’était une super expérience avec l’équipe. Ce n’était pas rien de reconstruire, de réparer la quille en si peu de temps, dans un endroit que l’on ne connaît pas. Cette expérience à terre était très intense ».

Un cargo retourné sur son chemin

Ces derniers jours n’étaient pas faciles, j’avais eu des problèmes de gréement, mon étai de J2 avait cassé puis ça a été au tour du J3. Heureusement j’avais mis un lashing de sécurité qui a fait que le mât n’est pas tombé. Avant-hier, je pensais être presque arrivée, et j’ai dû encore bricoler pour sécuriser le mât dans des conditions pas faciles, avec beaucoup de houle. Dès que j’ai réparé le câble, j’ai relancé le bateau et là Jaco (ndlr, Jacques Caraës, directeur de course) m’a envoyé la position d’un cargo retourné qui était pile sur ma route. Il devait y avoir des débris autour. J’ai dû faire un énorme détour pour éviter tout ça.
J’ai déjà heurté trois OFNI pendant la course, un premier au cap de Bonne Espérance, un autre au cap Horn et un troisième aux Malouines. Je ne voulais vraiment pas taper encore quelque chose ! Je remercie la direction de course de m’avoir prévenue.

D’ailleurs, je tiens à les remercier pour tout. Quand je voulais repartir de Cape Town, une des premières personnes que j’ai appelée c’est Jacques. Il m’a tout de suite dit qu’il me soutenait et qu’ils allaient – avec son équipe – veiller sur moi comme si j’étais en course. Un grand merci à eux ! »

À propos du coeur tracé hier soir sur la cartographie

« Je savais que j’avais du temps à passer en attente devant les Sables d’Olonne, je voulais rester proche de la terre parce qu’il y avait de la mer au large et je voulais faire un clin d’œil au projet. C’est un peu la conclusion de tout ça ! Je voulais montrer à quel point il est important de réparer les cœurs de ces enfants. J’ai fait le cœur le plus grand possible dans le temps imparti. Je me suis amusée, Tanguy l’avait fait aussi en 2017. C’est lui qui est à l’origine de ce projet, j’essaye de continuer dans cette voie ».