Vendée Globe. Alexia Barrier se classe 24e du Vendée Globe !

#EN# LES SABLES D’OLONNE, FRANCE - FEBRUARY 28: Skipper Alexia Barrier (FRA), TSE - 4myPlanet, is pictured celebrating with flares in the channel during arrival of the Vendee Globe sailing race, on February 28, 2021. (Photo by Yvan Zedda/Alea) #FR# LES SABLES D’OLONNE, FRANCE - 28 FEVRIER: La skipper Alexia Barrier, TSE - 4myPlanet, est photographiée célébrant aux feux à main dans le chenal pendant son arrivée dans la course du Vendee Globe, le 28 Février 2021. (Photo Yvan Zedda/Alea)

Alexia Barrier a franchi la ligne d’arrivée des Sables d’Olonne ce dimanche 28 février à 07 heures 23 minutes et 44 secondes (heure française), après 111 jours, 17 heures, 03 minutes de course autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. La skipper de TSE-4myplanet termine son premier Vendée Globe à la 24e place, sur le plus vieux bateau de flotte, en ayant fait preuve d’une grande ténacité. La combattivité de la méditerranéenne n’a eu d’égal que son enthousiasme de tous les instants.

Conçu par Marc Lombard pour le Vendée Globe 2000 de Catherine Chabaud c’est sur « le Pingouin » – qui a déjà parcouru six fois le tour du monde – qu’Alexia Barrier s’élance sur son premier Vendée Globe. TSE, acteur français de l’énergie solaire s’engage à ses côtés en septembre. S’annonce alors une course contre la montre pour préparer l’IMOCA nommé TSE – 4myplanet et s’aligner sur le départ de cette 9e édition. Au-delà du défi que représente cette course mythique, la navigatrice s’engage pour soutenir la recherche scientifique et sensibiliser le grand public à l’importance qu’occupent les sciences océaniques dans la protection des mers et l’utilisation durable des ressources marines.

Dans le cadre d’un partenariat signé entre la Classe IMOCA et la Commission Océanographique Intergouvernementale (COI) de l’UNESCO, Alexia embarque à son bord un thermosalinographe, un mini laboratoire qui lui permet de récolter des données de température, salinité et CO2 tout au long du parcours. Elle déploie également une bouée Météo France et un flotteur ARGO.

Avec une détermination sans faille, la navigatrice prend rapidement le rythme de la course. Peu importe les conditions toniques du début du parcours, Alexia garde la pêche ! Bien qu’il faille « charbonner pour gagner un nœud » elle semble très vite en parfait accord avec son vieux bateau : « il me demande beaucoup de réglages, mais j’ai mes sensations, et je l’adore mon Pingouin ! Au lendemain de son passage de l’Équateur, le 26 novembre, Alexia fête ses 41 ans « Il n’y a pas plus bel anniversaire qu’un anniversaire passé en mer ».

Les mers du Sud, une première

Avant son départ, la navigatrice déclarait, à propos du grand Sud « Je ne m’en fais pas un monde, j’attends d’être sur place pour vivre le moment présent. On ne peut prévoir ce qui nous attend ». Et à l’approche des quarantièmes, on sent une légère appréhension « Je suis contente qu’il y ait du monde à côté, ça me réconforte. On est concurrent, mais on prend soin les uns des autres. J’espère qu’on va rester groupés ». C’est aussi cet esprit qui anime sa course. Mi-décembre, alors qu’Alexia navigue au Sud de l’Australie, elle déclare « J’ai le smile, je commence à m’habituer aux conditions ».

Mais pour Noël, Alexia reçoit un cadeau dont elle se serait bien passée : sa poulie de bastaque tribord explose : « Le mât est parti vers l’avant et j’ai cru que c’était fini. J’ai tout de suite roulé mon J2 et j’ai empanné : j’ai eu super peur ! » Pour vérifier les éventuels dommages, la navigatrice fait preuve d’ingéniosité et bricole un système pour faire grimper sa Go Pro au mât. Quelques jours plus tard, elle relativise avec ironie « Je suis heureuse d’être là, tout se passe relativement bien et il y a des choses bien plus graves dans la vie que de casser une poulie ». La skipper de TSE-4myplanet n’est pas au bout de ses peines puisqu’elle s’apprête à vivre 10 jours particulièrement compliqués à l’approche du cap Horn, des jours qu’elle qualifie « d’intenses et violents ». Mais malgré tout, elle continue de s’extasier sur l’aventure qu’elle vit « Le cap Horn, ça se mérite… Et le Grand Sud, c’est quelque chose à vivre : il y a des lumières, des nuages, des levers et couchers de soleil absolument fantastiques ! ». Même dans les pires conditions, elle avance avec persévérance et bonne humeur « J’essaye de me faire une raison, je passe les problèmes en essayant de garder le sourire. Il ne faut pas rester sous un nuage gris, il faut choper la petite éclaircie et s’y accrocher jusqu’à la prochaine emmerde ! ». Pour cela, elle peut aussi compter sur les petits mots et photos qu’elle trouve dans ses sacs de nourriture durant toute cette période. « J’ai plein de post-it bleus et rosse avec des mots d’encouragement. J’avais préparé 50 photos, j’en tire une au sort chaque jour, ça me donne le sourire. Ce sont des photos de proches, des photos de bateaux, de mon Mini, des photos plus artistiques, une photo de SOS méditerranée… ». Sur toute sa course, Alexia ne cesse de répéter que disputer un Vendée Globe est une chance.

Coup du sort

Après le cap Horn, cette délivrance, la remontée de l’Atlantique s’annonce plus sereine, avec un pot au noir relativement clément : « J’ai eu 36 heures avec des grains qui m’ont mené la vie dure ». Mais voilà, le 15 février, à un peu plus d’une dizaine de jours de l’arrivée aux Sables d’Olonne, la navigatrice fait une violente chute et se fait mal au dos. Elle devra se battre avec cette douleur intense jusqu’au bout, mais fidèle à elle-même, Alexia s’obstine jusqu’à atteindre son objectif : clôturer cette boucle planétaire, la tête haute « Je ne suis pas déprimée, j’aurai bientôt bouclé mon Vendée Globe et c’est tout ce qui compte. » déclare-t-elle à quelques jours de l’arrivée.

À la question « Quelle est ta principale qualité ? », posée avant le départ, Alexia avait répondu sans hésiter « la combativité ». Elle l’a prouvé tout au long de son parcours autour du monde.

#EN# LES SABLES D’OLONNE, FRANCE – FEBRUARY 28: Skipper Alexia Barrier (FRA), TSE – 4myPlanet, is pictured celebrating with penguin during arrival of the Vendee Globe sailing race, on February 28, 2021. (Photo by Jean-Louis Carli/Alea) #FR# LES SABLES D’OLONNE, FRANCE – 28 FEVRIER: La skipper Alexia Barrier, TSE – 4myPlanet, est photographiée célébrant avec son pingouin pendant son arrivée dans la course du Vendee Globe, le 28 Février 2021. (Photo Jean-Louis Carli/Alea)

« Je pense que je ne réalise pas encore très bien. Tant que tu n’as pas passé la ligne, il peut encore se passer des trucs. Comme ma chute bêtement il y a plus d’une semaine (lorsqu’elle s’est blessée au dos, ndlr)… »

A propos de la course avant la course

« On a bien galéré pour monter le projet. On a pu changer la quille un mois avant le départ. Ce tour du monde, je l’ai bouclé grâce à une équipe incroyable, des partenaires formidables et aussi grâce au Pingouin (ndlr, le nom de son bateau), construit pour Catherine (Chabaud) qui est là. Il a 22 ans, on va le mettre à la retraite ! Il fera toujours des courses au large mais peut-être plus de Vendée Globe. Ce que je retiens de cette course, c’est que rien n’est impossible ». 

A propos des femmes dans le Vendée Globe

« Cette année nous étions 6 femmes au départ, et 6 à l’arrivée, en course ou hors course, peu importe. J’ai trouvé cela hyper courageux de la part d’Isa (Joschke) et de Sam (Davies) de repartir hors course. Il faut que ce soit quelque chose de normal d’avoir plus de femmes sur le Vendée Globe. Quand on voit que Clarisse (Crémer) bat le record d’Ellen MacArthur cette année, c’est super pour elle, mais quelle honte de voir que ça a pris autant de temps d’avoir des budgets et des projets qui nous donnent cette opportunité. C’est inspirant pour toutes les petites filles, qui veulent faire de la voile ou autre chose. Il n’y a pas d’histoire de genre, c’est une histoire de détermination et de travail ! »

A peine arrivée… elle veut repartir

« Je savais que ça allait être très dur ce Vendée Globe avec ce vieux bateau. Je navigue plutôt à haut niveau d’habitude, et là je partais sur un projet aventure. Faire le Vendée Globe c’est la réalisation d’un rêve de petite fille, même si je n’y allais pas pour le gagner. Terminer était un objectif, j’avais d’autres challenges. L’environnement, l’éducation… C’était d’autres moyens d’être combative ! Souvent pendant la course, je me demandais ce qui se serait passé si j’avais eu un bateau plus performant. Quand le premier a franchi la ligne, je me suis demandé quel bateau je voudrais avoir pour le prochain Vendée Globe et… J’ai ma petite idée ! 

Je voudrais repartir sur un projet compétitif sans lâcher mes valeurs. Je voudrais quand même raconter autre chose en plus de la compétition ». 

A propos de ce qu’elle a appris pendant son tour du monde

« J’ai perdu complètement la notion du temps pendant la course. J’ai l’impression d’être partie hier et en même temps j’ai l’impression d’avoir passé toute ma vie sur l’eau. C’est un voyage assez spécial, de ne voir personne et de ne pas voir la terre pendant si longtemps. 

C’est la course la plus extrême. Tu te rends compte que ton corps et ton esprit sont capables de faire des choses incroyables. Tu repousses tes limites et puis tu vis en complète harmonie avec la nature. Les oiseaux, dans le grand sud, ils sont peinards ! Ça m’a remis un peu en place par rapport à ma place sur cette planète ».

Question de Jean Pierre Dick : quand ce projet de Vendée Globe est-il né dans ta tête ?

« C’était lors du premier Vendée Globe que j’ai suivi à la télé, j’avais 10 ans. Mais je n’en parlais à personne car quand je disais que je voulais être pro en basket on me disait que j’étais trop petite, alors faire un Vendée Globe… On m’aurait certainement dit « c’est n’importe quoi”. Au fil de ma carrière ça m’a semblé une évidence, cette course allait faire partie de mon parcours. Je me souviens que tu m’avais dit, après ton Vendée Globe qu’il fallait vraiment le vouloir pour participer à cette course. Et bien je n’ai jamais eu de doute sur le fait que je voulais y participer à 200%. »

Question de Catherine Chabaud : comment as-tu vécu ce qui est arrivé à Kevin Escoffier ? 

« Sur le coup, j’étais carrément en état de choc. Je me suis dit, soit je panique et je perds mon énergie à paniquer, soit je me reprends. J’ai passé la nuit à crier “Kevin tiens bon”, même si je savais que je ne pouvais rien faire. Une fois qu’il a été récupéré, 24h après, j’ai appelé un ami qui m’aide en préparation mentale et ça m’a beaucoup aidé ». 

Question de Catherine Chabaud : tu as bricolé ton hydrogénérateur, peux-tu nous raconter cet épisode ?

« Comme j’avais peu de budget, on a installé des panneaux solaires un peu à la va-vite et ils n’étaient pas super efficaces. J’ai fait une boulette avec le gasoil alors très vite je n’en avais plus. J’avais donc absolument besoin de mon hydrogénérateur et il s’arrachait du tableau arrière. Quand tu n’as plus de batterie, plus d’énergie, tu ne peux plus naviguer. J’ai bricolé et c’était intéressant de voir que j’étais capable de réparer des choses comme ça! 

Et quand j’ai failli démâter, le mât s’est plié à 90° ça m’a paru fou. J’ai mesuré la chance que j’avais d’être encore en course ». 

Le fait de communiquer sur Whatsapp avec les autres concurrents, qu’est-ce que cela a changé pour toi ?

« C’était une première pour moi ces groupes Whatsapp, car sur les courses précédentes, je n’avais de toute façon pas le budget suffisant. Les moyens technologiques se sont améliorés et c’est devenu abordable. C’est important sur des phases de la course de pouvoir se parler, on se sent moins seul. C’est Boris (Herrmann) qui a initié le groupe Whatsapp des skippers. On pouvait échanger sur nos avaries, ça a permis de garder un lien. Il y avait énormément de bienveillance entre nous. On avait aussi un petit groupe entre filles, c’est Sam (Davies) qui l’a initié. Ça permettait de faire d’autres blagues que celles des garçons ! Sophie, qui a réalisé mon avitaillement, avait planqué un calendrier du XV de France à bord… Fini les filles en string, on veut des mecs à poil, sans poil (rires) ! »

Ton moteur, c’est l’optimisme ?

« Je prends toujours les choses du bon côté. Quand tu as décidé d’être forte et de croire que ça va marcher, ça fonctionne. Quand tu pars sur le Vendée Globe, tu sais que c’est une emmerde par jour. Tu sais que tu vas en baver, donc il vaut mieux en rire car il faut avancer. J’ai essayé de pleurer, ça ne résout pas les problèmes ! Il fallait les prendre à bras le corps ». 

Quel est ton programme dans les semaines à venir ?

« Je vais commencer par aller faire des examens pour mon dos… Je commence par là mais si je m’écoutais, je ferais autre chose. Ensuite je vais me remettre à la prépa physique, faire du Moth à foil et faire du shopping, acheter un nouvel IMOCA, et regarder le programme des courses jusqu’en 2025 (rires) !