Ultime. Faire redescendre les tensions, clarifier les RSO, la seule voie de salut pour la Classe ?

Le départ des Ultimes sur la Rolex Fastnet Race 2019 © Carlo Borlenghi/Rolex

Les skippers et les armateurs de la Classe Ultime ont voulu montrer un front uni, très agacés devant la polémique mise sur la place publique par François Gabart et son partenaire.

Ils étaient injoignables depuis lors. Ils ont décidés de montrer un front uni et seuls deux médias (Le Figaro et Ouest France) ont été choisis et conviés à une conférence de presse ce matin pour interroger les skippers Thomas Coville, Armel le Cleac’h et Charles Caudrelier. Ceux-ci se sont montrés assez agacés par la polémique et ont fait valoir leurs arguments repris en partie par le communiqué de la classe mais un peu édulcorés comme pour atténuer les propos des uns et des autres.

- Publicité -

Thomas Coville dans Ouest France : « on s’est empêché d’aller aussi loin que François car les règles OSR nous l’interdisaient. Là, on parle du règlement 3.11 qui concerne la sécurité, par la visibilité notamment. Ce type de cockpit protège le skipper, certes, mais pas les autres bateaux. Et moi qui aie percuté un cargo sur la Route du Rhum, je suis bien placé pour le dire. »

Armel Le Cléac’h ne veut pas courir contre François s’il ne se met pas en conformité : « On veut une équité sportive au départ des courses. On demande que le cas SVR soit traité par World Sailing, que François puisse se défendre et qu’il applique la décision prise. On est prêt à discuter des modifications avec lui (des modifications structurelles importantes qui pourraient prendre deux mois de chantier). Et si le jury dit qu’il peut courir comme ça, ce sera très bien. Je le féliciterai s’il me bat sur la Route du rhum. En revanche s’il n’a pas le certificat de conformité, je n’ai pas envie de courir contre lui».

Charles Caudrelier dans le Figaro a lui insisté sur le gain que représente le fait d’avoir un plan de pont sans cockpit. « La plus grosse traînée aérodynamique, c’est le cockpit. Et celui de François est un gros gain en la matière et permet aussi de faire baisser le centre de gravité. Mais il faut être au-dessus du pont pour voir devant. François n’a pas la même interprétation que nous de cette règle de sécurité qui s’applique à tous les bateaux.” et de renchérir sur France Info : ” “Évidemment qu’on a envie que François soit là et cette Route du Rhum n’aura pas la même saveur s’il est absent, développe Charles Caudrelier. Mais elle pourrait avoir un goût très désagréable aussi si François gagnait et qu’on avait la conviction qu’il n’a pas joué le même jeu que nous. Je n’ai pas envie que les dés soient faussés. S’il finit devant moi, j’aurais plus de mal à lui serrer la main. C’est ce qui me gêne le plus aujourd’hui.”

En aucun cas, nous souhaitons l’exclure de la classe, tempère Patricia Brochard, présidente de la classe à Jérôme Val de France Info. Ce serait se couper un bras et je ne vois pas quel serait notre intérêt. Il y a des efforts de la classe pour qu’il puisse faire partie du programme des années à venir. Il n’y a pas de doute là-dessus.”

Il est clair que cela n’est dans l’intérêt de personne de voir cette polémique enfler mais on ne peut pas imaginer une Route du Rhum sans François Gabart. Des deux camps, chacun a plus ou moins raison en un sens. Le problème vient essentiellement de l’interprétation que l‘on peut faire de cette fameuse règle RSO ( (en l’occurrence la Offshore Spécial Regulations 3.11 sur la position des winches) et pour laquelle les experts n’arrivent pas à se mettre d’accord comme le reconnaît la Classe elle-même.

Le Groupe Kresk, partenaire de François Gabart a envoyé une lettre d’avocat à la Classe qui elle-même a dû en prendre un pour se défendre. Espérons que l’esprit sportif et la raison l’emporteront. Rien n’est bon pour la classe dans cette histoire. Emmanuel Bachellerie qui a repris l’ancien Actual et peine à lui trouver un partenaire pour la prochaine Route du Rhum s’en serait bien passé. Il devrait annoncer également prochainement une nouvelle course en Ultime après l’annulation d’une deuxième édition de la Brest Atlantiques.

Enfin si les tensions existent, Quelle que soit son issue, cet imbroglio va laisser des traces. “Ma relation avec François est plus compliquée que par le passé, regrette Armel le Cléac’h. J’ai du mal à comprendre sa position de jusqu’au boutiste depuis plusieurs mois. C’est important qu’on s’entende bien mais là, on n’est pas d’accord.” Et Thomas Coville de conclure : “J’ai une admiration incroyable pour ce mec, il a gagné tellement de choses qu’on ne peut pas nier que c’est l’un des meilleurs coureurs qu’on ait jamais eus. Et il n’a pas besoin de ne pas respecter les règles pour gagner. Je ne comprends pas bien son attitude qui entache son image.