Route du Rhum. Yves Le Blévec 5e : ” Heureux d’avoir fini !”

Yves Le Blévec sur son ultime Actual a franchi en cinquième position la ligne d’arrivée à Pointe à Pitre. Son temps de course est de 08 jours, 15 heures, 49 minutes et 1 seconde.

Dès le départ, j’étais un cran en-dessous. Je suis très admiratif des premiers. Il y a 3 jours, j’ai perdu mon genaker. En 2 heures de temps, j’ai eu 3 pannes d’un seul coup. J’au du ralentir et Francis est revenu à ce moment-là.
« Je vais aller vite, je vais tenir une belle cadence, mais mon jeu n’est pas d’essayer de les suivre. Je me prépare psychologiquement à ça » nous confiait Yves Le Blévec avant le départ de Saint-Malo. Avec un bateau performant (l’ancien Macif) mais pas autant que les quatre autres trimarans volants, le skipper d’Actual Ultim 3 avait un plan de bataille bien en tête au départ de Saint-Malo. Mais Yves n’a jamais pu s’accrocher à la roue des leaders, sans doute surpris par le rythme imprimé par Charles Caudrelier et moins inspiré dans ses choix de trajectoire à travers le Golfe de Gascogne. Et tout va très vite en Ultim 32/23. Avec 250 milles de retard au passage du premier front, Actual Ultim 3 était condamné à vivre une autre course que celle du trio de tête qui creusait son avance à chaque nouvelle frontière météo. En arrivant au ponton, le trinitain rendait hommage au trio de tête et insistait “sur le stress énorme qu’engendre la vitesse sur ces machines”.
Le duel qui a opposé le skipper à Francis Joyon aura néanmoins donné du sel à cette transat. Lorsque Actual Ultim 3 finit par doubler Idec Sport dans l’alizé, on pense que le plus dur est fait. Mais la perte du grand gennaker trois jours avant l’arrivée limite les performances du bateau et Yves Le Blévec termine finalement cinquième de sa première Route du Rhum – Destination Guadeloupe en Ultim 32/23. Un peu déçu de sa place au classement mais pas amer, il conserve la satisfaction d’avoir conduit son trimaran à bon port, ce qui sur ces machines, reste en soi une performance.

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Yves Le Blevec, skipper Actual Ultim 3 : « Je ne peux pas commencer la conférence de presse sans parler de François (Naveilhan NDLR) et d’Alex (Picot NDLR) et dire à quel point je suis effondré. Tous les skippers de cette transat ont fait des stages de survie, on a disputé une course hyper engagée et le drame se passe et là, en baie. La sécurité est primordiale pour tous. C ’est très triste. Je suis effondré, comme tout le monde. »

Sa belle transat bouclée, le skipper Actual Ultim 3, accueilli par Francis Joyon et François Gabart, est heureux et fier de la mission accomplie, du travail d’équipe réalisé depuis des mois. Aucun souci technique n’a entravé la performance globale du bateau, mis à part un gennaker déchiré il y a trois jours qui lui coûte probablement sa 4e place. Mission accomplie. Il raconte ce qu’il ne dit pas en mer.

Heureux ?
Yves Le Blevec : « Je suis vraiment super content d’être arrivé ! Boucler cette course était l’objectif n°1. Arriver ici… ce sont des sensations très intenses. »

T’es-tu fait plaisir en mer ?
Yves Le Blevec : « Se faire plaisir n’est pas forcément l’objectif, mais réussir à piloter ces machines capables de traverser l’Atlantique en une semaine est sacrée satisfaction. En mer, on est entre plaisir et douleur. C’est très partagé. Ces Ultims sont hyper exigeants. Réussir à être à son niveau est un plaisir, mais c’est douloureux. »

Sans frein dans une grande descente
Yves Le Blevec : « Quand le bateau s’emballe, à chaque vague, ça part à 40 nœuds : c’est peut-être le mode « normal », mais tu as quand même l’impression d’être dans un camion sans frein, engagé dans une grande descente avec des virages… Ces bateaux n’ont pas de limite. La limite, c’est ce que le skipper est capable d’endurer. Au-delà d’un certain niveau d’attaque, c’est hyper compliqué de débrancher le cerveau et de se dire ok je vais dormir. Ce n’est pas facile de trouver l’équilibre. »

Le match avec Francis Joyon était sympa
Yves Le Blevec : « Il y a 3 jours, à peu près au même moment, j’ai eu trois soucis techniques, sans lien entre eux. Deux ont été résolus (électronique et rotation du mât), mais pas le troisième : la déchirure de mon grand gennaker. Le temps de le remplacer par mon J1 et de réparer, Francis était revenu sur moi et j’allais désormais moins vite que lui. Je n’ai donc pas réussi à conjurer le sort de 2018, mais le match était sympa ! »

Il y a vraiment des écarts de vitesse
Yves Le Blevec : « Au près, il y a vraiment des écarts de vitesse avec les nouveaux bateaux. Et, dès le départ, je suis parti avec un ris alors que ça passait GV haute. J’ai renvoyé le ris dès le premier virement, mais j’étais un petit cran derrière et ils ont attaqué très fort. Je suis très impressionné par le niveau d’attaque qu’ils ont réussi à mettre avec ce que ça génère en stress et en fatigue.
J’ai été super fatigué à un moment de la course. Heureusement que je me connais, parce que c’est là que tu peux faire de grosses bêtises : l’urgence était de gratter quelques minutes de sommeil. »

Nous réfléchissons à de nouveaux foils
Yves Le Blevec : « Nous réfléchissons à de nouveaux foils, pour réduire ces écarts de performance au près avec les nouveaux bateaux. Et j’ai noté un certain nombre de petites choses perfectibles qui vont servir la performance globale du bateau. »