Sur les courses en double, les duos se font et se défont. Au gré des disponibilités. En fonction des accointances aussi. Pour cette transat en double (départ le 3 novembre pour les 18 monos Imoca) entre Le Havre et Salvador de Bahia, Desjoyeaux n’a pas hésité longtemps dans le choix de son équipier. "Manu est toujours d’humeur égale, toujours très agréable à vivre, toujours prêt à manœuvrer. C’est un bonheur de l’avoir à bord".
"J’en ai eu des propositions…"
A entendre Desjoyeaux, le choix était évident : "Et pourtant, j’en ai eu des propositions…" Il ne citera pas de nom.
"Cela fait longtemps que je sais avec qui j’ai envie de partir". Il partira donc avec Emmanuel Le Borgne (30 ans). Un Finistérien (ndlr : il réside à Porspoder) comme lui.
Côté études, Le Borgne est titulaire d’un Bac scientifique (option Biologie) et d’une Licence Staps. Sur son CV nautique, on trouve du 420 (champion de France 1996), du First Class 8 (vice-champion d’Europe en 2000), du Mumm 30 (Tour de France), du Figaro, du maxi-multicoque autour du monde (responsable composite sur le Geronimo de Kersauson), du trimaran de 60 pieds ("Bonduelle" avec Jean Le Cam et "La Trinitaine" avec Marc Guillemot), du mono de 60 pieds ("Solune"), du maxi (convoyage de Mari-Cha IV de Cherbourg à Antigua), etc.
Le Borgne : "Je sais où je vais"
On ajoutera juste qu’il a également décroché une Licence professionnelle en conception et fabrication de structures en matériaux composites. "Bref, il sait tout faire", précise Desjoyeaux.
Même mener seul et à fond un 60 pieds neuf pendant que le boss se repose à l’intérieur ?
"Sur le trimaran "Géant", Manu était au piano et cela pendant trois saisons. Et puis, tri ou mono, ça reste du bateau". En clair, l’élève a su s’adapter. "Cela fait trois ans que je bosse et navigue avec Michel, donc je ne pars pas à l’aventure. Je sais où je vais et avec qui".
Toujours à l’écoute
Sans complexe, Le Borgne sait aussi qu’il doit beaucoup au skipper de "Foncia" qu’il a sollicité par courrier électronique, l’hiver dernier : "J’apprends toujours avec lui car il reste en permanence à l’écoute. Michel n’est pas du genre à s’enfermer dans ses certitudes. Au début, j’ai même halluciné car il fait énormément confiance. Il responsabilise".
Entre les deux hommes, le courant passe bien. Dès la première course à bord du plan Farr, Mich’ Desj’ a vu que son protégé avait la gnac : "C’était pendant le Record SNSM et Michel m’a demandé si je voulais toujours disputer la Transat Jacques Vabre avec lui : bien sûr, j’ai dit oui".
Qui aurait dit non ?
Philippe Eliès
Desjoyeaux – Le Borgne : le professeur et l’élève
A l’approche du Pot au Noir
Rien ne semble l’arrêter… Yves Le Blévec (Actual) continue de glisser vers le Sud et collera la route orthodromique dans quelques heures. Son léger décalage dans l’Ouest lui a fait parcourir quelques milles supplémentaires, mais cette petite cuillère lui a permis de contourner soigneusement l’île de Fogo avec ses 2 892 mètres d’altitude. Impressionnant de voir ce piton volcanique planté au milieu de cette terre aride et qui occasionne un dévent de plusieurs dizaines de milles sous le vent de l’île Capverdienne. Yves ne le sait que trop bien pour y avoir fait un stop avec Orange 2 de Bruno Peyron lors d’une tentative du record Jules Verne, alors avortée. L’équipage avait amené le géant à stopper sa route et à s’abriter sous le vent de l’île pour en inspecter le dessous des coques, à l’abri des alizés de Nord-Est. Yves doit fort bien s’en souvenir… Aussi, au pointage de 14h00, Yves a augmenté son avance sur Adrien Hardy (Brossard), fidèle poisson pilote collé à la carène du plan Lombard nouvelle génération. 35 milles d’avance pour Yves ce jour après en avoir compté 27, 14 et 4 petits milles hier même heure. Impressionnant ! Les écarts font actuellement le grand écart et ce samedi, on compte 6 concurrents en 100 milles et 16 concurrents en 200 milles. Jamais la course n’a connu de tels écarts et cela ne fait que commencer quand on voit les vitesses du jour. La flotte de tête titille les 10 nœuds, là où le reste de la flotte affiche du 5/7 nœuds de vitesse moyenne. Nul doute, le vent a tendance à s’effacer derrière pour mieux pousser devant. En parlant de devant, on retrouve les incontournables « seconds » du moment avec Nick Brennan (Rafiki), David Sineau (Bretagne Lapins), Yann Riou (Caméléon), Fabien Desprès (Soitec), Kristian Hajnsek (Adria Mobil), Olivier Cusin (Energies autour du monde) ou encore Peter Laureyssens (Ecover), qui a perdu quelques places après son arrêt express Capverdien. Par contre, un concurrent mérite un coup de zoom bien particulier : Ronan Deshayes sur son Pco Technologies de 2002. Ronan est revenu aux avant-postes et pointe en 5e place ce jour. Superbe 4e de la première étape, rappelons que Ronan est allé se réfugier sous l’île de Gran Canaria (Canaries) pour réparer avant de plonger plein Est et d’aller frôler le Cap Blanc Mauritanien dans le début de la seconde étape. Une vitesse constante pour compenser le nombre de milles en plus, et le voilà qui revient dans le top 5 après avoir été dans les 25e il y a plusieurs jours. Chapeau bas et gageons qu’il pourrait créer encore la surprise.
Car, le prochain écueil sera le Pot au Noir et personne ne peut trop savoir à quel grain il se fera moudre… Nuages pernicieux, rafales à 40 nœuds, vent tournant et pluie diluvienne pendant quelques minutes, le Pot au Noir sera le plat principal des jours à venir. Situé pour le moment entre 9° et 8° Nord, il resterait sur le papier environ 150/200 milles à Yves pour en connaître les premiers effets. Maintenant, « sur le papier » ne veut pas dire grand chose dans cette zone . Le Pot au Noir bouge, se dissout pour mieux se reformer et enfler au gré des journées. Mettre de l’Ouest dans sa route est permet dans les livres de traverser une zone moins large, toucher les alizés de Sud-Est tout en restant le plus Est possible permet d’ouvrir plus les voiles et, logiquement, d’avaler plus rapidement les milles. Un vaste dilemme face auquel se trouve confronté nos marins d’ici quelques heures, voir quelques jours. Et le hic, c’est que la porte peut s’ouvrir pour l’un et se refermer pour l’autre… Difficile de se reposer alors sur des statistiques, l’observation du ciel et du baromètre prend alors le relais.
Duel au soleil… Autre duel à surveiller de près dans le classement série : celui d’Hervé Piveteau (Jules – Imprimerie Cartoffset) et de Stéphane Le Diraison (Cultisol-Institut Curie). Hervé tient la pôle position avec 11 petits milles d’avance et a pu observer que Stéphane est venu se recaler avant la traversée de l’archipel dans son ouest. Un décalage de Stéphane certainement en vue du Pot au Noir et d’une stratégie établie en amont. A suivre… Comme il est également intéressant de noter le décalage dans l’Est de Francisco Lobato (BPI) qui tient bien sa 3e place pour le moment. Une fois de plus, l’approche et le passage du Pot au Noir pourrait très bien redistribuer les cartes. Maintenant, ne nous leurrons pas… La vitesse des bateaux est telle dans le petit temps que si l’on constate des ralentissements, les bateaux ne s’arrêterons pas… Il suffit de se rappeler les premières 24 heures de course de cette deuxième étape où dans un calme quasi-plat, ils avaient parcouru 80 milles en 24 heures ! Dernière information concernant les Séries : ils sont 8 concurrents en 100 milles et 21 en 200 milles.
Nouvelles du large :
– Sam Manuard (Sitting Bull) s’est arrêté à Mindelo. Sam connaît des problèmes de vitesse depuis les Canaries et sa position en milieu de peloton en était la malheureuse preuve. Il y a retrouvé Alex Pella (Generalitat Valenciana).
– Plusieurs bateaux pourraient s’arrêter à Mindelo dans les heures et jours à venir : Xavier Haize sur Fidelia Assistance, Sébastien Picault sur Groupe Royer, Yannick Allain (Centifolia Chaveta) sans oublier Isabelle Joschke (Degrémont Synergie) ou encore Andrea Caracci (Speedy Bonsai). Stephan Bonvin sur Fondation Theodora fait également route sur le canal séparant les deux îles les plus Nord-Ouest de l’île. S’arrêtera, s’arrêtera pas ? Le pointage de ce soir nous en dira un peu plus.
Nicolas Troussel Champion de France de Course Au Large en Solitaire
Après une première tentative avortée ce matin pour cause de courant emportant avec lui les bouées, la procédure de l’unique « banane » de cette dernière journée du Grand Prix Véolia — Perros Guirec était lancée à 14h09 pour deux tours et demi à parcourir dans un vent de sud est soufflant 8 à 10 noeuds. Comme un prélude à son sacre de Champion de France, Nicolas Troussel prenait très vite les commandes de la flotte avec la ferme intention d’enlever la victoire dans la dernière confrontation solitaire de cette saison 2007. Derrière lui, au bout d’un tour, pointaient le jeune Damien Cloarec (E.Leclerc/Bouygues Telecom), Gildas Morvan (Cercle Vert) et Armel Tripon (Gédimat). Avant le dernier bord de près, la flotte en rangs serrés, était toujours emmenée par Nicolas Troussel, suivi de Damien Cloarec, Gildas Morvan et Franck Le Gal. A l’arrivée, c’est donc le nouveau de Champion de France de Course au Large en Solitaire qui remportait la dernière course du Grand Prix Véolia — Perros Guirec, devant la belle surprise du jour, le carantécois Damien Cloarec et Gildas Morvan.
Au classement général de la Finale du Championnat de France de Coure au Large en Solitaire, Gildas Mahé termine donc devant Nicolas Troussel et Gildas Morvan.
Gildas Mahé remporte ici sa première grande victoire en solitaire après seulement deux saisons à la barre de son Figaro Bénéteau. Après sa troisième place dans la dernière Solitaire du Figaro, le skipper de Le Comptoir Immobilier qui disputait pour la première fois l’épreuve entre Saint-Gilles-Croix-de-Vie et Perros Guirec, s’impose donc comme l’un des nouveaux ténors de la Classe Figaro Bénéteau. Il aura assuré une belle régularité de bout en bout, ne sortant jamais du Top 5 des différentes courses. En dehors de la Route du Ponant (épreuve de ralliement) dont la victoire est revenue à Frédéric Duthil (Distinxion), Gildas Mahé s’offre le Grand Prix de Vendée, le Grand Prix Véolia — Perros Guirec et donc logiquement le classement général de la Finale du Championnat de France de Course au Large en Solitaire.
Classement du Championnat de France de Course au Large en Solitaire avant validation par la Fédération Française de Voile
1 — Nicolas Troussel (Financo) — 44 points
2 — Thomas Rouxel (Défi Mousquetaires) — 77 points
3 — Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier) — 80 points
4 — Gildas Morvan (Cercle Vert) — 95 points
5 — Franck Le Gal (Lenze) — 106 points
6 — Ronan Treussart (Groupe Céléos) — 114 points
7 — Eric Drouglazet (Luisina) — 120 points
8 — Liz Wardley (Sojasun) — 124 points
9 — Armel Tripon (Gédimat) — 146 points
10 — Frédéric Duthil (Distinxion) — 207 points
14 et 1er bizuth — Nicolas Lunven (Bostik) — 282 points
Le Blevec et Hardy en éclaireurs
Voir les lumières de la ville et humer les odeurs de la terre de Sao Vicente et de sa ville de Mindelo, apercevoir les crêtes des hautes terres de Santo Antao, glisser dans l’étroit canal séparant les deux îles les plus ouest de l’archipel : voilà ce qu’a été la nuit d’Yves Le Blévec sur son Actual. Yves compte 5 petits milles d’avance sur Adrien Hardy (Brossard) au classement de 8 heures et entre dans une troisième partie de cette seconde étape : l’attaque du pot au noir, prochain obstacle à enjamber.
Adrien Hardy a lui aussi franchi la porte capverdienne. Mais le Nantais a choisi le large canal séparant Sao Nicolau de Sal/Boa Vista. Une partie large, moins déventée, avec des îles basses au vent. L’île de Sal est une grande terre désolée où quelques arbres arrivent à subsister. Quelques collines caillouteuses et un vent de nord-est que rien n’arrête. Pas étonnant que la pointe sud de cette île concentre une grande partie de centres de funboard ! Ici, on vénère l’alizé de nord-est et la mer plate sous le vent de l’île. La houle y est cassée, le vent y est puissant. Mais, ce qu’il faut surtout voir et commencer à apprécier dans cette nouvelle partie de jeu de cartes qui commence, c’est le positionnement et le décalage plus ou moins ouest que prennent les concurrents par rapport au pot au noir. Adrien est plus est qu’Yves, et il est suivi en cela par l’étonnant Nicholas Brennan (Rafiki), David Sineau (Bretagne Lapins), Fabien Despres (Soitec), Olivier Cusin (Energies autour du monde) et Yann Riou (Caméléon) revenant de son option Est extrême et qui choisit de se faufiler entre Sal et Boa Vista. La version Ouest, après avoir été empruntée par Yves, sera suivie par Peter Laureyssens (Ecover), Kristian Hajnsek (Adria Mobil Too) et Ronan Deshayes (Pco Technologies). Côté vent, celui-ci souffle à 15 nœuds et taquine les marins : tout dessus ? grand spi ou spi médium ? On tire sur la bête ou on gère le matériel ? Nul doute que l’on doit dormir recroquevillé dans le cockpit, la main sur l’écoute, la barre de céréales dans la poche.
Côté Série, la bonne surprise est portugaise avec un Francisco Lobato (BPI) qui affiche 8 nœuds de vitesse au pointage du matin. Une vitesse rassurante qui signifierait que Francisco n’a pas démâté et qu’il aurait réparé l’avarie survenue dans la nuit d’avant-hier. En attendant, Stéphane Le Diraison (Cultisol – Institut Curie) est toujours en tête et possède 18 milles sur Hervé Piveteau (Jules – Imprimerie Cartoffset). Tous les deux devraient croiser l’archipel Capverdien en fin de journée et il sera intéressant de voir l’écart avec leurs plus proches poursuivants sachant qu’à aujourd’hui, le vainqueur de la première étape s’est constitué un matelas de 50 milles d’avance sur le troisième.
Paul Cayard rejoint le Défi espagnol
Paul Cayard commencera son travail avec l’équipe d’ici quelques jours et compte lui offrir sa riche expérience de la Coupe. En effet, ce sera la septième fois que Cayard participe à l’épreuve, après ses débuts en 1983 comme régleur avec le défi américain. Son plus grand succès date de 2000, lorsqu’il a emmené America One à la finale de la Coupe, mais il a également bien d’autres titres dans son palmarès, comme skipper de Pirates of the Caribbean, qui a terminé second lors de la Volvo Ocean Race 2005-06, ainsi que plusieurs titres de champion du monde et en tant que skipper sur Ef Language, il est devenu le premier Américain à remporter la Whitbread. "Ceci est une occasion de faire profiter de mon expérience aux autres, » a-t-il expliqué. « C’est également une occasion de retrouver la Coupe après avoir raté l’épreuve en 2003 et 2007. (…) Je crois que mon expérience sera utile pour travailler sur la stratégie de l’équipe, et facilitera la prise de décisions sur le plan d’eau. Pour cette édition de la Coupe, il y aura une nouvelle jauge, et mon expérience dans l’optimisation du bateau sera très utile. Il faudra aussi que l’équipage et l’équipe technique s’entendent bien et je crois que j’ai un rôle à jouer sur ce plan-là. Le défi espagnol est une bonne équipe, qui voudrait bien devenir une grande équipe… »
Et maintenant la grande traversée
L’Australien Nicolas Brennan (Rafiki) est un étonnant 3ème qui cherche à décramponner 2 coriaces duettistes, David Sineau (Bretagne Lapins) et Fabien Després (Soitec). Près de 2 000 milles d’Atlantique "vierge" s’ouvrent devant les étraves des solitaires. À l’exception des "cailloux", Fernando da Noronha plantés au large de Recife, plus d’autres terres attendent les coureurs toujours eau premier rang desquels s’annonce déjà la terreur des marines d’autrefois, le Pot au noir". Le passage des îles du Cap-Vert consacre très symboliquement les marins auteurs de belles performances sur le premier tiers à la fois venté et tactique de la course. Toujours leader, Yves le Blévec a su effectuer le recalage parfait dans l’Ouest pour emprunter ce matin le même canal suivi en 2005 par Corentin Douguet, futur vainqueur, entre Santo Antao et Sao Vicente, et entamer résolument sa traversée de l’Atlantique vers les côtes de l’Amérique du Sud. Yves sait à l’évidence où il coupera la Zone de Convergence Intertropicale. Une zone apparemment peu active actuellement, bien que les certitudes concernant ce fameux pot au noir ne durent que le temps de les écrire. 100 milles dans son ouest, Adrien Hardy garde lui aussi son cap et fonce plein sud sous l’île de Fogo. Gare aux dévents ! En plein slalom entre les îles de Boa Vista, Mayo et Sao Tiago, Yann Riou peut se féliciter de sa descente alizéenne tout à fait remarquable au ras des côtes du Maroc et de la Mauritanie. Son Proto Caméléon n’est plus de toute première jeunesse et c’est assurément à ce joli coup stratégique que Yann doit son classement flatteur, 6ème, et son déficit tout à fait honorable d’environ 60 milles sur le proto de l’année 2006 d’Yves le Blévec. Dans le même registre, Olivier Cusin, déjà auteur d’un beau parcours entre La Rochelle et Funchal, franchit à son tour l’archipel du Cap-Vert en 9ème position, à bord de son plan Lombard Energies autour du Monde de 1999. Quatrième à Madère, Ronan Deshayes (PCO Technologies) est, sur son classement actuel, en mesure de jouer ni plus ni moins que la seconde place à Bahia ! Les vitesses demeurent élevées pour les concurrents de tête, entre 11 et 9 noeuds. Ce n’est plus le cas pour le gros de la flotte située au nord des îles et qui voit le régime d’alizé se tasser sérieusement. Entre Sébastien Gladu (Clichy sous bois, Clichy sur l’eau) qui vient de reprendre la mer depuis Santa-Cruz aux Canaries et Le Blévec, l’écart est à présent de plus de 900 milles.
Mindelo l’escale impromptue
Après l’arrêt express cet après-midi de Peter Laureyssens (Ecover) pour changer ses batteries, la petite ville de Mindelo sur l’île au vent de Sao Vicente se prépare à accueillir un nombre encore indéterminé de concurrents de la Transat 6,50. La flotte a souffert dans la rapide descente sous spi depuis Madère et les vitesses de certains voiliers, et non des moindres, laissent à imaginer qu’il faudra panser quelques blessures avant d’attaquer l’Atlantique. On pense bien sûr à Samuel Manuard et son Sitting Bull, relégués à la 24ème place et qui naviguent à une vitesse bien éloignée de leur potentiel. La Transat 6,50 nous offre ainsi un superbe mano a mano entre les deux protos de Le Blévec et de Hardy. Elle nous propose aussi chez les voiliers de Série un duel tout aussi passionnant entre Stéphane le Diraison (Cultisol- Institut Curie) qui voit de nouveau revenir Hervé Piveteau (Jules – Imprimerie Cartoffset). Les deux hommes visent le même point de passage entre les îles de Santa Lucia et Sao Nicolau. Ils pourraient bord à bord entamer leur descente vers un pot au noir peu actif et vers des alizés de Sud-Est en cours de renforcement, synonymes d’accélération vers le Brésil.
(GPO)
Le Blévec et les “survivants”…
Le Blévec aura ainsi franchi les 1 000 et quelques milles qui séparent Madère du Cap-Vert en un peu plus de 5 jours, une performance d’autant plus remarquable que les premières 24 heures de course s’étaient, on s’en souvient, déroulées dans une franche "pétole".
Derrière le skipper d’Actual, c’est un peu la course des "survivants". Un à un, les "gros bras" de la première étape semblent marquer le pas, souvent sur ennui mécanique. Isabelle Joschke (Degrément-Synergie), on le sait à présent, s’arrêtera au Cap-Vert, peut-être définitivement. Samuel Manuard (Sitting Bull) ne progresse plus qu’à une petite allure qui laisse hélas redouter un problème, là encore de bout-dehors. Le prétendant à la victoire finale est déjà à 135 milles du leader. Nicolas Brennan (Rafiki) s’empare de la troisième place du général aux dépens de Fabien Després (Soltec), mais son déficit au leader atteint déjà les 52 milles. Adrien Hardy (Brossard), contraint de se recaler après sa virée mauritanienne, s’accroche encore au tableau arrière de Le Blévec. Grands battus de la première étape, Peter Laureyssens (Ecover) et Alex Pella (Generalitat Valenciana) effectuent un retour tonitruant dans le peloton de tête, avec des places de 5ème et 10ème.
Et ce grand mouvement vers l’entonnoir du Cap-Vert concerne bien entendu l’ensemble des partisans de l’Est, au premier rang desquels pointe dorénavant l’étonnant Stéphane Le Diraison. Premier des voiliers de série à Madère, le skipper de Cultisol-Institut Curie tutoie le top 10 de la course. On continue d’observer avec intérêt la trajectoire limpide du Slovène Kristian "je ne me pose pas de question" Hajnsek (Adria Mobil) qui devrait "atterrir" sans avoir jamais (ou si rarement) empanné au ras de l’île de Santo Antao. En laissant Mindelo à bâbord, il aura bord pour bord imité la trajectoire d’un certain Corentin Douguet en 2005. La flotte s’étire désormais sur plus de 600 milles entre les concurrents toujours à l’arrêt aux Canaries (Seb Gladu sur Clichy sous bois, Clichy sur l’eau). La cavalcade au portant dans du vent fort, toujours plus de 20 noeuds de secteur Nord-Est, aura coûté cher en tangons cassés, safrans arrachés ou mâts pliés. Dernière victime en date, l’italien Andrea Caracci (Speedy Bonsai) qui a démâté et dont on attend plus de nouvelles grâce au détournement sur zone d’un voilier accompagnateur.
(sourceDVDB/GPO)
Biarnès et Mahé vainqueurs à Perros Guirec
Coup d’envoi aujourd’hui du Grand Prix Véolia – Perros Guirec. Après un Grand Prix de Vendée qui s’était joué exclusivement sur des parcours « banane » à Saint-Gilles-Croix de vie et une Route du Ponant de liaison du port vendéen à Perros Guirec sur un format hauturier, le programme costarmoricain de la suite de la Finale du Championnat de France de Course au Large en Solitaire a offert du changement dès sa journée inaugurale. Les 19 concurrents en lice – après le retrait forcé d’Eric Drouglazet (Luisina) sur blessure – se sont confrontés sur une course côtière de sept milles au milieu des cailloux perrosiens et sur une « banane » plus technique. C’est au local de l’étape, Vincent Biarnès (Côtes d’Armor) qu’est revenu la première victoire du jour. Dans la deuxième course, Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier) a eu le dessus sur Gildas Morvan (Cercle Vert) et Frédéric Duthil (Distinxion).
Après un départ matinal des pontons perrosiens pour cause de fermeture de porte aux environs de 9 h, c’est à 10h08 qu’à été donné le premier départ de course du Grand Prix Véolia – Perros Guirec. Dans un vent de Nord Est soufflant 8 à 10 nœuds, les solitaires se sont élancés sur un parcours côtier de sept milles avec la marque « Cribineyer » en guise de dégagement, avant d’aller virer une bouée devant le sémaphore de Ploumanac’h et un retour vers la pointe du Château. Sur la ligne, Armel Tripon (Gedimat) et le skipper de Côtes d’Armor sortaient du lot, en choisissant de partir en bout de ligne bâbord amure. Dès la première marque, Vincent Biarnès, le licencié à la Société des Régates de Perros Guirec, club organisateur du Grand Prix, pointait aux avant-postes et devançait un autre Costamoricain, Ronan Treussart (Groupe Céléos). Dans le cadre grandiose de la côte de Granit Rose, la flotte, très serrée, mettait alors le cap sur la marque du Sémaphore et devait à l’aller comme au retour lutter contre un fort courant perturbant les solitaires entre l’île Tomé et la Pointe du Château. A l’arrivée, moins d’une heure après le départ, Vincent Biarnès ne laissait à personne le soin de lui enlever cette victoire dans son jardin. Derrière, le jeune Nicolas Lunven (Bostik) et Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier) complétaient le podium.
Après une pause devant la plage de Trestraou, les concurrents reprenaient le chemin d’un parcours « banane » à trois tours avec arrivée sous le vent. Quelques minutes avant la procédure de départ, Nicolas Lunven et Gildas Mahé entraient en collision, ce qui contraignait le premier à l’abandon dans cette nouvelle course. Pour le reste de la flotte, le vent de Nord Est de 10 à 12 nœuds et le soleil offraient des conditions idéales. Dès les premières longueurs, Gildas Mahé prenait les commandes des opérations devant Gildas Morvan (Cercle Vert) et Frédéric Duthil (Distinxion). Au bout d’un tour, si les deux Gildas pointaient toujours en tête, Mahé menant avec vingt longueurs d’avance, Thomas Rouxel (Défi Mousquetaires) grillait la politesse à Frédéric Duthil et passait en troisième position, devant le skipper de Distinxion et Nicolas Troussel (Financo). A la poursuite de ce groupe de tête, le peloton était emmené par Ronan Treussart.
A l’arrivée, Gildas Mahé remporte la mise, devant Gildas Morvan et Frédéric Duthil qui retrouve sa place du premier tour. Le trio de tête précède Thomas Rouxel, Nicolas Troussel et Franck Le Gal.
A l’issue d’une journée dans ce Grand Prix Véolia – Perros Guirec, le podium provisoire est composé de Gildas Mahé, Gildas Morvan et Vincent Biarnès.
Ce soir, Gildas Mahé reprend les commandes du classement de la Finale du Championnat de France de Course au Large en Solitaire (avant jury). Il devance Nicolas Troussel et Gildas Morvan, tout deux à égalité de points.
Demain, les concurrents ont rendez-vous pour la deuxième journée du Grand Prix Véolia – Perros Guirec avec une mise à disposition du comité de course à partir de 10h30 pour une à deux courses à suivre.
Les commentaires à l’arrivée :
Vincent Biarnès (Côtes d’Armor) – Vainqueur de la première course du Grand Prix Véolia – Perros Guirec :« Ca s’est joué au départ sur cette manche assez courte. Il y a eu une petite rotation juste au moment du départ et du coup j’ai choisi de partir bâbord en bout de ligne. J’ai pris 50 mètres d’avance dès le début. Après il ne s’est pas passé grand-chose tactiquement. On n’a plus eu qu’à creuser. Je suis content d’avoir débuté comme ça ici à Perros Guirec d’autant que la ligne était mouillée juste devant la fenêtre de ma mère ! Elle a pu tout suivre de bout en bout. J’espère que maintenant que je suis à la maison tout va bien se passer.
Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier) – Vainqueur de la deuxième course du jour et leader au classement général provisoire :« J’ai attaqué la deuxième manche avec un paquet d’adrénaline, juste après le choc avec Nicolas Lunven. J’ai fait un bon premier bord de près en attaquant du bon côté et j’ai empanné le premier sur le bord de portant. Mon bon placement m’a permis de creuser. Je commence forcément à penser à une belle conclusion samedi, mais je sais que ça peut aller très vite dans un sens comme dans l’autre.
Liz Wardley (Sojasun) – Onzième du Grand Prix Véolia – Perros Guirec :« Même si la fatigue commence à se faire sentir, je prends beaucoup de plaisir à naviguer ici. Normalement les « banane » ne sont pas l’exercice que je préfère mais je les prends une par une en donnant le meilleur de moi-même. Ici c’est une nouvelle course qui débute avec les courants. Ca va être intéressant. Je cherche avant tout à garder ma huitième place au classement du Championnat de France de Course au Large en Solitaire.
Damien Cloarec (E.Leclerc/Bouygues Télécom) – Dixième et huitième des courses du jour :« Corentin (ndr : Corentin Douguet, skipper en titre du Figaro Bénéteau dont Damien est habituellement le préparateur) m’a dit hier soir qu’il fallait que je progresse et que je fasse une manche dans les dix premiers. Aujourd’hui j’en rentre deux et de belle manière, au contact avec mes idoles en plus. Je suis ravi !
Didier Bouillard (Medevent) – Onzième de la deuxième course du jour :« Aujourd’hui j’ai régaté avec tous les champions, ça me change. Ils ne font pas d’erreur, il faut s’accrocher. Je suis passé de la division B à la division A et c’est un vrai bonheur ! ».
Nouveaux choix au Cap-Vert
L’archipel du Cap-Vert approche… Yves Le Blevec (Actual) pointe son étrave à 80 milles de la patrie de Césaria Evora et de son île de Sao Vicente. Presque alignés horizontalement mais légèrement décalés dans l’est de la route directe, on trouve deux autres compères de classe : Adrien Hardy (Brossard) à 11 milles derrière au classement et Nicholas Brennan (Rafiki) à 46 milles. Trois bateaux pour trois approches différentes compte tenu du fait que chacun peut encore choisir son lieu de passage dans l’archipel. Car, rappelons que la porte du Cap-Vert, marque du parcours obligatoire, se doit d’être franchie entre l’île de Santao Antao (l’île la plus nord-ouest) et l’île de Maio (l’île la plus Est). Yves semble intéressé par le canal entre Santo Antao et Sao Vicente, route empruntée par Corentin Douguet (vainqueur en 2005), tandis qu’Adrien pourrait emprunter le passage entre Sao Nicolau et Sal. À chacun sa route sachant que les canaux entre les îles peuvent réserver quelques surprises comme des effets venturi pouvant être violents, sans parler des bateaux de pêche voir des ferries qui croisent et relient les îles. Rappelons enfin qu’une fois le Cap-Vert dans le sillage, il n’existe plus de possibilités offertes aux marins de s’arrêter pour réparer. Le prochain point d’accueil sur la route, une fois l’île de Fogo derrière soi, est le Brésil. Il va être par ailleurs intéressant de noter les éventuels stops non programmés à aujourd’hui qui vont se faire dans la baie de Mindelo. Gageons que la rua de Lisboa, rue principale de la petite ville de Mindelo, accueillent dans quelques jours quelques Ministes en quête de matériels…
Toujours à plus de 10 noeuds…
Toujours est-il que la flotte continue de progresser à bonne vitesse dans un vent de nord-est tendance mollissant. Et ce régime d’airs légers pourrait bien ralentir la flotte dans sa progression vers le pot au noir. Un ralentissement qui pourrait bien permettre à certains de recoller les morceaux et le dispatch dans l’archipel du Cap-vert pourrait alors réserver quelques bonnes et mauvaises surprises. Effets de côtes, accélérations, zone tampons sous les hauteurs Capverdiennes, chaque traversée d’archipel réserve son lot de « pochettes cadeaux ». Toujours est-il que les speedomètres, pour le moment, continuent d’afficher les plus de 10 nœuds pour nombre de concurrents et tout le monde commence à se recaler vers le goulot de l’entonnoir Capverdien. Seul Yann Riou (Caméléon) reste très décalé dans l’Est et il est ce soir le plus éloigné de la route directe. À noter aussi la fantastique remontée d’Alex Pella (Generalitat Valenciana) ! Rappelons que l’Espagnol est parti 24 heures après la flotte et a rattrapé et dépassé la bagatelle de 77 concurrents… Rien ne semble arrêter Alex qui navigue – discrètement mais efficacement – un cran au dessus depuis quelques jours avec son mât manchonné alu carbone !
Souci pour le leader en série
La nouvelle est tombée au pointage de ce matin : le Portugais Francisco Lobato, beau leader au classement Série et un temps 4e au classement général, a vu sa vitesse tombée de 10 à 3 nœuds. Un temps à la dérive et sans vitesse, Francisco a ensuite repris sa route à petite vitesse vers le Cap-Vert. Et s’il est 4e encore ce soir, il va descendre progressivement dans le classement au fil des heures et des pointages. Une vitesse de déplacement qui n’est pas sans rappeler celle d’Andrea Caracci (Sppedy Bonsai) qui, lui, a démâté juste en dessous de la première barre de flèche. Andrea va bien et a fabriqué un gréement de fortune avec son morceau de mât restant, son tourmentin et sa voile de cap. Il fait également route vers le Cap-Vert à… 3 noeuds. Pour Francisco, la direction de course a dépêché un bateau accompagnateur à sa rencontre pour en savoir plus. L’Esprit d’Equipe devrait arriver sur zone dans la soirée. Côté Série, Stéphane Le Diraison (Cultisol – Institut Curie) a pris le commandement de la course suivi d’Hervé Piveteau (Jules – Imprimerie Cartoffset) calé à 5 petits milles derrière et de Vincent Barnaud (Stgs.fr). À noter que ces deux derniers sont légèrement plus proches de la route directe. À suivre…
(source PG/GPO)


















