De leur côté, les poursuivants peuvent toujours espérer bénéficier d’une situation météo différente que celle rencontrée par les deux leaders. C’est ce qui est en train de se produire en faveur de Veolia Environnement, Hugo Boss, Delta Dore et les autres qui profitent du ‘tassement’ de l’anticyclone de Saint Hélène pour se positionner au vent de leurs prédécesseurs. Quand PRB et Paprec-Virbac 2 ont été obligés de descendre au sud pour contourner la zone de hautes pressions, les autres ont maintenant la possibilité de « couper le fromage », soit réduire le chemin jusqu’à la prochaine porte de parcours.
Qui plus est, ces valeureux retardataires ne lâchent rien et se sont engagés, depuis plus de 48 heures, dans un vrai concours de vitesse. Propulsés par des vents portants réguliers, les équipages parviennent à tenir des cadences de 16 à 17 nœuds. C’est notamment le cas d’Hugo Boss et de Delta Dore qui naviguent à fond depuis deux jours. Or, cette politique du gagne-petit porte doucement ses fruits : 100 milles un jour, 30 ou 40 le lendemain… peu à peu les écarts se comblent. La tendance pourrait s’accentuer d’ici jeudi soir.
Du vent pour les poursuivants ? Car un front froid s’étend actuellement sur leur route. A plus de 500 milles des leaders, Temenos II en faisait déjà l’expérience. Harnachés, vêtus de pied en cap de leur ciré, Dominique Wavre et Michèle Paret, contacté à la visio conférence du jour, évoquaient la grisaille et des vent de 30 nœuds. Un contraste saisissant avec les images reçues de Veolia Environnement, où l’on apercevait Roland Jourdain torse nu à la barre. Mais dès cette nuit, il pourrait en être tout autrement. S’il n’est pas certain que le plan Lombard subisse l’influence du front, Hugo Boss, Delta Dore et Temenos vont probablement vivre une belle partie de navigation dans la brise avec 27 à 30 nœuds de vent de nord (et plus dans les rafales). Comme un avant goût de Grand Sud… ce Grand Sud que ne semblent pas du tout redouter Jérémie Beyou (Delta Dore) ou Jean Luc Nélias (Veolia Environnement) qui ne sont pourtant jamais descendus aussi bas.
A bord d’Educacion sin Fronteras, la toute jeune Servane Escoffier appréhendait davantage l’arrivée dans ces contrées lointaines et ventées. Mais en attendant les quarantièmes, le dernier concurrent de la flotte devra d’abord affronter d’ici peu, en guise de baptême du feu, une forte dépression.
L’avance virtuelle sur la position référence du trimaran d’Ellen Macarthur à ce point du parcours est passée en quelques heures de 821 milles à 730 milles ce matin. Mais le flux de secteur Nord espéré par le marin de Locmariaquer en bordure occidentale de l’anticyclône de sainte Hélène, et qui pousse actuellement à grande vitesse les leaders de la Barcelona World Race (Monocoques Imoca), semble s’établir et ouvrir la route du multicoque vers les régimes perturbés du grand Sud. Avec 16,5 noeuds de vitesse moyenne ces dernières 4 heures, IDEC retrouve des allures plus en rapport avec son potentiel. Cap au Sud Sud Est, Joyon va toute la journée s’évertuer à glisser autour puis sous les zones de haute pression de l’anticyclone centré sur l’archipel de Tristan da Cunha (37° S)…
Ces derniers mois , Michel Desjoyeaux au sommet de son art a ajouté deux belles victoires à son palmarès long comme un jour sans vent. En damant le pion à la nouvelle vague figariste, il a rejoint Philippe Poupon et Jean Le Cam avec trois victoires à son actif dans cette classique sur Figaro. La transat Jacques Vabre ne lui avait jamais trop souri jusqu’à présent. Cette transat en double entre Le Havre et Salvador de Bahia s’est soldée par une nouvelle victoire avec la complicité d’ Emmanuel Le Borgne à bord de Foncia. Celui que ses pairs surnomment le professeur ajoute à son talent ce brin de réussite qui sourit aux audacieux. On ne peut que s’incliner devant tant de succès acquis dans des catégories différentes et toujours face à une opposition relevée. Le marin le plus titré de la planète solitaire qui essaiera de réussir la passe de deux dans le Vendée Globe ( 1) s’est imposé de haute lutte dans cette élection.
La cote de Claire Leroy
La costarmoricaine Claire Leroy championne du monde et d’Europe de match racing avait aussi rallié de nombreux suffrages du jury présidé par Charles Claden , l’emblématique commandant des remorqueurs de haute mer de Brest. La régatière de la société nautique deSt Quay Portrieux a été récemment sacrée « Sailor of the Year » par la fédération internationale. ( ISAF ) C’est la plus haute reconnaissance dans le monde de la voile. Depuis Isabelle Autissier en 1995, elle est la première française à obtenir ce titre. Sa discipline où elle est numéro un mondiale depuis deux ans est moins médiatique que la course au large et au final Desjoyeaux s’est imposé et raflé les joyaux de cette couronne du marin de l’année.
Le skipper de la Forêt Fouesnant n’était pas sur la scène du théatre Edouard VII hier soir pour recevoir sa distinction . Et pour cause, il dispute actuellement la transat retour Salvador de Bahia Port la Forêt qualificative pour le prochain Vendée Globe. Il pourrait se reposer sur ses lauriers mais ne se lasse pas de courir les océans. " J’ai la chance de faire de ma passion un métier depuis plus de 20 ans. Je n’ai aucune lassitude. J’aime encore quelques challenges à relever " explique t’il. Cette nouvelle distinction ne va pas le faire grimper au mât : " Je ne fais pas ce métier pour récolter des trophées mais cela fait partie du jeu. Et ce titre fait plaisir d’autant que la concurrence était relevée. Il y avait des pointures cette année notamment en olympisme et en match racing, Claire Leroy déjà sacrée par l’iSAF et ce n’est pas rien l’aurait bien mérité. Mais cela va bien." confiait- il depuis Foncia en course sur l’Atlantique.
Gilbert Dréan / Le Télégramme
1.Il avait remporté l’édition 2000- 2001 du Vendée Globe devant Ellen MacArthur. Ce qui lui avait déjà valu le titre de marin de l’année 2001
Ils y sont : ils le voyaient venir hier après-midi, avec ce ciel gris et bas comme le moral d’un chanteur évoquant son "plat pays". Cette fois-ci, plus de doute, la tête de flotte est entrée dans le Pot au Noir. Les vitesses évoquent plus la promenade dominicale que la cavalcade folle d’un pur-sang de course, les trajectoires sont à l’image des doutes des skippers qui cherchent une porte de sortie.
A ce petit jeu, les tenants de la route directe comme Yann Elies et Loïck Peyron, s’ils tiennent encore le haut du pavé semblent aller chercher dans l’Ouest ce qu’ils ne trouvent pas devant leur étrave. Et pourraient bien donner raison au skipper de Safran qui a, le premier, infléchi sa route pour aborder cette fameuse Zone de Convergence Inter Tropicale. Seul à résister aux sirènes occidentales, Michel Desjoyeaux, fort de son titre de "marin de l’année", décerné hier soir par le jury de la Fédération Française de Voile continue de croire en son option vers l’Est. « Père prenez garde à droite, père prenez garde à gauche ! », combien de victimes, la bataille du Pot au Noir va-t-elle laisser sur le pré ?
Samantha Davies (Roxy)
" Hello ! Et bien, nous sommes finalement bien dans le Pot au Noir, depuis hier soir… Il n’y a pas eu encore de méchantes rafales, mais le vent est de plus en plus faible et de plus en plus instable ! Le ciel était peint d’un rouge d’or quand le soleil a rosi le matin et j’ai pu voir un banc de nuages grisâtres me couvrir. Et maintenant, le Code 0 fait un bon travail. J’ai débattu pour choisir entre lui et le grand gennaker et je suis bien contente de l’avoir envoyé : un bon angle par rapport au vent et un bon équilibre à la barre ! J’ai la liberté de choisir ma route et aussi, quand je me suis réveillée (après deux heures de sommeil !), le Code 0 m’offrais toujours une excellente vitesse… J’essaye de faire correspondre ma trajectoire avec les images satellites et les fichiers de vent mais désormais Roxy est entre les mains des Dieux du vent et dans ces petits airs, je n’ai pas beaucoup de marge car la brise dicte ma voie… Il est l’heure du petit déjeuner : mangue fraîche et thé Earl Grey…"
Dee Caffari (Aviva)
"C’est un jour meilleur qui commence sur Aviva ! Ce matin, Je me suis couverte de crème solaire avant de monter sur le pont et lentement, les mauvaises pensées se sont évaporées sous le soleil… J’ai franchi l’équateur à 18h19 hier soir et je suis maintenant dans le même hémisphère que le reste de la flotte. Le Pot au Noir semble incertain devant, mais une bonne douche sous une averse s’annonce comme un bon moment de la journée…"
Mike Golding (Ecover)
"Je n’ai pas eu une bonne nuit. Je ne sais pas exactement ce qu’il se passe, mais je suis en permanence en train de me battre pour rester dans le jeu et choisir la bonne combinaison de voiles pour faire avancer mon bateau. Une partie du problème réside aussi dans le crash de mon ordinateur qui fait que je reçois les prévisions météo avec beaucoup de retard. Mais je pense que mon problème actuel est la vitesse, et je bataille avec elle. Il y a beaucoup de facteurs à bord qui la concernent et c’est facile de penser qu’on a tout bon alors que ce n’est pas le cas. Et ça prend du temps de s’en rendre compte. Je ne pense pas que ce soit une question de vent, car je touche la même chose que les autres. Tout a commencé à mal tourner pour moi quand j’ai voulu envoyer ce gennaker. Je n’ai jamais réussi à revenir après ça, aggravé par les nuages que je me suis pris aussitôt après. Je me suis fait ralentir par deux nuages et j’ai probablement perdu du terrain. Je crois qu’il faut que j’évolue sur certains points. J’ai beaucoup utilisé les ballasts en travaillant avec les données que j’ai, mais ça reste assez intuitif. Je m’en sortais pourtant bien là-dessus jusqu’à présent. Il n’y a plus qu’à espérer que je reprenne ces miles dans le Pot-au-noir. L’autre point est que je suis assez perplexe sur la route à suivre. Pour l’instant, on suit d’assez près l’orthodromie et je ne suis pas sûr que les options extrèmes de Foncia et Safran leur offrent une meilleure traversée (du Pot-au-noir). Mais si on raisonne à plus long terme, peut-être finalement que Mich (Desjoyeaux) se retrouvera mieux à la sortie. Et à plus long terme encore, pas loin de la fin, ce sera peut-être Safran qui aura vu juste. Je suis sûr que le routage va rester celui là, mais ça fait faire du chemin. Donc si on se trompe, on va le payer très cher. Et je ne suis pas certain que ce soit le bon en ce moment. J’aimerais déjà bien être de l’autre côté du Pot-au-noir pour y voir plus clair, mais sa traversée peut prendre quelques jours. Le vent commence à tomber doucement mais je suis toujours à 14-15 noeuds. Peut-être qu’en envoyant du plus léger je pourrais me refaire un peu. »
Théorie du chaos, ensembles flous, théorème de la catastrophe, abbération mathématique, effet papillon, syndrôme Bonaldi… la Zone de Convergence Inter Tropicale (ZCIT) dénommée Pot au Noir, ne répond à aucun principe scientifique ! Impossible de modéliser un phénomène aussi aléatoire qui se joue de tous les pronostics et rendrait fou un prix Noble de physique. Car c’est bien la loi de Finagle : "si le pire existe, il ne manquera pas de se réaliser…" qui semble bien s’appliquer à la situation des quinze solitaires partis de Salvador de Bahia il y a exactement cinq jours. Du vent… pas de vent; du soleil… des nuages; de la pluie… des rafales; de la brise portante… du près ! L’enchaînement des phénomènes locaux ne cesse de faire tourner chèvre les navigateurs qui, désormais calé sur une longitude (26° Ouest pour Michel Desjoyeaux, 28° Ouest pour Loïck Peyron, 29° Ouest pour Marc Guillemot), cherchent avant tout à gagner des milles vers le Nord.
Sortie de secours
Car rien n’est évident quant à la hiérarchie établie ce mardi après-midi : le Pot au Noir est terriblement instable, non seulement dans sa structure mais aussi dans son intensité et ses déplacements. Il bouge sans cesse et donc si l’un des monocoques retrouve l’ivresse d’une vitesse supérieure à dix noeuds, cela peut ne durer que quelques quarts d’heure… La seule réelle référence est bien la latitude : celui est qui le plus au Nord, en l’occurence Loïck Peyron (Gitana Eighty), est en pole position pour s’extraire de ce chaos.
"J’ai retrouvé le sourire : il y a du soleil, plus de nuages, il ne pleut plus… mais il n’y a pas de vent ! Il y a un clapot d’enfer, des vagues dans tous les sens, la grand voile claque, j’avance difficilement à trois noeuds… C’est dur à supporter ! Il faut que j’arrive à faire du Nord pour m’en sortir." indiquait Michel Desjoyeaux, (Foncia), seul solitaire à avoir pu être contacté suffisamment longtemps à la vacation radio de 15h à 16h au Salon Nautique de Paris. Très brièvement, Yannick Bestaven (Cervin EnR) racontait que sa situation était, a contrario, pas trop mauvaise dans le Pot au Noir.
Que va-t-il se passer dans les heures qui viennent ? Les monocoques vont jouer au yo-yo au niveau du classement, jusqu’à ce qu’ils trouvent la porte de sortie, les premiers réels rayons de soleil, significatifs d’un Pot au Noir dans le tableau arrière. Soleil et vent de secteur Est, d’abord d’une dizaine de noeuds, rapidement (quelques heures plus tard) d’une vingtaine… Car au-delà du 8° à 8°30 (soit à 150 milles des étave des leaders), les alizés de l’hémisphère Nord sont bien présents. Et orientés plutôt à l’Est-Nord Est, ce qui est de surcroît plus favorable pour s’écarter vite de cette masse nuageuse noire et sinistre…
Regroupement général
La bonne nouvelle du jour, c’est tout de même que le peloton des poursuivants a très sensiblement refait de son retard : en tête du groupe de chasseurs, Samantha Davies (Roxy) n’est plus qu’à cent milles du leader et même Dee Caffari (Aviva), a pu gratter plus de soixante milles en une journée ! Mais surtout le Pot au Noir va beaucoup se modifier dans les prochaines heures : les bulles sans vent vont "imploser" pour laisser place à un flux modéré de secteur Est dès le 7° Nord. Les sept poursuivants vont ainsi passer moins de temps dans la ZCIT et donc revenir aux basques des sept leaders qui auront donc un autre danger à surveiller dans leur rétroviseur…
En sus, si les alizés seront puissants dès demain mercredi, ils vont eux aussi se dégrader pour descendre à moins de quinze noeuds jeudi. Sans compter que l’anticyclone au large des Canaries s’affaisse sur lui-même ! Y aura-t-il un nouveau Pot au Noir à la latitude de Madère ? C’est ce que semble indiquer les fichiers météo à cinq jours… Il pourrait donc y avoir un nouveau retournement de situation et surtout des options à prendre pour "finir le match" ! A longer les côtes portugaises ou à viser l’archipel des Açores ? La transat Ecover-BtoB a encore des surprises dans sa besace…
L’atmosphère des basses latitudes est en bien en train d’envelopper la tête de course. Vincent Riou : « le temps s’est couvert, il fait plus froid et nous avons aperçu les premiers albatros. Bref, ça sent le Sud, on y arrive ». A bord de PRB et de Paprec-Virbac 2 (31 milles plus loin), les polaires, cirés et bonnets sont donc de sortie.
Plus de 100 milles de gagnés pour Hugo Boss Derrière, si Veolia Environnement (qui a choisi de « couper le fromage » en mettant de l’est dans son cap), doit commencer lui aussi à percevoir les signes annonciateurs du Grand Sud, le reste de la flotte poursuit sa descente autour de l’anticyclone de Sainte-Hélène dans un décor bien différent. Comme Roland Jourdain et Jean Luc Nélias, quelques équipages ont bénéficié, entre lundi et mardi, d’un joli coup d’accélérateur. Hugo Boss et Delta Dore ont trouvé du vent soutenu cette nuit, leur permettant de débouler à 16 /17 noeuds de moyenne et de refaire un peu leur retard : entre 75 et 100 milles de gagnés selon les tandems, de quoi réjouir Sidney Gavignet qui en redemande encore : « le vent nouveau est arrivé. Enfin!! On va pouvoir manger du mille, dévorer de la vague et sillonner l’Océan, encore et encore » nous écrit-il ce matin.
Dans la catégorie du meilleur ‘come back’, la palme revient à Hugo Boss. Alex Thomson est d’ailleurs coutumier du fait, lui qui adore pousser ses bateaux au maximum (rappelons qu’il détient le record de distance sur 24 heures en monocoque et en solitaire, avec 468 milles). Il le prouve ici encore. Malgré une grosse frayeur dans la nuit de dimanche à lundi, où l’équipage a évité de justesse la collision avec un cargo, le bateau noir était le plus rapide de toute la flotte.
Educacion sin Fronteras quitte les alizés Mais ce retour de quelques concurrents par derrière semble avoir atteint son point d’orgue : il ne sera pas assez marqué pour menacer les deux leaders qui continuent leur descente sous spi à 15/16 noeuds de moyenne. Et il n’a pour l’instant pas souri aux poursuivants, à savoir Temenos II et Mutua Madrileña, dont l’équipage était encore en t-shirt lors de la visio conférence du jour. Encore moins à Estrella Damm et Educacion sin Fronteras. A 1130 milles de la tête de course, Albert Barguès et Servane Escoffier commençaient tout juste à quitter les alizés pour entamer leur ‘tour’ de Sainte Hélène. Sur leur chemin, ils risquent à terme de rencontrer du vent fort avec le développement d’une dépression sur les côtes sud-américaines.
Ca se cale en tête mais alors que jusqu’à ce week-end, les leaders jouaient plutôt au "petit train" en suivant la même route, ce début de semaine marque un nouvel alignement, mais cette fois latéral, comme un éventail… Avec toujours un différentiel en milles par rapport au but (encore à 3 000 milles !) inférieur à quinze milles, la hiérarchie ne signifie pas grand chose. Seul, Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) a décroché en concédant une cinquantaine de milles, un petit retard qui doit se justifier par les problèmes informatiques que le solitaire a rencontré ce week-end. Et dans le peloton aussi, les places se stabilisent ainsi que les écarts par rapport au premier, sauf pour les tous derniers qui ont ainsi une journée de retard et qui ne bénéficient plus des mêmes conditions météorologiques.
Des conditions toujours idylliques pour la tête de la flotte qui progresse à plus de seize noeuds de moyenne dans un alizé qui est passé au secteur Sud-Est d’une vingtaine de noeuds. Le Pot au Noir va être dans le collimateur ce lundi, probablement au moment de la vacation radio avec le PC Course de la transat Ecover-BtoB installé au Salon Nautique de Paris entre 15h et 16h. En effet, Météo France laisse entendre qu’une bulle sans air va se positionner sur la route la nuit prochaine, mais ce ralentissement ne devrait durer qu’une douzaine d’heures.
Des alizés favorables
Et si les alizés du Sud sont bénéfiques ce lundi matin, ceux du Nord devraient aussi être favorables, non seulement en force avec une vingtaine de noeuds au Nord du 6° Nord, mais aussi en direction : l’anticyclone de Açores a en effet reculé sous la pression… des dépressions qui balayent violemment les côtes bretonnes depuis dimanche. Décalées plus au Sud-Est vers l’Espagne, les hautes pressions génèrent une brise de secteur Est dès la sortie du Pot au Noir : les solitaires vont donc rester sur un cap proche de la route directe en étant légèrement débridés, ce qui signifie qu’au lieu de planter des pieux dans une mer courte, ils vont allonger la foulée à plus de quatorze noeuds en passant plus facilement dans les vagues. La remontée vers l’archipel des Canaries devrait ainsi être assez rapide, du moins pour les "sept samouraïs"…
Mais pour l’instant, le jeu consiste à définir l’entrée dans le "tunnel" : plus à l’Est comme Michel Desjoyeaux (Foncia), plus à l’Ouest comme Marc Guillemot (Safran), plutôt au centre comme Yann Eliès (Generali) qui a repris les commandes dans la nuit ? En tous cas, l’écart latéral semble rester assez restreint, entre le 28°30 et le 29°30 Ouest et s’il y a un vrai bouleversement climatique local comme l’annonce les fichiers météo, il risque fort de concerner toute la flotte. Les différences se feraient alors plutôt au petit bonheur la chance et en essayant d’éviter les gros cumulonimbus qui "mangent le vent"… Mais comment faire quand le Pot au Noir est prévu en pleine nuit avec une lune qui perd de son intensité ? Y aura-t-il une réelle distribution des cartes ? Il faut en douter au vu de ces trois jours et demi de mer où aucun des sept nouveaux prototypes n’a démontré un potentiel plus important que ses concurrents…
Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat)
"Bonjour, pas beaucoup de nouvelles depuis deux jours, j’ai eu quelques petits désagréments techniques. L’ordinateur principal et son back up ne répondaient plus, tout était sur ces deux machines en une. J’étais tellement persuadé ne pas pouvoir avoir d’ennui avec cette machine que l’ordinateur de secours, un portable normalement dédié à l’image, n’était même pas configuré et que tous les CD d’installation étaient soigneusement rangés dans le camion atelier. Résultat : 24 heures pour relancer la nav et l’aquisition de fichiers météo. Autrement, la cloison qui sépare les deux ballasts centraux s’est cassée et les deux ballasts communiquent entre eux. Il faut que je fasse très attention quand je le remplis pour ne pas lui exploser le couvercle avec la pression. J’ai un oeil dessus et quand le plancher se soulève, je tourne en catastrophe la vanne. C’est encore utilisable et surtout ça ne fuit pas dans le bateau. A part ça, tout va bien à bord. J’ai quand même essayé d’être le plus possible sur les réglages et les changements de voiles. A raison d’ailleurs, parce que hier, j’ai croisé la route de quelques grains vraiment copieux. Autrement il fait chaud et beau, la vie est belle, et depuis quelques minutes nous ne sommes plus austral, mais de nouveau boréal. Parce que nous le valons bien !!! Bonne journée."
Samantha Davies (Roxy)
"Hello ! Tout va bien à bord. J’ai eu les premiers deux grains au début de la nuit. Rien méchant mais un petit échauffement pour le Pot au Noir ! Je suis toujours sous Solent, GV 1ris (ça change des fois !) et ORC et Roxy marche bien. Le vent est pas très stable en force alors il faut règler les écoutes tout le temps ! J’essaye de dormir aussi pour me préparer pour le Pot au Noir, et aussi je regarde les infos météo pour essayer de comprendre la situation et trouver la meilleure route (ou celle la moins pire !)… More news later."
Michel Desjoyeaux (Foncia)
"Pas eu le temps d’écrire jusqu à maintenant. Toujours plus occupé à autre chose, genre surveiller les concccurents par exemple. C’est dingue, au bout de 48heures de course, on voyait encore les sept bateaux de tête… Là, ça s’étale un peu, c’est la première nuit que je ne vois personne. Il y avait Brit Air et Generali dans le sillage avant le grain de fin de journée, et après, plus rien, visibilité mauvaise donc ? Vent très variable surtout en force, de 13 à 20 noeuds, direction à peu près calée, mer désorganisée, on se fait un peu balloter. Pas touché à la barre depuis hier matin, casquette tirée, je sors très souvent pour rerégler la GV, pas besoin de mettre le ciré, ça tombe bien : il fait toujours chaud. Il nous reste quelques heures de fin de nuit avec la lune, c’est vachement sympa, mais ça va en diminuant, snif ! Bonne fin de nuit."
Kito de Pavant (Groupe Bel)
"Nous revoilà la tête à l’endroit !!!!! Groupe Bel a franchi pour la deuxième fois de sa courte vie, l’équateur à 00h 06mn 40s et ce par 31°04 W. Il y a de la brise, bien orientée, qui permet de tenir des vitesses de 15 à 20 noeuds sous pilote. J’essaie de dormir un peu en prévision du Pot au Noir dans lequel, il sera encore plus difficile de fermer l’oeil… Tout va bien à bord même si les distrations sont rares… Tchiz."
La traversée du pot au noir, avec son alternance parfois brutale de grains violents et de vents instables n’avait pas, au sens strict du terme, freiné le grand trimaran Idec. La bordure occidentale de l’immense anticyclone de sainte Hélène constitue pour les navigateurs un piège et un dilemne que Francis s’évertue à résoudre. Dilemne car grande est la tentation de s’y engouffrer pour faire enfin route directe vers la pointe de l’Afrique et l’entrée dans l’océan Indien. Gare à ses pièges cependant préfigurés par de vastes bulles sans vent qui emprisonnent des jours durant le marin impatient. Francis Joyon tente de rallier des latitudes plus ventées en glissant entre ces champs inertes à sa gauche, et les flux plus perturbées qui remontent le long des côtes d’Amérique latine sur sa droite. Entre le portant instable et le près inconfortable loin de la route directe, Joyon cherche le compromis, en mettant imperceptiblement de plus en plus d’Est dans sa route. Paradoxalement, jamais son avance virtuelle sur Ellen Macarthur n’a été aussi élevée, plus de 810 milles ce matin, alors que la jeune anglaise naviguait à ce moment de la course et pour la première fois plus vite qu’Idec dont la moyenne ces dernières heures s’établit à environ 13,5 noeuds.
" La Coupe m’a donné envie de continuer dans la voile mais je ne savais pas trop quelle voie prendre. Tanguy Cariou ( le Douarneniste, tactivien d’Areva) m’a suggéré de me lancer dans le Figaro et de courir la transat Ag2r", explique Jean Galfione. Avec la complicité d’un autre équipier d’Areva Gilles Favennec , l’ancien perchiste a donc décidé de relever le challenge. " C’est une totale aventure . J’ai tout à apprendre , je vais découvrir le large. Il faudra se gérer sur trois semaines en mer. Peut-être qu’en arrivant de l’autre côté de l’Atlantique, je serai dégoûté. Mais une transat cela me fait rêver " dit il avec une lueur dans le regard.
Les gammes à Port-la-Forêt
Cet athlète de haut niveau aborde l’histoire avec humilité mais la prépare avec méthode et rigueur. Depuis Juillet, il a pris ses quartiers à Port la Forêt considérée comme l’université de la course au large." Je suis arrivé sur la pointe des pieds mais j’y étais bien accueilli. Gilles est membre du Pôle course au large et cela a facilité les choses. " Galfione fait ses gammes avec application et le métier rentre progressivement " Ce que je faisais sur le Class America était très spécifique. Là, c’est une autre approche de la voile, il faut réunir beaucoup de qualités. Avec Gilles, nous sommes à fond. Nous avons dû faire entre 30 et 40 sorties, y compris des navigations sur deux ou trois jours. J’apprends sur tout. Je mets le nez dans l’informatique, dans les logiciels de navigation, la météo. J’ai passé un vrai cap depuis le début."
Pas de plan de carrière
Le perchiste apprenti figariste a bien progressé depuis l’été : " Je sais à peu près tout faire , maintenant il faut que tout ça devienne des automatismes. Il y a encore un peu de boulot pour que je me sente totalement à l’aise" dit il . Son équipier Gilles Favennec l’a forcément affranchi sur le niveau très relevé de cette classe Figaro. Galfione le mesurera en Janvier lorsque leur duo va intégrer les stages spécifiques de préparation à cette transat " Je n’ai pas de plan de carrière et donc je n’ai pas de pression excessive sur cette transat . " Mais quand on a tutoyé les sommets à la perche pendant des années, on a forcément un esprit de compétition aiguisé. "Pour qu’il y ait de la motivation, il faut qu’il y ait un objectif. On s’est dit qu’on aimerait finir dans les 10 premiers. Je sais que c’est ambitieux car il y a du niveau. Pour l’heure , Galfione est visiblement heureux d’évoluer dans ce nouvel univers mouillé salé. Et le fait que son centre d’entraînement soit désormais Port la Forêt lui a permis de retrouver le pays bigouden qui lui est si cher. Un vrai bonheur !
« Ces 10 premiers jours, je ne les ai pas vu passer « s’étonne Francis Joyon, étonnamment frais et dispos. « Il a fallu tout de suite entrer dans un rythme de vitesse, dans des vents portants très soutenus qui ont engendré pas mal de stress. J’ai découvert le bateau sous un jour formidablement favorable. Sa longue étrave à fait merveille, évitant tout « planté » intempestif et permettant au bateau de ressortir en douceur des vagues sans s’arrêter. IDEC est capable d’accélérations impressionnantes mais tout à fait maîtrisables. Je me suis, dans cette première partie, attelé à faire marcher le bateau très vite. Il était important pour moi de prendre avant l’équateur une avance substantielle. » Le pot au noir a ensuite joué à plein son rôle de transition, sans pour autant pénaliser la marche de Francis vers le record. « Ce fut une période intéressante, quoique fatigante avec les nombreuses manoeuvres » lourdes » nécessitées par les constantes variations du vent en force et en direction…Mail ce passage m’a aussi permis de constater la bonne tenue du bateau dans les petits airs puisque même avec moins de 10 nœuds de vent, je progressais à 15 noeuds au portant… »
Au près dans l’alizé de Sud Est… « Passé l’équateur, je suis entré voici trois jours dans un régime d’alizé que je dois négocier au près. Le bateau tape et ce n’est pas très agréable. La vitesse a, bien entendu, chuté mais dans des proportions qui me permettent de progresser à un rythme record puisque je dispose d’environ 3 jours d’avance sur le tableau de marche d’IDEC en 2003. »
Une porte ouverte sur le Grand Sud Francis Joyon et son conseiller météo Jean-Yves Bernot travaillent depuis plusieurs jours à la définition d’une trajectoire autour de l’anticyclone de Sainte Hélène, vers les grands régimes perturbés d’Ouest qui circulent autour de l’Antarctique. « Nous avons identifié voilà 4 jours un « thalweg », petit creux barométrique sur notre route » précise Francis, « un petit centre dépressionnaire qui a l’air de nous attendre avec ses vents de secteur Nord. Si nous parvenons à l’attraper, le chemin vers Le Cap nous est ouvert… » IDEC s’accommode pour l’instant fort bien d’un reste d’alizé orienté plein Est. « J’ai 10 nœuds de vent réel par le travers et je suis en permanence entre 16 et 17 nœuds » confirme Francis.
Le rythme de vie à bord du géant signé Irens/Cabaret s’apparente à de la routine. Francis, comme à l’accoutumé, s’en remet aux simples réflexes de l’existence pour maintenir son étonnante fraîcheur physique ; « Je mange au rythme normal de trois repas par jour, avec un gros petit déjeuner, un déjeuner et un dîner, pris aux heures « normales « de la journée. Je veille juste à absorber un nombre important de calories. J’essaie aussi de privilégier le sommeil lorsqu’il fait nuit, car c’est là que l’organisme récupère le mieux, tout en me ménageant de petites siestes. Ma vie au quotidien n’a rien de très originale (rires). Je passe beaucoup de temps dans ce petit sas entre cabine et cockpit. C’est là que je dors où que je somnole, toutes mes écoutes à portée de main. J’ai beaucoup barré les premiers jours lorsque j’étais sous spi. Vent de travers, le pilote automatique fait un bon boulot et le sas est l’endroit idéal pour se protéger, se reposer tout en restant en capacité de réagir vite à toute modification dans le comportement du bateau…Je ne descends à l‘intérieur que pour récupérer les infos météo. »
A 2 600 milles de la longitude du Cap, IDEC et Francis Joyon, loin des chiffres et des statistiques préservent avec obstination l’attitude agressive adoptée depuis le départ de Brest. « Je suis à 100/% en permanence. Dans une telle expédition, on ne peut jamais se relever et couper son effort » Et de s’étonner : « je suis dans une chaleur caniculaire, mais il me faut déjà penser au froid polaire qui m’attend dans quelques jours, et préparer le bateau dans cette optique.. »