Mini-Transat. Hugo Dhallenne, premier Série : « J’ai donné, donné, donné jusqu’au bout »

Ce dimanche 14 novembre à 14h32, Hugo Dhallenne a franchi la ligne d’arrivée de la deuxième étape de la Mini Transat EuroChef, bouclant ainsi les 2 700 milles théoriques du parcours entre Santa Cruz de La Palma et Saint-François en première position chez les bateaux de Série. Le Malouin, deuxième à l’issue du premier acte à 1h52 du leader Melwin Fink, a fait preuve d’une remarquable maîtrise mais aussi et surtout d’un niveau d’engagement physique et mental hors-normes. Après un départ en demi-teinte puis une option à l’ouest avant de changer son fusil d’épaule et de repartir plein sud en retraversant toute la flotte, le skipper du Maxi 6.50 aux couleurs du Yacht Club de Saint-Lunaire est parvenu à tenir des cadences complètement infernales. Un rythme de navigation effréné qui lui a permis d’effectuer une incroyable « remontada » et de finalement l’emporter avec panache pour, en prime, décrocher la victoire au classement général (avant jury).

Après un début de course mitigé, vous êtes parvenu à vous imposer et, par ricochet, à vous offrir la victoire au classement général (sauf réclamations) chez les Série dans cette 23e Mini Transat EuroChef. Que ressentez-vous ?
« J’ai bien donné. Je n’ai pas trop dormi depuis 48 heures et je suis très content d’arriver. Au début, on est parti à l’ouest avec une bonne bande, dont une très grosse partie des leaders au classement général après la première étape. On a joué un peu tactique et on s’est bien battu mais quand on s’est rendu-compte que ça passait au sud, ça a été un peu la douche froide. Il a fallu rester fort dans la tête. Pour ma part, j’avoue que j’ai bien craqué puis j’ai décidé de traverser la piste pour aller au sud. Le hic c’est qu’une fois que j’y suis arrivé, les alizés ont littéralement disparu. Ça a de nouveau été la douche froide mais je me suis accroché. J’ai donné, donné et donné jusqu’au bout.

Pourquoi avoir privilégié l’option ouest au départ ?
« En fait on jouait une courbure dans une dorsale avec dans l’idée de récupérer de bons angles de descente pour rejoindre la Guadeloupe mais les choses ne se sont pas passées comme on l’espérait. En plus, pour replonger au sud, ça a précisément été compliqué parce qu’on n’avait pas des angles de progression favorables. J’ai accusé le coup puis j’ai arrêté d’écouter les classements. Je n’ai plus écouté que la météo et je suis allé au sud à fond. Je crois que j’ai fait des milles ! (Rires) »

Vous avez tenu des cadences infernales, en reprenant entre 10 et 20 milles par jour, et même parfois plus, à tous vos adversaires. Comment fait-on pour aller vite et tout le temps ?
« J’ai dormi par tranche de 20 minutes entre 10h et 14h chaque jour, c’est-à-dire au moment de la journée où il faisait le plus chaud. Lors des deux derniers jours, j’ai seulement dormi deux fois 30 minutes. Je ne me suis vraiment pas ménagé mais je n’ai aussi aucun regret. J’ai eu des doutes mais j’ai réussi à trouver les ressources. Lorsque j’ai craqué quand j’ai vu que les alizés profonds n’étaient pas là, je me suis vite remobilisé. J’ai dormi, j’ai mangé et puis c’est reparti. J’ai commencé à tendre l’oreille pour entendre les pointages. A un moment, j’ai entendu que j’étais à 70 milles du leader. Je me suis dit « oh, oh ! ». J’ai alors remis du gaz et c’était reparti. Ça n’a pas été facile car sur la Mini, on ne sait pas où sont les concurrents. On essaie de se placer où on sent que c’est le mieux. Lorsque j’ai repassé Albi (Alberto Riva, ndlr), je me suis dit que c’était cool parce que c’est quelqu’un de très rapide. Tout s’est bien enchaîné mais comme je l’ai dit, j’ai beaucoup donné. »

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez franchi la ligne d’arrivée ?
« Tant que la ligne n’est pas passée on sait qu’il peut encore tout se passer surtout qu’on ne sait absolument pas où sont les autres. Les 24 dernières heures ont été assez compliquées, avec pas mal de grains dans tous les sens mais aussi pas mal de sargasses. Je n’ai donc pas été très rapide. J’ai vraiment eu peur que les autres bénéficient de conditions plus favorables et qu’ils reviennent. »

Que retiendrez-vous de votre transat ?
« Qu’il faut être fort dans la tête ! C‘est vraiment essentiel parce qu’on n’a aucune info. La météo est sur 48 heures. On ne sait pas où on va. Il faut vraiment être solide, garder le cap et continuer à avancer, quoi qu’il se passe. »

La suite ?
« J’aimerais bien faire du Figaro si je trouve des sous. »