L’anniversaire de la victoire de François Gabart

SAILING - VENDEE GLOBE 2012/2013 - LES SABLES D'OLONNE (FRA) - 26/01/13 - PHOTO JEAN MARIE LIOT / DPPI - VENDEE GLOBE FINISH FOR FRANCOIS GABART (FRA) / MACIF AFTER 78D 02H 16MN 40SEC / WINNER

 

ll y a trois ans jour pour jour, le 27 janvier 2013, à 15h18 – François Gabart s’adjuge une victoire triomphale sur le 7è Vendée Globe qu’il boucle de la plus belle manière en forçant l’admiration de tous. Aux Sables d’Olonne envahis par un raz-de-marée humain, le public acclame dans la joie et la liesse de ce dimanche après-midi, ce marin de 29 ans, le plus jeune vainqueur de l’histoire de la course et le premier à passer sous la barre des 80 jours après 78 jours, deux heures, 16 minutes et 40 secondes de mer.

Dans le célèbre chenal vendéen, théâtre d’inoubliables pages maritimes, le skipper de MACIF, debout à l’étrave de son compagnon de route, ne cache pas les larmes et la vague d’émotion qui le submergent. Les yeux mouillés, le visage radieux malgré la fatigue et l’épuisement, il se laisse porter par les clameurs et la chaleur de la foule. Au terme de sa folle épopée planétaire, François Gabart explose aussi le temps établi quatre ans plus tôt par Michel Desjoyeaux, qu’il améliore de plus de 6 jours. Il signe là une victoire sans appel qui le propulse dans la légende de la course. Ce succès fondateur occupe aujourd’hui une place à part dans sa vie d’homme et de jeune marin. Interview du vainqueur en titre du Vendée Globe, en cette journée anniversaire.

Quels souvenirs gardes-tu de ce 27 janvier 2013 qui a rencontré un très fort retentissement populaire ?
François Gabart : « Cette arrivée, c’est à la fois déjà loin et toujours très frais dans ma mémoire. Même si hier, en fin de journée, je n’avais pas encore réalisé que nous étions à la veille de cette date anniversaire, je devine que les souvenirs de la course vont revenir de plus en plus fort tout au long de cette saison 2016 alors que le départ de la prochaine édition se rapproche désormais à grands pas. Les premières impressions que je garde sont celles de la grande effervescence qui bouillonnait dans ma tête, de l’immense soulagement ressenti au moment de couper la ligne et de l’énorme décompression qui a suivi de réaliser un rêve en construction, sur lequel j’avais travaillé de longs mois et pour lequel je m’étais investi de longues années auparavant, aux côtés de mon équipe et mon partenaire. Il y a cette idée de quelque chose de très chimérique, presque impalpable, qui se concrétise en quelques secondes et devient réel en l’espace d’un instant. Je n’oublierai jamais non plus l’ampleur de l’accueil qui m’a été réservé aux Sables d’Olonne et partout ailleurs. Il n’y a pas d’équivalent au Vendée Globe dans la course au large, je n’ai pas encore disputé d’autres tours du monde et je n’ai encore vécu aucun moment comparable à celui-là. Autant de monde porté par les mêmes émotions, au même endroit et au même moment, cela donne un cocktail un peu explosif. Tout cela, c’est un peu irrationnel, mais cela reste exceptionnel. »

Quel regard portes-tu sur les candidats en lice et sur les innovations à l’œuvre au niveau des bateaux engagés pour la prochaine édition ?
F.G. : « Comme à chaque fois, le plateau qui se dessine et se construit est assez génial, très éclectique et riche d’une vraie diversité. Il y aura encore des marins et des équipes extrêmement bien préparés qui reviennent avec de très fortes et légitimes ambitions. On verra aussi beaucoup de nouveaux bateaux, avec une nouvelle jauge et de nouveaux appendices. Cette 8è édition s’inscrit dans une dynamique vraiment intéressante sur le plan technologique et je me réjouis de basculer du côté des spectateurs. Tout cela laisse présager un tour du monde passionnant à suivre. »

Quel conseil pourrais-tu donner à un concurrent qui s’engage pour la première fois dans la préparation de ce challenge sportif et humain ?
F.G : « C’est toujours difficile de donner des conseils, chacun aborde cette échéance à sa façon et à l’échelle de son projet. Beaucoup de premiers candidats sont susceptibles de disputer plusieurs Vendée Globe, certains en gagneront peut-être un, ou plusieurs. Mais la seule chose que j’ai envie de dire à un bizuth, c’est de ne pas y aller à moitié et de se donner à fond. Au-delà des enjeux sportifs, un premier tour du monde reste celui de toutes les découvertes, c’est une aventure humaine hors du commun. Elle se savoure et s’apprécie pour la part d’inconnue qu’elle réserve. Elle marque forcément l’esprit de manière unique, plus forte sans doute, que celles qui pourront éventuellement suivre ultérieurement. »

Que peut-on te souhaiter pour souffler ces trois bougies ?
F.G. : « De pouvoir aller vite comme hier, à plus de 30 nœuds, en baie de Port-La-Forêt ! Il y a une bonne dépression annoncée. Je navigue actuellement en Diam 24 (petit trimaran de 7,25 mètres) que nous avons customisé et équipé de foils avec l’équipe de MACIF. Je m’entraîne en double avec différents équipiers, dont Vincent Riou, qui m’a récemment accompagné dans la découverte de nouvelles sensations. En tout cas, je n’ai rien prévu d’autre aujourd’hui. Aller sur l’eau, c’est pour moi la meilleure manière de marquer le coup ! »

Propos recueillis par Laure Faÿ / agence Mer & Média