La suite des arrivées à Gustavia

arrivee Financo st barth
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Arriver un peu tardivement ne comporte pas que des désavantages… On ne risque pas la bousculade sur le ponton, les retrouvailles avec les proches sont immédiates, sans chichis ni fioritures. On n’est pas obligé, alors qu’on est happé par le protocole de lancer des regards désespérés à sa belle du style : « T’as de beaux yeux, tu sais… » C’est peut-être le Quai des Brumes, mais ce sont celles d’une dernière nuit qui n’en finissait pas de finir, celles de l’adrénaline dont le taux commence à baisser dangereusement. Les compagnons de meilleure fortune ont l’élégance de ne pas rajouter sur les frustrations légitimes qu’on peut éprouver. « Bravo les garçons, la prochaine fois la chance tournera pour vous. Le nord était difficile cette année ! » Une fois pied à terre, les déceptions sont vite oubliées. La capacité d’oubli des marins, une fois franchi la limite de la laisse de haute mer, fait encore partie des mystères de l’évolution de l’espèce.

Et des déçus, il y en avait ce matin sur les quais de Gustavia. A commencer par l’équipage des Mousquetaires où Bertrand de Broc avouait qu’il allait être bien obligé d’y revenir car : « on ne va quand même pas arrêter l’histoire sur cette note », tout en reconnaissant qu’il prenait toujours autant de plaisir à être en mer . La course au large, si elle n’est pas chienne, pourrait bien lui rendre une part de la passion qu’il lui porte. Une autre règle d’or dans le petit monde fermé de la course au large est de savoir faire, contre mauvaise fortune, bon cœur. Règle appliquée à la lettre par le tandem Nicolas Troussel – Christopher Pratt sur Financo, passé de la position de leader incontestable pendant plus des deux tiers de la course, à une situation beaucoup moins enviable dans le ventre mou du classement. On a beau se consoler en se disant qu’on est les premiers de la route du nord, il en a sûrement fallu des milles pour se faire à l’idée que le doigt de la chance s’était détourné sur d’autres. Pour se dire aussi que d’autres courses vont venir, qu’il y aura encore des coups de navigation à tenter, des heures à rester rivé à la barre, des longs bords de près, des surfs sous spi trop courts…

Les arrivées de course sont ainsi faites : on trouve, autour des quais de Gustavia, des vainqueurs encore tout étonnés de leur bonne fortune qui déambulent au hasard des sollicitations, des modestes tout surpris d’avoir pu laisser derrière eux quelques uns des ténors de la série Figaro, des ambitieux qui ont du en rabattre… Qu’importe au final : tous sont conscients qu’ils ont le privilège de vivre une des dernières aventures où la liberté de choix existe encore, où le temps n’est pas dicté par autre chose que les lois que la mer impose. S’ils peuvent parfois sembler un peu distants, voire déconnectés, ils restent avant tout « des fils de la chimère, des assoiffés d’azur, des poètes, des fous… »

Ils ont dit

SNEF & Cliptol Sport, Jean-Paul Mouren et Laurent Pellecuer, 1er au classement général
– Laurent Pellecuer : « Enorme ! Un grand bonheur. Les vainqueurs de course nous ont toujours fait rêver et là c’est à notre tour de le vivre. Je ne suis pas sûr d’être encore dans la réalité. Nous avons fonctionné comme un vieux couple qui s’engueule pour un coup d’éponge et se retrouve dans des grosses glissades sous spi. »

– Jean-Paul Mouren : «  Merci Saint Barth ! On jouit d’un privilège fantastique.  On a eu de la réussite, à présent nous avons un peu de champagne et nous sommes accueillis par le sourire de nos amis. J’ai l’impression d’être sur un petit nuage. Dix ans après notre première participation ensemble où nous avions terminé 3è, on peut dire que nous avons bien vieilli, nous sommes confiants sur notre maturité.»

FINANCO, Nicolas Troussel et Christopher Pratt, 13ème au classement général
Nicolas Troussel : « On a fait se que l’on croyait être le meilleur et on a perdu. Mais on a navigué du mieux qu’on pouvait. Au moins, là-haut on avait de l’action. On ne s’est pas désuni et on a réussi à rester en tête du paquet qui a eu tout faux… »
Christopher Pratt : « A naviguer avec Nico, j’ai vraiment énormément appris. C’est quelqu’un de généreux qui partage tout de ce qu’il connaît. C’était très riche… »

LES MOUSQUETAIRES, Bertrand de Broc et Gwen Riou, 12ème au classement général
Bertrand de Broc : « On a essayé de se battre pour approcher des dix premiers. Il y des moments comme ça, où il n’y a qu’une route. On ne s’est pas démobilisé. On a le sentiment d’avoir fait ce qu’il fallait. »

SABLIERES PALVADEAU, Aymeric Belloir et Pierre Dombre, 11ème au classement général
Aymeric Belloir  : « C’était ma huitième Transat. On avait tout prévu en matière de nourriture et d’eau. Sur un convoyage, tu peux être très contemplatif. Là tu ne vois pas le temps passer, tu règles, tu règles… Bien sûr, le résultat est un peu frustrant, mais bon.»