La course au large à La Rochelle après la victoire de Yannick Bestaven

@ JM-Rieupeyrout

Avec la victoire de Yannick Bestaven sur le Vendée Globe, nombreux sont ceux qui espèrent que la course au large ait la place qu’elle mérite à la Rochelle. Après beaucoup de promesses depuis 10 ans, cela pourrait enfin bouger.

Le jeudi 28 janvier 2021, aux Sables-d’Olonne, Yannick Bestaven marque de son empreinte la course au large en remportant le Vendée Globe. Une victoire méritée qu’il est allé chercher avec ses tripes. « Une victoire qui est le fruit d’un bosseur, têtu, d’un besogneux, mais c’est surtout un passionné », dira Arnaud Boissières, son meilleur ami. C’est aussi un Rochelais qui gagne devant les marins de la « vallée des fous » du Pôle d’entraînement de Port-la-Forêt. Un Pôle qui truste les victoires depuis 20 ans ― depuis la victoire de Michel Desjoyeaux ― et qui reste un modèle pour tous les centres de préparation à la course au large. Et si Yannick Bestaven y a participé à quelques entraînements, il milite depuis 20 ans pour qu’on développe la course au large à La Rochelle.

Il y a 10 ans, on avait déjà eu beaucoup d’espoir mais finalement, rien de concret n’est advenu malgré les promesses. Aujourd’hui, il n’y a presque plus rien en course au large dans la ville qui accueille chaque année le Grand Pavois, l’un des plus grands salons à flot. Seul subsiste le Pôle compétition. Et pour ne rien arranger, la Mini Transat est partie aux Sables-d’Olonne. Avec la victoire de Yannick Bestaven, beaucoup espèrent, et lui le premier, que les choses vont enfin changer. C’est la mission qui a été confiée à l’Atlantic Cluster (une association qui fédère une centaine d’entreprises du nautisme et du naval en Nouvelle-Aquitaine). Il a mené une étude en 2020, juste avant le départ du Vendée Globe, avec le cabinet Katalyse, pour la Communauté d’agglomération de La Rochelle ― poussé par Jean-Luc Algay, son vice-président ― sur l’opportunité de l’implantation d’un pôle course au large sur le territoire de La Rochelle. L’étude a répertorié tous les acteurs, analysé leurs besoins, réalisé une étude d’impact économique, et surtout identifié le lieu potentiel pour accueillir ce pôle. « Très vite, nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait qu’un seul site qui était utilisable pour les bateaux à fort tirant d’eau type Imoca : le port de pêche de La Rochelle», nous explique Gaëlle Pallu de la Barrière, directrice du Cluster.

Les conclusions ont été rendues durant le Vendée Globe et l’Atlantic Cluster est entré, en 2021, dans la deuxième phase de cette étude. L’objectif : identifier les moyens et équipements à mettre à disposition des professionnels et utilisateurs du site, avec l’optique de faire revenir la course au large à La Rochelle. « Avec cette deuxième phase on rentre dans une phase beaucoup plus précise pour recenser les besoins techniques. Cela ressemblerait, si le projet voit le jour, à un linéaire de ponton au port de pêche dédié aux bateaux de course au large, et un espace à terre qui pourrait accueillir des bâtiments. Fin avril, on va rendre un livrable à la Communauté d’agglomération. À partir de là, et selon les investissements nécessaires, ils lanceront ou pas le projet. C’est plutôt en bonne voie. On a l’appui de Yannick Bestaven, qui est fortement mobilisé dessus. Ce sera plus un pôle de course au large « économique » qu’un pôle d’entraînement fédéral. Dans un premier temps l’idée est de développer l’économie autour de la course au large, et de ce fait, en ramenant des écuries de course au large, on pourra créer un réel pôle d’entraînement avec des synergies entre les classes. Il y a le modèle de Lorient, mais la particularité de la Nouvelle-Aquitaine par rapport à la Bretagne, c’est qu’on est la région où il y a le plus d’entreprises ― à peu près 1 600 dans le naval et le nautisme. Cela a du sens d’avoir à nouveau de la course au large et des écuries de course au large sur cette région pour accompagner cette filière. On a plusieurs entreprises qui sont déjà bien présentes dans la course au large, comme Madintec, C3 technologie, Hydro-M, Nautex International ou Watt & Sea. Il y a beaucoup de ministes, quelques Class40 et 3 Imoca. On n’a pas de Multi50 mais Lalou Roucayrol n’est pas loin et il pourrait venir s’il y a de la place. Il y a également quelques Figaro. Toutes les séries sont représentées mais ce n’est pas aussi important qu’en Bretagne. »

Christian Karcher espère lui aussi que les choses se concrétisent et que des décisions politiques soient enfin prises. « Yannick Bestaven se bagarre depuis 25 ans pour avoir un endroit où mettre ses bateaux avec un grand tirant d’eau. Le problème du port de La Rochelle, c’est qu’on ne peut sortir qu’une heure ou deux autour de la pleine mer. Ce qui oblige parfois à sortir à 4 heures du matin. Il y a une bonne entente entre les pêcheurs et les coureurs au large. On a besoin d’un ponton pour mettre le bateau, une grue qu’on loue tous les 3 mois, et de pouvoir mettre le bateau sous une tente. J’espère que la décision sera prise. Notre bateau Ebac sera pour l’instant dans le Vieux-Port, comme celui de Yannick Bestaven. »