Collision en mer : la Classe IMOCA et le Pôle Mer lancent un appel pour trouver des solutions

©Kito de Pavant / Bastide Otio

Le risque de collision en mer d’OFNI est un vrai sujet d’inquiétude pour les skippers comme pour tous les acteurs du monde maritime. Depuis plusieurs mois, un groupe de réflexion, réunissant des équipes de plusieurs Classes ainsi que différents spécialistes et réseaux comme celui d’Eurolarge Innovation, a partagé des expériences et des connaissances. A l’issue de ces échanges, la Classe IMOCA et le Pôle Mer Bretagne Atlantique ont rédigé un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI).

Containers, billes de bois, glaces dérivantes, embarcations non signalées, déchets en tout genre, mais aussi animaux marins de tailles et de comportements très différents, le risque de toucher quelque chose en mer demeure une véritable épée de Damoclès pour les coureurs, mais la problématique est très complexe. Radars, AIS, caméras thermiques, effaroucheurs sonores, des équipements existent et le Vendée Globe a été, cet hiver, un nouveau galop d’essai pour un travail qui n’est pas terminé.

L’objectif de cet AMI est de faire appel aux différents experts afin de réfléchir, de façon plus transversale sur le sujet des collisions en mer et de proposer un ensemble de solutions permettant de détecter une cible à distance – manufacturée ou vivante, immergée ou semi-immergée – et de réduire le risque de choc à haute vitesse.

Les étapes de l’AMI :
– Exposer clairement la problématique aux acteurs de l’innovation
– Recenser de façon exhaustive les solutions existantes
– Faire émerger des solutions :
. Interconnexion entre solutions existantes
. Collaboration avec d’autres filières
. Approches transversales entre technologies
– Accompagner les porteurs de solutions dans la structuration de leur projet et dans la recherche de financement (Pôle Mer)
– Proposer un terrain d’expérimentation et un premier marché (IMOCA)

« L’AMI permet de partager plus largement la problématique à la communauté afin de réunir les compétences et tester plusieurs solutions possibles. Le Pôle Mer porte désormais cet AMI publiquement auprès de son réseau. Une entreprise, française ou internationale, peut ainsi répondre seule avec un outil ou bien proposer un projet collaboratif. Le Pôle Mer accompagne alors les entreprises sur la réalisation de ce projet, » nous explique Régis Guyon, animateur dans le groupe Naval et Nautisme du Pôle Mer.

Le problème des collisions en mer ne sera peut-être pas résolu uniquement avec des détecteurs embarqués, mais avec le croisement des compétences entre des océanologues, des spécialistes de la faune, de la flore, du spatial, des mathématiques ou du transport maritime. « Nous souhaitons avec cet AMI faire collaborer des personnes qui ne l’auraient pas fait naturellement, pour voir quels projets nous pouvons faire émerger, » confie-t-il.

Il n’y aurait donc pas une solution miracle, mais une association de plusieurs systèmes qui permettent de voir, sur ou sous la mer, de près ou de loin. Chaque système aurait évidemment des avantages et des inconvénients et donc les équipes auraient la possibilité de choisir en fonction de leur stratégie.

« Rapides et, d’une certaine manière, fragiles, les bateaux de course sont susceptibles d’être accidentés plus que d’autres navires, » explique Damien Demoor (Business & Innovation Developer chez Naval Group). « Par exemple, il n’existe encore aucune solution de détection dans la zone de 0 à 10 mètres de profondeur. Beaucoup de choses peuvent être faites et le développement scientifique ira d’autant plus vite si les Classes mutualisent leurs efforts sur le sujet et rendent visibles les actions possibles. »

Instruments optiques ou acoustiques : des systèmes en développement

Aujourd’hui, des systèmes sont déjà mis en place sur les IMOCA. Parmi les plus connus, les ‘pingers’ et le système ‘OSCAR’. Sur le Vendée Globe 2020-21, une dizaine d’IMOCA avait un Pinger Whaleshield. Développé par l’entreprise australienne Future Oceans, cet émetteur acoustique, placé sur le bulbe de quille, a pour but d’éloigner les cétacés.

Olivier Adam, spécialiste en bioacoustique et professeur à l’Université Paris-Sorbonne, nous explique. « On ne peut pas parler uniquement de baleines puisqu’il existe 89 espèces de cétacés. Certains sont peureux et seront réceptifs aux ultra-sons émis par le pinger tandis que d’autres seront plutôt curieux et donc attirés vers le bateau. Il est donc difficile de savoir quand allumer ou non l’émetteur. Si on ne fait pas de bilan des espèces qui sont attirées par les bateaux, on n’y arrivera pas. Ainsi, seul le retour des skippers sur ce qu’ils voient pourra faire avancer le développement du produit. »

La moitié des IMOCA du Vendée Globe était aussi équipée d’OSCAR, un système alliant deux caméras, l’une thermique et l’autre permettant d’identifier les formes en surface. Ces nouvelles technologies prometteuses demandent encore du temps. La répétition de tests sur chaque entraînement et course pourra faire évoluer les solutions vers quelque chose de vraiment adapté à la diversité des cibles et aussi aux spécificités des bateaux en termes de poids, de miniaturisation ou de résistance aux conditions extrêmes. Selon Olivier Adam, « seule une combinaison de solutions permettra d’éviter les différentes situations de collision. Il est donc essentiel de collaborer. »

Calendrier de l’AMI « prévention des collisions en mer »
Mai 2021 : lancement officiel
Octobre 2021 : clôture des candidatures
2021-2022 : accompagnement des projets
2023 : mise sur le marché
2024 : Vendée Globe

Plus d’informations : https://www.pole-mer-bretagne-atlantique.com/fr/actualites/2719-partenariat-classe-imoca-prevention-des-collisions-en-mer