Des conditions musclées pour les leaders

Groupama 3
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Le nombre de candidats à la victoire finale de la Route du Rhum s’amenuise de jour en jour. Vendredi, c’était au tour de Yann Guichard (Gitana 11) de voir ses chances se réduire comme peau de chagrin à cause d’une météo capricieuse. En 12 heures, le plus sudiste de la flotte Ultime a perdu plus de 100 milles sur ses adversaires directs.

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Au nord, Thomas Coville (Sodebo) met tout le charbon qu’il lui reste pour faire fumer ses étraves à plus de 30 nœuds, avec l’espoir de revenir sur l’intouchable leader depuis plus de trois jours, Franck Cammas (Groupama 3). Il reprend 86 milles en 24h. A ce train-là, il faudrait trois jours à Thomas Coville (Sodebo) pour refaire son retard de 260 milles sur Franck Cammas (Groupama 3). Et trois jours, c’est environ le temps de course qu’il reste au premier pour rejoindre la Guadeloupe. Fatigué, Franck Cammas paraissait aussi un peu inquiet à l’évocation de la fin de la course. « La fin va être compliquée » avouait-il sur un ton las pour évoquer une zone sans vent à négocier dimanche, en approche des Antilles.

Le duel Joyon / Guichard s’est peut-être terminé aujourd’hui à l’avant du front. A bord de Gitana 11, décalé au sud de son adversaire, Yann Guichard a subi les affres d’Eole, bien décidé à le retenir dans ses tentacules. Plus de 130 milles perdus en 12h sur Francis Joyon. A l’arrière de la flotte le duel se poursuit entre Gilles Lamiré (Défi Cancale) et Servane Escoffier (Saint-Malo 2015). L’un sur un trimaran de 18 mètres pour 5,5 tonnes, l’autre sur un catamaran de 22,50 m pour 11 tonnes. La légèreté face à la puissance…

IMOCA : Roland Jourdain (Veolia Environnement) installé en solide leader
« Si ça ne leur met pas un coup au moral, au moins ça me réconforte… » répond Roland Jourdain à la question de savoir si l’écart creusé au passage du front pouvait marquer ses adversaires dans la flotte IMOCA. Et du moral, il en faut pour vivre 24h sur 24 dans une machine tout en carbone lancée à plus de 20 nœuds sur les crêtes des vagues. « C’est un peu la guerre sur le bateau » dépeint Kito de Pavant (Groupe Bel). « Dans la série nuit pourrie, elle a gagné le pompon celle-là » se plaint Christopher Pratt (DCNS1000), qui a perdu près de 80 milles en 8 heures. Pendant ce temps là, Bilou peut se frotter les mains, même si la vigilance s’impose. « Je n’ai pas eu de grosses galères, j’ai eu des bricoles, des petits énervements mais rien de gros. Dans le front je ne suis pas passé loin de la correctionnel avec un départ au lofe qui s’est bien résolu. L’ambiance sous-marine s’est calmée avec des transitions où le vent s’installe un peu plus mollement, mais il reste des grains donc il faut être vigilant.»

A l’arrière de la flotte IMOCA sur son option sud, Michel Desjoyeaux n’est pas du genre à désespérer, mais accepte qu’il est plutôt mal positionné. « J’ai beau avoir de l’expérience, j’ai beau avoir du métier, cela ne suffit pas. J’ai la chance de naviguer sur un beau bateau. Devant, c’est un bazar sans nom. La route nord les fait passer à travers une tempête tropicale et de notre côté, il y a une grosse incertitude pour savoir comment on va rejoindre la ligne d’arrivée. »

Vents violents et mer mal pavée
Les conditions se sont corsées également pour les solitaires en tête du classement de Class 40. Pas étonnant que les gros bras de la brise, à l’image de Thomas Ruyant (Destination Dunkerque) solidement vissé en tête, tirent encore leur sillage de ce jeu à haut risque éprouvant pour les hommes et les bateaux. Coup de chapeau aussi à Sam Manuard (Vecteur Plus), 2è, ou encore Yvan Noblet (Appart City), qui s’est hissé aujourd’hui à la 3è place du classement. 600 milles plus bas, la course océanique en solitaire change radicalement de décor. Si les derniers routages donnent aux nordistes quelques courtes étraves d’avance sur les sudistes, rien n’est encore joué. En pleine forme et toujours serein en dépit de son retard de plus de 100 milles, Nicolas Troussel (CMB) ne baisse certainement pas la garde. « J’attends de voir comment les autres vont se sortir du front. On en saura plus dans 48 heures environ. Enfin, il ne faut pas oublier de prendre en compte l’approche de l’arc antillais: c’est toujours délicat. Il y a vraiment encore des choses à faire.»

Multi50 : Deux options, deux régimes
Au sud, les leaders négocient un front et composent actuellement avec les variations du vent, tant en force qu’en direction. Franck-Yves Escoffier (Crêpes Whaou !) reste toujours solidement accroché aux commandes même si son dauphin, Yves Le Blévec sur Actual, lui a repris une trentaine de milles ces dernières 24 heures. Au nord, Philippe Laperche (La mer révèle nos sens, 4e) sur l’ancien trimaran de Franck-Yves Escoffier, vainqueur de la Route du Rhum en 1998 et 2002, tient la dragée haute aux Imoca et déboule, comme eux, entre 15 et 25 nœuds dans les surfs dans des conditions pour le moins sportives.

Classement de 19h40
Ultime
1 Franck Cammas Groupama 3 à 1258,8 milles de l’arrivée
2 Thomas Coville Sodebo à 257,8 milles
3 Francis Joyon Idec à 286,1 milles
4 Yann Guichard Gitana 11 à 487,3 milles

Classe IMOCA
1 Roland Jourdain Veolia Environnement à 2049,3 milles de l’arrivée
2 Armel Le Cléac’h Brit Air à 36,5 milles
3 Vincent Riou PRB à 47 milles
4 Jean-Pierre Dick Virbac Paprec 3 à 59,9 milles
5 Kito De Pavant Groupe Bel à 68,4 milles

Classe Multi 50
1 Franck-Yves Escoffier Crêpes Whaou ! à 1959,8 milles de l’arrivée
2 Yves Le Blevec Actual à 25,8 milles
3 Philippe Laperche La mer révèle nos sens à 261,1 milles
4 Loïc Fequet Maître Jacques à 292,5 milles

Class40
1 Thomas Ruyant Destination Dunkerque à 2550,8 milles de l’arrivée
2 Samuel Manuard Vecteur Plus à 32,5 milles
3 Yvan Noblet Appart City à 39,2 milles

Catégorie Rhum
1 Pierre-Yves Chatelin Destination Calais à 2710,6 milles de l’arrivée
2 Charlie Capelle Acapella à 7,6 milles
3 Andrea Mura Vento Di Sardegna à 8,2 milles