Coup de frein entre deux systèmes météo

Première séance d`entraînement Spindrift Racing
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En son 6ème jour de course, et conformément à son plan de route, le plus grand trimaran de course au monde a dû affronter des zones perturbées entre deux systèmes météo. Des orages souvent virulents sont venus toute la nuit malmener l’équipage, les soumettant à l’usante alternance des soudaines montées de vent, et d’arrêts buffet sous les grains. Trouver la toile du temps dans ces conditions aussi brutalement changeantes s’est avéré un véritable casse tête qui a toute la nuit mobilisé l’attention et la réactivité de l’équipage. C’est Dona qui illustre avec les mots justes l’ambiance et les circonstances de la nuit : « Spindrift 2 ressemblait plus a une veille voiture en manque d’essence qu’à une formule 1 des mers. Nous sommes restés encalminés sous les orages, avec le vent passant de 2 à 25 noeuds, sans options de sortie. »

Et comme pour corser davantage encore une affaire au demeurant fort compliquée, un incident est survenu au même moment : « Pour ne pas arranger les choses et garder tous les équipiers éveillées, le gennaker medium est tombé sur le filet, heureusement sans occasionner de dégâts. Thomas (Rouxel) s’est dévoué pour monter à près de 40 mètres de haut dans le mât pour récupérer la drisse. Cela n’est pas une mince affaire mais la manoeuvre a été effectuée avec succès dans le calme, discernement et rapidité ». Au passif de cette nuit noire, sans lune et quelque peu angoissante, un gain sur la route de 175 petits milles sur 12 heures, soit 14,5 noeuds de moyenne. L’avance sur Groupama 3 a elle fondu de plus de 60 milles, passant de 333 milles hier soir, à moins de 270 ce matin. Tel était le prix à payer pour rejoindre un vaste flux de secteur nord est qui descend le long des côtes d’Amérique du nord et baigne généreusement les Bahamas.

« Nous sommes désormais tribord amure » confiait Dona Bertarelli ce matin. « Nous avons 35 noeuds de vent et sommes passés sans transition de la toile maximum à deux ris et trinquette ». Les derniers 600 milles de course devraient voir de nouveau Spindrift 2 déployer ses ailes de géant et rejoindre San Salvador dans les temps du record. « Il y aura un ou deux empannages à négocier dans du vent fort » précise Dona. « Nous voyons au radar que des phénomènes orageux circulent sur la zone d’arrivée. Cette dernière phase du parcours s’annonce musclée. » Tout l’équipage de Spindrift 2, au sortir de l’épineux épisode de la nuit qui les a totalement privés de repos, reste plus que jamais concentré sur la marche du bateau. « Spindrift 2 est une machine infernale. Sa puissance dans le vent est phénoménale. Bien maîtrisée, c’est une machine fantastique » résume Dona Bertarelli, toujours à l’émerveillement de sa première transat en course. « L’esprit d’équipe, la notion d’entre aide à bord est absolument fantastique et donne une dimension humaine très forte à notre aventure. » Après le coup de frein de la nuit, Spindrift 2 va toute la journée bénéficier d’un tapis roulant à grande vitesse vers les Bahamas et la ligne d’arrivée de San Salvador.