Vendée Globe. Mise à l’eau du nouveau PRB de Kevin Escoffier

Yann Riou / Polaryse

Kevin Escoffier a mis à l’eau son nouvel IMOCA. Pour cette nouvelle campagne, l’équipe PRB a suivi un processus unique en récupérant un plan Guillaume Verdier de 2020 dont la construction, lancée pour un propriétaire américain, avait été arrêtée. Kevin a pu ainsi le terminer, en y ajoutant des modifications substantielles, notamment sur l’étrave et le cockpit. Il s’agit d’une stratégie qui, selon le skipper, a permis à son sponsor d’économiser environ 1,5 million d’euros par rapport à ce qu’il aurait pu dépenser en partant de zéro.

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Cependant, avec toutes les mises à l’eau de nouveaux bateaux qui s’annoncent entre cette année et l’année prochaine, nous pouvons nous demander si cette machine hybride peut vraiment être qualifiée de “nouvelle génération”, ou bien s’agit-il plus d’un compromis entre la précédente génération et la prochaine ?

Kevin affirme sans équivoque que le nouveau PRB sera à l’avant-garde en 2024. “Pour moi, c’est un tout nouveau bateau”, affirme-t-il. “Je ne veux pas dire que c’est un ‘demi-générationnel’, car nous avons un nouveau design. Même si c’est une coque qui a été conçue à l’origine en 2020, nous avons complètement modifié l’étrave en changeant 4,5 mètres à l’avant du bateau. De plus, Guillaume Verdier a dessiné 23 étraves avant d’arriver à celle-ci donc nous avons beaucoup travaillé.”

Il poursuit : “Nous avons modifié le cockpit pour faciliter la navigation en solitaire (à l’origine, le bateau avait été conçu pour uniquement participer à The Ocean Race en équipage) et nous avons conçu les foils. Ce sera un bateau très polyvalent et j’en suis très heureux. Lors des précédentes éditions du Vendée Globe, nous avons vu qu’il était essentiel d’avoir un bateau fiable et qu’il fallait parfaitement le connaître pour pouvoir le pousser au maximum au bon moment. Je pense qu’avec le bateau que nous avons maintenant, nous aurons l’un des cinq bateaux les plus rapides du prochain Vendée Globe.”

La fiabilité est un autre sujet central pour Kevin qui est considéré comme l’un des marins les plus polyvalents du circuit, pour sa performance sportive, mais aussi grâce à sa capacité à gérer des réparations de toutes sortes à bord. Avec ce projet, sa nouvelle équipe PRB et lui ont accentué leur travail sur la fiabilité, avant même que quelque chose ne tourne mal et que le bateau ne soit mis à l’eau.

“J’ai eu la chance de construire trois IMOCA et trois Ultimes. Je sais que même si vous faites tout ce que vous pouvez pour avoir un bateau fiable, vous aurez des ennuis”, résume-t-il. “La question n’est pas de savoir si nous aurons des problèmes, la question est de savoir comment les gérer et comment faire les bons choix. Nous avons beaucoup travaillé sur tous les systèmes embarqués, pour que je puisse non seulement résoudre les avaries seul, mais aussi pour que je puisse tout vérifier en anticipant un maximum la manière dont nous pourrons résoudre les problèmes.”

Kevin est aussi fier d’avoir, comme il le dit, “l’honneur” de représenter PRB, le plus ancien sponsor de l’histoire de l’IMOCA, avec 30 ans de soutien ininterrompu aux plus grands marins de la Classe comme Isabelle Autissier, Michel Desjoyeaux et Vincent Riou, qui s’est intéressé de près au nouveau projet. Kevin rappelle que le président de PRB, Jean-Jacques Laurent, l’avait informé, alors même qu’il était encore sur le bateau de Jean Le Cam dans l’océan Indien, que le partenariat se poursuivrait avec un nouveau bateau.

“Quand vous avez un gros problème comme cela (le naufrage d’un bateau), je peux vous dire que vous pouvez regarder en avant et imaginer l’avenir parce qu’il y a des gens comme Jean-Jacques qui vous font confiance même dans les pires moments”, confie Kevin. “Donc s’il y a un homme que je voudrais remercier, c’est lui. Pour l’équipe dans son ensemble, il y a beaucoup de personnes qui ont travaillé sur le bateau, en qui j’ai confiance, qui donnent beaucoup pour produire le meilleur bateau possible, mais je ne citerais pas un nom en particulier parce que je ne veux pas pousser une personne au lieu d’une autre. Je suis surtout très fier du travail que nous avons fait, non seulement avec le bateau, mais aussi avec l’équipe que nous avons réunie.”

Le premier objectif du programme de course est la Vendée Arctique le 12 juin, mais le skipper précise que la participation à cette course dépendra de la manière dont se dérouleront les premiers essais en mer et les tests du bateau. S’il y a des problèmes, les débuts du nouveau PRB en course pourraient être reportés au Défi Azimut-Lorient Agglomération en septembre. Le grand objectif sera la Route du Rhum-Destination Guadeloupe en solitaire, au départ de Saint-Malo, ville natale des Escoffier, le 6 novembre prochain.

Une autre question est celle de The Ocean Race, surtout si l’on considère que ce bateau était initialement destiné à cette course. Kevin a d’excellents souvenirs de cette grande aventure d’équipe, y ayant participé à deux reprises au sein de Dongfeng Race Team de Charles Caudrelier qui l’a remportée en 2017-18. Il n’exclut pas sa propre participation en IMOCA, même si l’objectif principal reste le prochain Vendée Globe.

“Nous avons peu d’occasion d’aller naviguer dans le Grand Sud sur ces bateaux et je pense que ce serait une excellente occasion d’apprendre à connaître le bateau dans son ensemble et de courir en équipage”, détaille-t-il. “En participant à cette course, j’ai appris que c’est la meilleure façon d’apprendre à exploiter le potentiel d’un bateau. Cela dépendra de PRB, de l’arrivée d’un co-sponsor avec nous et du timing.”

C’est à se demander si ce marin éloquent et facile à vivre, père de deux enfants, ne ressent pas néanmoins une sacrée pression pour aller chercher les résultats qu’il vise au sein de la flotte IMOCA. Kevin affirme que les attentes du public ne sont pas un problème pour lui. “J’espère que nous passerons de bons moments avec ce bateau et que les gens attendront des choses de moi, mais, vous savez, la personne qui met le plus de pression sur mes résultats, c’est moi”, explique-t-il. “C’est moi qui cherche à performer lorsque je vais naviguer, parce que je vis pour cela et si les gens ont des attentes à mon égard, au final, c’est moi et pas eux, qui me met le plus de pression…”

Propos recueillis par Ed Gorman (traduit de l’Anglais)