The Transat : le film de la course

Victoire de Loick Peyron
DR

Jour 1 (11 mai 2008) – Départ en douceur
Le début de cette treizième édition de The Artemis Transat s’annonce laborieux pour les treize solitaires en monocoque Imoca : dès le départ, la brise n’a pas dépassé dix nœuds et le clapot levé par les centaines de bateaux spectateurs gênait considérablement la progression des bateaux vers le Sud. Mais au fur et à mesure que les concurrents s’éloignaient des côtes de Plymouth, la brise tournait à l’Ouest en se stabilisant, au bénéfice de Loïck Peyron qui parait le premier le phare d’Eddystone.

Jour 2 – Montée en régime
Après une journée de mer, les treize monocoques glissent toujours sous spinnaker maxi à plus de treize nœuds de moyenne et ce rythme, encore modéré, devrait sensiblement s’accélérer la nuit prochaine avec le renforcement de la brise d’Est. Le positionnement différent en latitude des leaders marque déjà des tendances stratégiques, les plus au Sud étant en tête. 274 milles en 24 heures (soit presque 1/10ème du parcours), près de onze nœuds et demi de moyenne depuis le départ de Plymouth malgré le petit temps des côtes anglaises, quatorze nœuds lors des derniers pointages : le rythme de The Artemis Transat prend des tours !

Jour 3 – Passation de pouvoir
La face Nord d’une dépression au large de la Bretagne n’a pas été de tout repos pour les treize monocoques Imoca, au point que Marc Guillemot est tombé violemment sur une côte. Le rythme est donc encore monté d’un cran et les leaders se succèdent en tête, Yann Eliès ayant pris le commandement ce mardi après-midi. Mais la traversée d’une zone de vents faibles peut redistribuer les cartes dès demain mercredi. Au lieu de la vingtaine de nœuds annoncés, ce sont presque trente nœuds qui ont soufflé la nuit dernière et les monocoques ont pu allonger allégrement la foulée pour aligner près de 370 milles ces 24 dernières heures, soit 15,4 nœuds de moyenne.

Jour 4 – Chassé-croisé
Un repos bien mérité : voilà ce qui ressortait des commentaires des treize solitaires ce mercredi ! Il faut dire que le rythme a été extrêmement soutenu depuis trois jours et que les skippers ont investi beaucoup d’énergie pour ne pas se faire décrocher. Les skippers interrogés à la vacation radio de midi n’étaient d’ailleurs pas du tout sur la même longueur d’onde quant à savoir s’il fallait perdurer sur une voie proche de l’orthodromie à l’image des deux leaders, Michel Desjoyeaux (Foncia) et Yann Eliès (Generali), ou s’il fallait se décaler un peu plus au Sud comme Sébastien Josse (BT) et Vincent Riou (PRB) suivi par Armel Le Cléac’h (Brit Air). En position d’attente au centre, Loïck Peyron (Gitana Eighty) était en situation de changer d’orientation au cas où l’un des deux groupes tirait mieux son épingle du jeu.

Jour 5 – Desjoyeaux sort du jeu
Hautes ou basses pressions, la situation sur l’Atlantique Nord est pour le moins fluctuante, incertaine et inhabituelle : un vent établi de secteur Sud-Ouest n’est pas attendu avant samedi. D’ici là, les solitaires avancent par à-coups au gré de risées qui balayent un plan d’eau anémique et si Sébastien Josse s’est créé un décalage favorable la nuit dernière, il était en train de perdre tous ses gains dans cette loterie météo. La lecture des vitesses instantanées ce jeudi après-midi démontre bien qu’il n’y a rien d’établi sur le terrain de jeu : à quelques dizaines de milles près, certains progressent à plus de dix nœuds quand d’autres se traînent à moins de trois nœuds ! La fin de cette journée sera marquée par l’abandon de Michel Desjoyeaux sur Foncia, victime d’une collision avec une baleine.

Jour 6 – Black-out annoncé
Avec 36 heures d’incertitude sur les choix des concurrents dès ce vendredi soir, les douze solitaires encore en course vont devoir se consacrer à la stratégie plutôt qu’à la tactique, c’est-à-dire chercher à se positionner par rapport à la dépression qui s’installe sur les bancs de Terre-Neuve et non plus tenter de contrôler les mouvements de leurs adversaires. Toujours leader, Sébastien Josse vise à glisser vers l’Ouest. Le peloton a quant à lui profité de cette longue période de calmes et de brises incertaines pour se regrouper puisque les six poursuivants du groupe de tête sont tous à moins de 2 000 milles de l’arrivée, avec un écart de soixante milles seulement.

Jour 7 – Le silence des bateaux
Si avec le black-out, personne ne sait où se trouvent exactement les douze solitaires en course, ceux-ci n’ont pas caché qu’ils naviguaient dans une brise de secteur Sud, donc au débridé à une douzaine de nœuds de vitesse, en route directe vers la porte des glaces. Mais comme le vent va tourner vers l’Ouest, il va falloir faire du près voire même tirer des bords. Quelles seront les positions dimanche à 8h00 ? Le fait de ne pas savoir où se situaient leurs adversaires n’avait pas l’air de perturber outre mesure les solitaires qui ont répondu à la vacation de ce samedi midi : ils ont même révélé leurs conditions de navigation, images à l’appui !

Jour 8 – Sébastien Josse fait demi-tour
Après le portant musclé et les longs calmes, l’Atlantique réserve aux solitaires un paysage plus conforme à sa réputation : du vent contraire, une température en baisse, une visibilité médiocre et une mer qui se forme. Sébastien Josse ayant dû faire demi tour suite à un problème de grand voile, Vincent Riou a pris le relais en tête et comme ses compagnons, il doit composer avec une brise instable en force et en direction. Il faut tricoter pour arriver à Boston ! Léger désavantage donc pour Vincent Riou (PRB) en tête depuis l’abandon de Sébastien Josse (BT), suivi sur la même route par Loïck Peyron (Gitana Eighty) qui concède 25 milles et par Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 60 milles derrière le leader. Mais position de contrôle pour le premier puisque ses plus proches concurrents ne peuvent pas vraiment initier une option très différente !

Jour 9 – Prendre la porte
En approchant de la porte des glaces, les quatre leaders doivent aussi composer avec le Gulf Stream qui ralentit leur progression : sous une lune qui sera pleine la nuit prochaine, le courant chaud s’oppose à leur progression vers Boston. En attendant un bon coup de vent pour mardi ! Et derrière, le peloton grappille des milles et s’est regroupé dans le sillage de Marc Guillemot. Le Basque Unai Basurko sur Pakea Bizkaia 2009 annonce par ailleurs à la direction de course qu’il jette l’éponge. Samantha Davies (Roxy) peut se rassurer car après s’être fait remonter par Arnaud Boissières (Akena Vérandas) et Yannick Bestaven (Cervin EnR) à l’occasion d’une grosse molle pendant le week-end, la jeune Britannique s’est offert trente milles d’écart qui libèrent un peu la pression.

Jour 10 – Encore un leader qui tombe
La porte des glaces n’a pas été facile à franchir et si elle n’a pas trop pénalisé le duo leader, elle a nettement augmenté l’écart pour les deux suivants et surtout pour le peloton qui était toute la nuit bloqué par des calmes. Les conditions de navigation sont désormais très différentes pour les deux groupes et un coup de vent violent est annoncé pour les premiers, mercredi ! Vincent Riou (PRB) est en effet de plus en plus en ballottage face à un Loïck Peyron (Gitana Eighty) qui grignote à chaque classement quelques milles par ci, par là ! Mais le choc de la journée viendra du retrait de PRB, que Vincent Riou abandonnera suite à une avarie de quille, entraînée par une collision avec un requin pèlerin. Dérouté, Loïck Peyron prendra l’infortuné skipper à son bord, ainsi que les commandes de la flotte.

Jour 11 – Questions sur la route
Rien ne se déroule comme habituellement sur cette transat de l’Atlantique Nord ! Des animaux perturbateurs, des leaders qui abandonnent, des solitaires en tandem, des brises portantes molles, des bulles et des trous de vent. Et un final dans la baston qui laisse encore ouverte l’issue de The Artemis Transat jusqu’à vendredi 23 mai ! Sans compter un regroupement général du peloton ce mercredi. Diantre, il faut avoir les nerfs solides. Vaut-il mieux s’approcher au plus près des rives comme semble le vouloir Gitana Eighty ? Est-il préférable de se décaler au Sud pour friser l’itinéraire le plus court comme le fait Brit Air (second) ? Ou est-il de bon ton de foncer à toute vapeur sur ce tracé vallonné, histoire de rattraper son retard tel Generali (troisième) ?

Jour 12 – Rien n’est jamais acquis avant la ligne, mais…
A moins de 360 milles de Boston, Loïck Peyron contrôle son concurrent le plus proche, Armel Le Cléac’h : Gitana Eighty a enchaîné deux virements de bord la nuit dernière pour se caler au vent de Brit Air. L’arrivée du vainqueur est prévue en milieu de nuit américaine mais des brises irrégulières le long des côtes pourraient modifier ce scénario. Difficile pourtant d’imaginer à une grosse journée de l’arrivée de The Artemis Transat, un énorme bouleversement de la hiérarchie. Car même si Armel Le Cléac’h (Brit Air) arrivait à dépasser Loïck Peyron (Gitana Eighty), il faudrait encore qu’il le devance de plus de deux heures et demie. En effet, le temps de « redressement » accordé par le Jury International au Baulois, suite à son détournement vers PRB mardi pour embarquer Vincent Riou en difficulté, lui sera retiré à son arrivée.

Jour 13 – Peyron aux portes d’un troisième sacre
A une dizaine d’heures d’une arrivée nocturne, Loïck Peyron doit tout de même rester attentif car Gitana Eighty navigue près des côtes américaines où le trafic maritime est important. Avec trente cinq milles d’avance sur Armel Le Cléac’h, le Baulois possède un coussin de marge suffisant pour envisager une troisième victoire historique dans cette transat Nord Atlantique ! Un résultat construit dès les premiers milles. En tête dès le début de course, Peyron a su négocier le passage de la porte des glaces sur la bonne route (celle du sud, ouverte par le leader d’alors Sébastien Josse), puis a fait parler le potentiel de son Gitana Eighty au débridé, avec des moyennes à plus de 18 nœuds. A seulement deux heures de Vincvent Riou lorsque celui-ci a dû quitter le navire, Peyron était idéalement placé pour porter une attaque. Quel talent !

Jour 14 – Un triplé historique
Loïck Peyron s’est imposé avec panache en franchissant la ligne d’arrivée de The Artemis Transat à 5h 15′ (heure française) ce samedi 24 mai. Le skipper de Gitana Eighty a parcouru les 2 982 milles entre Plymouth et Boston en 12 jours 11 heures 45 minutes 35 secondes, ce temps de course incluant la déduction de 2h30 accordée par le Jury International en raison de son détournement pour porter assistance à Vincent Riou. Armel Le Cléach le talonne. Loïck Peyron s’adjuge le Prix Omega en améliorant aussi le temps de référence sur ce parcours mythique (détenu auparavant par Mike Golding en 2004 avec 12 jours 15 heures 18 minutes et 8 secondes) de 3 heures 32 minutes et 33 secondes. En fait, le skipper de Gitana Eighty a parcouru sur l’eau 3 185 milles (soit 203 milles de plus que la route la plus directe) à une vitesse moyenne sur l’eau de 10,68 nœuds.

Jour 15 – Generali prend la troisième place
Avec l’arrivée dans le courant de la nuit dernière de Yann Eliès sur Generali, le podium de The Artemis Transat est bouclé, ces trois solitaires ayant terminé ce parcours de 2 982 milles en moins de deux semaines ! Le prochain concurrent attendu à Boston est Marc Guillemot, ce dimanche soir. Arrivée de nuit pour Yann Eliès qui a dû lever le pied lors de ses dernières 24 heures de mer car le skipper de Generali avait constaté que sa barre de flèche tribord en haut du mât présentait des faiblesses au point de risquer de se désolidariser. Cet incident aurait pu entraîner le démâtage du monocoque et le Briochin a donc pris ses dispositions pour préserver son gréement en réduisant considérablement la voilure.

Jour 16 – Le roc Guillemot
Alors que Marc Guillemot s’est adjugé la quatrième place de The Artemis Transat ce lundi à 12h 18′ 47” (heure française), ils sont encore cinq en mer au large de la Nouvelle-écosse dans une brise de secteur Sud-Ouest qui se renforce. Les derniers milles de Marc Guillemot n’ont pas été de tout repos : du petit temps au Sud de la Nouvelle-écosse dimanche, du vent variable dans la nuit et une brise de Sud-Ouest pour finir ce lundi matin après deux virements de bord. De quoi encore solliciter un corps déjà bien fatigué par cette blessure aux côtes dès le troisième jour de mer !

Jour 17 – Rafale d’arrivées
L’arrivée de Dee Caffari ce jour à Boston (à 15h 05′ 34" GMT) ne laisse plus qu’un concurrent en mer, Steve White, dans la classe IMOCA. Sam Davies a cette nuit pris l’avantage sur Yannick Bestaven et Arnaud Boissières, ces derniers se livrant un beau duel final et terminant à 1h28 d’écart sur la ligne d’arrivée à Boston ! La bataille rangée que se livraient les trois plans Finot-Conq "ancienne génération", selon la typologie établie par Yannick Bestaven (Cervin EnR) aura donc tourné à l’avantage de Samantha Davies (Roxy), cette dernière s’échappant hier au grand dam du skipper de Cervin EnR, collé dans une bulle sans vent.

Jour 18 – Steve White à bon port, la flotte est au complet
Steve White, à bord de son Open 60 Spirit of Weymouth, a terminé The Artemis Transat dans la nuit du 27 au 28 mai en 9ème position au terme de 17 jours, 15 heures, 4 minutes et 54 secondes de mer. Il complète la flotte IMOCA, qui compte 9 bateaux à l’arrivée contre 13 au départ. L’aventure de ce skipper témoigne de sa grande détermination, et de sa passion dévorante pour la course océanique.

Résultats complets catégorie IMOCA 60 :

1- Loïck Peyron (Gitana Eighty) le samedi 24 mai à 3h15’35” UTC en 12j 11h 45′ 35 (redressement de 2h30 du Jury inclus)
2- Armel Le Cléac’h (Brit Air) en 12j 19h 28′ 40” à 7h 43′ 05” du premier
3- Yann Eliès (Generali) en 13j 15h 00′ 22” à 1j 3h 14′ 47” du premier
4- Marc Guillemot (Safran) en 14j 21h 18′ 47” à 2j 9h 33′ 12” du premier
5- Samantha Davies (Roxy) en 15j 10h 00′ 51" à 2j 22h 15′ 16" du premier
6- Yannick Bestaven (Cervin EnR) en 15j 14h 31′ 17” à 3j 02h 45′ 42" du premier
7- Arnaud Boissières (Akena Verandas) en 15j 16h 00′ 03" à 3j 04h 14′ 28" du premier
8- Dee Caffari (Aviva) en 16j 02h 05′ 34" à 3j 14h 19′ 59" du premier
9- Steve White (Spirit of Weymouth) en 16j 15h 04′ 54" à 4j 03h 19′ 19" du premier