Retour d´alizé …

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Corentin Douguet T Chabagny E Leclerc Bouygues telecom
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« La messe est dite à Rome, mais pas sur l’AG2R » plaisante Gildas Morvan (Cercle Vert), 2e à 4,4 milles. Mais en ce dimanche de Pâques, tout le monde n’est pas d’humeur à rire. « On est en train de rebrousser chemin et on a les boules » soupire Servane Escoffier (Armor Lux – Salaün Holidays), obligée d’abandonner à cause d’un étai cassé. Servane et Christophe Lebas devraient arriver la nuit prochaine à Madère. Ce quatrième étai cassé entraîne le troisième abandon depuis le départ. Seuls Stanislas Maslard et Liz Wardley (Donneurs de Vie – All Mer), victimes du même problème, ont réussi à réparer rapidement à Porto Santo puis repartir.
Pour les autres, ce week-end pascal offre des conditions estivales. Mais l’heure n’est pas au farniente. Plutôt à la concentration maximale et à un peu de détente au moment des vacations. « Il fait chaud ; le chapeau, les lunettes et la crème solaire sont sortis, énumère Armel Le Cleac’h (Brit Air), aux commandes de la course depuis le passage de Porto Santo vendredi soir. Avec la plein lune, on a l’impression que c’est le soleil de nuit qui se lève. Il nous faudrait presque des lunettes de lune ! » A bord d’E.Leclerc/Bouygues Telecom, 3e à 6,6 milles, Thierry Chabagny et Corentin Douguet ont la tête dans le guidon. « On a Cercle Vert juste devant nous à un mille depuis deux jours, raconte Thierry Chabagny. C’est comme en vélo, deux coureurs vont plus vite qu’un seul. En ce moment, on lui suce la roue. Mais on aimerait bien être plus près pour profiter de son aspiration et déboîter. » Avec 10 000 milles de courses en commun, Douguet et Chabagny se considèrent « quasiment comme un vrai petit couple.» En revanche, Armel Tripon et Eric Drouglazet, 6e sur Gedimat, font chaque jour plus ample connaissance. « Eric partage tout et a énormément de métier, se réjouit Armel Tripon. On discute beaucoup. Sur cette course, mon objectif était de partir avec un régatier de haut vol pour compléter ma formation. Avec Eric, j’ai un peu embarqué l’Histoire de la course au large ! »
Côté tactique, la flotte, scindée en deux autour de Madère, a tendance à combler le vide qui séparait les deux groupes. On ne peut plus parler d’une option nord et d’une autre au sud, mais plutôt d’une flotte très étalée sur plus de 140 milles de large, entre Seguin/Lemaître (Des Pieds Et Des Mains) au nord et Thiercelin/Krauss (Siemens) au sud, et 173 milles de long, entre Le Cleac’h/Troussel (Brit Air) en tête et Le Baut/Monsempes (Port-Olona) en queue de flotte. Pour l’instant, la meilleure position semble être celle du juste milieu. C’est vers là que convergent les deux leaders des options nord et sud, Le Cleac’h/Troussel et Bestaven/Guérin (Aquarelle.com). « Je ne pense pas qu’un des deux groupes (nord ou sud, ndlr) ait raison, analyse Yannick Bestaven. Je pense que tout le monde a raison. Nous faisons tous la même route à la même vitesse. De notre côté, en restant au milieu, on garde un œil sur les deux groupes… » Il faudra donc attendre quelques jours pour savoir quel côté, nord ou sud, du plan d’eau était le plus judicieux. Treizième à bord de Veolia, Jean-Luc Nélias livre son analyse comme une bonne parole : « aujourd’hui, on se moque des classements. Les écarts sont ridicules. On sait que cela ne va se décider que dans une semaine… » Alors, rendez-vous est pris le week-end prochain !
 
Ils ont dit :
Armel Le Cleac’h (Brit Air) :  « Il y a 2 ans, on a fait quatre Top Chrono AG2R. L’objectif est de faire aussi bien, et là on en a déjà deux. On fait une moyenne de 8 nœuds. On essaye de gagner dans le sud pour être dans les alizés. »
 
Gildas Morvan (Cercle Vert) :  « On pensait qu’on arriverait à se recentrer dans le sud sans trop perdre, mais ce n’est pas évident. On voit E.Leclerc/Bouygues Telecom dans l’axe derrière à environ 4 milles. Tous les coureurs, les Bilou, Riou, etc. qui reviennent sur circuit viennent chercher la régate au contact. On est tellement proche, que le moindre empannage peut te faire descendre dans le classement. Il faut garder notre stratégie. On a touché quelque chose d’assez gros cette nuit. On espère qu’il n’y a rien. Erwan (Tabarly) va peut-être plonger cet après-midi. »
 
Servane Escoffier (Armor Lux – Salaün Holidays) :  « On est en train de rebrousser chemin. Dans l’empannage on a cassé l’étai. Il n’y avait pas beaucoup de vent, mais cela a dû travailler pendant la première partie de course. On abandonne. C’est dur. On a les boules. On s’est battu pour trouver des partenaires, pour préparer la course. On ne veut pas s’arrêter réparer et repartir avec 200 milles de retard, parce qu’il n’y a plus de course, plus de compétition. On a eu la loi des séries sur cette course. Il ne faut pas être fataliste, mais faut savoir jeter l’éponge. On est à environ 50 milles de Funchal. On remonte doucement. On a juste la grand-voile. Si le vent tombe, on mettra peut-être le moteur. »
 
Armel Tripon (Gedimat) :  « Ca se passe pas mal depuis Madère. On est sous spi au portant. Eric (Drouglazet) a la niaque. C’est boulot, boulot à fond sur le bateau. On est en bataille avec les Mousquetaires, Portos et Aramis. Depuis le début, nous n’avons pas eu beaucoup de moment de répit. L’école de Droug’, c’est aussi ça. J’ai collecté beaucoup d’info à ses côtés qui me seront utiles pour la suite de la saison. »
 
Jean-Luc Nélias (Veolia) :  « Techniquement, Bostik est à 800 m devant, et Banque Populaire à 800 m derrière. Dire qu’il y a un groupe nord et un autre sud, tout est relatif, car il n’y a que 50 milles de différence. Les écarts sont ridicules. On voit des bateaux tout le temps. On se moque du classement aujourd’hui. On regarde juste la vitesse des autres bateaux. »
 
Marc-Pacôme Jouany (AXA Atout Cœur Pour Aides) :  « Ce sont les vacances ! Il y a du soleil, il fait doux, mais il n’y a pas assez de vent. Depuis 24 heures, on a 5 nœuds avec des petites molles, mais ça ne dépasse jamais 10 nœuds. On a vu Guy Hoquet Immobilier de visu. C’était sympa. Cela veut dire qu’on n’est pas loin de la course. »
 
Adrien Monsempes (Port-Olona) :  « On ne reçoit ni météo ni classements. On commence à toucher du vent, environ 15 nœuds. L’ambiance à bord est très bonne. On glisse sous spi. C’est super. On fait un peu de ménage, séchage, nettoyage. On est à fond sur l’écoute et sur la barre. »
 
Benoît Petit (Les Mousquetaires) :  « Bertrand (de Broc) a vu les premiers poissons volants, donc on est sur le bon chemin. Droug’ et Armel (Tripon) sont dessous et derrière on voit Roxy, et je crois qu’il y a Brossard. On attend la suite des événements dans les 48 heures à venir. On ne sait pas trop ce qu’on va trouver. Est-ce que le sud aura plus de vent ? On verra ça. On s’est bien tiré la bourre cette nuit avec Gedimat. Il y avait des nuages, c’était stimulant. »
 
Yannick Bestaven (Aquarelle.com) :  « On ne voulait pas aller trop sud. On s’est positionné en milieu de flotte. C’est volontaire. Nous sommes en super formes et nous avons réparé les pépins du bord, notamment une vanne de ballast qui fuyait et nous a handicapés jusqu’à Madère ; un winch qui ne tournait plus ; et une petite déchirure sur le spi. Il y a un empannage à gérer à un moment ou un autre et il ne faut pas être trop bas par rapport à l’anticyclone. Nous, on préfère faire du VMG et pas trop de milles.