Vendée Globe. Boris Herrmann leader en temps compensé à l’Equateur devant Yannick Bestaven

Yannick Bestaven s'entrainant à bord de Maitre Coq, pour le Vendee Globe. (Photo Jean-Marie LIOT / Maître Coq)

6 bateaux ont déjà franchi l’Equateur cette nuit et ce dimanche matin. Boris Hermann l’a passé 1h37 après Louis Burton. Mais avec son temps de compensation de 6 heures, SeaExplorer est le leader en temps compensé

Le pot au noir n’aura pas été trop difficile pour la tête de flotte même si celui-ci s’est un peu décalé à l’ouest. Charlie Dalin qui a repris la tête de la flotte ce matin à Louis Burton avec son décalage à l’est a choisi une route plus courte et la possibilité d’accélérer avec un meilleur angle plus tard quand Louis Burton et Boris Herrmann mettent le turbo plus à l’ouest.

La lutte finale pourrait donc se jouer au large de l’archipel du Cap-Vert ! Et l’ouvreur est devenu le chassé, celui qui montre où il ne faut pas aller, celui qu’on évite, qu’on contourne, qu’on oblitère. Car en général, c’est par devant que le vent joue les filles de l’air. En pleine nuit atlantique, malheureusement, car les ténèbres sont devenues aussi noires que le tunnel dans lequel s’est engouffré le pack de tête. Il n’y a qu’un tout petit gramme de lune. Le satellite terrestre offrait en effet sa face cachée il y a quatre jours… Et on ne peut pas dire que le miroir astral darde ses rayons nocturnes : il faudra attendre l’arrivée aux Sables d’Olonne pour que le ciel s’illumine d’une pleine Lune, le 28 janvier prochain !

Alors qu’y a-t-il donc au large de Mindelo de si terrible pour que les navigateurs s’enquièrent de moult fichiers météo et de nombre d’images satellite ? Un trou, une bulle, une cellule, un marasme, un gouffre de néant ? Non : seulement un pot au noir… Dont les isobares (1 010 hPa) virevoltent entre les côtes africaines et le continent sud-américain quand celui-ci exhale ses bouffées de chaleurs équatoriales, tels des « pschitt » qui dégazent pluies tenaces et zéphyrs éphémères. Il peut donc y avoir quelques brises évanescentes ou quelques souffles iconoclastes, mais il y a surtout de quoi perdre sa « bravitude » !  

Où trouver une sortie de secours ?

Déjà que la remontée du cap Horn au Brésil fut plus que laborieuse, voire pénible, déjà que la pression des chasseurs s’était délitée au passage de l’île des États pour revenir comme un boomerang au Cabo Frio, déjà que les fumées de la Terre de Feu s’étaient dissipées dans les effluves malines des Malouines, déjà que la trace vers les frimas vendéens se dessinait derrière un horizon rendu plus radieux, déjà que les polaires et autres bonnets de laine faisaient place à un T-shirt et un bob pour parer aux chaleurs tropicales, déjà que la barbe conservée pour se protéger des froidures antarctiques avait rejoint les abysses atlantiques, voilà que le scénario longuement construit au fil de trois océans s’écroulait comme un château de cartes… La compression des trajectoires entraînait la dépression mentale quand la pression éolienne fit défaut.

Or on sait les solitaires droits dans leurs bottes, spirituellement résistants, intellectuellement constants, mentalement inébranlables, mais lorsque les milles s’envolent comme les plumes d’un édredon percé, le doute s’insinue tel un ténia dans les intestins, grignotant les ressources, avalant les certitudes, grattant les solutions pour n’en extraire qu’un problème : que faire ? Surtout que ce « haricot dépressionnaire » n’est qu’un premier piège ! Les cellules ont l’art de la scissiparité… La bulle peut imploser en de multiples morceaux comme les pièces d’un puzzle en cours d’élaboration : les basses pressions équatoriales aspirent à happer ce résidu africain avant le grand brassage atlantique.

Dans le ventre mou d’un pot aux contours flous

Tout irait bien dans le meilleur des mondes si les solitaires savaient dans quelle sauce ils vont manger leur lyophilisé ! Car non seulement se nourrir devient un cauchemar, mais en sus, la voie est loin d’être tracée pour sortir de ce pot-pourri ! D’ailleurs, y en a-t-il un ? Au regard des vitesses actuelles, difficile de se faire une idée précise de la situation du côté de l’équateur : certains comme Damien Seguin (Groupe APICIL), peinaient sous un nuage avant même la ligne de démarcation quand d’autres comme Louis Burton (Bureau Vallée 2) ou Thomas Ruyant (LinkedOut) filaient respectivement à 17,5 nœuds et à plus de 20 nœuds à 5h00 ce dimanche !

Et s’il a dû concéder la première place au passage de l’équateur, Charlie Dalin (Apivia) restait encore installé dans le fauteuil du leader : 50 milles plus à l’Est, le Havrais gardait encore la main, mais pour combien de temps ? Car la voie empruntée par Louis Burton, suivi de Boris Herrmann (SeaExplorer-Yacht Club de Monaco) et Thomas Ruyant, sur le 33°50, semble plus dégagée : un degré de longitude de différence pourrait créer le différentiel ! Alors qu’en sera-t-il pour les poursuivants puisque Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) a opté pour une voie intermédiaire quand Damien Seguin tamponne déjà dans les prémices d’un pot incertain.

Et derrière aussi, ça va vite ! Tout le monde semble en effet avoir changé son fusil d’épaule quand la grosse masse nuageuse observée ces derniers jours, a tout à coup gonflé en se décalant vers l’Ouest. Giancarlo Pedote (Prysmian Group), Benjamin Dutreux (OMIA-Water Family) et Jean Le Cam (Yes We Cam!) ont enclenché la surmultipliée car ils déboulent à plus de seize nœuds vers le 33° Ouest en observant attentivement ce qu’il se passe devant… Et si le ralentissement est sensible ces prochaines heures, ils ont encore de quoi lofer ou abattre de quelques degrés pour modifier le point d’impact. Surtout que le jour va se lever d’ici quelques heures (avec le décalage horaire, vers 9h00 heure française) : il sera bien plus aisé d’anticiper le mouvement d’un nuage à l’horizon…

Le changement, c’est maintenant !

Pour Maxime Sorel (V and B-Mayenne) qui débordait ce dimanche matin le « coin » brésilien, le moment est favorable à la préparation du sprint final car le solitaire doit regarder devant comment se présente le pot au noir, mais aussi derrière où Armel Tripon (L’Occitane en Provence) ne semble pas encore en situation de le déstabiliser : le Nantais a certes créé l’écart face à Clarisse Crémer (Banque Populaire X), reléguée à 200 milles, mais les alizés d’une quinzaine de nœuds de Sud-Est dont il profite, ne semblent pas le faire « décoller ». Quant à Romain Attanasio (Pure-Best Western), il semble enfin s’extirper des griffes anticycloniques qui enserrent encore Isabelle Joschke (MACSF) quelques dizaines de milles plus au Sud-Est.   

Les alizés, ce sera dans quelques jours seulement pour le reste des solitaires en Atlantique Sud puisque si Jérémie Beyou (Charal) a fait le break face à Arnaud Boissières (La Mie Câline-Artisans Artipôle) et Alan Roura (La Fabrique), il y a encore bien des milles à parcourir en bordure d’un anticyclone, face à des vents de secteur Nord, avant d’atteindre le tropique du Capricorne. Mais c’est du côté des côtes argentines que Stéphane Le Diraison (Time for Oceans) et Didac Costa (One planet One ocean) font une bonne opération avec du vent portant de Sud-Ouest qui propulse aussi le Japonais Kojiro Shiraishi (DMG MORI Global One) : le trio pourrait ainsi recoller au tableau arrière de Pip Hare, engluée au cœur d’une dépression australe qui a volonté à s’échapper vers le Sud… Il y a donc du changement en vue ces prochaines heures !

Enfin ce sera jour de fête pour Miranda Merron (Campagne de France) et Clément Giraud (Compagnie du Lit-Jiliti) qui devraient en finir avec le Pacifique ce dimanche en début d’après-midi : les conditions de navigation sont plutôt favorables du côté du cap Horn avec une vingtaine de nœuds d’Ouest, de quoi raser le « caillou » en plein jour ! Ne reste donc dans les mers du Sud qu’Alexia Barrier (TSE-4mayplanet) et Ari Huusela (STARK) à près de 2 000 milles de la Patagonie alors que Sam Davies (Initiatives Cœur) est aussi sur le dos d’une dépression australe qui doit pousser ce trio pendant plusieurs jours. Et depuis que Sébastien Destremau (merci) a décidé de jeter l’éponge, le Toulonnais fait route contre le vent le long de l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande, en direction de Christchurch.


Samedi 16 janvier 2021 

1-Bureau Vallée (Louis Burton) à 19h11′ TU en 69 jours 5 heures 51 minutes
2-Apivia (Charlie Dalin) à 20h11′ TU en 69j 06h 51′, soit 59′ après le leader
3-Seaexplorer – Yacht Club de Monaco (Boris Herrmann) à 20h49′ TU en 69j 07h 29′, soit 1h 37′ après le leader et 37′ après Apivia
4-LinkedOut (Thomas Ruyant) à 23h06′ TU en 69j 09h 46′, soit 3h 54′ après le leader, soit 2h 16′ après Seaexplorer-Yacht Club de Monaco

Dimanche 17 janvier 2021

5-Maître Coq IV (Yannick Bestaven) à 02h36′ TU en 69j 13h 16′, soit 7h 24′ après le leader, soit 03h 30′ après LinkedOut
6- Groupe APICIL 
(Damien Seguin) à05h47 TU en 69j 16h 27′, soit 10h 35′ après le leader, soit 03h 10′ après Maître Coq IV
7- Prysmian Group (Giancarlo Pedote) à 09h13 TU en 69j 19h 53′, soit 14h 01′ après le leader, soit 03h 25′ après Groupe APICIL
8- Yes we Cam ! (Jean Le Cam) à 14h14 TU en 70j 00h 54′, soit 19h 02′ après le leader, soit 05h 00′ après Prysmian Group
9 – OMIA – Water Family
 (Benjamin Dutreux) à 14h20 TU en 70j 01h 00′, soit 19h 08′ après le leader, soit 06′ après Yes we Cam!