Arrivée de François Gabart à Pointe à Pitre - SVR Lazartigue - Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2022 - Guadeloupe le 16/11/2022
François Gabart à bord de son trimaran SVR-Lazartigue termine deuxième de cette 12e édition de la Route du Rhum 3h30 après l’arrivée de Charles Caudrelier en 6 jours 23 heures 3 minutes 15 secondes. Il bat lui aussi le record de Francis Joyon.
François Gabart aura donné du fil à retordre à Charles Caudrelier. Son trimaran SVR-Lazartigue était au rendez-vous de cette Route du Rhum et montre son incroyable potentiel. Les deux heures qu’il aura perdu à réparer son foil lui auront coûté cher mais il n’a pas à rougir de sa course qu’il aura su mener en tête quelques milles.
« On a vibré. C’était une belle route du Rhum. C’était intense. Il y a eu une belle régate, c’était génial jusqu’au bout. Sur la Route du Rhum, il se passe toujours quelque chose et cette édition était très serrée avec également Thomas (Coville) qui arrive dans quelques heures. On s’est bien tiré la bourre. Je me suis bien fait plaisir. C’est une course dont je suis fier. Je suis content pour le bateau, pour l’équipe et pour moi. On peut encore progresser, il y a encore plein de choses à améliorer mais on n’a pas à rougir. On peut regarder derrière et se dire qu’on a fait du bon boulot. Cette deuxième place est différente de celle de 2018. Je mets d’ailleurs plus de temps à réaliser. Forcément il y a toujours un peu de déception car on aurait aimé être devant. Ce serait trop simple d’évoquer le problème de foil car la course aurait été différente. Mais c’est trop facile de refaire la course après car c’est une succession de plein de petites choses. Si je fais mon autocritique, peut-être que je n’ai pas été assez agressif sur la ligne de départ. Je voulais assurer. Charles a été au-dessus tout de suite. Mais terminer deuxième d’une Route du Rhum, ce n’est pas rien. Par rapport à il y a quatre ans, cette deuxième place est prometteuse et car c’est le début de la vie de ce bateau alors que c’était presque la dernière du bateau précédent. Elle augure de belles choses.»
Charles Caudrelier vainqueur de la Route du Rhum laissait libre court à ses émotions une fois la ligne franchie. Ses premiers mots. “J’avais tellement envie de gagner. Je ne suis pas fatigué. On m’a offert ce rêve là il y a 3 ans. J’ai tellement de gens à remercier. Il y a l’équipe et aussi Franck Cammas. C’est vraiment un travail d’équipe. C’est une équipe de Formule 1 et je suis pilote le dimanche avec la meilleure voiture. C’était une course presque parfaite. Je n’ai eu aucun problème à bord. J’accomplis un rêve. C’est dingue. Je remercie mon armateur et Cyril Dardashti d’avoir cru en moi ! “ ” J’ai commencé à voir ce bateau naviguer au départ du Rhum il y a 4 ans je l’ai trouvé dingue. Un an après j’étais à bord… Et il y a une histoire forte avec Franck Cammas, c’est vraiment un travail d’équipe, avec toute l’équipe, ça fait 3 ans que je travaille à ses côtés et je lui dois un grand merci car c’était lui l’expert du multicoque, lui qui avait l’expérience de ces bateaux en solitaire, moi je sortais d’un univers différent, sans lui je n’aurais pas eu un bateau aussi performant, je n’aurai pas eu cette maitrise de ce bateau… Et puis à un moment il a fallu choisir qui allait faire le Rhum et il m’a laissé la place et je l’en remercie… Et je remercie toute l’équipe aussi, c’est vraiment un travail d’équipe. C’est un bateau extrêmement compliqué qui ne cesse d’évoluer. Il y avait plein de bateaux neufs donc face à eux il fallait garder l’avance pour être aussi performant. Je n’ai pas eu un souci sur le bateau, c’est une course presque parfaite j’ai envie de dire. Il y a une histoire assez forte dans cette équipe. Des gens qui vivent la course presque plus que moi… Et de voir le bonheur dans leurs yeux c’est génial et j’ai envie de les remercier, j’insiste, car j’ai accompli un rêve grâce à eux. Il faut le dire, j’ai l’une des meilleures voitures, ou la meilleure voiture… Je voulais faire cette course mais en plus les faire dans ces conditions-là et sur ce bateau…c’est dingue !! Je pense aussi à ma maman que j’ai perdu il n’y a pas longtemps, c’était son rêve que je gagne cette course, elle n’est plus là pour partager ça… Et je pense aussi à notre armateur Benjamin de Rothschild qui est décédé l’année dernière et qui nous a permis de vivre ce rêve…et à toute sa famille, je les remercie et je les embrasse, ils ont cru en moi, merci.“
” C’est une course qui a beaucoup de sens, beaucoup de valeurs. C’est un grand moment pour un marin de gagner cette course. Elle m’a donné envie de faire de la voile. Je n’avais jamais pu la faire. J’ai été patient. Cela valait le coup. C’était un tel combat de mener ce bateau avec l’intensité que nous avons du mettre avec la météo et la concurrence. Il y a eu un vrai combat avec François. J’ai cru que j’allais pouvoir creuser mais il est bien revenu. La fatigue est passée. C’est peut-être le match. Les premières 24h étaient très dures. J’ai cru que je n’allais pas tenir mais cela est passé. C’était un sprint cette course. Ce n’est pas la victoire d’un homme mais toute une équipe. Cela se joue sur plein de détails. Je n’ai pas sorti un seul tournevis de la course. François a peut-être perdu quand il a du réparer 2h. J’associe cette victoire avec Franck Cammas. Il n’y aurait pas eu cette victoire sans lui. Le record, on m’en parle beaucoup mais le record c’est normal de le battre avec nos bateaux d’aujourd’hui. On peut faire beaucoup mieux. Arrivé une seconde devant François m’aurait suffit !“
Franck Cammas : ” C’est un beau vainqueur extrêmement méritant. C’est une victoire d’équipe qui ne se refuse pas. On l’a vécue à bord comme si on était à bord. Il a très bien manœuvré. Il m’a permis en 2010 de gagner la Route du Rhum. Cette fois-ci j’ai vécu ce travail de routeur avec Erwann et Stan. C’est très difficile à faire aussi. On dort très peu mais on peut confronter nos idées. J’ai appris pas mal de choses.”
Cyril Dardashti (Team manager) : C’est un grand moment pour toute l’équipe. C’est la consécration de plein d’années de travail. On était convaincu que c’était le bateau fait pour gagner le Rhum et Charles nous a montré que c’était possible avec une énergie de dingue. La victoire est magnifique avec la concurrence. Charles nous offre une victoire et un record. C’est un bulot monstrueux de toute l’équipe. On travaille sur d’autres projets et notamment le tour du monde en solitaire l’année prochaine et on regarde aussi pour la suite en dessinant un prochain bateau.”
[(LIGNE D'ARRIVÉE 🔴)]
GIGANTESQUE, FABULEUX, SENSATIONNEL… c'est la course aux superlatifs pour Charles Caudrelier/@GitanaTeam.
Charles Caudrelier à bord de son Maxi Edmond de Rothschild a remporté la 12e édition de la Route du Rhum ce mercredi 16 novembre à 10h04 (heure de Paris) en menant la course de bout en bout sous la pression de ses concurrents. Il bat le record de l’épreuve détenu par Francis Joyon en 2018 en 6 jours 19h 47mn 25s. Une belle consécration pour le Finistérien âgé de 48 ans.
Charles Caudrelier à bord de son Maxi Edmond de Rothschild aura dominé cette édition du début à la fin résistant à la pression d’Armel le Cleac’h puis de François Gabart et de Thomas Coville. L’aboutissement de 3 ans de travail pour maîtriser en solitaire parfaitement ce géant des mers sur sa première Route du Rhum. Une consécration pour le skipper âgé de 48 ans au palmarès déjà bien étoffé mais qui n’avait pas encore ajouté son nom à une grande épreuve française de course au large en solitaire. Il inscrit son nom au palmarès de Route du Rhum. C’est désormais chose faite. Cette victoire est aussi celle de l’écurie Gitana, précurseur du vol au large qui avec l’architecte Guillaume Verdier ont été les premiers à y croire et à développer une plateforme fiable et performante mise à l’eau en juillet 2017. Cette victoire est aussi celle de Franck Cammas, co-skipper de Charles Caudrelier qui aura participé à développer le bateau et maintenir son avance sur la concurrence. Enfin, Charles Caudrelier partagera aussi cette victoire avec ses routeurs Erwan Israël et Stanley Honey.
« Un jour je veux être là ». Mieux encore qu’un rêve, c’est une décision que prend ce jour-là Charles Caudrelier. Il a 18 ans et il assiste à Concarneau au départ de Michel Desjoyeaux sur une course au large. Fasciné par ce skipper – « qui va être un grand champion » selon les mots, visionnaires, de son père – Charles sait désormais de quoi sera fait sa vie. Trente ans plus tard, tandis qu’il est en mer, en tête de la célèbre Route du Rhum sur un non moins mythique trimaran géant, le Maxi Edmond de Rothschild, Charles Caudrelier réalise ses rêves.
Fondé sur le Figaro au début des années 2000, le palmarès de l’un des meilleurs navigateurs de sa génération, s’est, depuis, magnifiquement étoffé grâce aux nombreuses victoires en double ou en équipage. Pourtant c’est bien le plaisir en solitaire qui attire depuis toujours le petit Charles devenu grand. Admiratif des Michel Desjoyeaux, des Laurent Bourgnon il veut faire comme eux. Quand il dit à ses parents qu’il va dormir sur le bateau familial amarré au port, personne ne sait qu’en fait, Charles « fait le mur » et part naviguer seul toute la nuit. Et sans doute qu’en filant sous le vent et les étoiles au large des Glénan, il rêve qu’il passe en vainqueur la ligne d’arrivée à Pointe-à-Pitre. « Quand je partais la nuit tout seul, tirer des bords, j’avais la sensation de faire un exploit. C’était grisant. La course en solitaire c’est une vraie aventure ». Le « dépassement et le côté extrême de l’exercice » l’attirent et très vite il s’y sent « très à l’aise ».
Arrivée du vainqueur à Pointe à Pitre, Charles Caudrelier, Maxi Edmond de Rothschild – Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2022 – Guadeloupe le 16/11/2022
« Les jeunes comme nous, passionnés et gratuits, on avait la cote ! » Arrivé à Beg-Meil dans le Finistère à deux ans, Charles a d’abord vécu la voile à travers la passion de son père. Ses premiers bords, il les tire sur des planches à voile dont le paternel possède « tout un arsenal ». Attiré par la compétition et le sport, il se lance aussi dans le golf. Mais, à 15 ans, une péritonite le prive de fairways pendant tout un été. « J’ai alors passé deux mois à naviguer et je n’ai plus jamais touché un club de golf ». Le centre d’entraînement de Port-la-Forêt, en face de chez lui, lui fait de l’œil. « Je voyais Michel (Desjoyeaux) et Jean (Le Cam) qui s’entraînaient tous les deux et ça me fascinait ». Son père, sensible à la passion de son fils, décide d’investir dans un monotype « Figaro » pour le louer à des skippers. Il fait affaire avec Marc Guillemot en lui proposant un bon prix en échange de quoi le skipper accepte d’emmener son fils faire ses premières régates. « C’était un bateau assez technique, se souvient Charles, et j’étais encore incapable de l’utiliser tout seul. » Mais il apprend vite.
Parti à Nantes faire l’école de la marine marchande, Charles ne s’éloigne pourtant jamais très loin de son port d’attache. « Pendant ces cinq années d’études, je sèche souvent les cours. Je crois même que je n’ai jamais autant navigué que pendant que j’étais étudiant », sourit-il, même s’il se débrouille toujours pour réussir les examens à la fin de chacune de ses années scolaires. Tous les week-ends, Charles participe aux régates ou aux entraînements. « On commence alors à faire du match-racing et ce sont les premières fois où on se confronte au haut niveau, contre des mecs qui faisaient la Coupe America. C’est là qu’on a tous beaucoup progressé ». « On » c’est la nouvelle génération dont Charles fait désormais partie. Les Franck Cammas, Armel Le Cléac’h, Erwan Tabarly, Ronan Lucas… « Les grands skippers de l’époque nous aimaient bien. Ils n’avaient pas de gros budget. Donc, les jeunes comme nous, passionnés et gratuits, on avait la cote ! »
Cette époque est aussi celle des premières navigations avec celui qui va devenir plus qu’un fidèle compagnon de voile. C’est Franck qui, malgré ses tout juste 20 ans, pousse Charles à aller voir les stars du métier pour leur proposer leurs services. « Il n’avait peur de rien. Nous n’avions que deux ans d’écart, mais en termes de maturité il avait déjà dix ans d’avance ». Desjoyeaux, le « professeur » les prend sous son aile… « On avait 20/22 ans, se souvient Franck Cammas et, depuis, on n’a cessé de se côtoyer et de naviguer ensemble. On a même été colocataires ! Ça crée des liens. Il y a un profond respect installé entre nous deux, une grande confiance dans les capacités de l’un et de l’autre ».
Une addiction à la course en solitaire Ses grands débuts, et ses premières places d’honneur et victoires, Charles va les connaître dès la fin de ses études. Alors qu’il doit faire son armée à Brest comme simple mataf, il tombe sur un commandant conciliant qui assouplit largement ses obligations militaires et le laisse naviguer à sa guise. Une aubaine. Armé d’un sponsor local, Charles fait ses premières armes sur la Solitaire du Figaro dont il est le premier bizuth en 1999. Ces bons résultats, il les doit aussi à sa « culture maritime » développée grâce à ses études. « Pour la course au large il n’y a pas tellement d’école. Les autres viennent souvent de la voile olympique mais moi j’ai un bon sens marin et je trouve souvent les bons réglages sur le bateau ». Surtout il excelle (déjà) dans les trajectoires. Pourtant à l’époque les skippers ont très peu de moyens technologiques comme aujourd’hui mais Charles passe du temps à « soigner ses trajectoires : la navigation, c’est vraiment là où je fais la différence. »
C’est le début d’une carrière brillante mais qui va l’éloigner, peu à peu, de ses premières amours solitaires. Après avoir gagné La Solitaire du Figaro en 2004, Charles va entamer un magnifique parcours… en équipage. Avec notamment un doublé sur la Jacques-Vabre (avec Marc Guillemot puis Sébastien Josse) avant de triompher sur la Volvo Ocean Race. D’abord aux côtés de son frère d’arme Franck Cammas en 2012, puis en tant que skipper cinq ans plus tard. Un aboutissement et des performances qui forcent le respect. Heureux et riche de ces expériences « extraordinaires », Charles n’a pourtant toujours pas pu assouvir cette addiction aux grandes aventures en solo. Entre les deux Volvo, Charles y a cru. Pressenti pour barrer Safran II lors du Vendée-Globe 2016, il est finalement jugé « trop vieux ». Sauf que ce ne sont pas tout le temps des Gabart (victorieux à 29 ans en 2012) qui gagnent ! « Des exemples comme ça, c’est tous les vingt ans. Il faut avoir de la maturité pour ce genre de course. Regardez Desjoyeaux qui est allé plus vite que tous les jeunots en 2009… » Déçu, mais jamais abattu, Charles sait que son tour viendra. Et sur la course de ses rêves cette fois. Cette Route du Rhum qui hante ses nuits depuis si longtemps. « C’est la course qui m’a donné envie d’être navigateur. Beaucoup de Français rêvent du Vendée-Globe mais moi j’ai toujours voulu faire la Route du Rhum en multicoque. C’est mon graal, le truc le plus extrême et engagé et la course qui m’a toujours inspiré ».
« Des planètes formidablement alignées » Tous les éléments sont aujourd’hui réunis pour écrire une nouvelle page dans un palmarès déjà formidable. « Pour la première fois de ma carrière j’ai le projet parfait en termes de sport. Ça fait plus de trois ans que je navigue sur le Maxi Edmond de Rothschild, que je sais que je vais faire cette course, que j’ai une équipe que je connais parfaitement, avec qui je m’entends très bien et qui est très performante. » Il n’y a qu’à le regarder quand il s’entraîne au large de Lorient. Sans faire de bruit ni de grands gestes, Charles fait travailler son équipe dans une parfaite et précise harmonie où chacun l’écoute et sait ce qu’il a à faire. « Ce qui m’impressionne c’est son implication », glisse Morgan Lagravière, équipier de Gitana 17 et désigné skipper remplaçant sur la Route du Rhum. « Toujours le premier arrivé à la base et toujours le dernier parti. C’est un monstre de travail. En permanence à 100% ». À la barre Charles distille ses réglages, puis sur les multiples écrans il digère les centaines de données pour tirer le meilleur de ce fantastique géant des mers. « Charles arrive à une très grande maturité personnelle et technique et aborde cette course avec beaucoup de confiance. Les planètes sont formidablement bien alignées pour lui », assurait avant le départ Cammas qui travaille aux côtés de Charles depuis plus de deux ans.
Charles a conscience d’avoir « un bateau incroyable qui va marquer son époque car il est révolutionnaire. On pratique un sport mécanique. Ce n’est pas comme le tennis où il te suffit d’avoir une raquette et après c’est à toi de faire tes preuves. Dans la voile le talent ne suffit pas, il faut aussi avoir le bon projet, le bon bateau, la bonne équipe. C’est le cas aujourd’hui ». Bien sûr, il sait que face à lui, il y aura aussi des « énormes équipes », des « stars de la voile » mais il l’assure : « Toutes les conditions pour réussir sont réunies. Maintenant c’est à moi de jouer ».
Le verdict sans appel est tombé cette nuit en baie de Pointe-à-Pitre.
Né le 26 février 1974 Père de deux enfants
Victoires significatives
– Solitaire du Figaro 1999 (1er bizuth) – Solitaire du Figaro 2004 – Transat Jacques Vabre (2009, 2013) – Volvo Ocean Race (2011-2012 // 2017 – 2018) – Marin de l’année 2018
A bord du Maxi Edmond de Rothschild : – Rolex Fastnet Race 2019 et 2021 – Brest Atlantiques 2019 – Drheam Cup 2020 – Transat Jacques Vabre 2021 – Finistère Atlantique – Challenge Action Enfance 2022
Arrivée du vainqueur, Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild) - RDR2022
Arnaud Pilpré #RDR2022
L’arrivée de la Route du Rhum a été endeuillé par un tragique accident qui a couté la vie à deux membres de la société OC Sport Pen Duick alors que onze personnes se trouvaient à bord.
Selon France Guadeloupe, un bateau suiveur a chaviré, non loin de la ligne d’arrivée de la Route du Rhum, à Pointe-à-Pitre. Onze personnes se trouvaient à bord. Deux ont perdu la vie. L’effervescence de l’arrivée de la 12e édition de la Route du Rhum était à son comble ce mercredi 16 novembre 2022. Beaucoup de bateaux accompagnaient le navire de Charles Caudrelier… Une embarcation, avec à son bord 11 personnes, s’est retournée, à un mille de la ligne d’arrivée. Toutes ont pu être repêchées par les secours. Une personne se serait retrouvée coincée sous la coque du bateau. Deux personnes se trouvaient en arrêt cardio-respiratoire.
Le Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage Antilles-Guyane a été dépêché sur place. Un bâtiment de la Marine nationale qui se trouvait à proximité a pu intervenir rapidement et secourir les 11 naufragés.
Dans la matinée, OC Sport envoyait un communiqué précisant qu’il s’agissait de deux membres de sa société. Il s’agit d’Alex Picot, chef de projet au sein d’OC Sport, chargé de l’Arkea Ultim Challenge et de la Solitaire du Figaro, et de François Naveilhan, responsable commercial et partenariats d’OC Sport. « Toutes nos pensées vont aux familles de nos deux collaborateurs et à l’ensemble de nos équipes profondément meurtries », a déclaré Hervé Favre, Président d’OC Sport Pen Duick. Les équipes d’OC Sport Pen Duick, les partenaires principaux de l’épreuve – le Conseil régional de Guadeloupe, la ville de Saint-Malo et Saint-Malo Agglomération, la Région Bretagne, le CIC – et l’ensemble des parties prenantes de l’organisation, s’associent à l’immense peine des familles et leur adressent leurs plus profondes et sincères condoléances.
Une information judiciaire a été ouverte pour homicides involontaires. « L’hypothèse d’une collision avec un autre navire semble, à ce stade, pouvoir être exclue, même si toutes les hypothèses continuent d’être vérifiées, compte tenu de la présence sur le plan d’eau d’un très grand nombre d’embarcations », a expliqué Patrick Desjardins, procureur de la République de Pointe-à-Pitre.
D’après le site Guadeloupe La 1re, il pourrait s’agir d’un croisement à haute vitesse, de nuit, entre deux vedettes, ce qui aurait entraîné le chavirage de l’une d’elles. Deux personnes sont malheureusement restées coincées sous la coque du bateau. D’importants moyens ont été déployés pour porter secours à tous les passagers qui ont ainsi rapidement été repêchés. Une cellule de soutien psychologique a été mise en place au sein de l’organisation. L’organisation de course a par ailleurs indiqué que les célébrations prévues à l’arrivée des marins ont été annulées pour la journée.
Le drame connu, le monde de la course au large n’a pas tardé à réagir, à commencer par le vainqueur de la transat, le Sud-Finistérien Charles Caudrelier : « C’est un drame. Je suis un peu sous le choc, l’ambiance est gâchée ».
Alex Picot, 38 ans, était connu de tous les marins, notamment des Figaristes puisqu’il avait travaillé à l’organisation de la Solitaire. François Naveilhan, 35 ans, était un féru de sport. Tous deux étaient pères de deux jeunes enfants.
Charles Caudrelier sur son Maxi Edmond de Rothschild est en passe de remporter cette 12e édition de la Route du Rhum. Bien que fortement ralenti, il a passé la bouée de Basse-terre alors que François Gabart n’a pas encore commencé le tour de l’île et se trouve à 27 nm de la Tête à l’Anglais. Le suspens d’une fin de course comme en 2018 pour la victoire n’aura pas eu lieu. Mais il reste encore peut-être un beau match à jouer pour la 2e place avec Thomas Coville bien qu’il soit à 115 nm de SVR-Lazartigue.
Le Maxi Edmond de Rothschild (Ultim 32/23), skippé par Charles Caudrelier a passé mercredi 16 novembre à 23h33 (heure locale) – 04h33 (à Paris) l’avant dernière marque de parcours, celle de Tête à l’Anglais un ilôt au nord de la Région Guadeloupe.
« Il y a de l’excitation mais surtout de la concentration », a commenté le navigateur peu avant d’attaquer le fameux tour de la Guadeloupe. « C’est une particularité de la Route du Rhum et c’est un moment de la course que j’appréhende particulièrement. En arrivant de nuit en heure locale, tout est fait pour faire un finish à suspense comme vous aimez bien à terre, mais comme on déteste en mer », a martelé le marin dès lundi, avant de le rappeler hier et encore ce matin lors de la vacation matinale. « Ces derniers milles font toujours un peu peur mais j’ai une avance confortable. J’espère que ça va suffire. J’ai bien préparé mon truc. J’ai une bonne idée de là où je vais passer. Ça va être délicat comme passage car le vent n’est pas orienté de la manière des plus favorables. Ça risque, dans tous les cas, d’être un peu pénible », a ajouté Charles Caudrelier qui compte entre trois et quatre heures de bonus sur son dauphin, relégué à plus de 80 milles au pointage de 6 heures. « J’aurais préféré en avoir 100 mais je suis content, c’est une belle marge. Le début du tour de l’île est apparemment assez facile. Il y a un petit effet d’accélération mais après, il faut aller raser la côte et jouer avec le vent qui tombe de la montagne mais qui n’est pas toujours là, surtout dans la nuit. En 2018, je crois que François était resté 2 heures sans pouvoir bouger. Ça promet de ne pas être simple », a concédé le marin qui sait qu’il n’existe aucune règle pour passer sous le vent d’une île tropicale, au pied d’un volcan (La Soufrière) dont le sommet culmine à 1 467 mètres. Sa vigilance va donc devoir rester maximale jusqu’à la ligne d’arrivée qu’il devrait, sauf accident, franchir entre 9h30 et 10h30 ce mercredi. « Je suis concentré sur les DCP (Dispositifs de Concentration de Poisson). J’ai tout allumé : le radar, l’Oscar… Je surveille ma caméra infrarouge. Ces dernières heures, j’ai rallongé un peu ma route pour éviter toutes les zones dangereuses. A présent, je suis impatient de franchir la ligne et de vivre cette arrivée incroyable. Je suis en forme, j’ai bien dormi pour attaquer ça. C’est un moment important, qui impose d’être à fond », a assuré le skipper du Maxi Edmond de Rothschild.
Il a ensuite enrouler la marque de passage de Basse-Terre à 7h44 et distant de 26nm de la ligne d’arrivée.
Il est le premier concurrent attendu sur la ligne arrivée de la 12e édition de La Route du Rhum – Destination Guadeloupe, dans quelques heures (passage de ligne vers 4h30 heure locale et 9h30 heure Paris)
Les trois ultimes volent aussi vite qu’ils le peuvent en direction de la Guadeloupe désormais à moins de 300 milles pour le leader Charles Caudrelier qui compte désormais 66 milles d’avance sur François Gabart. Thomas Coville sur Sodebo tente de recoller autant qu’il le peut. Le final cette nuit autour de l’ile avec une arrivée prévue demain matin s’annonce haletant.
Les skippers ultimes en rêvaient. Ils vont avoir une arrivée groupée en Guadeloupe et un finish haletant. Avant cela, ils ne boudent pas leurs plaisirs en volant sur leurs engins à plus de 31 nds de moyenne dans des alizés et une mer bleue rangée. Charles Caudrelier est bien parti pour l’emporter mais rien n’est encore gagné. Le plus dur et stressant reste à venir : le tour de la Guadeloupe et ses nombreux pièges. François Gabart ne manque pas de lui ajouter de la pression lui qui a déjà vécu cela sur la dernière édition. Enfin Thomas Coville tente de recoller au duo de tête et doit être à la limite de son bateau. Il a été le plus rapide aujourd’hui. Toute reste encore ouvert pour lui même s’il accuse 6-7h de retard.
François Gabart : “ Il y a un truc que j’aime bien, c’est de me mettre dans la bulle là-haut au poste de barre…j’éteins tous les instruments, je regarde l’horizon, l’œil prend 30 secondes/une minute pour s’acclimater…puis les se distinguent, sortent dans le noir, les apparaissent à droite à gauche …on voit pleins de choses qu’on ne voit pas lorsque les instruments sont allumés, ~comme si le monde réapparaissait dès qu’on éteint un peu les écrans…”
Thomas Coville : “ On a pas mal oeuvré, tous, pour arriver jusque-là. Après du près, le golfe de Gascogne, traverser ce front au large… ça sera mémorable pour moi ça, les Açores ! Puis enfin tricoter le long de l’anticyclone pour essayer de trouver une petite voie pour essayer d’attraper l’alizé. Et là, il fallait être capable de voler dans du tout petit temps. Nous avons été moins bon sur ce coup là. Mais jusqu’à la Tête à l’Anglais et jusqu’au tour de l’île, il reste encore plein de choses. Là, c’est une course de vitesse pendant 24 heures, dans ce fameux alizé. Allez, bonne soirée, ciao. Et c’est quand même bonard là ! »
ETA Tête à l’Anglais classe Ultim32/23 Incertitude : Plus ou moins 2 heures pour chaque timing
Maxi Edmond de Rothschild : Mardi 15 novembre 22h30 locale (03h30, heure de Paris)
SVR Lazartigue : Mercredi 16 novembre 02h30 locale (07h30, heure de Paris)
Sodebo Ultim 3 : Mercredi 16 novembre 06 h 00 locale (11h00, heure de Paris)
Les heures d’arrivée estimées des premiers Ultimes Charles Caudrelier (Edmond de Rothschild) : mercredi 16 novembre entre 7 h et 13 h
François Gabart (SVR Lazartigue) : mercredi 16 novembre entre 11 h 30 et 17 h 30
Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) : entre mercredi 16 novembre 19 h et jeudi 17 novembre 1 h
Yves Le Blevec (Actual) : entre jeudi 17 novembre 22 h 30 et vendredi 18 novembre 10 h 30
Pour battre le record de Francis Joyon (7 jours 14 h 21’45’’), le premier Ultime doit franchir la ligne d’arrivée avant jeudi 17 novembre à 4 h 21’45’’.
Charlie Dalin sur son Imoca APIVIA est impressionnant sur cette Route du Rhum. Il mène depuis le départ, choisit les bonnes trajectoires et tient à distance ses adversaires relégués à plusieurs milles et va aussi vite que les Ocean Fifty.
Dès l’entrée en mer d’Iroise, le skipper d’APIVIA a pris la tête du groupe qui jouait la carte du longe-côte en Finistère. Ses petites options bien senties et bien exécutées lui ont permis de pointer en leader avec 81 milles d’avance sur Thomas Ruyant (LinkedOut) après une quarantaine d’heures de course ; après, surtout, que les deux flottes (de l’ouest et du sud) se furent retrouvées sur une route commune. Ni les conditions de navigation dégradées ni les enchaînements de dorsales (sans vent) et de fronts (avec vents forts) n’ont réellement contrarié sa progression. « Depuis le début de saison, je vis une belle harmonie avec le bateau, et je suis heureux que ce soit encore le cas sur ce début de course. C’est rare d’arriver à ce niveau de plénitude. Je me pose des questions, évidemment, et je n’ai pas réponse à tout. Parfois cela ne marche pas, mais je suis dans un mode de navigation tellement éloigné de ce que je vivais la première année, où j’essayais de dompter le bateau… Je subissais alors qu’aujourd’hui, je le maîtrise ». Des contrariétés, il en reste, heureusement. Hier soir, une petite subtilité météo semblait pouvoir lui permettre d’asséner un nouveau coup à la concurrence. La porte qui émergeait de la dorsale s’est refermée sur APIVIA… mais pas sur les leaders de la classe Ocean Fifty avec qui il naviguait alors bord à bord. « Honnêtement, ça m’a frustré ! J’avais l’impression d’être une vache qui dans son champ regarde passer le train. J’ai réfléchi, j’ai compris ce qu’il s’était passé et… » Et un nouveau train s’est présenté en fin de nuit. Ce matin, Charlie a sauté sur le marchepied, évitant de rester coincé dans la dorsale.
« Le bateau s’est dérobé, et j’ai volé » À bord, la vie a changé. C’en est probablement terminé de « la partie cabossée du parcours, en tout cas face à la mer. On se fera peut-être encore secouer, mais nous serons dans le sens des vagues, ce sera plus cool ». Le soulagement est perceptible : lundi matin, dans la descente vers les Açores, Charlie a été éjecté du pouf qui lui sert de lit. Il raconte : « Le bateau tapait par-dessous et, malgré l’épaisseur du pouf, c’était difficilement tenable. Ça m’a réveillé et, malgré ça, quand le bateau s’est dérobé, j’ai volé, façon « expérience gravité Zéro G ». Je n’ai même pas eu le temps de profiter de l’apesanteur que je retombais lourdement… sur le pouf heureusement, qui a sauvé mon intégrité physique ».
Les alizés se présenteront très bientôt, portant dans leur souffle des conditions de navigation plus confortables, pour autant qu’on puisse accoler confort et IMOCA dans la même phrase. Il fait déjà 24 degrés dans le bateau (« c’est le printemps : il ne fait plus froid, il fera bientôt trop chaud ») et le skipper d’APIVIA navigue en short et tee-shirt. « J’ai hâte d’entrer dans le régime des alizés. Dès que j’y serai, j’entamerai la descente vers la Guadeloupe en escaliers, avec du vent par l’arrière du bateau. Ce sera une nouveauté dans cette course… ce sera même un grand moment ! »
Les premiers Ocean Fifty devraient enfin se retrouver dans les Alizés et se propulser vers la Guadeloupe. Quentin Vlamynck à bord d’Arkema mène toujours la flotte sur un bon rythme avec 70 mn d’avance sur Erwan Le Roux, Sébastien Rogues et Armel Tripon.
Le grand échiquier est en train de se mettre en place pour Sébastien Rogues. ” Finis les dépressions, les fronts, la machine à laver dans le bateau, la boule au ventre… Fini aussi pour mon ami Thibaut – Défi Voile Solidaires En Peloton. Quand j’ai appris la nouvelle j’en avais les larmes aux yeux. Je t’envoie toute l’énergie possible pour t’aider et je pense à toi. Mais tu es un roc et encore une fois tu feras des miracles ! Finies aussi les couches de cirés, les polaires mouillées. La vie reprend ses droits sur mon petit bateau (au port je le trouve super grand, mais au milieu de l’Atlantique il parait si petit !). On contourne l’Anticyclone dans les prochains jours. Au programme, soleil, nuages, grains, belles houles du large, risées, molles et plein de situations imprévisibles ! La partie d’échec va battre son plein.”
« Les températures remontent. On sent qu’on descend vers le sud, surtout la nuit », a indiqué Erwan le Roux par ailleurs heureux d’avoir réussi à se reposer en position allongée pour la première fois depuis le départ. « La nuit dernière, j’ai sorti le matelas. Qu’est-ce que ça fait du bien de dormir à l’horizontal ! On l’oublie, mais c’est un truc de fou ! », a commenté Erwan qui a donc plusieurs raisons de se réjouir aujourd’hui, avec en prime, la satisfaction d’avoir un peu distancé Sébastien Rogues ces dernières heures au pointage. Un pointage où il occupe, ce matin, la deuxième place derrière Quentin Vlamynck. « J’ai grappillé un peu de terrain sur les copains situés un peu en dessous. Ils ont un peu moins d’air que moi la nuit dernière. C’est cool », a terminé Erwan Le Roux qui va toutefois devoir se méfier de la concurrence dans une nouvelle phase de vents légers et instables annoncée sur sa route à la mi-journée.
Charles Caudrelier à bord de son Maxi Edmond de Rothschild devrait arriver mercredi entre 8h et 13 h (heure de Paris) à la Tête à l’Anglais avec 3-4h d’avance sur François Gabart. Le final de cette Route du Rhum s’annonce passionnant.
Charles Caudrelier et François Gabart font désormais route directe vers la Guadeloupe. Le Maxi Edmond de Rothschild compte 70 milles d’avance sur SVR-Lazartigue après un contre-bord cette nuit pour se recaler sur la bonne trajectoire. Toujours légèrement plus rapide, Charles Caudrelier devrait conserver 2 à 3 heures d’avance sur François Gabart avant d’entamer le tour de la Guadeloupe en début de nuit où tout peut arriver. Thomas Coville avec son Sodebo Ultim 3 est à 171 mn du leader. Son ETA à la Tête à l’Anglais le fait arriver plus de 20h plus tard.
Depuis lundi après-midi, le sprint final est officiellement lancé pour les trois leaders de la classe Ultim 32/23, Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild), François Gabart (SVR Lazartigue) et Thomas Coville (Sodebo Ultim 3). Pour eux, il s’agit aujourd’hui d’engranger le plus de milles possibles en direction de la pointe nord de la Région Guadeloupe. « Ça commence à aller vite, c’est sympa. Enfin de la glisse, de la vraie ! Le bateau va bien. La mer s’est organisée. C’est plaisant », a commenté le meneur de troupe à la vacation matinale, après une nuit entière lancé à plus de 30 nœuds de moyenne. « Plus il y a de vent, plus le bateau est facile au pilote. J’en ai profité mais il faisait noir et dans les grains, le vent montait à plus de 30 nœuds. J’avais tout dessus et j’étais en mode « je ne casse rien ». J’aurais pu aller plus vite. Le bateau demandait à aller à plus de 40 nœuds mais j’ai préféré rester raisonnable », a commenté Charles Caudrelier avec une voix nettement plus reposée que la veille. « J’ai pu dormir un peu et passer une excellente nuit », a avoué le navigateur, dont la cadence a un peu faibli en même temps que le vent ce matin. Son avance au pointage de 6 heures sur son concurrent le plus proche ? 110 milles. « C’est pas mal et si je pouvais garder ce matelas jusqu’à la fin, ce serait bien mais je reste vigilant. François est dans une meilleure position que moi car il n’est pas complètement impossible que j’aie un jibe à faire à un moment. La journée va être un peu molle et il va y avoir des grains. Ce n’est pas fini avant la Guadeloupe ! Concentration et repos sont au programme du jour. Je n’ai pas assez d’avance pour me décontracter complètement », a ajouté le skipper du Maxi Edmond de Rothschild qui garde la tête froide et ne cache pas son appréhension pour ce qui concerne les derniers milles. « Ce qui m’inquiète, c’est le tour de la Guadeloupe. J’ai peur que François me fasse une Joyon, qu’il se venge de la dernière fois ! », a relaté Charles qui a forcément en mémoire le scénario de la dernière édition de cette Route du Rhum – Destination Guadeloupe marqué par neuf heures de mano à mano autour de l’île et, pour finir, un incroyable retournement de situation à la sortie du canal des Saintes. « Je vais arriver à la mauvaise heure, en début de nuit en heure locale. A ce moment de la journée, les vents ne descendent pas encore de la côte. Tout est fait pour faire un finish à suspense comme vous aimez bien à terre, mais comme on déteste en mer », assure le marin.
Fabrice Amedéo a vu son bateau coulé devant lui en quelques minutes après une explosion et un incendie à bord de son IMOCA Nexans – Art et Fenêtres alors qu’il faisait route à 11h40 TU ce lundi suite à une avarie survenue la veille occasionnant une voie d’eau dans la zone de vie du bateau. Il relate son sauvetage où il n’est pas passé loin de mourrir.
Fabrice a été contraint d’abandonner son bateau qui a sombré au large des côtes portugaises. Les opérations de secours ont immédiatement été enclenchées. Fabrice est en sécurité à bord du cargo M/V MAERSK BRIDA, il n’est pas blessé. Il sera débarqué demain dans la ville portuaire de Ponta Delgada, située sur la côte sud de l’île de São Miguel, dans l’archipel des Açores. “Bonjour à tous. Je suis sain et sauf sur un cargo qui va me déposer aux Açores demain matin. Mon Imoca Nexans – Art et Fenêtres a coulé en flamme sous mes yeux. Ce sont tous mes rêves qui se sont engloutis avec lui”.
Dimanche matin : tout va bien à bord et je fais une super course. Le bateau vole fort dans les grains et la mer est formée. Soudain, je me rends compte que mon ballast a explosé sur une vague et que j’ai plusieurs centaines de litres d’eau dans le bateau. Je m’arrête pour être en sécurité et je commence à tout vider. À ce moment là, les batteries touchées par l’eau tombent en panne et j’ai un black out complet à bord. Je n’ai plus d’électricité : plus de pilote automatique, plus d’ordinateur, plus d’électronique. Je décide, en concertation avec mon équipe, de faire route prudemment vers Cascais.
Dimanche après midi : grosse fumée à bord du bateau. Je donne un coup d’extincteur, j’enfile ma TPS (combinaison de survie) j’alerte la direction de course qui demande à un concurrent en Imoca de se dérouter pour me porter assistance en cas de besoin. La fumée finit par s’arrêter. Je décide de reprendre ma route vers Cascais. Je croise James Harayda le skipper de Gentoo qui était venu sur zone pour me porter assistance. Je le remercie et reprends mon chemin. J’assèche complètement le bateau et me prépare à une navigation difficile. Je dors deux heures hier soir pour me remettre de mes émotions puis barre 6 heures cette nuit.
Lundi : De nouveau 2h30 de sieste puis 7 heures de barre. Peu après 12h30, nouvelle fumée à bord. Suivie d’une explosion. Je retourne dans la cabine à tâtons et parviens à récupérer ma TPS. Mon Grab bag (sac de survie) était resté dans le cockpit. Je retourne chercher mon alliance. Je donne un coup d’extincteur mais rien n’y fait. La fumée n’est pas blanche comme hier mais jaune. Le cockpit se gondole et jaunit. Les embruns d’eau de mer font comme le bruit de l’eau sur une casserole. Je comprends que je vais devoir évacuer. Je préviens mon équipe d’une possible évacuation. Au moment où je raccroche, je suis alors à l’arrière du bateau prêt à déclencher ma survie: un torrent de flamme sort de la cabine et de la casquette. Je suis au milieu des flammes. Je ne peux même pas ouvrir les yeux. Je parviens à pousser le radeau de survie à l’eau et à sauter. Normalement le bout qui tient la survie au bateau est sensé lâcher. Il ne lâche pas. Le bateau, que j’ai eu le temps de mettre à la cap mais qui avance encore poussé par une mer formée, tire la survie qui se remplit d’eau. Je parviens à monter à bord sans la lâcher. Je crois que c’est ici que tout s’est joué et que les choses ont basculé du bon côté. Je me dis « si tu veux vivre tu as quelques secondes pour trouver le couteau et couper ». L’Imoca me tire à lui. Les vagues me ramènent dangereusement à lui. Je trouve finalement le couteau et coupe. Mon radeau dérive sous le vent de l’Imoca qui est en flammes. Il va mettre 30 minutes à sombrer. Je lui ai parlé et l’ai remercié. Nous devions faire le tour du monde ensemble dans deux ans.
Fabrice Amedeo à bord de son radeau de survie
Ensuite il faut s’organiser. Le téléphone satellite n’a pas aimé l’eau du radeau et ne fonctionne pas. Je me dis : « personne ne sait que le bateau a coulé et que tu es dans ton radeau, si tu coupes la balise de ton imoca que tu as pu emmener et que tu déclenches celle du radeau ils auront l’info ». C’est ce que je fais. Je ne trouve pas d’écope à bord. Un Tupperware contenant des piles va me sauver. Je vide le radeau. Commence l’attente. Je me mets en arrière du radeau pour qu’il ne se renverse pas. La mer est très très formée. Je fais le point sur le matériel à bord et me prépare à la suite. Je rassemble les fusées. Mets la VHF autour de mon cou. Je passe trois à quatre heures dans ce radeau. Je suis étonnamment serein. Au ras de l’eau. Le radeau se remplit régulièrement d’eau des vagues qui déferlent légèrement. J’écope mais me sens en sécurité. Je sais pourtant que rien n’est joué.
Toutes les 30 min, pour épargner les batteries, je lance un appel Mayday à la VHF. J’ai pris la VHF du bord grâce à Éric mon Team manager qui a eu le temps de me donner ce conseil juste avant que je ne raccroche. Je garde les batteries de celle du radeau pour la suite.
Au bout d’un moment une voix me répond. Un cargo qui se trouve à 6 milles de ma position arrive sur zone. Je suis rassuré mais ne vois pas comment je vais monter à bord d’un tel mastodonte avec cette mer. Je suis en contact permanent à la VHF avec le capitaine qui ne me voit pas : la mer est formée, il a le soleil dans les yeux et je suis un minuscule point orange. Il m’a dit tout à l’heure « you are alive because you told me : I am approximatively 2 milles from your star board side ». Je suis à environ deux milles de votre côté tribord. Je percute une fusée de détresse. Il me voit. Il me perd. J’en percute une deuxième. Il me voit et arrive sur zone. Il tente une première approche qui échoue. C’est très impressionnant d’être dans mon radeau pneumatique à quelques mètres de ce géant d’acier. Il s’excuse à la VHF et repart pour une approche. À son passage la mer se hache, le radeau se remplit abondamment d’eau. Il se repositionne à mon vent, à quelques mètres, c’est dingue, et dérive vers moi. Cet immeuble calme un peu la mer et m’aspire. Le radeau frotte contre la coque de l’avant vers l’arrière. Si ça ne marche pas, la suite va être compliquée. L’équipage me lance des cordes que je ne parviens pas à récupérer dans un premier temps.
Finalement j’y parviens. J’en récupère une proche de la proue du navire. Tout se joue sur le fil. Il y a l’épaisseur du trait entre la réussite et l’échec, la survie et le drame. L’équipage me tire vers un escalier qui a été descendu. Avec les vagues je monte parfois au niveau de l’escalier puis redescends 5 mètres en dessous. C’est la dernière épreuve. Si la survie passe sous l’escalier elle va être percée et moi je vais être projeté à l’eau. Je m’approche. Une première fois : je ne la sens pas. Une seconde vague, je monte et hop je saute sur l’escalier que j’atteins puis me retrouve dans les bras d’un homme casqué. Je remonte sur le pont.
Je suis accueilli par une une vingtaine de membres d’équipage. C’est fou ce moment. Ils me prennent dans leur bras, me félicitent. Avant que je n’ai eu le temps de dire ouf, ils m’emmènent dans une salle, j’ôte pas combinaison de survie. « Mais tu es sec » hallucinent-ils. Oui oui nous sommes équipés sur nos bateaux de course ! J’ai pris une douche et ai mis une tenue de l’équipage.
Fabrice Amedeo en sécurité à bord d’un cargo.
C’est une fois à bord du cargo que la peur et l’adrénaline sont venus. Mes jambes tremblaient. C’est fou cette capacité animale qu’a l’Homme à gérer une situation de survie. Et puis ça retombe. La mort n’a pas voulu de moi aujourd’hui ou plutôt la vie n’a pas voulu que je la quitte. Je suis dévasté mais le plus heureux des hommes car ce soir ma femme et mes filles ne vont pas se coucher en pleurant.
À la sortie de la douche je suis reçu par le capitaine et son second. Nous tombons dans les bras les uns des autres. Ils ont aussi les jambes qui tremblent me disent- ils.
Cette aventure n’altère en rien ma passion pour mon métier et pour l’océan. Je remercie mon équipe, la direction de course de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, les équipes de secours, qui ont oeuvré pour que cette opération de sauvetage se déroule dans les meilleures conditions possibles.
Je pense aussi à mes partenaires. Je les remercie de leur confiance. Je vais rebondir. Nous allons rebondir.