A l’instar de ce qui s’était produit avec Francis Joyon, la signature du partenariat entre l’équipe d’Anne Caseneuve et Patrice Lafargue, Président du Groupe Acanthe, procède du coup de cœur… « Tout s’est fait à Cadix, raconte Anne, après une discussion entre Mr Lafargue et Christophe Houdet (alter-ego de la navigatrice, et « second officieux » du trimaran IDEC). Ils se sont rencontrés alors que Francis allait partir pour sa tentative de record sur la Route de la Découverte, et 10 jours plus tard, le contrat était signé ! C’est une efficacité rare dans ce genre de tractations », note Anne, dont le 50 pieds porte désormais les couleurs de son nouveau partenaire. « L’arrivée du Groupe Acanthe à nos côtés signifie que nous pouvons passer un nouveau stade dans l’évolution du bateau, qui à l’heure actuelle est très certainement le 50 pieds multicoque le plus performant du circuit ». Ce trimaran, un savant « puzzle » conçu et construit par Jack Michal et Christophe Houdet, est en effet détenteur du record des 24 heures dans sa catégorie, en solo comme en équipage ! A son bord, Anne Caseneuve a remporté la Saguenay – Saint Pierre – Vendée en 2003, avec 48 heures d’avance sur le second. Une performance qui en dit long sur le potentiel de la machine.
Le Cam à 100 milles de Riou
Jean Le Cam (Bonduelle) fait parler l’écume ! Jean a repris 33,3 milles sur Vincent Riou (PRB) depuis hier même heure. Plus rapide dans tous les compartiments du classement, Jean pousse sur sa machine et grappille d’importants milles avant le délicat passage du Pot au Noir. 353,7 milles parcourus en 24 heures pour Bonduelle contre 318,9 milles pour PRB, 17,9 nœuds de vitesse moyenne sur 4 heures contre 15 nœuds et 17 nœuds de vitesse moyenne sur une demi-heure contre 14,9 nœuds… Rien à dire Jean revient et cela doit « fumer » à bord du plan Lombard. Mais le chiffre important à noter est également le cap plus abattu de Jean qui ouvre plus les voiles que Vincent et que Mike. Ainsi, si Vincent ne bouge pas de son cap au nord, Jean taquine le nord-ouest depuis plus de 24 heures. Une allure indéniablement plus rapide pour le monocoque jaune dans cet alizé de 15 nœuds établis. De deux choses l’une pour le monocoque jaune qui perd heure après heure de son écart en latéral avec Vincent Riou : d’une part, il profite de son placement au vent de la flotte pour revenir au contact en ouvrant plus les voiles et d’autre part, il se peut que les opportunités de passage du Pot au Noir se réduisent à un seul et même endroit, endroit que Jean vise maintenant en se recalant dans le sillage de Vincent. Il se pourrait bien que l’on assiste à un nouveau regroupement à l’approche du Pot au Noir, ce fameux « territoire du vide » comme l’appelaient les marins de l’ancienne marine à voile, situé grosso modo à 500 milles ce matin dans les étraves des leaders. A titre de repère géographique, Vincent Riou, (PRB) est ce matin à 327 milles dans le travers de la ville de Natal (Brésil), soit de la corne brésilienne.
Interview de Vincent Riou, leader du Vendée Globe…
– Personne ne vous attendait pas à pareille fête. Etes-vous surpris de vous retrouvez en tête après 72 jours de mer ?
Vincent Riou : “Avant de partir, je me disais que finir ce Vendée Globe serait déjà une belle chose. Et, franchement, je ne me voyais pas en tête, mais plutôt dans les 3 ou 4 premiers car je savais que si mécaniquement le bateau tenait et le bonhomme suivait, ça irait bien. Alors, être en tête à ce stade de la course, forcément, je m´en réjouis””.
– Malgré votre jeune âge (33 ans), vous naviguez comme un vieux briscard : d´où vient cette sérénité ?
V.R. : “”C´est mon tempérament. J´ai toujours été cool. Avant de m´énerver, faut y aller… Parfois, je suis même trop cool. Si? aujourd´hui, je maîtrise mon sujet, c´est aussi parce que j´ai beaucoup bossé. Ça fait deux ans que je prépare ce Vendée Globe, que je m´y consacre entièrement. J´ai fait les choses à fond et aujourd´hui, le travail porte ses fruits””.”
Oryx Quest 2005 : J -20
Qatar 2006 est sorti tout frais et tout beau de son chantier mené tambour battant. En seulement 34 jours, le catamaran de 110 pieds a reçu de nouvelles voiles. L’électronique embarquée et le gréement courant ont été entièrement renouvelés. Les moteurs ont été retirés et remplacés par des générateurs plus petits. Mené par Jonny Malbon, sous le contrôle de son skipper Brian Thompson et l’assistance de Bob Walker de Qatar Construction & Engineering Company, le chantier de Qatar 2006 a été réalisé au Qatar Navigation Shipyard à Messaied, au sud de Doha.
“Nous avons passé le bateau au peigne fin,” dit Thompson, dont l’emploi du temps a été très chargé notamment par le recrutement de son équipage. “”Nous avons constaté que le bateau était structurellement très sain et nous nous sommes concentré sur le gain de poids et les mises à jour d´équipements en priorité. J´ai aussi achevé le recrutement de mon équipe. Composée de 12 marins très expérimentés venant de différents pays, j’espère pouvoir l’annoncer très prochainement.””
Anticyclone devant les étraves de Castorama
Castorama se rapproche rapidement du mur météo qui se dresse sur sa route. L´anticyclone s´étale actuellement au large des côtes l´Uruguayennes et génère des vents très faibles, entre 4 à 8 nœuds, qui vont inexorablement ralentir la progression du trimaran aujourd´hui et ce soir. Au cours des prochaines 24 heures, l´avance d´Ellen sur le record de Francis Joyon devrait donc de nouveau chuter, malgré les plus de 400 milles parcourus depuis hier à 20-25 nœuds sur une route NE très proche de la route directe. La vitesse VMG (vitesse de rapprochement par rapport à l´arrivée) nécessaire pour battre le record à partir d´aujourd´hui n´est que de 10 nœuds, mais elle pourrait augmenter dans les heures à venir. Ce matin à 7h10 GMT, Castorama avait parcouru environ 20969 milles depuis le départ à la vitesse moyenne de 17,5 nœuds, et depuis hier à 13h10, il a repris 6 heures d´avance sur le record. Une avance qui se porte à 3 jours, 22 heures et 33 minutes, soit 17% du temps qu´il reste à Ellen pour battre le record de Francis Joyon.
La Dorsale anticyclonique s´étale vers l´est au large de l´Urugay et barre la route d´Ellen. Castorama va devoir traverser cette zone sans vent. Il ne peut y échapper. Il n´a pas d´autre solution. D´ici ce soir, le vent pourrait chuter entre 4 et 8 nœuds et Ellen va une fois de plus devoir puiser toute l´énergie nécessaire pour continuer de faire avancer son trimaran le plus vite possible et l´emmener de l´autre côté de la dorsale, vers des vents plus forts.
Statu quo en tête de course …
138 milles d’avance hier matin sur le second ; 138 milles d’avance 24 heures plus tard. Vincent Riou (PRB) continue de déjouer estimations, évaluations et pronostics. A armes égales dans un alizé paresseux, il affiche aujourd’hui des performances en tout point identiques à celles de son dauphin, Jean Le Cam (Bonduelle) : 281 milles parcourus en 24 heures à 11,7 noeuds de moyenne et 13,9 nœuds de vitesse moyenne sur les dernières heures, avec un cap à peine plus lofé que celui de son concurrent le plus direct. L’érosion annoncée n’est pas au rendez vous. A 680 milles de l’Equateur, c’est le statu quo en tête de course. Mike Golding, 3ème sur Ecover s’est remis dans le rythme, 232 milles dans le sillage de Vincent Riou. Il présente un bilan très similaire à celui de ses devanciers.
Le petit train de l’Equateur. Les trois leaders foncent plein nord, tout droit dans un vent d’est peu soutenu, d’une quinzaine de nœuds. Suffisamment soutenu en tout cas pour voir de nouveau les performances s’élever et les distances parcourues sur 24 heures tutoyer les 300 milles. Les écarts affectent une étonnante stabilité lors des dernières 24 heures. Le Cam n’a rien repris à Riou. Seul Golding a lâché une poignée de milles en chemin. La journée d’aujourd’hui ne devrait pas nous offrir un scénario très différent ; les trois hommes foncent au large de la pointe orientale du Brésil et la ville de Recife, dans un alizé bien calé à l’est et qui, seul changement notable, pourrait se renforcer dans le nord pour Riou. Priorité vitesse. Priorité réglages. Priorité trajectoire.
30 noeuds de vent pour MacArthur
Son avance tombe sous les 4 jours…
Ellen avait atteint 4 à 5 jours d´avance pendant plus d´une semaine, depuis le 41e jour (2000 milles avant le Cap Horn). Mais avec un peu recul, on peut voir qu´il y a deux semaines seulement, au 30e jour, elle ne comptait que 1 jour et 6 heures d´avance sur le record, ce qui était d´ailleurs sa plus grosse avance depuis le départ. Au même moment, Francis Joyon s´apprêtait à franchir le Cap Horn et affichait de très belles moyennes quotidiennes malgré la chute de son Solent qu´il avait passer cinq heures à ramener sur le pont. A noter également aujourd´hui, le passage d´Ellen au nord de 40S de latitude, qui marque en quelques sortes le retour à la “civilisation””.
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Le trio de tête allonge la foulée …
Désormais bien calé dans l’alizé de Sainte Hélène, l’infernal trio Riou-Le Cam-Golding passe la surmultipliée et cavale en direction de l’équateur situé à moins de 1 000 milles. Le vent est bien établi à l’Est, pour une quinzaine de nœuds, et les voiliers glissent sous grand voile et solent dans des conditions qualifiées hier d’idyllique par le skipper de Bonduelle, et qui vont perdurer aujourd’hui. Ce n’est que dans une vingtaine d’heures que l’adonnante au Sud Est se fera sentir et que viendra le moment d’envoyer les gennakers. Mike Golding (Ecover) vient de vivre une des semaines les plus noires de sa longue vie de marin avec cette double rupture de drisse de grand voile et son corollaire de misères. Il a viré hier soir dans l’alizé et fait à présent une route parfaitement parallèle à celle de Jean Le Cam 280 milles dans son Est, mais à 228 milles du leader Riou. Une course de vitesse pure s’engage, bateaux réglés aux petits oignons, et skippers rivés à la table à carte, la tête déjà au-delà de l’Equateur, à l’examen d’un passage à niveau nommé pot au noir.
Jean-Yves Bernot : “Rien n´est joué”””
Q – L´avance de Vincent Riou est-elle déterminante ?
Jean-Yves Bernot : “Vincent a bien joué le coup. Je ne suis pas étonné de le voir aussi bien placé. Pendant les cours, il a montré beaucoup d´intérêt. Ce qu´il fait est toujours simple et bien fait. D´un point de vue stratégique, il n´a pas raté grand-chose. Maintenant, même s´il a pris de l´avance, rien n´est joué pour autant. Après le Pot au Noir, il va connaître quelques jours difficiles, notamment s´il se retrouve avec 20 nœuds à 60° du vent. A cette allure-là, les deux autres bateaux sont plus rapides que son “”PRB”” “”.
Q – Comment s´annonce le passage du Pot au Noir ?
J.-Y.B. “”C´est toujours un passage compliqué, d´autant plus qu´il semble être actif cette année : ça peut donc être la loterie. Ensuite, du Pot au Noir jusqu´à la latitude des Canaries, ce se sera pas simple non plus. D´ailleurs, jusqu´à l´arrivée, les premiers ne vont pas connaître de repos au niveau stratégique. Ils devront être concentrés, lucides. Donc, il faudra savoir se reposer pour avoir les idées claires””.Q – Jean Le Cam peut-il revenir après son option hasardeuse dans l´est ?
J.-Y.B. : “”A ce sujet, j´avoue que je ne comprends pas pourquoi il est parti à l´est. Ce n´était pas à lui de tirer le premier. Pourquoi a-t-il fait ça ? C´est un mystère. Peut-être a-t-il choisi de se planter volontairement dans les calmes pour réparer quelque chose ou ménager son bateau ? On ne le saura pas, car il est évident que Jean ne dira rien. D´ailleurs, à sa place, j´en ferais autant. Maintenant qu´il est sorti de cet endroit, Jean va se refaire : il va un peu combler son retard et je le vois bien au Pot au Noir 100 milles derrière Riou. Après, tout dépendra du passage du Pot au Noir, donc tout reste possible””.
Q – On a l´impression que Mike Golding n´a pas véritablement de schéma stratégique. Qu´en pensez-vous ?
J.-Y.B. : “”Golding navigue bien, c´est un bon marin : il est costaud, sait faire avancer un bateau et le sien va plutôt vite. Maintenant, il est vrai qu´il a moins de culture météo que les Bretons. Sa façon de naviguer est très anglo-saxonne, c´est-à-dire on reste sur la route directe en regardant ce que font les autres. Il réagit en fonction des adversaires et n´a pas de schèmas stratégiques en tête. S´il voit qu´un concurrent part à droite et que ça avance bien, il va à droite. Lui, il parie sur sa capacité à faire avancer vite son bateau. D´ailleurs, à chaque fois qu´il a gagné une course, c´est en procédant ainsi : en suivant et en accélérant dans la dernière ligne droite. Ceci dit, c´est un très bon finisseur””.
Philippe Eliès / Le Télégramme
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Grosse fatigue à bord de Castorama…
La fatigue commence a pesé sur le moral d’Ellen. Depuis le Cap Horn et pour cette première partie de la remontée de l’Atlantique, Ellen a passé 48 heures dans des conditions épuisantes. Elle n’a eu que très peu d’occasions de récupérer et hier soir, alors que le vent semblait enfin se stabiliser, une mer contraire (vent contre vague) a commencé à se lever, rendant la progression de Castorama plus mouvementée et plus périlleuse : “on dirait que le bateau va se casser en mille morceaux. C’est dur, très dur. Le trimaran est secoué dans tous les sens. C’est horrible. La mer est vraiment mauvaise. La drisse de grand voile grince, tout craque, les bastaques sont sous tension… et je ne peux rien faire. J’ai essayé de ralentir. Et puis j’ai essayé d’accélérer. J’ai tout essayé mais j’ai l’impression d’avoir des montagnes en face de moi. Avec cette saleté de dépression qui s’est installée devant notre nez. Ca grince, ça gémit, ça cogne, ça craque. C’est vraiment horrible. Vous passez trois vagues, vous fermez les yeux en espérant que tout ira bien et à la quatrième : “”BANG””. Je suis sure que quelque chose va finir par casser !”” Difficile de décrire ce qu’Ellen est en train de vivre sur sa tentative de record autour du monde en solitaire. Le son de sa voix en dit long. Épuisement, anxiété, frustration. Ellen atteint ses limites.”


















