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Les voiles en images

Alinghi
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Quel est ton parcours dans la Coupe ?
« J’ai commencé en 1985 pour l’édition 87 de la Coupe en tant que voilier pour Marc Pajot. J’ai ensuite participé à la Coupe 95 en tant que dessinateur avec Laurent Delage (aujourd’hui chez Victory Challenge, ndlr). J’ai rejoint Luna Rossa sur la dernière Coupe pour mettre au point le système de Sail Vision, et maintenant je m’occupe de l’analyse. »

Quelle formation faut-il pour ce métier ?
« Je suis assez autodidacte. A l’origine, je suis dessinateur de voiles. J’utilise mes compétences de sail designer pour les mettre au service de l’analyse. Je le fais donc avec tout le parti pris dû à ma formation. Il est bien évident qu’un ingénieur aérodynamicien de formation aura un autre parti pris et tirera d’autres conclusions. »

Quel est ton travail au sein de Luna Rossa ?
« C’est l’analyse des voiles en navigation. Je fais fonctionner le système de Sail Vision. Ça sert à connaître la réalité de la forme des voiles et à comprendre comment le bateau fonctionne avec ces voiles-là. C’est un vrai retour d’informations. Une fois que les dessinateurs ont imaginé la voile, que les voiliers l’ont réalisé, et qu’enfin elle est sur le bateau, là on sait quelle est la réalité de la voile. La forme 3D de la voile conçue par le dessinateur est assez loin de la forme de la voile qui va naviguer. Pour des raisons d’élongation de matériau, de déformation du mât, de chargement aérodynamique, entre autres. »

Comment fonctionne le Sail Vision ?
« Il y a tout un réseau de caméras qui filment les voiles en navigation et qui permettent d’enregistrer les formes. On fait de la reconnaissance de forme sur ses images-là et on extrait les formes de voile en navigation à partir du traitement d’images. Les deux gros processus informatiques sont : 1) le traitement de l’image pour pouvoir extraire les grosses bandes de visu noires et blanches que l’on aperçoit dans les voiles. Et 2) d’arriver à reconstruire les moules en 3 dimensions à partir de ces images en 2 dimensions. »

Combien y a-t-il de caméras ?
« On en utilise quatre. Il y a un couple de caméras en tête de mât pour la grand-voile, et un autre en haut de l’étai pour les génois. Comme ces deux caméras sont moulées dans le mât, elles sont difficilement perceptibles à l’œil nu. »

Ce système existe-t-il depuis longtemps ?
« Le premier que j’ai vu fonctionner mais pas développé, était à bord de Kookaburra en 1987. A ma connaissance, le premier système a été développé en 1988 pour la Coupe 92. Le problème de l’époque était d’une part le poids du matériel et d’autre part le fait que les ordinateurs n’étaient pas encore assez rapides pour faire du temps réel. Aujourd’hui, pas mal d’équipes ont ce système. »

Qu’est-ce que cela apporte à l’équipe ?
« C’est un capteur comme un autre. On fait aussi l’acquisition de l’angle du trimmer, du safran, de la gîte du bateau, la vitesse du vent apparent, l’angle du vent apparent, etc. Le but de tout ça est de réunir toutes ces informations dans une base de données et de les mettre en relation avec la performance du bateau. Ainsi, on constate qu’on est performant quand on a tel angle de gîte et telle forme de voile, ou tel angle de vent apparent, par exemple. Après on essaie d’extraire des critères de performance qui seront utilisés ultérieurement. »

Ce système est utilisé à l’entraînement et pendant les régates ?
« Oui, tout le temps. C’est une acquisition de données. On pense que les données de régate sont les plus valables. »

On voit sur certains Class America des caméras en tête de mât, et d’autres depuis le pont. Quelle est la différence ?
« Quand on prend du haut vers le bas, on voit le bateau. Donc on a l’axe du bateau et le bas des voiles, mais on a des problèmes pour avoir le haut des voiles. D’un pur point de vue géométrique, il est plus logique de regarder les voiles d’en haut car elles sont plus étroites en haut qu’en bas, quoique cela commence à changer. Pour intégrer le réglage et le choix des voiles, notre choix s’est tourné vers des caméras en haut, même si d’une certaine façon, cela alourdit le mât. Inversement, les caméras placées au pont voient mieux le haut des voiles mais sont perturbées par la lumière, le soleil, les nuages… »

Les régleurs ont-ils un retour d’informations en direct ?
« On ne leur donne pas toutes les informations en temps réel. On essaye de leur donner des informations utilisables en temps réel. On ne cherche plus à donner la forme totale de la voile aux régleurs. On leur donne simplement quelques éléments de réglage, des valeurs assez simples comme le creux, le twist, la position du creux. Des critères assez simples et facilement mémorisables. »

As-tu été surpris par certains résultats de régleurs ?
« Honnêtement, je suis étonné par la qualité de l’intuition des régleurs. Je mesure des voiles tous les jours et je suis vraiment admiratif de la régularité et de la reproductibilité des réglages. Lorsqu’on fait l’acquisition des flying shapes (les formes en navigation) et qu’on les met dans le programme aéro, eh bien quand on veut modifier ce que les régleurs ont fait, c’est assez difficile de faire mieux. Je pensais que l’intuition était empirique et un peu magique. Qu’ils avaient des bons jours et des mauvais. En réalité, avec les moyens qu’a le régleur – la voile du moment, le vent et la mer – il est toujours au maximum du potentiel. C’est assez surprenant. »

Quelles sont vos limites ?
« Les limites de jauge déjà. A Valencia et à Malmö, on a vu que tout le monde a tenté d’explorer les limites de cette jauge et on est revenu à des solutions un peu en deçà des possibilités données par la jauge. Cela semble plus raisonnable. Il va sûrement y avoir de nouvelles améliorations, des choses surprenantes qui vont arriver. Dès lors qu’on met en place de nouvelles règles, ça donne libre cours à l’imagination… »

DBo. (Source ACM)

Record en vue…

Wild Oats XI
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Le détroit de Bass s’annonce fidèle à sa réputation… Chris Webb, du Bureau de la Météorologie à Sydney a déclaré que les vents dans et aux approches du détroit de Bass seront « solides », particulièrement au Sud de Gabo Island. Les prévisions pour la nuit à venir (il y a environ dix heures de décalage horaire par rapport à la France) programment un vent de Nord Ouest à Nord Est 10 à 20 nœuds, tournant Nord à Nord Est 20 à 30 nœuds avec une mer agitée par une houle de deux à trois mètres. Mais au matin de mercredi (heure locale), le vent va passer au Nord Est 30 à 35 nœuds puis basculer à l’Ouest 30 à 40 nœuds pendant la journée avant de re-mollir en fin de mercredi.

La course va donc avantager les leaders, dont Wild Oats XI qui mène la flotte depuis pratiquement le départ de Sydney et le record détenu par Nokia en 1999 pourrait être battu : le plan Reichel & Pugh de trente mètres mis à l’eau il y a seulement quelques semaines, marchait en effet ce matin (heure française) à plus de dix huit nœuds vers le but et se situait déjà à la pointe Nord Est de la Tasmanie à moins de 210 milles de l’arrivée. Le bateau de Bob Oatley possédait plus de quinze milles d’avance sur son quasi-sistership Alfa Romeo et reléguait les autres Maxi-Boats à plus de cinquante milles !
Un seul bateau a pour l’instant abandonné : le voilier allemand Conergy qui a cassé son safran.

Classement provisoire en temps réel à 18h30 (heure locale) mardi 27 décembre :
1 Wild Oats XI à 210.1 milles de l’arrivée
2 Alfa Romeo à 226.0 milles de l’arrivée
3 Skandia à 261.6 milles de l’arrivée
4 AAPT à 273.6 milles de l’arrivée
5 Konica Minolta à 284.4 milles de l’arrivée

Classements par catégorie à 18h30 (heure locale) mardi 27 décembre :
IRC A

Wild Oats XI 210.1 milles de l’arrivée
IRC B
Chieftain 348.4 milles de l’arrivée
IRC C
Team Lexus 422.4 milles de l’arrivée
IRC D
Sirromet Life Style Wine 413.5 milles de l’arrivée
IRC E
Ray White Koomooloo 449.6 milles de l’arrivée
PHS
Namadgi 445.3 milles de l’arrivée
SYDNEY 38
Star Dean – Willcocks 417.3 milles de l’arrivée

DBo. (Source Rolex)

Mike again !

ABN ARMO 1 Mike Sanderson
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La seconde régate in shore de la Volvo Ocean Race (après celle de Vigo) a démarré dans un bon flux de Sud Ouest 25 nœuds à 13h00 (heure locale) et après deux heures et demi de course, Mike Sanderson était le premier à boucler le parcours. C’est pourtant Torben Grael sur Brasil 1 qui prenait le meilleur départ mais la puissance de ABN-AMRO One lui permettait de prendre la tête rapidement et de contourner la première marque en leader, place qu’il conserva sans vraiment être inquiété, jusqu’à l’arrivée avec plus de sept minutes d’avance !
Bouwe Bekking effectuait une belle régate après un départ mitigé puisqu’il passait de la cinquième à la seconde place, une revanche après les soucis techniques de Movistar lors de la première étape entre Vigo et Cape Town.

Classement de la seconde inshore à Cape Town :
1 – TEAM ABN AMRO ONE, Mike Sanderson (NZL)
2 – Movistar, Bouwe Bekking (NED)
3 – TEAM ABN AMRO TWO, Sébastien Josse (FRA)
4 – Brasil 1, Torben Grael (BRA)
5 – Pirates of the Caribbean, Paul Cayard (USA)
6 – Ericsson Racing Team Neal McDonald (GBR)
7 – ING Real Estate Brunel, Grant Wharington/Barney Walker (AUS)

Classement général provisoire :
1 ABN AMRO ONE : 15.0 points
2 Brasil 1 : 12.5 points
3 ABN AMRO TWO : 12.0 points
4 Ericsson Racing Team : 11.5 points
5 movistar  : 6.0 points
6= ING Real Estate Brunel : 5.0 points
6= Pirates of the Caribbean : 5.0 points

DBo. (Source Volvo Ocean Race)

Wild Oats ouvre la marche

Départ à Sydney
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Wild Oats XI et Alfa Romeo ont comme prévu fait le spectacle devant le célèbre théatre de Sydney pour sortir de la baie, mais c’est Mark Richards qui sortait en tête de ce duel : Wild Oats devançait Alfa Romeo de deux longueurs lorsque les deux bateaux piquaient vers le Sud pour rallier la Tasmanie. Derrière ces deux leaders et favoris, Skandia suivait le rythme avec AAPT (ex-Nicorette) et Konica Minolta dans une brise de secteur Est à Sud Est 8-10 nœuds à près de quinze de vitesse dès que les écoutes furent choquées… La météo prévoit de petits airs pour cette journée de lundi passant vers le Nord Est puis mardi le vent devrait se lever un peu plus jusqu’à 15 noeuds de secteur Nord Ouest avant un petit coup de vent mardi de secteur Ouest au moment du passage dans le détroit de Bass.
Le long des côtes de la Nouvelle Galles du Sud, Grant Wharington, le skipper de Skandia revenu de Cape Town où il participe à la Volvo Ocean race, était le premier à envoyer son Code 0 au milieu des baigneurs de Bondi Beach alors que les deux leaders préféraient prendre le large à plus de deux milles du rivage. Alfa Romeo et Wild Oats XI étaient au coude à coude et s’avéraient dans les temps du record détenu par Nokia en 1999. Mais il y a 624 milles à parcourir entre Sydney et Hobart…

DBo. (Source Rolex)

Bonne glisse !

Ice boat
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DBo.

Cent ans !

Copa del rey
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24 août 1906 : quatre équipages sont inscrits à la première course transmanche mais seulement deux bateaux sont présents le jour du coup du canon et l’un d’eux abandonne même avant le départ… Brada sort donc du Solent seul et l’équipage de Mr Ledoux met plus de trois jours pour atteindre la cité corsaire où il reçoit la Coupe Challenge offerte par sa Majesté le Roi Edward VII. Tous les ans, la course entre Cowes et Dinard-Saint Malo est organisée mais le nombre de participants est franchement réduit à portion congrue lors des premières éditions… et le 18 juillet 1909, le Royal Yacht Squadron donne le départ pour quatre bateaux sur sept inscrits et après deux abandons, Neptune bat Jolie Brise, le célèbre pilote du Havre qui remportera plus tard, en 1929 la première Fastnet Race !

Les années se succèdent avec un nombre croissant de participants pour atteindre quarante et un en 1938. Dès la fin de la guerre, malgré l’absence de balisage et la présence de mines, neuf voiliers anglais s’élancent le 13 septembre 1945 : trois finiront la course… Puis c’est l’inflation : trois cent partants dans les années 70 ! Les voiliers de course croisière venus du monde entier prennent part à cette classique : Bumblebee, Congère, Imp, Police Car, Hellisera, Propaganda, Révolution, Katsou, Hitchhicker, Pinta, Coriolan, Saudade, Nirvana, Golden Apple, Condor, Brava, Battlecry, Diva, Yeoman, Ragamuffin, Southern Cross, Kialoa, Windward Passage, Williwaw, Mandrake, Dragon, Fantasque, Mistress Quickly, Boomerang, Impetuous, Corum, 45° South, Myth of Malham, Morning Cloud (le voilier du premier ministre britannique Edward Heath, décédé cet été et seul skipper à avoir remporté quatre fois l’épreuve !), … Des voiliers mythiques qui ont marqué leur temps, la jauge IOR et les équipiers du bord !
Le parcours de Cowes-Dinard Saint Malo varie au fil des années : de direct à travers le raz Blanchard et les Minquiers, il passe par la tour Nab et la bouée East Shambles. Une nuit, un commandant de la Navy s’y fait déposer pour voir de plus près les voiliers sous spinnaker : il rentre blanchi par le guano…

La prochaine édition devrait donc rassembler une flotte pléthorique pour fêter l’une des plus anciennes épreuves ouverte aux courses-croisières. Rendez-vous à la Mecque de la voile, Cowes le 13 juillet !

Les vainqueurs de Cowes-Dinard Saint Malo :
1906 : Brada
1907 : Namara
1908 : Namara
1909 : Cariad 1
1930 : Neptune
1931 : Hygie
1932 : Minoru
1933 : Forban 2
1934 : Forban 2
1935 : Forban 2
1936 : Cotre bermudien
1937 : Maid of Malham
1938 : Latifa
1939 : Mary Bower
1945 : Mary Bower
1946 : Phryna
1947 : Lara
1948 : Latifa
1949 : Erivale
1950 : Bloodhound
1951 : Bloodhound
1952 : Foxhound
1953 : Foxhound
1954 : Overlord
1955 : Jocasta
1956 : Fandango
1957 : Bloodhound
1958 : Jocasta
1959 : Ramrod
1960 : Ramrod
1961 : Griffin 2
1962 : Lutine
1963 : Outlaw
1964 : Myth of Malham
1965 : Fanfare
1966 : Fanfare
1967 : Oryx
1968 : Ragamuffin
1970 : Phantom
1971 : Quailo 3
1972 : Quailo 3
1973 : Ginkgo
1974 : Izenah 4
1975 : Bumblebee 3
1976 : Morning Cloud
1977 : Brother Cup
1978 : Morning Cloud
1979 : Blizzard
1980 : Morning Cloud
1981 : Apollo 5
1982 : Morning Cloud
1983 : Yeoman 23
1984 : Enterprise
1985 : Flourish
1986 : Passion 1
1987 : Caïman
1988 : Passion 1
1989 : Rakau
1990 : Apriori
1991 : Cash Flow
1992 : Apriori
1993 : Tomate
1994 : Brittany Ferries
1995 : Indulgence
1996 : Wolf
1997 : Independent Bear
1998 : Nutmeg
1999 : J. Spirit
2000 : Wings of the wind
2001 : Spirit of Jethou
2002 : Courrier Nord
2003 : Roxy 9
2004 : Satori Courrier ID
2005 : Enigma of London

DBo. (Source RORC)

Petit temps en Tasmanie

Départ à Sydney
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Ceux qui misaient sur du gros temps en seront pour leurs frais ! Car si ce week-end la brise est bien au rendez-vous dans le détroit de Bass avec plus de 35 nœuds de vent établis et une mer forte, la situation est en plein changement pour le départ lundi 26 décembre. C’est dans une brise assez faible et variable que le départ sera donné devant Sydney et la descente le long des côtes australiennes jusqu’au détroit de Bass s’annonce laborieuse. Si laborieuse que le vent va finalement s’essouffler au fur et à mesure que la flotte va prendre du Sud et le risque est grand que les petits airs accompagnent les leaders jusqu’au cap Raoul à l’entrée de la rivière tasmane… Le record toujours détenu par Nokia en 1999 a donc peu de chances d’être battu.
Mais qui de Wild Oats XI ou d’Alfa Romeo, les deux derniers maxis à quille pendulaire des architectes américains Reichel & Pugh, imposera sa marque sur ce parcours ? Lancé il y a quelques mois, Alfa Romeo bénéficie d’une préparation minutieuse et la grande expérience de Neville Crichton en course au large devrait être suffisante pour que ce nouveau né soit mené efficacement. Wild Oats XI, quant à lui, n’a jamais navigué au large et en course. Un manque d’expérience qui risque bien d’être pénalisant pour le bateau et son équipage.
L’utilisation des quilles pendulaires a prouvé dans différentes compétitions qu’elles demeuraient encore peu fiables, à l’image des accidents survenus lors de la Volvo Ocean Race 2005, du Vendée Globe Challenge 2004, de The Transat 2004 et lors de la dernière Rolex Sydney Hobart 2004 avec le chavirage de Skandia.
Le Rolex Trophy, régates préliminaires à la Rolex Sydney Hobart, a été l’occasion pour Thwaites, propriétaire de Konica Minolta, de se rassurer sur le choix d’une quille fixe : « Alfa Romeo et Wild Oats ont eu quelques petits soucis lors du Rolex Trophy. Pour mémoire, Skandia avait également eu des problèmes de quilles lors de ces régates. Nous sommes conscients que nous avons un déficit vitesse dans des conditions normales mais nous avons tout de même une chance. L’utilisation des quilles pendulaires a encore ses limites comme le prouvent les problèmes que rencontrent actuellement les Volvo. Selon les analyses météorologiques de Ross Field, notre tacticien, cette édition de la Rolex Sydney Hobart sera ”normale”, ce qui devrait être bon pour nous ».

Embarqué à bord de AAPT depuis 15 jours, Sean Langman avoue son anxiété à propos des quilles pendulaires. C’est la première fois que le marin navigue sur un bateau équipé de cette technologie. Une Rolex Sydney Hobart n’est pas le meilleur endroit pour se familiariser avec ce type de quille : « Au près, je ne sais pas de combien anguler la quille, trop ou pas assez, le risque est présent sans cesse et la sécurité des hommes du bord est primordiale. Il faut garder constamment ces données dans un coin de la tête pour ne pas commettre l’irréparable ». La réflexion de Sean Langman sur la navigation à bord d’un maxi équipé d’une quille pendulaire apporte une autre dimension sur le stress accumulé par le skipper dans une course déjà difficile d’un point de vue tactique et météorologique.
Plus petit que ces grands frères de 92 et 98 pieds, Hugo Boss d’Alex Thomson, un 60 pieds de la classe IMOCA, bénéficie de toute la technologie et de l’expérience des circumnavigations. Spécialement conçu pour le Vendée Globe, Hugo Boss est un monocoque solide, performant et avéré qui risque de surprendre bons nombres de ténors australiens et néo-zélandais.

Malgré toute la débauche d’énergie pour tenter de s’imposer, personne n’osera parier contre Alfa Romeo ou Wild Oats XI. Si la victoire en temps réel est un but, la combinaison du temps réel et du temps compensé serait le but ultime pour ces nouveaux maxis. Seuls cinq voiliers ont réussi depuis 60 éditions à faire le doublé, le dernier étant Sovereign en 1987. Pour le skipper de Wild Oats XI, Mark Richards, la victoire en temps compensé est encore plus belle que la victoire en temps réel. « En temps réel, la victoire se joue entre 4 ou 5 bateaux. En temps compensé, la victoire s’acquiert face à toute la flotte. Sur le mur du club house du CYCA, les photos des vainqueurs de la Rolex Sydney Hobart sont les vainqueurs en temps compensé et non en réel. Gagner la Tattersalls Cup (trophée pour la victoire en temps compensé dans la Rolex Sydney Hobart) est, du point de vue de l’ensemble des marins, la plus belle des récompenses. »
A l’opposé de la pensée de Richard, Langman désapprouve : « La seule victoire pour moi est la victoire en temps réel, avoir les honneurs de la ligne. Les subtilités des règles du handicap ne m’intéressent pas. Pour les médias et le grand public, le premier est désigné vainqueur, ça c’est quelque chose de compréhensible. » Langman a souvent obtenu les honneurs de la ligne mais être le premier à Hobart lui échappe depuis quelque années. « J’ai souvent mené la course et remporté des victoires intermédiaires, mais jamais celle d’Hobart. Je vais tout mettre en oeuvre pour y arriver mais avoir un grand bateau n’est pas forcement la clé pour la victoire, même si elle y contribue. »

DBo. (Source Rolex)

Les Maxi-Boats visent le compensé

Konica Minolta
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Mais une grande taille n’est pas forcément synonyme de victoire car les conditions météorologiques particulières du parcours de la Rolex Sydney Hobart ne permettent aucun pronostic. Le plus bel exemple n’est autre que celui de l’abandon, lors de la dernière édition en 2004, des deux plus grands monocoques engagés, Skandia et Konica Minolta. Victime d’un chavirage dans des conditions particulièrement difficiles, Skandia a dû céder sa place de vainqueur en temps réel à Nicorette. Ce dernier avait alors la voie libre jusqu’à Hobart, d’autant plus que Konica Minolta abandonnait à son tour dans une mer démontée. Ce n’est qu’en faisant le « dos rond » que le skipper de Nicorette, Luddle Ingvall, réussit à franchir le détroit de Bass, passage critique et lieu de nombreux abandons. Imposant à son bateau une vitesse maximum de 8 noeuds, Ingvall et ses équipiers soulageaient le monocoque et le matériel. Une tactique et une technique qui a porté ses fruits mais qui a eu ses limites car peu de temps après sa victoire à Hobart, le mât de Nicorette se brisait en deux. Le passage du détroit de Bass avait semble-t-il laissé des traces sur cet espars.
Rebaptisé AAPT, Nicorette sera sous le commandement de Sean Langman qui avoue avoir renforcé la section avant de son monocoque pour pouvoir encaisser les assauts violents de la mer. Après la destruction quasi-totale de Skandia, Grant Wharington a su tirer profit des enseignements de ses navigations autour du monde mais aussi lors de la Volvo Ocean Race. Cette expérience va lui permettre de mieux appréhender les problèmes des quilles pendulaires, pour tenter de s’imposer de nouveau dans la Rolex Sydney Hobart, après sa victoire en 2003.

Suite à un abandon prématuré lors de la précédente édition, Stewart Thwaites, propriétaire de Konica Minolta revient en force pour laver l’affront causé par les vagues du détroit de Bass. Les coups de butoirs assénés durant des heures par la mer avaient eu raison de la coque et du pont du 98 pieds néo-zélandais. Depuis un an, les travaux de renforcement et d’optimisation du maxi en ont fait un des outsiders de la course. Avec sa quille fixe, Konica Minolta ne peut prétendre aux honneurs de la ligne dans des conditions normales, mais il est certain qu’avec Gavin Brady à la barre et Ross Field à la tactique, le maxi sera mené de la meilleure des façons pour espérer une victoire. Gavin Brady compte sur une météo difficile pour imposer les capacités de Konica Minolta face aux maxis de la nouvelle génération : « Plus il y aura de vent, meilleure sera la course pour nous », confiait Brady sur ses chances.

DBo. (Source Rolex)

Les Kiwis dans le jus

Emirates Team New Zealand
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Sur le papier, l’année 2005 n’a pas été aussi gratifiante, mais l’équipe s’est tout de même accrochée à la seconde place au classement général, juste derrière Alinghi, une place qu’elle occupe également au classement des challengers, cette fois derrière BMW Oracle Racing. En match racing, lors des Louis Vuitton Acts 2005, Dean Barker et son tacticien Terry Hutchinson ont réussi à battre leurs principaux rivaux : BMW Oracle Racing deux fois sur trois et Luna Rossa Challenge à tous les coups. Toutefois, ils n’ont jamais remporté de match contre Alinghi et se sont inclinés à deux reprises face à des concurrents « prenables » tels que +39 Challenge (Acte 4) et K-Challenge (Louis Vuitton Act 8). En flotte, ils se classent deux fois troisièmes et une fois quatrièmes à Malmö-Skåne.
« Selon moi, nous avons navigué de mieux en mieux depuis Valencia, et pourtant c’est à Valencia que nous avons obtenu nos meilleurs résultats » déclarait un Terry Hutchinson passablement frustré après la dernière régate de Trapani. « Je ne sais pas ce que ça veut dire. En tant qu’équipe, vous devez surmonter des hauts et des bas, passer à travers ces moments où tout ne marche pas à fond. Tout est là en ce qui nous concerne, faire en sorte que tout se passe bien ensemble pendant encore 18 mois. Mais nous sommes toujours battus par d’autres équipages donc nous devons travailler là-dessus. A mesure que nous avançons et que la pression monte, cette expérience que nous avons deviendra un facteur positif. Nous sommes très optimistes concernant notre avenir. En match racing, je nous considère comme très bien placés. »

Hutchinson lui-même a une influence non négligeable sur le nouvel état d’esprit de l’équipe. Une fois passée une période de prostration après la défaite d’Auckland en 2003, les kiwis ont retrouvé un peu de leur « jus » et chaque bon résultat semble leur avoir redonné confiance. Hutchinson et Dalton ne faisaient pas partie du syndicat lors de la dernière Coupe. Ils n’ont donc pas d’inhibitions suite à cette campagne. Les relations entre Hutchinson et le barreur Dean Barker semblent par ailleurs s’épanouir à chaque nouvelle compétition, au point que ces deux piliers de la cellule arrière, ont atteint un bon niveau de confiance et de compréhension.
« La meilleure chose qui nous soit arrivée est certainement d’avoir remporté les Louis Vuitton Acts 2004 (le classement général de la saison). Que nous nous apprécions ou non, chacun éprouve désormais du respect pour les compétences des autres » rappelait Hutchinson dans une interview à Trapani. « C’est un mode relationnel qui doit fonctionner pour que l’équipe réussisse. Nous ne voulons pas gâcher cela car pour nous, l’occasion est trop belle ici. »
Cette occasion sera saisie si les nouveaux Class America tiennent leurs promesses en terme de performance. L’équipe d’Emirates est l’une des premières à lancer son nouveau bateau : NZL-84 a en effet été mis à l’eau à Auckland et navigue depuis quelques jours. De nombreux navigants d’Emirates Team New Zealand entretiennent une relation difficile avec NZL-82, le Class America avec lequel ils ont couru cette année, un bateau qui incarne à leurs yeux la défaite de 2003 et qui a été endommagé en 2004 lors d’un orage après l’Acte 1 de Marseille.
« Nous attendions avec impatience notre nouveau bateau, nos premières navigations à bord en début d’année, et de pouvoir comparer ses performances face à NZL-82 » confirmait Barker après les compétitions de Trapani. Les kiwis vont en effet profiter de l’été austral pour naviguer pendant que l’Europe sera plongée dans l’hiver.
« Nous avons la chance d’avoir bien avancé. Nous attendons de laisser enfin NZL-82 pour passer à autre chose. Je dirais que nous entretenons avec ce bateau une relation d’amour/haine. NZL-84 est le nouveau et ce serait plutôt bien qu’il soit plus performant à tous les niveaux. Alinghi a mis la barre très haut, et toutes les équipes rêvent d’atteindre ce niveau, voire plus. Pour gagner la prochaine America’s Cup, il faudra être meilleur dans toutes les conditions, au près et au portant. »

D’un autre côté, « NZL-82 a fait beaucoup pour nous. Paradoxalement, l’accident (de Marseille) a joué en notre faveur dans la mesure où les designers et les techniciens ont découvert des choses sur le bateau. Je pense que les gars qui étaient à bord la dernière fois étaient déçus de la manière dont marchait NZL-82 à l’époque, et ceux-là sont assez contents d’en avoir fini avec lui. Cela dit, il marchait mieux que ceux sur lesquels j’ai déjà disputé la Coupe, donc j’en suis plutôt satisfait. Nous avons fait de telles avancées en tant que groupe de navigants que nous devons désormais mettre l’accent sur le matériel dans les années qui viennent pour obtenir un bateau qui soit tellement percutant en vitesse, que je pourrais même rater des bascules de vent ou des départs tout en restant dans le coup. C’est vraiment la devise d’Alinghi. Il semble qu’ils puissent se permettre de prendre des départs prudents en milieu de ligne ou même être en retard de quatre ou cinq secondes au bateau comité sans que cela porte à conséquence… ils gagnent toujours les courses. Je pense qu’il faut en tirer des leçons.»

DBo. (Source ACM)

Les grands travaux du Gitana Team

Gitana 11 - Fred Le Peutrec et Yann Guichard � C. Borlenghi/Sea&See/DPPI
DR

Après 18 000 milles de navigation chacun, les deux Gitana sont arrivés la semaine derrière de Salvador de Bahia en cargo et en parfait état. A part quelques petits problèmes techniques normaux pour une saison de course assez intense, les structures n’ont absolument pas soufferts après une course au large (Lorient-Nice), cinq Grand Prix et la Transat Jacques Vabre. L’objectif pour Gitana 11 et son skipper Frédéric Le Peutrec, est de combler les déficits de vitesse constatés dans le petit temps :
« Nous avons identifié les manques : d’évolutivité, de vitesse de rotation (virement et empannage), de rapidité à se mettre en action (au moment du départ), de dégagement de la coque centrale pour un angle de gîte donné. Nous voulons sortir la coque centrale de l’eau plus tôt pour diminuer plus rapidement la surface mouillée, pour accélérer plus vite, pour générer plus de vent apparent, donc plus de vitesse… La prise d’accélération est devenue très importante sur les trimarans Orma et les facteurs s’empilent ! Nous avons les mêmes flotteurs que Géant, Sodebo et quasiment que Foncia mais nous n’avons pas encore changé la coque centrale comme Armel Le Cléac’h ou Michel Desjoyeaux. C’est donc le chantier prioritaire : le fond de coque va être découpé pour greffer une nouvelle forme en mettant plus de volume au centre afin de remonter aussi la flottaison, comme si on augmentait le dièdre, en quelque sorte. Au lieu que la section maîtresse de la coque centrale soit en « V » comme actuellement, elle sera plus proche du « U » afin de déjauger plus tôt et aussi pour moins bloquer sur le flotteur quand on vire de bord. Gitana 11 devrait donc être plus évolutif et plus performant dans le petit temps. »

Gitana 11 va d’abord être remis à nu pour retirer tous les enduits et peintures jusqu’au carbone pour gagner environ 200 kg car la finition des années précédentes avec des laques brillantes n’est plus d’actualité car trop gourmande en enduits. Quelques modifications d’ergonomie de cockpit, de nouveaux safrans de flotteur plus adaptés à des vitesses supérieures afin d’améliorer la finesse de barre, une nouvelle dérive (l’ancienne étant récupérée par Gitana 12) bloquée en milieu de puits, nouvelles voiles avec Incidences.

Gitana 12 (ex-Bonduelle) est nettement plus proche en potentiel de Gitana 11 que ne l’était le « X » : des tests de performances vont donc pouvoir être organisés, surtout que le Gitana Team va chercher à travailler "en série" et non plus "en parallèle", pour essayer par touches homéopathiques les évolutions de chaque bateau. Même s’ils ne sont pas strictement identiques, beaucoup de matériel, de voiles, d’appendices est similaire. Ainsi de nouveaux foils courbes avec un nouveau profil, seront installés sur Gitana 12, tout comme de nouveaux safrans. La remise à l’eau des deux bateaux est programmée pour la fin mars 2006.

DBo.

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