« Elle est bonne celle-là, elle est bonne ! » Sur la ligne d’arrivée dans la nuit Brestoise, Michel Desjoyeaux a serré des poings rageurs et confirmé l’adage inventé par le navigateur Damien Grimont dont voici la version courte : « la voile est un sport qui se parcourt d’un point à un autre et à la fin c’est Michel Desjoyeaux qui gagne ». C’est déjà la sixième victoire d’étape pour Michel Desjoyeaux sur La Solitaire, épreuve qu’il a remporté en 1992 et 1998. Mais celle-ci a une saveur particulière pour le lauréat du Vendée Globe, de la Route du Rhum et de la Transat Anglaise puisque c’est sa première en France. Jusqu’ici « Michdesj » s’était imposé deux fois à Howth en Irlande (la dernière en 1998) et trois fois à Gijon, en Espagne. Troisième à Crosshaven, Michel Desjoyeaux au bout de la fatigue gagne donc de main de maître cet impitoyable sprint sous spi.
Mais que ce fut serré sur la ligne ! Au terme d’une belle guerre des nerfs, à vue en rade de Brest, il ne fallut patienter que cinquante minuscules secondes pour voir arriver le dauphin de Desjoyeaux. Et celui-ci n’est autre que le leader du classement général Frédéric Duthil (Distinxion). Duthil qui confirme son état de grâce depuis le début de la Solitaire en prenant la deuxième place d’un final au couteau, comme voilà deux ans à La Rochelle (alors 2e derrière l’Italien Pietro D’Ali). Après sa victoire dans la première étape, Frédéric Duthil conserve évidemment sa place de meneur au classement général, où il aura un peu plus de 13 minutes d’avance sur Michel Desjoyeaux.
Le podium est complété par le Brestois Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier), prophète en son pays aujourd’hui en signant lui aussi une superbe performance. Gildas Mahé a coupé la ligne 2 minutes et 30 secondes après le vainqueur du jour. Les dix premiers sont arrivés en une demi-heure. A noter parmi eux la très belle performance de Christophe Lebas (Lola La Piscine Assemblée), 4e à 4 minutes de Desjoyeaux. Chez les gros bras du général, copie quasi parfaite aussi pour Nicolas Bérenger (Koné Ascenseurs), cinquième à 6 minutes et de Thierry Chabagny (Brossard), 7e à 9 minutes. Intercalé entre eux on trouve encore un ténor brestois : Gildas Morvan (Cercle Vert, 6e). Gérald Véniard (Scutum), Eric Drouglazet (Luisina) et Thomas Rouxel (Défi Mousquetaires), complètent la liste des dix premiers à Brest. Le premier bizuth est Vincent Biarnes (Côtes d’Armor) arrivé en 16ème position
Ce matin à 5 heures, une enfilade de feux verts commence à percer dans l’obscurité, sous le halo lumineux du port de commerce. 19 minutes et 5 secondes plus tard, peu avant l’aube, Michel Desjoyeaux franchit la ligne d’arrivée et signe, dans la rade de Brest, sa sixième victoire d’étape depuis ses débuts dans La Solitaire en 1990. Le skipper de Foncia s’est donné jusqu’au bout pour ne pas décevoir après un départ parfait à Crosshaven et un premier pointage en tête à la bouée Radio France. Dans son sillage, Frédéric Duthil (Distinxion) n’accuse que 50 secondes de retard et reste logiquement sur le trône au classement général provisoire. Le brestois Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier) complète le podium à domicile après une superbe course disputée aux avant-postes. A 13h 27min 35sec, Jean Philippe Le Meitour (Construction Dorso) était le dernier concurrent à boucler son parcours. En 1999, dernière escale de La Solitaire à Brest, 27 bateaux avaient franchi la ligne en l’espace d’une heure. Cette année, si le record n’est pas battu, il s’en approche (23 en une heure). Les sept premiers figaristes finissent en 10 petites minutes. Christophe Lebas (Lola la piscine assemblée), termine 4e grâce à son excellente stratégie après le passage du Fastnet ; Nicolas Bérenger (Koné Ascenseurs), 5e, égalise sa performance de la première étape devant l’autre brestois Gildas Morvan (Cercle Vert), qui avait pris les commandes de la flotte hier matin. Thierry Chabagny (Brossard) 7e, perd du terrain en fin de parcours et termine exténué devant un Gérald Véniard à peu près dans le même état.
« Zéro sommeil »
Car à voir les visages des marins à leur arrivée au ponton, on comprend que cette 2e étape de 344 milles, avalée par le vainqueur en 1 jour, 16 heures, 53 minutes et 05 secondes s’est transformée en concours de résistance au sommeil. Les yeux hagards et la démarche chancelante, les skippers, épuisés, ont du mal à trouver les mots… si ce n’est pour évoquer, comme un leitmotiv, l’absence de sommeil. « C’est la première fois que je passe deux nuits en mer sans dormir » avoue Michel Desjoyeaux. « Je n’ai pas du tout dormi » ; « zéro sommeil » ; « d’année en année, sur La Solitaire, je dors de moins en moins. Je me demande jusqu’où on peut aller » s’interroge Thierry Chabagny. « Je ne suis plus qu’à deux pour cent de mes capacités » confie Ronan Treussart (Groupe Céléos) qui ne sait plus très bien comment s’y prendre pour verser dans son gobelet un petit café réparateur. «Vers la fin, j’étais à quatre pattes dans mon bateau, je cherchais un bruit. Il y avait comme un bourdonnement, je le cherchais partout, mais au bout d’un moment, je me suis rendu compte qu’il était dans ma tête » raconte Gérald Véniard (Scutum), très mal parti à Crosshaven et qui a passé toute la course à cravacher pour rattraper son retard.
Le louvoyage tactique sous les côtes irlandaises et le grand run de 24 heures au portant, le tout dans un contexte de régate au contact, n’ont laissé aucun répit aux 50 skippers. Pas plus que les 55 derniers milles entre Ouessant et Brest où les conditions de navigation se sont franchement compliquées alors que les marins, à bout de fatigue, commençaient à perdre leur lucidité. « Après la Racon d’Ouessant, je me suis endormi… au sens figuré du terme. J’ai fait des conneries, j’ai changé de voiles d’avant, pas mis le spi au bon moment. Et dans le goulet c’était incertain. Il y avait des trous d’air, pas mal de courant » explique ‘Mich Desj’’. C’est à ce stade de la course que Frédéric Duthil, en pleine spirale vertueuse, va réussir à doubler plusieurs concurrents. A l’inverse, Thierry Chabagny perd quelques places dans les ultimes bords.
Peu d’incidence sur le classement général
Finalement, les skippers auront puisé dans leurs dernières ressources pour quelques minutes de bonus sur un classement général plutôt ingrat. Car les écarts sont infimes : les cinq premiers tiennent en une demi-heure, les onze premiers en 1h10’ et les quinze premiers en 1h30. « On connaît maintenant les forces en présence, mais tout reste à faire », résume le vainqueur du jour. A l’issue de cette deuxième étape, le principal changement notable est l’arrivée de Nicolas Bérenger sur le podium provisoire, en 3e position à 24 minutes et 35 secondes du leader Frédéric Duthil (Distinxion). 13 minutes et 27 secondes plus loin, Michel Desjoyeaux (Foncia) gagne une place et se retrouve 2e. A l’inverse, le vainqueur 2006 Nicolas Troussel rétrograde de la 2e à la 6e place, à 51 minutes de Duthil. Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier) grimpe d’un échelon, de la 6e à la 5e , tandis que Thierry Chabagny (Brossard) se maintient en 4e position. Derrière ce top 6 très régulier sur les deux étapes, Gérald Véniard, Gildas Morvan et une bonne dizaine de poursuivants, gardent leurs chances intactes dans cette édition 2007. Le classement pourrait être totalement bouleversé à l’issue du ‘gros morceau’ de cette 38e Solitaire : la prochaine et avant-dernière étape entre Brest et La Corogne (via le Fastnet) qui sera la plus longue de l’histoire avec ses 762 milles.
Les échos des pontons
Fred Duthil (Distinxion) 2e et leader au général : « Je n’ai pas dormi une seule minute. Cette arrivée prouve bien que le niveau est de plus en plus homogène. Sur des courses comme ça où il y a du vent jusqu’à fin, les écarts sont infimes. C’est ce qui fait la beauté de cette course. Mich’ (Desjoyeaux), navigue vraiment bien. Il contrôle tout ce qu’il fait, a toujours un temps d’avance. C’est beau de le voir naviguer. Moi, je dois mes résultats à ma vitesse qui est très bonne. Je m’étais préparé à cette arrivée et je suis content de finir 2e c’est une super récompense. Leader général, ça ne veut rien dire, il y a une étape de 760 milles qui nous attend et c’est celle-là qui va départager tout le monde. Ce qui est encourageant c’est d’attaquer cette troisième étape en étant certain de ma vitesse… pas le plus rapide de la flotte, mais presque. »
Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier) 3e et 5e au général : « C’était physique avec les successions de virements de bord et les grains qu’on a eu au départ, après du portant avec le vent qui est rentré progressivement au largue serré. Il fallait bosser sur les réglages.. c’est pour ça qu’on n’a pas dormi, c’était impossible. Dès qu’on arrêtait de régler ou de barrer deux minutes on se faisait passer par les petits copains. On était obligé d’être dessus donc physiquement, c’est sur que ç’est harassant. Il y a eu du boulot tout le long. Même dans le goulet, avec des gens qui affalaient, renvoyaient les spis…
Christophe Lebas (Lola la piscine assemblée) 4e et 18e au général : « Après 44e à la première étape, 4eà la deuxième, ben c’est mieux ! C’était une belle étape… dure… je suis cuit, j’ai pas assez dormi, j’ai mal partout… Ben, ça aurait pu le faire ! Ce qui m’a permis de bien revenir est de continuer tribord un peu plus longtemps que les autres. On avait passé toute la journée dans un bazar sans nom sous l’Irlande et ça c’était vraiment le bon coup de l’étape. Après c’était une bataille de chiffonniers !»
Nicolas Bérenger, (Koné Ascenseurs), 5e et 3e au général : « Le long des côtes irlandaises, j’étais à l’envers. Je n’ai même pas profité du spectacle, car j’étais à l’envers : sur chaque choix tactique, chaque bascule, c’était faux. Et puis au Fastnet, quand j’ai vu que tout le monde empannait, je me suis dit : voilà l’opportunité, les autres font une erreur et je vais l’exploiter. Je n’ai pas empanné parce que je savais que sous le vent de l’Irlande, il n’y avait pas d’air. Les autres se sont fait prendre au piège. Après, j’ai attaqué toute la journée sous spi, j’ai mis du charbon. Un seul bateau est allé plus vite que moi, c’est Fred Duthil. On a avoiné comme des fous toute la journée… J’ai dormi une fois 12 min et une fois 5 min. C’est la première fois que je dors aussi peu en autant de temps mais on ne pouvait pas faire autrement. Physiquement, j’ai mal d’un côté car depuis hier soir on est sur le même bord et la position était assez statique… Au général, jusqu’ici tout va bien. J’ai de la ressource. Quand je suis à la rue, j’arrive à revenir et c’est encourageant. »
Thierry Chabagny (Brossard) 7e et 4e au général : « La fin de course a souri aux Gildas brestois, Mahé et Morvan qui m’a dépassé dans le goulet. C’était une super étape de glissade : toute la Mer Celtique et la Manche sur un bord sous spi à fond, forcément, c’est plaisant. Le problème, c’est que tu ne peux pas trouver de moments pour dormir, le pilote n’arrive pas à barrer correctement donc tu fais tout à la niaque et tu arrives sur les rotules, content d’arriver mais fatigué. Au finish, il y a eu une série de petites manoeuvres à faire entre Ouessant et l’arrivée, plein de changements de voiles, de petits bords à tirer. J’ai perdu des places à ce moment là mais il n’y a pas d’écarts à l’arrivée donc ça va même si j’aurais aimé être sur le podium parce que j’étais bien placé toute la manche. »
Vincent Biarnes (Côtes d’Armor), 16e et 1er bizuth : « Du plaisir et beaucoup de fatigue, on peut résumer cette deuxième étape comme ça ! Encore une fois ce n’était pas aussi facile que prévu avant le départ, notamment la navigation jusqu’au Fastnet, bien plus compliquée que prévue. Mais même le long bord de spi n’était pas si évident, il fallait suivre les oscillations du vent en permanence dans une mer formée. Je suis rincé, explosé ! »
Les bonnes conditions météo présentes sur le plan d’eau de Saint-Quay-Portrieux depuis mardi ont permi au comité de course du Championnat du Monde Féminin de Match Racing de faire courir l’ensemble des 17 matchs de Round Robin en deux jours. A l’issue de cette phase de qualification, quatre équipages ont d’ors et déjà décroché leur place pour les quarts de finale : la Britannique Josie Gibson, l’Australienne Katie Spithill, la Danoise Lotte Meldgaard Pedersen et la Française Claire Leroy, numéro un mondiale et qui a réalisé un sans faute, d’adjugeant onze vitoires sur onze matchs disputés sur ce plan d’eau qu’elle connaît bien et qui lui réussi parfaitement. Ces quatres équipages vont bénéficier d’un jour de repos demain jeudi, tandis que les huit autres tenteront de se qualifier lors d’un Round Robin de repêchage, pour les deux autres quarts de finale qui se joueront vendredi. Parmi eux, celui de Christelle Philippe composé de Céline Devaux, Vanessa Godet et Julie Bossard – récemment intégrée à l’équipage – 5e à l’issue des Round Robin : " La journée de mardi a été assez mitigée pour nous car nous avons gagné trois matchs et nous en avons perdu tout autant. On a fait des erreurs : il y a notamment un changement de parcours que nous n’avons pas vu. Aujourd’hui, on ne perd qu’un seul match, pourtant bien accroché, face à notre compatriote Claire Leroy, ce qui est plutôt satisfaisant. Demain, on repart à zéro et on est plutôt confiante, en particulier si les conditions restent les mêmes que lors des deux premier jours. Nous avons perdu contre trois des filles qui sont d’ors et déjà qualifiées pour les quarts de finales et nous avons battu Gibson. Preuve que le niveau est très homogène donc tout reste possible pour la suite " a commenté Christelle Philippe, ce soir.
« J’ai l’impression que je suis dans les 10 premiers, peut-être même dans les cinq… Je suis excité, mais ça pousse derrière ! » Sous un quart de lune, dans une mer agitée et de belles vagues à surfer, Aymeric Belloir (Cap 56) voit juste. Le seul bizuth des 19 premiers pointe à une superbe 4e place ce matin au pointage de 4h, quasi à égalité avec les deuxième et troisième Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier) et Christophe Lebas (Lola La Piscine Assemblée), tous deux à 1,3 mille du leader du moment : le Cercle Vert de l’indéboulonnable Gildas Morvan, qui a fait glisser son Figaro à l’ouest de la route directe.
Terminé le louvoyage du sud Irlande, la très exigeante navigation de Crosshaven jusqu’au Fastnet, place à la course de vitesse. Dans un vent de Nord-Ouest d’une vingtaine de nœuds, la flotte a passé le caillou du Fastnet entre 23h et minuit et les solitaires ont pu comme prévu envoyer les spis et allonger la foulée, à 8 nœuds de moyenne. En milieu de nuit donc, Fred Duthil (Distinxion), leader au classement général, n’avait laissé à personne l’honneur de virer le phare irlandais, devant Michel Desjoyeaux (Foncia) et Gildas Mahé. Et Duthil est toujours parfaitement dans le match, car s’il ne pointe qu’en 17e position, il n’a que 2,6 milles d’écart au leader en terme de distance au but. Et cet écart théorique est essentiellement dû aux décalages en latéral des bateaux entre eux (une dizaine de milles).
Il y a en effet trois idées qui se dessinent, alors que la tête de flotte est à 190 milles de la Racon d’Ouessant : à l’ouest de la route directe comme Christophe Lebas et le leader Gildas Morvan, encore que se dernier semble se recaler. Sur la route directe comme Aymeric Belloir ou à l’est de celle-ci – comme préfère le groupe Gildas Mahé où l’on retrouve bien placés Nicolas Troussel (Financo, 5e à 1,6 milles) et, entre autres, Liz Wardley (Sojasun, 7e à 1,8 milles) mais aussi Thierry Chabagny (Brossard), Michel Desjoyeaux (Foncia), etc – on y croit aussi. « Ce groupe espère sans doute bénéficier en premier de la lente rotation du vent vers le nord ce matin et ce midi, tout en évitant au maximum la molle qui arrive de l’ouest », explique Sylvain Mondon de Météo France. Un vent qui devrait donc passer du nord-ouest au nord en faiblissant, mais a priori sans jamais s’évanouir totalement au dessous de 10 noeuds, ce qui laisse toujours espérer une arrivée dans le goulet de Brest demain matin mercredi.
D’ici là le facteur fatigue aura fait son œuvre. Car tous n’ont que très peu dormi depuis départ de Crosshaven à 13h hier. L’état de la mer et surtout l’acharnement de la concurrence – ne l’autorise guère. Rien n’est joué.
Après un louvoyage de plus de 10 heures sous les côtes irlandaises, les concurrents ont franchi hier soir le phare du Fastnet, sorte de bouée au vent de cette étape de 344 milles. Au passage du fameux rocher, les grands spinnakers sont sortis de leur sac et voilà nos 50 solitaires au beau milieu de leur bord de portant (longueur totale 230 milles !), entre la pointe de l’Angleterre et la pointe de Bretagne.
Entre plaisir et fatigue
Les conditions restent fun mais fatigantes et les marins n’ont eu que peu d’occasions de se reposer depuis le départ de Crosshaven. A l’attention requise pour négocier les grains et les bascules sous les côtes irlandaises, s’est succédé un autre exercice de style qui exige tout autant de vigilance : le portant. Accrochés à la barre depuis 23 heures la nuit dernière, les marins font avancer leur machine et exploitent chaque vague, pour faire monter les ‘speedo’ et gagner de précieux mètres sur leurs proches adversaires. « La glisse est superbe » nous écrit Jacques Caraës à bord du bateau Direction de Course. « Ce matin, on s’est faufilé pour le plaisir entre les concurrents de tête. Il y a de très belles images de surfs et de passages dans les vagues. Parfois on ne voit que les gréements tirés par leurs spi,la coque masquée par les crêtes de vagues…»
Certains, comme Jean-Paul Mouren (M@arseillEnreprises), prennent dans cette allure instable « un plaisir perpétuel ». Inévitablement, d’autres ont connu quelques mésaventures. Eric Drouglazet racontait avoir déchiré son spi puis avoir mis une bonne heure pour effectuer une réparation de fortune. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, il était contraint de plonger, à trois heures du matin, pour couper au couteau un filet de pêche enroulé sur la quille de Luisina. A la vacation de 13h00, Thomas Rouxel (Défi Mousquetaires) et Jean-Pierre Nicol (Gavottes) relataient leur empannage rock’n roll, suivi d’un beau nœud dans le spi. Heureusement pour les figaristes les moins expérimentés, le nombre de manœuvres dans ce long run s’est limité à un ou deux empannages.
En rang serré vers l’arrivée
Cette course d’endurance, sur un seul bord (bâbord) n’est pourtant pas exempte de stratégie. Car pour viser la pointe Bretonne, chacun a choisi sa trajectoire. Le concurrent le plus au large (Marc Thiercelin) et celui le plus à l’est (Jean François Bulot), sont séparés de 20 milles. Mais le groupe des leaders, par précaution tactique plus que par instinct grégaire, est en revanche très compact. Les 15 premiers évoluent dans un rayon de 2 milles et de nombreux bateaux naviguent à vue. Au classement de 15h30, Michel Desjoyeaux (Foncia) a pris les commandes au détriment de Gildas Morvan (Cercle Vert), auteur de surfs à plus de 15 nœuds, classé en tête ce matin devant Christophe Lebas (Lola, La piscine assemblée). Ce dernier, qui s’était judicieusement recalé après un début de descente au large, reste toujours pointé 3e, juste derrière Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier). En pôle position, on retrouve en fait les partisans d’une trajectoire à droite de la route, un placement payant, destiné à profiter d’une bascule du vent au nord-est : Desjoyeaux, Mahé et dans leur sillage Thierry Chabagny (Brossard), Frédéric Duthil (Distinxion), et Ronan Treussart (Groupe Céléos). Au milieu de ce groupe, viennent s’intercaler des coureurs plus proches de la route directe : Lebas et Morvan mais aussi Nicolas Bérenger (Koné Ascenseurs), Thomas Rouxel (Défi Mousquetaires), Gérald Véniard (Scutum). Pour résumer la situation, les 18 premiers figaristes se tiennent en moins de 5 milles et d’ici le finish à Brest, aucune place n’est définitivement acquise. Les solitaires auront avalé à grandes bouchées les 230 milles de portant, véritable plat de résistance de cette deuxième étape. Ils trouveront peut-être le dessert moins digeste. Les derniers milles de course dans le goulet de Brest se joueront dans les courants et un vent faiblissant (moins de 10 nœuds), avec une possible redistribution des cartes demain matin sur la ligne d’arrivée.
Echos du large
Jean-Pierre Nicol (Gavottes) : « Je suis un peu déçu car je suis loin du paquet de tête et c’est un peu moins rigolo de courir comme ça derrière les copains. Mais sinon je fais de beaux surfs et ça déboule, c’est sympa. J’ai pris un départ catastrophique à l’entrée de Cork, je suis resté dans une bulle et j’ai regardé tout le monde passer devant moi en restant collé. Depuis je rame, j’ai fait un petit cocotier cette nuit histoire de confirmer ma place de dernier… mais ça va j’essaie de récupérer un peu dans la perspective de la troisième étape. C’est une course difficile ! »
Gildas Morvan (Cercle Vert) : « On est toujours impatient de rentrer à la maison mais les conditions sont agréables je viens de dormir 20 minutes, ça fait du bien et ça roule ! Depuis le Fastnet j’étais à la barre non stop, y’avait des trucs à faire, il fallait barrer. Là ça se calme un peu, je vais manger un morceau. Rentrer à Brest c’est sympa car c’est là que j’ai démarré le bateau. J’ai fait un surf à 16 nœuds, donc des fois ça va pas mal mais là ça vient de mollir un peu… »
Nicolas Troussel (Financo) : «On a une belle journée, maintenant j’ai pris un peu de retard cette nuit donc voilà, on va voir comment ça va se passer d’ici la fin de parcours. J’ai bien croisé dans la nuit devant Comptoir Immobilier, je pensais que ça passait à droite et c’était un peu plus à gauche. Il y a plein de spis partout, j’ai Leclerc à côté et Intermarché (sic) et puis Drouglazet et Liz Wardley. J’espère qu’il y aura deux ou trois coups à faire malgré tout dans le goulet où ça peut être un peu foireux.»
Thomas Rouxel (Défi Mousquetaires) : « Bilan mitigé des premières 24 heures, le début a été bien difficile le long des côtes irlandaises où malgré un paysage magnifique, on a eu des conditions compliquées avec des grains, du vent de la pétole… Je passe en milieu de flotte au Fastnet. Ensuite, c’était le bord de vent arrière et si j’ai bien choisi le moment en attendant plus que les autres, j’ai raté ma manœuvre et j’ai perdu une demi-heure à défaire les nœuds dans un cocotier dans l’empannage. J’étais assez en colère contre moi, mais heureusement j’ai une bonne vitesse et j’ai pu revenir. En revanche je me suis bien crevé. On est passé du vent arrière au largue un peu plus serré, donc c’est délicat de lâcher la barre. J’ai quand même réussi à dormir un peu en début de nuit et à bien manger. »
Eric Drouglazet (Luisina) : « Que des soucis pour Luisina, que des soucis.. J’ai explosé mon spi dans les barres de flèche dans les grains, j’ai fait un gros trou dedans… J’ai réparé mais je suis un peu fébrile. Ensuite, j’ai pris un filet de pêche dans la quille et j’ai été obligé de plonger, du coup Nicolas Bérenger a appelé le bateau sécurité car il craignait que je ne sois plus à bord, vu que j’étais bout au vent. J’ai eu un coup de flip dessous, avec le filet autour de la taille, ce n’était pas très rassurant en pleine nuit vers 3h du matin. Quand Koné a appelé, j’étais sous l’eau. J’ai perdu 3 milles et quand on voit comment c’est dur de gagner 100 mètres… mais bon, content d’être en mer quand même parce qu’on a des conditions exceptionnelles et on a eu une belle trajectoire inhabituelle près des côtes irlandaises où on a bien remarqué que les cailloux sont hostiles. On arrivera demain matin, ça tombe bien car avec la grande course à suivre, deux ou trois jours à terre c’est pas mal.»
Aux abonnés absents le matin, le vent s’est finalement installé sur le plan d’eau peu avant midi aux alentours de 10-15 noeuds. Résultat, c’est dans des conditions idéales que c’est déroulée la première journée du Mondial Féminin de Match Racing, ce mardi à Saint-Quay. Une première journée consacrée à une partie de la phase de qualification appelée "Round Robin", pendant laquelle tous les équipages se rencontrent un par un et qui a particulièrement réussi Claire Leroy, Dorothée Martin D’Auray, Ingrid Cerrato et Elodie Bertrand, manifestement très à l’aise à bord du First Class 8, notamment en terme de vitesse. " On a gagné tous nos matchs. On a bien navigué et parfaitement pris nos repères. C’était intéressant car on a un peu tout eu : des matchs serrés, d’autres un peu plus faciles, des matchs où on est parties derrière et lors desquels on a réussi à revenir devant. En somme, cette première journée nous a permi de bien nous mettre dans le rythme. De plus, six victoires sur six, ça nous donne confiance pour la suite et on espère continuer de progresser sur l’ensemble du championnat ", commentait Leroy à son retour à terre, hier soir. La concurrente Danoise, Lotte Meldgaard Pedersen, a totalisé quant à elle deux défaites pour trois victoires, s’avouait un peu déçue : " Ce n’était pas facile, notamment ce matin à cause des courants mais aussi en raison du vent, très oscillant " a expliqué la numéro deux au classement ISAF. " Il ne fallait en effet pas tirer les bords à l’envers et Claire Leroy a été la seule a ne pas faire d’erreur. C’est sûr, elle va être la femme à battre cette semaine ! "
Les 50 solitaires ont quitté ce matin les pontons du Royal Cork Yacht Club sous un soleil bien disposé à adoucir le stress d’avant départ. A quelques heures du coup d’envoi, l’ambiance à terre était aussi contrastée que la luminosité sur la campagne de Crosshaven … Il y a d’abord toute la horde des heureux, comblés à l’idée d’aller flirter sous les côtes sud-irlandaises. Il y a les stressés, comme l’Anglais Nigel King (Nigel King Yachting) qui doit résoudre in extremis ses problèmes de hâle-bas de grand voile ou encore Gérald Véniard, impatient de consulter une dernière fois ses fichiers météo et qui confie « être anxieux comme d’habitude à chaque départ d’étape ». Et puis il y a les décontractés. Thierry Duprey du Vorsent (Domaine du Mont d’Arbois) reconnaissait n’avoir « jamais été aussi frais que ce matin, bien déterminé à se bagarrer pour remonter au classement bizuth ». Le leader Frédéric Duthil, arborait lui aussi un large sourire : « Je repars sans aucune pression. Je suis parfaitement détendu. Le fait d’avoir déjà remporté une étape, m’a complètement libéré ». Cela n’empêchera pas le skipper de Distinxion de prendre un départ plutôt médiocre.
Début de parcours rocambolesque
Les figaristes se sont élancés à 12h26, dans la pétole, après un premier rappel général. Ce parcours côtier de 5 milles s’est révélé d’emblée rocambolesque, avec un vent très perturbé sous les grains pluvieux, obligeant certains concurrents à envoyer leur spi pendant le bord de près, à tirer des bords sur le dog leg, quand d’autres étaient laissés sur le carreau, scotchés dans le calme plat. Michel Desjoyeaux prenait immédiatement l’ascendant, suivi du groupe de bateaux partis comme lui chercher les nuages près des côtes : Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier), Bertrand de Broc (Les Mousquetaires), Gildas Morvan (Cercle Vert), Marc Lepesqueux (Rapid’Flore Caen-La-Mer)…Cinq milles plus tard, lorsque le double vainqueur de La Solitaire passe en tête la bouée Radio France, la hiérarchie est plus ou moins respectée, mais déjà, de grands écarts se sont créés. Jean-Pierre Nicol (Gavottes), le dernier à enrouler cette marque, accusait déjà un retard de 40 minutes.
Ronan Treussart (Groupe Céléos) : « Je mets toujours tout en œuvre pour partir détendu, je fragmente la course par grandes phases et je me concentre sur chacune d’elle, les unes après les autres, ça me permet de n’avoir aucun stress. Jusqu’au Fastnet, il peut se passer des petites choses, il faudra être vigilant. Mais je suis relativement confiant, j’ai la vitesse que je n’avais pas l’an passé ».
Michel Desjoyeaux (Foncia) : « C’est typiquement le genre d’étape où on va voir si Foncia sous spi est un bon avion de chasse ou un avion de chasse normal. Car entre Fastnet et Ouessant, ce sera vitesse, vitesse et encore vitesse ! »
Thierry Chabagny (Brossard) : « Il y a toujours un peu de tension avant un départ. On aura peut être un empannage un peu chaud à faire après le Fastnet dans du vent soutenu et de nuit, il ne faudra pas le manquer. Quant au final dans la Rade de Brest, il peut tout redistribuer après le run sous spi entre le Fastnet et Ouessant. Si je connais la rade ? Et bien… moins que les Brestois, mais mieux que les Marseillais ! »
Antonio Pedro Da Cruz (Baîko) : « J’ai fait toute la première étape en panne de pilote automatique, ce qui est un gros handicap en solitaire. Alors là j’ai tout changé, des capteurs au vérin. Enfin je vais pouvoir lutter à armes égales de ce point de vue, donc je pars soulagé de ce souci et j’ai le moral regonflé. Et on va prendre du plaisir entre le Fastnet et Ouessant, il y aura de la glisse, des bonnes sensations. »
Paul Ó Riain (City Jet), le seul concurrent Irlandais : « J’ai passé pas mal de temps à naviguer dans le coin. La côte sud-ouest de l’Irlande et le Fastnet sont des endroits particuliers. On va tous apprécier de passer cette marque spectaculaire, avant de débouler sur la France. J’ai hâte de revenir en France. Les croissants, les pains au chocolat et les bons cafés me manquent, même si j’adore le petit déjeuner traditionnel irlandais ! Je suis en forme. Ma famille et mes amis sont venus me voir ici et leur soutien a été incroyable. »
Nicolas Lunven (Bostik) : « Je suis très en forme, on a eu le temps de bien se reposer. Les conditions devraient être sympa. Ce devrait être très agréable. Passer des heures à la barre au portant, je ne sais pas encore si ça me convient, mais j’ai beaucoup appris avec Oliver Krauss pendant Cap Istanbul et puis je pense que j’ai un très bon spi. Sinon, je ne vais pas jouer à contrôler mes adversaires (du classement bizuth). Ce serait une erreur parce qu’on est 15 bizuths parmi 50 autres concurrents. Je préfère faire une bonne étape plutôt que de faire 1er bizuth mais en 45e position. »
Le Championnat du Monde de Match Racing Féminin débute ce mardi à Saint-Quay-Portrieux. Inspirée de l’America’s cup cette dicipline est relativement confidentielle en France, bien que le pays fournisse de nombreux talents. Cette semaine, deux équipages tricolores sont présents : celui de Claire Leroy (Sport Nautique de Saint-Quay-Portrieux), numéro un mondiale et qui régatera donc à domicile, puis celui de Christelle Philippe (APCC), numéro 11 mondiale et vice-championne d’Europe 2006. " Le plateau de ce mondial est très relevé mais nous abordons l’épreuve très sereinement, explique la Nantaise, d’abord parce qu’on connaît bien le bateau (First Class 8) mais aussi le plan d’eau. Ce sont des avantages non négligeables. A Saint-Quay, il y a beaucoup de courants, notamment en ce moment, les coefficients de marée sont importants. Heureusement, ils vont diminuer au fil de la semaine mais quand c’est bas, il y a différentes zones d’obstacles à prendre en compte. De plus, on a pu le voir aujourd’hui à l’entraînement, le vent est très irrégulier, tant en force qu’en direction. Ce ne sera pas facile ! ". La semaine se déroulera en deux phases. Tout d’abord une phase qualificative, appelée Round Robin, pendant laquelle tous les équipages vont se rencontrer. A l’issue de celui-ci, les meilleurs équipages se qualifieront pour les phases finales : quart, demi, finale. Premiers macths demain mardi à partir de 10 heures.
Vous êtes numéro un mondial depuis mai 2005, vous avez déjà décroché deux médailles de bronze lors d’un mondial (en 2005 aux Bermudes et en 2004 aux USA) mais jamais encore l’or. On imagine que c’est votre objectif cette année ?
" Nous avons fait deux gros stages de préparation sur le support, l’un en juin et l’autre la semaine dernière. Je pense que nous sommes prêtes mais c’est aussi le cas de beaucoup d’équipages. De plus, le plateau de ce championnat du Monde est très relevé, par conséquent c’est un peu difficile de faire des pronostiques. Reste qu’évidement, on vise la victoire. "
Vous allez régater sur votre plan d’eau. Cela change t-il votre façon d’aborder ce mondial ?
" On l’aborde comme une épreuve parmi les autres. Pour naviguer vraiment comme on sait faire, avec nos repères et pour être dans le bon rythme, nous devons oublier qu’il y a un titre en jeu. On sait que l’on peut gagner contre toutes nos adversaires. Si on fait le bilan de l’année, on n’a fait que des demi-finales, sauf au Portugal. Nous avons été très régulières, ce qui est particulièrement satisfaisant. Cette saison, nous avons participé à des épreuves qui nous ont permis de progresser en niveau et de gagner en confiance, mais nous ne sommes pas les seules. C’est notamment le cas de la Suèdoise Jenny Axhede. Elle m’a vraiment surprise cette année. Elle est véritablement montée d’un cran entre avril et juillet. Mais lors de ce mondial, Jenny ne sera pas la seule à surveiller. Il va falloir également compter sur la Danoise Lotte Meldgaard Pedersen, la Hollandaise Klaartje Zuiderbaan mais aussi l’Australienne Katie Spihill. Ce sont les filles performantes et, c’est sûr, elles vont nous donner du fil à tordre. "
Courir à domicile, cela signifie t-il néanmoins un peu plus de pression?
" Il faut essayer de ne pas se mettre trop se la mettre même si régater chez soi est toujours en peu particulier ! "
Ce mondial va se disputer à bord de Fisrt Class 8, un vieux bateau finalement…
" C’est vrai. C’est un support sur lequel nous n’avons plus navigué depuis deux ans. Pour nous, je pense néanmoins que ce sera un avantage, au début de l’épreuve notamment. C’est quand même un support que l’on connaît bien : on s’est entraîné dessus et c’est le bateau sur lequel on a appris la navigation et le match race. Cet avantage va, par contre, diminuer au fur et à mesure de la régate car les étrangères seront de plus en plus à l’aise à bord. Elles vont monter en puissance tout au long de l’épreuve, à nous de savoir faire la même chose. "